DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. l/SVESQUE
DB VENCB (1).
l)e Bourbon, le 15 juin ioô4 (2).
Vous pensiez n'avoir qu'une amie à Bourbon et vous y en ayez deux; mais c'estoit assez de la jalousie que j'avois déjà de Mademoiselle de Vertus (3), sans que la lettre que vous avez escrite à Mademoiselle de Clisson m'en donnast encore une autre d'autant plus grande qu'il n'est pas besoin de la voir longtemps pour connoistre que toutes les tendresses qu'on peut luy escrire peuvent bien aysément estre fort véritables. Avec tout cela je n'ay pas laissé d'avoir une fort grande joye de voir de vos lettres en un lieu où je ne m'en doutois point du tout; et j'attendois à vous écrire que j'en fusse sortie, pour vous pouvoir dire des nouvelles de la santé que j'y suis venue chercher, sachant bien que cela ne vous est pas indifférent. J'ay même creu que bien que j'eusse à vous dire que j'ay vu Madame de Longueville et que je ne l'ay point trouvée changée, si ce n'est par l'esprit qui m'a semblé estre encore augmenté, que mes lettres vous seroient plus agréables, si elles vous pouvoient aussi apprendre que les eaux m'eussent fait du bien. 11 me semble que c'est estre assez persuadée de la bonté que vous avez pour moy, et que je ne vous le saurois mieux prouver que par une telle confiance. Je verray encore Madame * de Longueville en partant d'icy et je seray avec elle davantage que je n'y ay esté en venant. J'y fus pourtant deux jours.
(1) Godeau, de l'Académie française.
(2) Mi. de Conrart, in-f», t. VIII, p. 141.
(3) Catherine-Françoise de Bretagne, amie de Madame de Longuerille.
M. le comte de Maure, que j'ay laissé malade à Paris, s'y doit trouver, et si je puis, je le mèneray à Sainte-Reine, pour unvœu que j'y fis pour Mademoiselle de Vandy quand elle fut si malade : et après nous irions voir M. de Langres (1), qui u'en est qu'à une journée. Il n'y auroit pas moyen d'cstre si prèsd'Autun sans y aller aussi, encore que je ne croye pas que l'évesque (2) y puisse estre, si ce n'est que son procès, pour lequel il m'a mandé que l'on luy parle d'accord , pust estre terminé en ce temps-là. Nous reviendrons après, en quelque sorte sur nos pas, pour aller à ce désert de M. le comte de Maure, dont vous pouvez avoir ouy parler, et qui nous feroit bien souhaiter, avec encore quelque autre raison, que vous fussiez plus tost évesque de Poitiers que de Vence. Ce sera pour y estre jusques à la Toussaint, si ce n'est que ces eaux-cy m'eussent fait assez de bien pour me faire résoudre d'y revenir l'automne. Mais en tous cas, l'on se rendra à Paris pour y passer l'hyver, s'il plaist à Dieu. Vous donneriez une grande joye à bien des gens, si vous en vouliez faire autant; mais personne n'en pourrait avoir davantage que moy, pas mesme M. Coorart.