CHAPITRE XI
lent pour se décider vite, et ayant trop à perdre dans l'émancipation des colonies du nouveau monde pour ne pas hésiter à on seconder le premier exemple. L'invitation ne fut pas encore acceptée de sa part: et l'on se borna, par une clause secrète, à lui réserver une place dans le traité, en même temps que, par un autre article, on provoquait à entrer dans l'alliance tous les K ta Is qui, ayant reçu des injures delà Grande Bretagne, désiraient rabaissement de sa puissance et l'humiliation de son orgueil.
Les deux traités furent signés le 9 février. Le 8, les plénipol(!niiaires américains, eu les envoyant au président des Étaisl nis, lui disaient : t Nous avons la grande satisfaction de vous apprendre, ainsi qu'au congrès, que les traités avec la France sont conclus et signés. Le premier est un traité d'amitié et de commerce; l'autre est un traité d'alliance, dans lequel il est stipulé que si l'Angleterre déclare la guerre à la France, ou si, à l'occasion de la guerre, elle tente d'empêcher son commerce avec nous, nous devons faire cause commune ensemble, ei joindre nos forces et nos conseils. Le grand objet de ce traité est déclaré être d'établir la liberté, la souveraineté, l'indépendance absolue et illimitée des Etats- Unis, aussi bien en matière de gouvernement qu'en matière de commerce. Cela nous est garanti par la France avec tous les pays que nous possédons, et que nous posséderons à la fin de la guerre.
« Nous avons trouvé, en négociant celte affaire, la plus grande cordialité dans celle cour; on n'a pris ni tenté de prendie aucun avantage de nos présentes difficultés pour nous imposer de dures conditions ; mais la magnanimité et la bonté du roi a été telle, qu'il ne rtous a rien proposé que nous n'eussions dû agréer avec empressement dans l'éiat d'une pleine prospérité et dune puissance établie et inconiestée. La base du traité a été la plus parfaite égalité et réciprocité. En tout, nous avons de grandes raisons d'être très-satisfaits de la bonne volonté de celle cour et de la nation en général, et nous souhaitons que le congrès la cultive par tous les moyens les plus propres à maintenir l'union ejl à la rendre permanente. »
Ainsi s'accomplit ce grand acte, sans lequel, malgré la consiauce valeureuse de ses généraux et la déclaration magnanime
de son congrès, rAmcrique aurait fini par succomber sous les cfforis de la trop puissante Angleterre. Il marqua le véritable avènement des États-Unis parmi les nations. La France se cburgea de les y introduire avec une habile générosité. Le plus ancien roi de TEurope, fidèle aux traditions de sa race et à la politique de son pays, devint le protecteur de la république naissante du nouveau monde, comme ses ancêtres avaient été les utiles alliés des républiques du vieux monde, et avaient soutenu tour à tour les cantons suisses, les villes libres d'Italie, les Provinces Unies de Hollande et les États confédérés deTAI- Icmagne. La France ne craignit pas de s'engager dans une longue guerre pour atteindre un grand but.
Franklin eut le mérite d'avoir préparé et signé les deux actes qui procurèrent à sa patrie un belliqueux défenseur, proclamèrent sa souveraineté, garantirent son existenc*-, étendirent son commerce, assurèrent sa victoire, et lui ouvrirent les plus vastes perspectives sur le continent américain. Ces deux traités, où furent introduites les dispositions les plus libérales; où le droit (l'aubaine, qui rendait la propriété immobilière incomplète pour les étrangers dans chaque pays, fut aboli; où la liberté des mers fut consacrée par la solennelle admission du droit des neutres que les Anglais ne respectaient point, et par la condamnation des blocus fictifs et du droit de visite que les Anglais avaient établis dans leur code maritime pour la commodité de leur domination; où la France se fit la protectrice des Américains dans la Méditerranée contre les Barbaresques, comme elle le devint dans l'Océan contre les Anglais ; où les deux partis contractantes se promirent de ne pas déposer les armes avant que l'indépendance américaine fût reconnue, et de ne pas traiter ruDCsans l'autre; ces deux traités, où les intérêts mutuels furent avoués avec franchise, réglés avec équité, et soutenus jusqu'au bout avec une persévérante bonne foi, firent le pins grand honneur à Franklin. On peut dire que le principal négociateur de l'Amérique contribua à la sauver tout autant que son plus vaillant capitaine : il fut alors au comble du bonheur et de la renommée.
^ Aussi, lorsque M. de Yergcnnes le présenta à Louis XVI dans