‹ Notices littéraires sur le dixseptième siècleChapitre 24 sur 51 · LA COMTESSE DE MAURE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE MAURE

Paris, 30 octobre 1657 (2).

J'avois prié Mademoiselle de Vaudy de vous assurer de mon service très-humble. Je ne voulois point, Madame, vous escrire mes affaires parce que c'est un détail importun ; et à moins que d'estre aussi bonne que vous estes, cela ennuyé d'entendre parler d'une chose qui est désagréable de soy. Mais l'honneur que vous me faites de prendre part à ce qui me touche et d'une manière si obligeante m'oblige à vous rendre compte de Testât où elles sont. Vous saurez donc, Madame, que M. d'Espernon m' ayant fait proposer par Mademoiselle sa fille (3), le dernier voyage qu'elle estoit icy, de me séparer de biens et de renoncer à la communauté ; et, que cela estant, il me donnerait trente-quatre mille livres de renie, ma vie durant comme une pension, en comptant mon bien, et que je n'aurois quoique ce soit à disposer en cas qu'il mourût avant moy, (4) voulant que tous les avantages quej'espérois légitimement de sa maison y retournassent, sans que j'eusse nulle disposition. Je ne trouvay pas ce party raisonnable (5)

(1) Marie do Cambout, nièce du cardinal de Richelieu, seconde femme de Bernard duc d'Êpernon.

(2) Ms. de Conrart, t. XI, in-f«, p. 1379.

(8) Anne-Louise-Christine de Foix de la Valette d'Êpernon, 01 le du duc d'Epernon et de sa première femme, Gabrielle de Bourbon, aile de Henri IV, Mademoiselle d'Êpernon était carmélite sous le nom d'Anne-Marie de Jésus depuis seize ans. Elle était née en 1624.

(4) Le duc d'Êpernon mourut en 1661.

(5) Nous supprimons un récit des démêlés d'intérêts de madame d'Êpernon avec son mari et les enfants qu'il avait de sa première femme.

LETTRES INÉDITES DE MADAME DE MAURE. f 6f

... Si M. le cardinal (1) vivoit,cettefortune estropiée i roi t plus droit, mais je ne serois pas plus heureuse, puisque je compte le bien pour rien et que ce n'est pas cela qui contente. Vous avez une bonté sans exemple de souhaiter l'avantage d'une parente <T une personne que vous n'avez pas sujet d'ay mer (2) . xMais en cela vous considérez que les fautes sont personnelles et que je n'en ay point de ce costé-là; au contraire, vous ho norant comme je fays, je suis au désespoir que des gens que je dois respecter, vous ayent causé du déplaisir. En vérité, cela m'en donne infiniment. Je vous demande pardon d'avoir entamé un discours fascheux, mais pour vous faire voir mes sentimens il a bien fallu vous en dire quelque chose. Mademoiselle de Vandy a esté nourrie à votre escole, cela suffi ^ pour qu'elle soit fort généreuse : elle l'est à mon esgard infiniment, et je luy en suis très-obligée. Elle a raison d'estre persuadée de l'estime que j'ay pour elle. Voicy une lettre dont je vous dois faire mille excuses, puisqu'elle est d'une longueur insupportable et qu'il n'y a rien qui vous puisse donner un moment de divertissement. Mais comme vous me faites la grâce de m'aymer, j'ay creu que je vous devois informer de toutes choses. Si j'ay tort, vous me condamnerez; et si j'ay raison, vous me ferez l'honneur de me pleindre d'estre entre les mains des gens qui n'entendent que celle [la raison) qui leur est utile. Mais il faut prendre patience et se consoler avec ses amis des traverses de la fortune. Je m'estimeray très - heureuse , si vous me faites l'honneur de croire que je suis dans la reconnoissance que je dois de vos bontés, et que personne du monde n'est avec

(1) De Richelieu.

(2) Richelieu i cause du procès du maréchal de Marillac dont Madame de Maure était nièce et héritière. Les biens de Louis de Marillac avalent été confisqués.

162 NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XVlf SIÈCLE, plus de passion que moy votre très-humble et très-afl. servante,

Marie du Cambout.

M. le comte de Maure me fait plus d'honneur que je ne vaux. Trouvez bon que je l'assure de mon service.

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