‹ Notices littéraires sur le dixseptième siècleChapitre 23 sur 51 · DB MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE MARESCBAL · texte numérisé non relu

DB MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE MARESCBAL

DE VlLLEROY.

Du juin 1666 (2).

Monsieur,

La diligence et la civilité avec laquelle vous m'avez fait la grâce que je vous ay demandé justifie bien la confiance que j'ay eue en votre générosité, quelque grande qu'elle ayt esté et me fait trouver du plaisir à vous estre aussi obligée que je le

(1) Ma. de Conrarl, t. XI, in-fr, p. 291.

(2) Ms. de ConrarL, t. XI, in fo, p. 291.

suis. Si M. le comte de Maure estoit icy, il oe manquerait pas de joindre ses très-humbles remercîments aux miens ; mais je vous puis assurer qu'il ne ressentira pas moins que moy la faveur que vous venez de nous faire et ne désirera pas avec moins de passion de la pouvoir reconnoistre. Je suis, Monsieur, d'une maison qui a eu de long temps grand attachement pour la votre ; mon père ayant esté serviteur particulier de Messieurs vos grands-pères et surtout de M. deSancy (1), avec qui il estoit en fort grande amitié. Paites-moy la grâce de croire, que j'auray désormais pour votre personne les sentimentsqu'ilavoit pour votre maison, elqu'il ne vous sauroit plus rien arriver à quoy je ne prenne très-grande part. Cela tout seul me feroit extrêmement regretter la pauvre Madame de Lesdiguières (2) ; mais, Monsieur, vous avez quelque connoissance de la bonté qu'elle avoit pour nous. Elle vous a quelquefois escrit pour quelque chose de pareil à ce qui m'a fait avoir recours à vous, et je suis assurée que si elle estoit encore en estât d'avoir de la joye, elle en auroit beaucoup que vous m'eussiez obligée comme vous avez fait. Il faut avouer que c'est un furieux dommage, et que vous estes bien à pleindre de faire une telle perte. Je croy, en mon particulier, en faire une fort grande. J'ai peine à m'empescher de vous en dire davantage ; mais je crains d'augmenter votre douleur et d'abuser de votre civilité par une trop longue lettre. Faitesmoy l'honneur de croire, Monsieur, que je seray toute ma vie autant que vous m'y avez obligée

(1) Nicolas de Harlay, baron de Sancy, surintendant des ûnances, mort en 1629. Sa fllle Jacqueline avait épousé Charles de Neuville, seigneur de Villeroy, •gouverneur de Lyon. Le maréchal de Villeroy était né de ce mariage.

{2) Anne de la Madeleine, duchesse de Lesdiguières, serait morte, selon M. Monmerqué, le 2 juillet 1656. D'après la lettre de Madame de Maure, il faodraft reporter cette mort au mois de juin ou croire à une erreur de date dans toute cette correspondance de Madame de Maure avec Villeroy.

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