CHAPITRE XII
trent la politique inspirée par la philosophie, et fondent l'harmonie des affections sur la base des inlérêls mutuels. La France nous a liés plus fortement par là que par aucun traité réservé, et cet acte noble et généreux a établi entre nous une éternelle amitié. »
Cette étroite union ne pouvant être ébranlée, il fallait essayer de la vaincre. L'Angleterre poursuivit donc la guerre avec l'Amérique, et la commença avec la France. La France s'y attendait, et s'y était préparée. Grâce au patriotisme d'un grand ministre, sa marine, si faible et si humiliée dans la guerre de Sept ans, s'était rétablie et relevée. Le duc de Choiseul y avait appliqué son génie prévoyant, et, avec une fierté toute nationale, il avait commencé, sous les dernières années de LouisXV, la restauration maritime de la France, que les ministres de Louis XVI avaient soigneusement continuée, surtout depuis les désaccords qui avaient éclaté entre les colonies américaines et leur métropole.
Des flottes étaient réunies dans les principales rades; des vaisseaux étaient en construction sur tous les chantiers. A leur bravoure ordinaire, nos marins joignaient une instruction supérieure et une grande habileté de manœuvres. Aussi les viton durant cinq années, sous les d'Orvillicrs, les d'Estaing, les de Grasse, les Guichen, les Lamolte-Piquet, les Suffren, etc., affronter résolument et combattre sans désavantage les flottes anglaises sur toutes les nters, dominer dans la Méditerranée, balancer la fortune dans l'Océan, résister héroïquement dans l'Inde, et réussir en Amérique. Belle et patriotique prévoyance qui permit à Louis XVI d'entreprendre avec hardiesse, de ]ioursuivre avec constance, d'exécuter avec bonheur une des choses les plus grandes et les plus glorieuses de notre histoire.
Le premier effet de son intervention en Amérique fut d'amener l'évacuation de la Pensylvanie par les Anglais. Tandis que le comte d'Orvilliers livrait la mémorable bataille navale d'Ouessant à l'amiral Keppel, dont l'escadre, maltraitée, prenait le large, le comte d'Estaing s'avançait vers l'Amérique avec une flotte de douze vaisseaux de ligne et de quatre frégates, 2. 24
pour aller, sur le conseil de Franklin, bloquer Taïuiral Howe dans la Delaware, cl enfermer dans Philadelphie sir Henri Clinton, qui avait succédé au commandement militaire du général Howe. Mais la flotte et larméc anglaises avaient échappé au péril en quittant ces parages. L'une avait reçu l'ordre de transporter cinq mille hommes dans la Floride pour proléger cette province, et l'autre avait opéré sa retraite sur New- York. Lorsque le comte d'Eslaing arriva, il ne trouva plus ceux qu'il venait surprendre; la crainte seule de son approche avait fait reculer l'invasion anglaise.
Washington, fidèle à son plan d'une entreprenante défensive, harcela Clinton dans sa marche sur New-York, repassa la Delaware après lui, l'attaqua avec avantage à Monmouth dans le New-Jersey, se porta de nouveau du côté oriental de l'Hudson; et lorsque les Anglais, revenant presque à leur point de dépari, se furent renfernirs dans celte ville, il prit, h peu de distance de leur quartier général, de forles positions d'où il put surveiller leurs mouvements et s'opposer à leurs entreprises. Il forma une ligne de cantonnements autour de New- York, depuis le détroit de Long-Island jusqu'aux bords de la Delaware.
Les Anglais ne furent point expulsés du territoire américain dans cette campagne, mais ils perdirent une grande partie de ce qu'ils y avaient conquis. Dans la campagne suivante, ils curent ii combattre un nouvel ennemi. L'Espagne, après un impuissant essai de médiation, se joignit à la France dans rété de 1779 (juin), et fut secondée bientôt par la Hollande, que l'Angleterre attaqua en 1780, parce qu'elle s'était montrée coniuiercialemenl favorable aux insurgenls en 1778. L'appui des trois |>rincipales puissances maritimes de l'Europe, et la neutralité armée conclue vers ce temps (juillet et aorttl780) entre la Hussie, le Danemark, la Suède, contre les théories et les pratiques oppressives des anciens maîtres de la mer, furent pour les Étals-Unis une diversion puissante et un heureux encouragement.
L'Angleterre se vit obligée de disperser ses force!» dans toutes les régions du luoude. Elle eut à m défendre dans la Méditer-