CHAPITRE XL 2S
au niveau de ses idées , accorder son état politique avec son progrès social, et prévenir les violences d'une révolution par l'accomplissement d'une réforme. C'est surtout chez madame Hclvéïius qu'il entra en commerce régulier avec tous ces philosophes du xvin" siècle, qui s'étaient rendus les maîtres des esprits et s'étaient faits les instituteurs des peuples. Secondé par ce parti généreux, hardi, actif, puissant, Franklin, après avoir gagné le public à sa cause, n'oubliait rien pour y amener le gouvernement. Il pressait la cour de Versailles; il écrivait à celle de Madrid, avec laquelle le congrès , se reposant «ur sa sagesse et son inlégrilé , l'avait chargé de négocier un traité d'amitié et de commerce; il envoyait Arthur Lee à Amsterdam et à Berlin; il garantissait la sûreté de l'emprunt qui devait permettre d'acquérir des armes et de poursuivre la guerre; il hâtait enfln de ses vœux comme de ses efforts la résolution que prendrait l'Europe d'embrasser la défense de l'Amérique.
Ce moment arriva. La résistance prolongée, et sur quelques points heureuse, des insurgenls, décida le gouvernement de Louis XVI à les secourir. Après la défaite de Long-Island, l'évacuation de New-York, la prise des forts de l'Hudson, la conquête de New-Jersey, Washington avait sauvé son pays par la mâle constance de son caractère et l'habile circonspection de ses manoeuvres. Non-seulement il avait évité de se laisser acculer entre l'armée et la flotte anglaise, comme l'aurait voulu le général Howe pour lui faire mettre bas les armes; mais il avait conçu et il exécuta le dessein de surprendre, au cœur de l'hiver, les corps britanniques dispersés dans le New-Jersey. Lorsqu'on le croyaii affaibli, abattu, impuissant, il passa la Delaware sur la glace, se dirigea, le 25 décembre 1776, par une audacieuse marche de nuit, vers Trenton, qu'il surprit et dont il s'empara, après avoir forcé les troupes hessoises à se rendre prisonnières. Tous les détachements anglais qui bordaient le cours de la Delaware se replièrent; et, au moment où lord Cornwallis vint avec des forces supérieures pour reprendre Trenton, le général des insurgés, se dérobant à lui par un mouvement aussi hardi qu'heureux, alla, sur ses derrières mêmes , battre un corps britannique à Princeton. A la suite d'avantages aussi brillants et 2. 23
aussi tnattendas, Wîishiiiglon établit ses quartiers d'hiver, nou plus en Pensylvanie, mais dans le New-Jersey, qu'abandonna en grande partie Tarmée d'inyaslon. U se plaça dans la position montagneuse et forte de Morrislown, d'où il ne cessa de harcelei* les Anglais par des détacbeinenis envoyés contre eux. Ces victoires relevèrent dans l'opinion la cause américaine, mais elles ne prvinrent à suspendre qu'un instant les progrès de la conquête anglaise.
En effet, dans la campagne de 1777, le général Howe se tiansporfa en Pensylvanie pour occuper celte province centrale, et s'établir an siège du gouvernement insurrectionnel. Au lieu d'y pénétrer par le New-Jersey, il entra par la baie de la Che- 8a|)eake. A la léte de dix-huit mille hommes qu'il avait débarqués, il marcha sur Philadelphie. Washington essaya découvrir la capitale de ITnion américaine. Il avait reçu vingt-quatre mille fusils envoyés de France, et il avait été joint par le chevaleresque précurseur de ce grand peuple , par le généreux marquis de la Fayette, qui, se dérobant aux tendresses d'une jeune femme, enfreignant les ordres formels d'une cour encore indécise, avait quille sou régiment, sa famille, son pays, pour aller meure son cpée et sa fortune au service de la liberté naissanie, de cette liberté dont il devait être, pendant soixante ans, le noble champion dans les deux mondes , sans l'abandonner dans aucun de ses périls, sans la suivre dans aucun de ses égarements.
Investi de pouvoirs extraordinaires que lui avait conférés le congrès dans ce moment rcdoutablo , Washington attendit les Anglais sur la Brandywinc. Il ne put les empêcher de franchir cette rivière et d'entrer victorieusement, après l'aoir battu le i I septembre, dans Philadelphie, d'où le congrès se retira d'abord à Lancaster, et puis à York-Town. Hais, toujours inébranlable, il se maintint devant tes Anglais, auxquels il ne laissa ni sécariié ni repos. Renouvelant à Germantown la manœuvre qui lui avait si bien réussi Tannée précédente à Trenlon et à Princeton, il attaqua l'armée ennemie non loin de Philadelphie, la culbuta, et aurait remporté sur elle un plus grand avantage, un brouillard qui mit le désordre dans ses troupes, et les