CHEF D'ESCADRE
Campagne de la baie d'Hudson (1782).
Jean-Francois Galaup, comte de la Pérouse, naquit à Albi en 1741. De bonne heure il eut l'idée d'être marin et surtout de devenir à son tour un navigateur célèbre. À quinze ans il entrait au service comme garde de la marine (1756), au moment où la guerre commencait avec l'Angleterre. En 1759, il était embarqué sur le Formidable, V'un des vaisseaux de l'amiral de Conflans, et se trouva à la bataille de Belle-Isle ou de « Monsieur de Conflans ». Le Formidable fut l'un des quelques bâtiments qui se défendirent vaillamment; il fut pris par les Anglais, La Pérouse s'était conduit avec bravoure et fut blessé grièvement, En 1764 il devint enseigne de vaisseau, et lieutenant en 1777.
Pendant la guerre d'Amérique, il servit sur la flotte du comte d'Estaing el prit part au combat de la Grenade et à la bataille livrée à l'amiral Byron (1779),
LA PÉROUSI,
Nommé capitaine de vaisseau en 1780, La Pérouse ful chargé en 1782 d'aller détruire les établissements anglais de la baie d'Hudson. Il partit avec un vaisseau et deux frégales, et emmena avec lui 250 soldats d'infanterie, 40 artilleurs, 4 canons de Carnpagne el 2 moriers.
Parti du Cap-Francais à la fin de mai 1782, il traversa le détroit d'Hudson, malgré les glaces qui endommagèrent fortement ses bâtiments. et s'engagea dans la baie avec le désir d'aller au fort du Prince-de- Galles et de l'enlever. Ces parages ne sont navigables qu'en juillet et août, etencore au milieu de mille dangers que font courir les glaces et les brumes. Le 8 août, La Pérouse arriva au fort, qui se rendit à première sommation. On le brüla, Parmi les objets pris dans le fort, se trouvait Le manuserit de la relation de l'important voyage de Samuel Hearne (1770-71) dans les contrées septentrionales de l'Amérique. La Pérouse rendit ce manuscrit à son auteur, à la condition qu'il le publierait, condition qui fut exécutée en 1795".
Le 44 août, l'expédition se dirigea sur le fort York et y arriva le 20, aprèsune navigation très dangereuse, Le 21, on débarqua, ct, après avoir fait plusieurs lieues dans la vase et les marais, le fort capitula à preinière sommation, et fut brûlé comme le premier. Pendant ce temps de violents coups de vent éclataient sur nos vaisseaux et les mettaient en danger de périr.
14. La compagnie de la baie d'Hudsou aurait sans doute gardé pour elle la relation du voyage de Hearne.
Beaucoup d'Anglais s'étaient enfuis dans les bois pour éviler d'être faits prisonnicrs ; La Pérouse pensa aux privations auxquelles cette résolution les exposait, et poussé par un de ce sentiments de générosité ei de pitié quine se rencontrent que parmi nous, il leur laissa, avant de partir, des vivres, des armes, des munitions et des voiles pour se faire des abris.
La campagne de la baie d'Hudson, si heureusement accomplie au milieu de difficultés de toutes sortes, donna à La Pérouse la réputation d'un habile navigateur. Aussi, quand Louis XVI, en 1785, voulut faire exécuter un voyage d'exploration autour du monde, La Pérouse lui fut-il désigné comme l'officier le plus capable &e
commander l'expédition.
Louis XVI voulait compléter les découvertes de Bougainville et du capitaine Cook; il avait lu beaucoup de voyages et s'intéressait à la géographie, alors en honneur parmi nous, gràce aux travaux de Delisle, de Buache, de Danville, de Robert de Vaugondy. Les instructions données à La Pérouse furent rédigées par M. de Fleurieu el annotées en marge par le Roi luimème, soit pour les modifier, soit pour les compléter. L'Académie des sciences, l'Académie de médecine remirent des Mémoires contenant de nombreuses questions ‘ résoudre. La politique, le commerce, les scier . physiques et naturelles, l'astronomie devaient être l'objet d'études sérieuses; rien n'avait été négligé de ce qui pouvait servir aux progrès de la navigation et de la géographie. On donna à La Pérouse un nombreux état-major de savants distingués : Louis Monge,
astronome!, M. de Monneron, capitaine du génie, Bernizet, ingénieur-géographe, Rollin et Laveaux, chirurgiens, Lepaute-Dagelet, astronome, Dufresne, naturaliste, de la Martinière, botaniste, M. de Lamanon, physicien, météorologiste et minéralogiste, l'abbé Mongez, physicien, et le P, Receveur, naturaliste, tous deux aumôniers de l'expédition, Duché de Vancy, dessinateur de paysages et de figures, Prévost l'oncle et Prévost le jeune, dessinateurs pour la botanique, Gol- : ignon, jardinier botaniste, Guéry, horloger. « L'An-
gleterre contribua à cette expédition, et l'Amirauté
envoya en France les instruments qui avaient servi au
capitaine Cook pour étre confiés à La Pérouse? ».
Deux frégates, la Boussole et l'Astrolabe, furent mises 1 à la disposition de La Pérouse; on y embarqua 249 personnes. Le chef de l'expédition monta sur la Boussole ; son second, le capitaine de Langle, commandait l’4strolabe*.
La Pérouse mit à la voile le 1% août 1785.
Après avoir doublé le cap Horn, il alla à l'ile de Pâques et aux iles Sandwich, et explora ensuite toute la côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale, entre le mont Saint-Elie et Monterey, ville maritime du Mexique. Vingt el un officiers et matelots périrent à la
1, Louis Monge était le frère de Gaspard Monge, le célèbre géo-
mètre. Il fut débarqué à Ténériffe et revint en France. 2, HENNEQUIN, Biographie marilime, II, 111.
8. Malgré leur titre de frégates, ces deux bâtiments n'étaient à
que deux flûtes de 500 tonneaux, non doublées en cuivre, lourds
et assez mauvais marcheurs.
Ré LE
Sn de
baie des Francais, en y faisant des sondages, La Pé-
ds
rouse traversa tout l'océan Pacifique jusqu'à Macao; il visita ensuite les îles Philippines et alla explorer la côte nord-est de l'Asie, qui était encore Lrès mal con-
nue, Dans cette partie du voyage, la plus intéressante, La Pérouse fit plusieurs découvertes importantes : il reconnut exactement le littoral de la Mandchourie et le détroit de Sakhalien ou Manche de Tartarie; il découvrit Le détroit qui sépare les iles de Yesso (ou Chika, et de Sakhalien (ou Tchoka), que l'on croyait ne former qu'une méme lerre. On à justement donné le nom de La Pérouse à ce détroit.
Il reconnut que Yesso est séparé de la grande île de Niphon par le détroit de Sangaar; il explora ensuite les Kouriles, traversa le détroit de la Boussole et arriva à la baie d'Avatcha, sur la côte sud-est du Kamtchatka (1787). Il fit alors partir pour la France M. de Lesseps, vice-consul de Russie et interprète pour la langue russe, elle chargea de porter à Paris le journal
du voyage, les cartes, les plans et les dessins exécutés jusqu'alors, La Pérouse reçut à la baie d'Avatcha les lettres de la Cour de France et sa nomination au grade de chef d'escadre.
La Pérouse se dirigea alors sur les îles des Navigateurs (Samoa), où le capitaine de Langle?, le natura-
1. Après un voyage dangereux et pénible, de plus de 16,000 kilomètres, M. de Lesseps arriva à Versailles le 17 octobre 1788. Il fut présenté à Louis XVI. Il avait traversé toute la Sibérie, en plein hiver, soit en traîneaux tirés par des chiens, soit en kibitka ou voiture non suspendue.
2, Fleuriot de Langle, connu sous le nom du chevalier de
| déika) for-
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ile de suite et ar- Kam- I. de ir la anal cutés a les
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liste Lamanon et 59 officiers et matelots furent égorgés ou grièvement blessés par les sauvages, Il visita ensuite l'archipel des Amis (Tonga) et arriva à Botany-Bay le 26 janvier 1788, d'où il expédia la suite de son voyage et ses dernières lettres, datées des à et 7 février 1788, Il annonçait qu'il allait partir pour visiter les îles des Amis, la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Héb; 228 ; mais depuis sa lettre du 7 février on n'entendit plus parler de lui.
En 1791, la Société d'histoire naturelle de Paris demanda à l'Assemblée constituante d'envoyer un bätiment à la recherche de La Pérouse; la requête fut accueillie, et Louis XVI chargea l'amiral d'Entrecasteaux de commander l'expédition, composée des flûtes la Recherche & l'Espérance. M. de Fleurieu, alors ministre de la marine, rédigea les instructions qui furent données à d'Entrecasteaux, et qui sont un modèle achevé. La Recherche el l'Espérance étaient deux inauvais bâtiments, marchant mal, ayant un grand Lirant d'eau, non doublés en cuivre, en un mot les plus mal choisis pour faire une campagne au milieu des iles, des bas-fonds et des récifs qu'il fallait visiter de
Laugle, naquit en 1744. Entré au service en 1758, en qualité de garde de la marine, il ne cessa de naviguer jusqu’en 1771 el devint un habile marin. Elu membre de l'Académie royale de la marine en 1714, il en devint directeur en 1783. Il avait été nommé lieutenant de vaisseau en 1778, et avait pris part à la bataille d'Ouessant, et à l'expédition de La Pérouse, dont il était l'ami, à la baie d'Hudson. À son retour, en 1782, le Roi l'avait nommé capitaine de vaisseau.—Le massacre eutlieu à l'île Maouna. M. de Langle fut l’une des victimes. Quarante-neuf blessés échappèrent aux sauvages.
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