Ibidem, XV
RATER TE 2e
cris de toul un village qui demande justice sur la maraude et Je pillage de nos soldats, Ce qui vous paraîtra incroyable, c'est qu'ils ont pris pour 300,000 écus' de toiles, La sévérité ne ramène pas la discipline; nous sommes entourés de pendus, et l'on n'en massacre pas moins les femmes et les enfants lorsqu'ils s'opposent à voir dépouiller leurs maisons? ».
D Estrées repoussa le duc de Cumberland jusqu'au Weser, passa le fleuve, baltit l'ennemi à Hastenbeck*, le 26 juillet, et s'empara de la ville de Hameln, le 28 juillet, et de Minden, le 3 août,
Un fait bien grave se passa à la bataille d'Hastenbeck. Le maréchal n'était pas aimé de la (oute puissante madame de Pompadour, qui, le 25 iuillet, avait fait nommer le maréchal de Richelieu au commandement de l'armée de Hanovre. Richelieu arriva le 3 août, à l'armée, remplacer un général victorieux et disgracié sans autre raison que le caprice d'une favorite, qui se croyait capable de choisir les généraux et de diriger leurs opérations,
On peut juger de la violence de la coterie opposée au maréchal d'Estrées d'après les lettres adressées par Paris-Duverney à l'abbé de Bernis, le ministre favori de M"° de Pompadour, Un monsieur de Bourgade avait écrit (4% juillet) à Paris-Duverney une lettre qu'il
. Environ 2,700,000 francs d'aujourd'hui.
. Mémoires de madame d'Epinay, HE, 45.
. À quelques kilomètres au sud de Hameln.
. Voir H. BONUOuME, Madame de Pompadour. général d'armee.
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priait celui-ci de garder pour lui, Paris-Duverney la communiqua au cardinal, « par patriotisme el parce qu'il fallait un remède très prompt ». On lit dans la lettre de M. de Bourgade, qui attaque à la fois le maréchal d'Estrées et l'intendant de l'armée, M, de Lucé :
« Vous me demandez, Monsieur, par la lettre dont vous m'avez honoré le 25, les causes du retard! ; elles sont simples : j'ose vous dire pour vous seul, je vous en conjure, qu'il faut un général et un intendant, Toute l'armée pense de même; je suis à portée de le voir mieux qu'un autre?. Le premier n'a que des inquiétudes, aucun plan, ne sait prendre aucun parti, craint de hasarder où il n'y à point de danger, est aux ordres des ennemis au lieu de les mettre aux siens, se croit toujours trop faible, L'armée est dans un désordre affreux, personne n'a confiance, ni n'est content, personne n'est écouté, Quant au second, tout l'embarrasse *... »
Le 9 juillet, nouvelle lettre de Paris-Duverney pour engager l'abbé de Bernis à faire la lecon au maréchal de Belle-Isle, ministre de Ja guerre, et insister auprès de Jui sur l'incapacité de M. d'Estrées (p. 55-56).
Pendant que ces lettres s'écrivaient et que l'intrigue “’ourdissait, le comte de Mailicbois®, chef d'état-major
i. Des opérations de l'armée.
2. Ce Bourgade était un entrepreneur de vivres (LUYNESs, XVI, 406).
3. Correspondance ducardinal de Bernis avec M. Paris-Duverney, Londres, 1790, 2 vol. in-8o, IT, 46-48.
t. Fils du maréchal de Maillebois.
général du maréchal d'Éstrées et membre de la coterie qui lui était opposée!, pour plaire à Mme de Pompadour, résolut de faire battle son général, Chevert avec quatre brigades devait attaquer les Anglo-Hanovriens par leur gauche, et M, d'Armentières devait appuyer ce mouvement, qui était la manœuvre essentielle de la bataille,
Avec sa vigueur accoulumée, Chevert atlaqua l'ennemi et le refoulait déjà, lorsque M. de Maillebois fil prévenir le maréchal d'Estrées que Chevert était repoussé et que la situation devenait dangereuse, Il espérait que, eroyant aux informations de son chef d'étatmajor, le maréchal ne s'assurerait pas de la vérité du fait, que d'Estrées donnerait l'ordre à Chevert de battre en retraite el que la victoire échapperait à M. d'Estrées, I n'en fut rien; Chevert continua son mouvement en avant, et la bataille fut gagnée?
L'affaire en serait restée là, d'Estrées ne croyant pas que les avis de son major-général fussent une trahison ; mais M. de Maillebois, après le rappel du maréchal d'Estrées, atlaqua son ancien général, critiqua ses manœuvres et obligea M. d'Estrées à se défendre?, D'Estrées publia, en 1758, un mémoire sous le titre de
4. Voir la lettre de Paris-Duverney au cardinal de Bernis (I, 46), dans l'ouvrage cité précédemment,
2, La victoire nous coûla 2,333 hommes tués ou blessés (Gaselle de 1757, p. 390-391 et 408.) — Voir aussi sur la bataille d'Hastenbeck les Mémoires du duc de Luynes, XVI, 123, 125, 126- 130, 133.
3. Le Mémoire de Maillebois est fort rare, nous l'avons réimprimé dans les Mémoires du duc de Luynes, à la fin de l'année
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Eclaircissements présentés au Hoi, La vérilé finit par être reconnue : M, de Maillebois fut cité devant le tribunal des maréchaux de France, reconnu coupable et condamné à une prison perpétuelle ?,
Maillebois trahissait le maréchal d'Estrées le jour de la bataille (26 juillet) ; huit jours après (3 août), Richelieu, qui allait déshonorer un des plus grands noms de notre histoire, arrivait à l'armée de Hanovre el en prenait le Commandement, Une disgràäce imméritée, infigée devant toute l'armée, était la récompense de la victoire d'Hastenbeck,
D Estrées avait poursuivi Cumberland, le forçant à suivre la route de Stade, Richelieu n'eut qu'à continuer ce qui était commencé; il repoussa les Anglo-Hanovriens jusqu à Stade, à l'embouchure de lElbe, entre la mer et l'estuaire du fleuve, au milieu de marais el dans une contrée presque déserte, L'armée anglo-hanovrienne eût été certainement détruile, si nous avions eu un général honnète el dévoué aux intérêts de sa patrie. Mais Richelieu accorda à Cumberland la convention de Closter-Severn, que je n'hésite pas à qualifier de trahison, Car, à moins de supposer que Richelieu était complètement stupide, il ne devait pas traiter dans les conditions où se trouvait l'ennemi; il devait l'écraser ou le faire prisonnier.
L'armée de Cumberland ne comptait que 40,000
1. Petit in-80 de 48 pages. Il y a plusieurs éditions de ce Mémoire justificatif.
2, Voirsurlaconduite de Maillebois les Souvenirs de M.de Val{ons (p. 212-283) et la Vie de Louis XV, par Mouflle d'Angerville. GÉN. ET MARINS. 13