‹ Notices historiques sur les généraux et marins du XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 101 sur 143 · SR ARE · texte numérisé non relu

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faut encore onze jours heureux, et notre épreuve sera remplie », Mais, le 6 septembre, Frédéric était encore devant Schweidnitz et écrivait au marquis d'Argens : « Je suis aussi maladroit à prendre des places qu'à faire des vers, Un certain Gribeauval, qui ne se mouche pas du pied, et 40,000 Autrichiens nous ont arrélés jusqu'à présent, Cependant le commandant et la garnison sont à l'agonie ; on leur donnera incessamment le viatique ». Gribeauval résistait à l'aide des mines, et c'élait par une guerre souterraine, habilement et vigoureusement dirigée, qu'il empéchait les travaux des Prussiens d'avancer, Le 26 septembre, Frédéric écrivait: « Je vous avais annoncé avec trop de présomption la fin de notre siège, Nous y sommes encore ; les mines nous ont beaucoup arrêtés... Il nous faut employer six semaines à reprendre une place que nous avons perdue en deux heures. Je ne veux plus être prophète ni vous annoncer le Jour de la réduction; je crois que cela pourra durer encore quelques jours. Le génie de Gribeauval défend la place plus que la valeur des Autrichiens. Ge sont des chicanes toujours renaissantes qu'il nous fait de toutes les facons. Je suis obligé de faire ici le métier d'ingénieur et de mineur; il faut bien que nous réussissions à la fin ».

La place résista jusqu'au 9 octobre. Un magasin à poudre sauta et renversa un bastion. L'assaut dès lors élait devenu possible ; la garnison se rendit, Quelque temps après la reddition de Schweidnitz, Frédéric combla d'éloges son défenseur, et Marie-Thérèse le nomma feld-maréchal-lieutenant,

Après la paix de Paris (1763), M. de Choiseul, ministre de la guerre, rappela Gribeauval et le nomma inspecteur général de l'artillerie, I n'y avait plus d'arüllerie en France : Choiseul, comme nous l'avons dit plus haut, chargea Gribeauval de la reconstituer et lui laissa Le champ libre pour accomplir sa mission, Gribeauval connaissait bien l'artillerie prussienne et autrichienne, et pouvait leur emprunter ce qu'elles avaient de bon. Il modifia le système Vallière en l'allégeant encore, et créa un matériel distinct pour chacun des services de côte, de place, de siège el de campagne (1765). L'artillerie de campagne, qui doit être légère pour suivre les troupes partout, se composa de pièces de 12, de 8 et de 4 allégées, et de l'obusier de 6 pouces. Les affûts furent perfectionnés et rendus plus mobiles ; les essieux, jusqu'alors en bois, furent en fer forgé; il adopla les attelages à l'allemande, c'est-à-dire que les chevaux attelés aux pièces et aux voitures furent placés sur deux files, ce qui diminuait la longueur des colonnes et rendait le tirage plus facile, Gribeauval introduisit la prolonge, qui permettait à l'artillerie d'atteindre l'ennemi à petite portée el qui prouva la possibilité d'avoir des chevaux et des conducteurs sous le feu, Il organisa, pour la guerre de Corse, des canons de 2 livres sur traîneau. Il établit les premières hausses et la vis de pointage. Il allégea les pontons. Toutes les constructions d'artillerie furent faites sur un modèle uniforme, landis qu'avant Gribeauval chaque arsenal avait ses mesures particulières, ce qui rendait les rechanges très difficiles,

Disons encore qu'il réorganisa les écoles d'artillerie el le corps des mineurs, et qu'il apporta de nombreux perfectionnements aux manufactures d'armes, aux forges el fonderies; mais nous ne pouvons indiquer tout ce qui à été fait par Gribeauval dans cette totale réorganisation de l'artillerie, parce qu'il v a dans cette œuvre gigantesque des détails techniques trop spéciaux pour qu'on puisse en parler 1et,

L'organisation du général de Valliére avait conserve de nombreux partisans, son fils entre autres, Adopté en 1765, le système de Gribeauval fut supprimé en 1771; mais on le rétablit en 1774, et, en 1776, Gribeauval

élait nommé colonel de Royal-Artillerie et premier inspecteur général de l'artillerie, c'est-à-dire le chef suprème de l'arme,

M. de Gribeauval avait été nommé lieutenant général le 49 juillet 1765,

I mourut le 9 mai 1789.

« Gribeauval, dit le général Favé!, avait tout perfeclionné et tout déterminé dans le matériel de l'artillerie; il avait refait non seulement la constitution générale du corps, mais toutes les ordonnances qui fixent les détails de l'instruction et du service de l'artillerie dans

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toutes ses branches. Si, pendant les guerres de la Révolution, l'artillerie francaise exerca sur le sort des batailles une influence nouvelle et décisive, elle le dut au grand homme qu'elle ne saurait trop honorer... 1] lui revient une part dans les victoires de la République et

1, Tome IV, page 161,

dans les conquétes de l'Empire qui n'auraient pas été possibles sans la mobilité de son matériel, sans la solidité de ses constructions, sans la facilité de «es

rechanges »,

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LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Bataille d'Ouessant (27 juillet 1778)

Louis Guillouet, comte d'Orvilliers, naquit à Moulins en 1708. D'abord lieutenant dans les troupes de la colonie de Cayenne, dont son père était gouverneur, il entra dans la marine, en qualité de garde, en 1728, Devenu capitaine de vaisseau en 1754, il fit partie de l'escadre d'évolutions du marquis de la Galissonnière, à l'école duquel il puisa sans doute les notions générales de tactique navale qu'il appliqua plus lard avec une incontestable supériorité,

Il venait d'être fait lieutenant général des armées navales (1777) quand la guerre d'Amérique commenca en 1778, Louis XVI soutenant les Etals-Unis contre l'Angleterre,

La France était alors dans un état d'esprit que nous

comprenons bien aujourd'hui; elle voulait prendre sa revanche des défaites et des hontes du règne de Louis XV, Le traité de Paris, signé en 1763 après la désastreuse guerre de Sept-Ans, nous avait fait perdre le Canada, la Louisiane, Finde, le Sénégal, plusieurs Antülles, L'esprit national, humilié, n'attendait que l'occasion favorable pour attaquer l'ennemi héréditaire et reprendre, au moins en Europe, la situation perdue, On s'enthousiasma pour les /nsurgents, pour ces colons anglais qui se soulevaient contre l'Angleterre, en oubliant leur rôle pendant les dernières guerres du Canada, et bien avant la déclaration de guerre, la France envoyail des secours de toute espèce aux Américains.

Le duc de Choiseul, pendant les dernières années de Louis XV, avait réformé et réorganisé l'armée; le due de Praslin, sous Louis XV, et après lui M. de Sartine et le chevalier de Fleurieu, sous Louis XVI, avaient refait une marine puissante, bien commandée par de nouveaux officiers, Instruils et braves, Beaucoup d'abus avaient disparu. La nation avait foi dans une guerre de revanche. On avait un allié, l'Espagne; on allait en avoir d'autres, la Hollande et les Neutres, L'habile mi nistre des affaires étrangères, M, de Vergennes, allait grouper autour de la France toutes les puissances marilimes de l'Europe, grandes et petites, toutes soulevées contre Flarrogance brilannique et les vexations que l'Angleterre leur infligeait, En même temps, M. de Vergennes devait conserver à la guerre son caractère exclusif de guerre maritime, et échapper à toute guerre continentale, malgré les efforts du cabinet de

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Londres pour nous lancer dans les affaires d'Allemagne,

En effet, la France est assez forte pour faire la guerre maritime seule et avec succès : la guerre d'Amérique l'a prouvé, Elle est assez forte pour faire la guerre continentale seule et avec succès : la guerre de Dévolution, la guerre de la Succession de Pologne l'avaient prouvé, Mais la France avait succombé dans

les guerres de Hollande, de la Ligue d'Augsbourg, de

S; la Succession d'Espagne, de la Succession d'Autriche et de Sept-Ans, luttes à la fois continentales et marilimes,

L'opinion voulait la guerre : elle l'exigeait, elle entraina le gouvernement, Mais avant de la déclarer, Louis XVI voulait que l'Angleterre Uüràt le premier coup de canon, Elle le ra le 17 juin 1778. Elle attaqua, dans les eaux d'Ouessant, la frégate la Belle- Poule, commandée par un lieutenant de vaisseau, M. de la Clocheterie, qui battit la frégate anglaise l'Aréthuse, el sortit triomphant d'une lutte énergique et sanglante,

Cette victoire excila en France un enthousiasme universel, On battait enfin l'Anglais, et le succès de {a Belle-Poule était regardé avec raison comme le présage assuré des victoires futures. faut lire le récit complet de ce beau combat dans Ja Gazette! :

Le 17 de ce mois (juin), à dix heures du matin, le sieur Chadeau de la Clocheterie, lieutenant de vaisseau comman-

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