TERRE
Ainsi campé, le duc de Cumberland rendait impossible l'attaque de la place, dont le siège était considéré comme le résultat essentiel de la victoire, en ce sens que la prise de Maëstricht devait amener la paix. Aussitôt le maréchal de Saxe forma le projet de s'emparer de Berg-op-Zoom et en chargea le comte de Lowendal.
À la lecture des diverses relations de Laufeld, on se demande comment il se fait que Bathiany ait pu se retirer librement, et pourquoi le maréchal de Saxe n'a pas complété sa victoire, en battant la droite de l'ennemi, aprés avoir défait le centre et la gauche des alliés. Le marquis de Valfons donne la réponse à ces questions, et 1] nous paraît avoir raison.
M.de Valfons était très attaché au maréchal de Saxe, qui l'aimait beaucoup, et auquel il avait, par sa bravoure, son intelligence militaire et son activité, rendu de grands services à Laufeld, et il n'est pas probable qu'il ait lancé contre son général une accusation grave sans aucun fondement. Or il dit nettement que Île maréchal de Saxe, « ne voulant pas finir la guerre, ne devait gagner les batailles qu'à demi! ». Il exprime à plusieurs reprises celte opinion. Le maréchal, vers la fin de l'action, alla trouver Louis XV à Herderen et lui dit : « Sire, il faut gagner deux batailles dans un jour, et marcher aux Autrichiens qui sont sur ce plateau ».
« Mais nos lenteurs facilitèrent la retraite du maréchal de Bathiany, qui était perdu sans ressources si
4, Souvenirs, p. 217.
112 LE MARÉCHAL DE SAXE. 14 ed ie MN j é: F M. le maréchal, au lieu de venir à Herderen chercher :| INR des compliments du Roi, eût fait avancer S, M. à la tête Ca AR . .
ul. de toute sa Maison, et avec toute la cavalerie, dans la : 1 plaine de Monpertin!, sur le ruisseau de Lonaken, la 15 droite à la Meuse. L'artillerie et les équipages des ei ennemis étaient pris et on forcait leur armée à se retirer, th par la Campine liégeoise sous Bréda, non sans perdre beaucoup de monde ».
Quelques pages plus loin?, M. de Valfons ajoute : JR « S'il avait gagné complètement, comme il le pouvait, 1 Ne la bataille de Laufeld, les ennemis écrasés auraient nn fui du côté de Bréda et ouvert, par leur retraite, le chemin de Maëstricht. La négligence, ou mieux, comme je l'ai raconté, le désir qu'avait le maréchal de ne pas finir la guerre, permit à leur armée battue de repasser tranquillement la Meuse“ », On fit done le siège de Berg-op-Zoom (12 juillet), et M. de Lowendal enleva d'assaut cette ville imprenable, fe. le 46 septembre.
ni Le 24 octobre, Maurice de Saxe écrivait au comte de Bruhl, ministre d'Auguste HT? « Je désire que les néh 4 hi 1. Surlaligne de retraite de Bathian y. On y arrivait directement FREE de Laufeld.
à Queer 57 2. Page 230.
k Pr 3. Il est bien évident que la paix ne plaisait pas au maréchal, Ft je Avant tout c'est un condottiere. Il dit et répète avec raison que til 420 la paix se trouvera dans Maëstricht; c'est justement pourquoi il jd Hu le n'ira que le plus tard possible. Quand on signa la paix en octobre due. ‘ 1748, il dit à un officier de son état-major : « Voilà la paix faite; 4 & à nous allons tomber dans l'oubli; nous sommes comme les - Are 2 manteaux, on ne pense à nous que quand on voit venir la pluie » # $ Es (GRIMOARD, |, XKXV.) È MT Lait Fr, j'\| PRESS
ut
gociations nous donnent la paix, malgré les avantages que je pourrais espérer de la continuation de la guerre, el la raison que j'aurais de la souhaiter pour jouir plus longtemps du gouvernement général des Pays- Bas, que S. M, T. C. vient de me donner! »., En effet, le Roi l'avait nommé gouverneur général des Pays- Bas, avec 1,000 louis d'appointements par mois, ce qui n'empêcha pas le maréchal de fortement ranconner ces provinces.
En 1748, au mois d'avril, après d'habiles manœuvres, Maëstricht fut investi le 9; la tranchée fut ouverte le 15, et le siège était poussé avec vigueur, lorsque les préliminaires de la paix furent signés le 30. D'après les conventions adoptées, la ville capitula Le 6 mai et les Francais en prirent possession le 40.
La carrière militaire du maréchal de Saxe était terminée.
La paix fut signée le 18 octobre 1748, à Aix la- Chapelle, «Ge traité, dit M. Lavallée?, était digne d'une guerre faite, pour ainsi dire, sans but et sans suite, el où la France, d'abord auxiliaire de Charles VIT, puis ennemie de l'Angleterre, se trouvait à la fin aux prises avec la Hollande. On s'attendait à ce que Louis XV, qui était maître des Pays-Bas, de deux provinces hol-
1, ViTZTHUM-D'ECRSTAEDT, p, 011. 2, Dans son excellente Histoire des Français,
landaises, de la Savoie et de Nice, qui avait Loutes ses frontières intactes, qui pouvait se glorifier de nombreuses victoires, demanderait quelque partie des Pays-Bas pour indemnité de guerre, et les alliés semblaient décidés à ce sacrifice; mais, à leur grande surprise, il déclara qu'il voulait traiter non en marchand, mais en roi ».
I fit la paix en dupe, ou, si l'on aime mieux, en homme désireux de vivre tranquille, au sein des plaisirs et que la guerre dérangeait. Il rendit les Pays-Bas à l'Autriche, C'était la seconde fois que la France rendait les Pays-Bas conquis et entièrement en son pouvoir : la première fois à la paix des Pyrénées, en 1659, la seconde en 1748.
Au cours de ces tristes négociations, de ces offres de restitution, le maréchal de Saxe avait écrit, le 45 mai, au comte de Maurepas, ministre de la marine, la lettre suivante qu'il faut lire : « Je ne suis qu'un bavard en fait de politique, et si la partie militaire m oblige quelquefois d'en parler, je ne vous donne pas mes opinions pour bien bonnes. Ce que je crois savoir et vous assurer, est que les ennemis, en quelque nombre qu'ils viennent, ne peuvent plus pénétrer en ce pays-ci, et qu'il me fâche de le rendre, car c'est en vérité un bon morceau, et nous nous en repentirons dès que nous aurons oublié notre mal présent, Je n'entends rien à la finance et je ne connais pas nos moyens; ce que je sais est que l'argent en Angleterre n'était à la fin de la
grande guerre qu'à # 0/0, et qu'il était ces jours passés à 44et 15 0/0, de quoi il n'y a point d'exemple. Et
Tenir es
comme le crédit est la seule chose qui soutient les Anglais et les Hollandais, je conclus qu'ils sont à bas et qu'ils n'en peuvent plus.
« Ce n'est pas comme chez nous; nous avons une force intrinsèque, et, quoique l'argent nous manque, nous allons encore longtemps, et je crois que ce n'est pas un mauvais marché que de se mettre mal à son aise pour acquérir une province comme celle-ci!, qui vous donne des ports magnifiques, des millions d'hommes, une barrière impénétrable et de petite garde. Telles sont mes pensées; au demeurant, je ne Connais rien à votre diable de politique. Je vois, je sais que le roi de Prusse a pris la Silésie et qu'il l'a gardée, el je voudrais que nous pussions faire de même, Au bout du compte, il n'est pas si fort que nous, il est beaucoup plus mal posté, on peut le prendre par les pieds et par la tête, et il a de furieux voisins qui ne l'aiment assurément pas plus que nous. Nous n'avons rien de tout cela, et il me paraît difficile ou plutôt impossible que l'on nous fasse rendre ce que nous tenons.
« Voilà, Monsieur, ce que je pense. Vous ne laissez pas que de me tranquilliser beaucoup, et si les fanfreluches des négociations commencent une fois à se méler, nous en avons pour dix ans sans tirer un coup de fusil, C'est votre affaire; la mienne est de prendre et de garder, et je vous réponds de m'en acquitter en conscience ».… Et le maréchal termine cette longue lettre, bien francaise, en disant : « Ne rendons rien, ou ne rendons guère ».
1, La Belgique.
1,4 4 Le public jugea sévérement le Traité d'Aix-la-Cha- Ni pelle, qui donna naissance à un mot populaire : LZéte bi comme la paix.