Mémoires, I
2. La vieille haine des colons anglo-américains, surtout des Virginiens, durait donc encore. On venait se faire tuer pour eux, et il fallait se faire pardonner d'être Français,
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surrection contre le roi d'Angleterre leur père. — Votre père le roi de France, lui répondis-je, protège la liberté naturelle que Dieu a donnée à l'homme. Les Américains ont été surchargés de fardeaux qu'ils n'étaient plus en état de porter. IL a trouvé leurs plaintes justes : nous serons partout les amis de leurs amis, et les ennemis de leurs ennemis. Mais je ne peux que vous exhorter à la neutralité la plus exacte dans toutes ces querelles ». C'est ainsi que je me tirai, tant bien que mal', d'une question qui ne laissait pas que d'être embarrassante ».
Pendant qu'on enfermait le lord Cornwallis dans la presqu'ile, le comte de Grasse, avec 26 vaisseaux francais, battait la flotte anglaise dans la baie Chesapeake ? et permettait aux Franco-Américains d'investir Cornwallis et son armée dans Yorktown et de commencer le siège de cette ville.
Le 7 octobre 1781, la tranchée fut ouverte. Washington, La Fayette, qui servait dans l'armée américaine, et Rochambeau commandaient les troupes. Le siège fut
1. 11 faut avouer que M. de Rochambeau s'en tira plutôt mal que bien.
2. Le comte de Grasse, lieutenant-général des armées navales, uaquit en 1723 et mourut en 1788, il avait été fait capitaine de vaisseau en 1762 et chef d’escadre en 1779. Il se distingua à la bataille d’Ouessant (1778), aux batailles livrées par le comte d'Estaing à l'amiral Byron (1779), par le comte de Guichen à l’amiral Rodney (1780), et à la prise de Tabago par le marquis de Bouillé (1781). 11 gagna, en 1781, l’importante bataille de la baie Chesapeake ; mais, en 1782, il perdit, par sa faute, la bataille des Saintes, où il fut fait prisonnier. C'était un homme peu capable et plein d’amour-propre, qui prenait pour un compliment les paroles du roi d'Angleterre : « Je vous reverrai avec grand plaisir à la tète des armées francaises »,
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mené avec vigueur; nos soldats s'y comportèrent vaillamment. Enfin le jour de l'assaut arriva.
« On doit faire ici mention, dit Rochambeau!', d'un trait qui caractérise le courage des grenadiers français. Le régiment de grenadiers de Gatinois, qui avait été dédoublé de celui d'Auvergne, devait avoir la tête de l'attaque. Au moment où elle fut décidée, je leur dis : « Mes enfants, si j'ai besoin de vous cette nuit, j'espère que vous n'avez pas oublié que nous avons servi ensemble dans ce brave régiment d'Auvergne sans tache”, surnom honorable qu'il a mérité depuis sa création ». Ils me répondirent que, si je leur promettais de leur faire rendre leur nom, ils allaient se faire tuer jusqu'au dernier, Is Unrent parole, chargèrent comme des lions, el y perdirent le tiers de leurs troupes... Le Roï, sur le compte que je lui en rendis, signa l'ordonnance qui donnait à ce régiment le nom de Royal-Auvergne ».
Enfin la capitulation fut signée le 19 octobre.
« Le lord Cornwallis et son corps d'armée, dit Rochambeau”, furent prisonniers de guerre. Les Américains et les Francais prirent possession à midi de deux bastions. La garnison défila, à deux heures, entre les deux armées, tambour battant, portant ses armes qu'elle remit ensuite en faisceaux, avec une vingtaine de drapeaux. Le lord Cornwallis étant malade, le général Ohera défila à la tête de la garnison. En arrivant,