DUBOIS DE LESTOIRM1ERES
suivi en Savoie Madame Chrétienne de France, soeur du Roi, quand elle fut mariée en 1619 à Victor-Amédée, duc de ; Piémont, qui succéda en 1630 à son père Charles-Emmanuel Ier. Dubois resta en Savoie jusqu'en 1629 : il y prit * part à divers combats, reçut quelques blessures et Gt maintes x prouesses. Il était encore au serA ice de la duchesse de Piémont lors de l'attaque du pas de Suse, et se trouvait sans k doute au nombre de ces Français auxquels le duc Charles- Emmanuel disait, en s'échappant de la ville : Laissez-moi i passer, Messieurs, vos gens sont en colère. Les brouilles de : la couronne de France avec le duché de Savoie devenant plus vives, et le duc Charles-Emmanuel inclinant de plus en i plus à la politique espagnole, on en vint à faire des avanies ! aux Français qui avaient suivi Madame. Dubois prit alors son congé du prince Thomas, fils du duc Charles-Emmanuel, i sous le commandement duquel il servait dans une compagnie de gendarmes, et s'en revint en France. U y fut rétabli dans la charge de commissaire ordinaire de l'artillerie, que son père avait tenue au temps du roi Henri IV, et que son grand-père avait possédée précédemment. Ce grand-père se nommait Mathurin ; il était fils de Jean, fils d'Ivon
• la Reyne prit ung fauteuil au chevet de son lit, M. le Prince au pied du i « lit, MM. de Mortemart, du Lude, de St. Agnan, de ViUeroy et autres estant
• autour du lit, le Roy s'assit sur son lit, sa robe d'ouate sur ses espaules,
• et commanda à M. de Vielle de loy donner mon mémoire et dit tout hault : « Hier au soir, ung de mes valets de chambre me donna ung mémoire qu'il < a faict à la mort du Roy mon Père, j'en veulx estre le lecteur: escoutes-
i ■ moi. Et il commença et le lut tout : il contenoit douze feuilles.
; « Ce jour là je n'estots pas de garde, et 11 y avoit ordre du roy qu'il n'en-
« treroit que les deux valets de chambre de garde et un huissier. Je ne me « présentay qu'à l'heure qu'il falloit relever mes compagnons ; en entrant,
- Monsieur me dit : Dubois j'ay lu tout vostre livre. Comme de faict il eatott
• venu après, et, le Roy lui en ayant parlé, il le lut tout du long. M. le « Prince demanda au Roy sy c'eBtoit moy quy eus fait ce mémoire. Le Roy
- luy ayant dit que ouy, il se tourna vers moi et me tesmoigna qull eut esté
• bleu aise d'en avoir une copie, ce que je luy accorday de bon cœur. »
Dubois. ïl avait eu six enfants, « tous braves comme l'épée», dont un des cadets, Réné, mourut en 166! , âgé de plus de quatre-vingts ans. Réné Dubois avait été cbef du gobelet de M. le duc d'Orléans, frère de Louis XIII ; mais n'apnt pas suivi ce prince lorsqu'il quitta la France, en 1632, après l'exécution du duc de Montmorency, Réné perdit sa charge, et n'étant plus officier, se trouva soumis aux tailles; son neveu Marie lui obtint en 1648, par l'entremise du comte d'Harcourt, une charge de porte-manteau de la grande écurie qui le fit désormais appartenir au Roi et Pexempta par conséquent de toute taxe. Le père de Dubois s'appelait Claude, et en voyant la considération que tous les membres de sa famille professaient pour Fauteur de nos Mémoires, on peut supposer qu'il en était chef, et que son père était l'aîné des six fils de Mathurin. Ce père dut mourir assez jeune, car sa veuve se remaria, et un de ses enfants du second lit, qui avait été mousquetaire du Roi, fut tué en 1647 au stfge de Lérida. Outre deux sœurs, Dubois avait un frère, Claude Dubois, qui était mort et dont les enfants résidaient encore en Savoie en 1648. Marie Dubois avait épousé Jacqueline Fredureau, déjà veuve et chargée de trois enfants. H maria la fille et obtint des charges dans les armées pour les fils. Anne Fredureau mourut en 1659, après avoir donné à Dubois une fille et un fils. Dubois dans ses loisirs enseignait à ce dernier les langues latine, italienne et espagnole. On lui conseillait d'y joindre l'enseignement des mathématiques, mais rignorance du père en ce point fit l'ignorance du fils.
Je ne sais en quelle année Marie Dubois obtint une charge de valet de chambre du Roi. Ces charges étaient sujettes à se diviser : la plupart de ceux qui y servaient n'avaient que des demi-charges. Lorsqu'une charge entière venait à va-
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quer, elle se partageait ordinairement entre les deux plus anciens valets de chambre, pourvus de demi-charge. Le plus ancien n'avait rien à payer ; le secoud donnait aux héritiers du défunt une somme fixée par les premiers gentilshomihes de la chambre. Dubois ayait une demi-charge, et, en 1647, il en obtint, par l'entremise de M. de Souvré, la survivance pour son fils Joseph Dubois, qui était à peu près de môme âge que le Roi. Deux ans après, pendant que M. de Souvré était à Courtanvaux, Dubois le pria de vouloir bien, en sa qualité de premier gentilhomme de la chambre, recévoir le serment de Joseph. Voici comment les choses se passèrent : « Je luy présentay mon fite qu'il côgnoissoît « fort bien, dit Dubois, et luy montray mes lettres de survi- « vance qu'il lut; après, il fit lever Ta main à mon fils, et luy « dit : Ne promettez-vous pas à Dieu de bien et fidèlement a servir le Roy? Mon fils dit : Ouy, Monsieur. — Et s'il « vient quelque chose à votre cognoissancé qui soit contre « son service de m'en avertir moy ou mes compagnons? « Mon fils dit aussi : Ouy, Monsieur. Alors, M. de Souvré « le regardant toujours luy dit : Dieu vous en fasse la « grâce. » M. de Souvré fit ensuite antidater ce serment, et le reporta à l'époque des lettres de survivance. Ceci était important, car on prenait rang d'ancienneté du jour du serment, et c'était cette cérémonie qui constituait Véritablement les officiers. Ce jour-là même, quand vint l'heure du dîner, M. de Souvré commanda à Dubois de se mettre à table avec lui et voulut que l'enfant s'y mît aussi. Comme le père refusait cet honneur et disait que son fils pouvait bien aller dîner avec « M. le Maistre » (if hôtel), M. de Souvré reparUt : Je veux qu'il s'y mette, il est aussi bien officier que tous. L'enfant s'assit donc à table, et, dit Dubois, il s'y comporta assez bien.
364 NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XVll« SIÈCLE.
En 1648, Dubois était en position de disputer le titre d'un des plus anciens valets de chambre du Roi : son droit n'était pourtant pas très-évident, et il n'obtint rien alors ; mais en 1652 il eut une seconde demi-charge pour laquelle il n'eut rien à payer. Possédant donc la charge entière, il demanda à la reine, en 1653, de lui accorder la survivance de la seconde demi-charge pour son gendre, M. de Montigny, écuyer du Roi. La reine lui refusa cette grâce, et Dubois, voulant égaliser ses deux enfants, se démit en faveur de son gendre de cette demi-charge, au risque de la voir sortir de la famille et perdue pour les siens, si ce dernier venait à mourir. Mais en 1655 le Roi en accorda la survivance au fils de M. de Montigny, âgé alors de trois ans. C'est en compagnie de cet enfant que nous verrons plus tard Dubois auprès du dauphin.
Il servit d'abord le père de Louis XIV. Il s'était attiré les bonnes grâces de Louis XIII, et il conserva toujours à la mémoire de ce Roi un fidèle et pieux souvenir dont les Journaux font foi en plus d'une rencontre. Louis XIII, on le sait, aimait la musique et il composait des airs qu'il se plaisait à entendre chanter. Dubois, doué d'une assez jolie voix, faisait parfois sa partie dans la musique du Roi, et surtout il répétait souvent les airs que le Roi avait composés. Cela lui procurait, auprès du monarque, de petits agréments qu'il s'étudia à conserver auprès de Louis XIV. Le grand Roi, sans être aussi habile ni aussi fin connaisseur que son père en de telles matières, n'avait pas moins un goût prononcé pour la musique, comme pour tous les beaux-arts auxquels il se plaisait volontiers, et dont il fut bien servi. Il avait, dans son enfance, formé une compagnie de violons, qu'on appelait les petits violons du Roi, qu'il prenait grand plaisir à entendre, et qui jouaient en effet fort joliment. La musique
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était alors entrée dans le luxe et les plaisirs des grands. Chacun se composait des corps de concertants, et les Journaux de Dubois signalent entre autres la musique de la duchesse de Chaulnes. A Amiens (1647), quand le Roi, la reine, le cardinal et les princes allaient le soir, en carrosse, se promener sur le Cours ils étaient accompagnés d'un carrosse dans lequel se trouvait la musique qui chantait et jouait pour divertir Leurs Majestés.
Un goût hien sévère ne présidait pas toujours à ces délassements. Le Roi, encore fort jeune, voulant donner une sérénade à la reine et aux dames, avait ordonné (1648) à Dumanoir, l'un de ses vingt-quatre violons, « de composer plusieurs « airs jolis et d'y mêler quelques instruments bizarres. » Les petits violons se présentèrent donc un soir devant Leurs Majestés et exécutèrent trois airs « intitulés les Charivaris, où se « mêloient des violons, des vielles, flûtes douces, castagnettes, « flageolets, orgue de Perse, un petit rossignol de terre plein u d'eau, et une saulnière de bois qu'un d'eux avoit attachée « à sa ceinture, et sur laquelle il battoit avec des baguettes « de tambour et faisoit des fredons, mais le tout extrême- « ment joli et qui donna un grand plaisir à tous ceux qui « étoient là. » On semblait bien loin encore de Lulli. Nos Journaux, toutefois, trouvent l'occasion de faire mention de lui. En 1664, le Roi s 'étant informé de Dubois, s'il chantait encore, lui demanda ensuite quel motet passait pour le meilleur du temps de Louis XIII. Dubois cita le Nonne Deo subjecta erit anima mea du «c bonhomme Formé », que le cardinal de Richelieu avait voulu connaître, et que la musique du Roi, venue exprès à Paris de Saint-Germain, lui fit entendre par deux fois dans la chapelle du Palais-Royal. Dubois ajouta qu'il avait eu l'honneur d'être de la musique et d'un magnifique dîner que le cardinal avait fait apprêter, mais qu'il
n'eut point de part à la distribution des deniers. « Comment, « interrompit le Roi, il leur donna de l'argent? — Ouy, Sire, n il leur donna dix mille livres. — De son argent? dit le « Roy. — Non, Sire, de celluy du Roy, par ung acquit « paient. — Cela étoit bien aisé dans ce temps-là; mais à « présent cela ne se fait plus, dit le Roy* »
a Le Roy me fit encore l'honneur de me demanderai j'avois « entendu sa musique et ce qu'il m'en sembloit. Je luy dis « que j'ayois entendu un motet de Veni Creator <u*e j'avpis « trouvé fort beau, et que Sa Majesté avoit augmenté sa mur « sique des dqux tiers depuis la mort du défunt Roy, et que « sa grandeur n'y paraissoit pas moins que dans ses armées. « Alors le Roy médit: llfautque vous en tendiez le if «eme de « Baptiste. Ce que je fis le jour de Pâques-Fleurie ; et le len- « demain, que je fus de garde à son petit coucher, le Roy « me fit l'honneur de me demander, en présence de grand « monde, si j'avois entendu la musique. Je luy dis ces a mesmes paroles : Sire , je m'en donnay hier jusques a aux gardes : j'eus l'honneur d'entendre la messe et les a vespres de Votre Majesté, et le miserere du seigneur Bapc liste. Le Roy me dit : Lequel trouvez-vous le plus beau du <t Laudate, de Y In exitu ou du Miserere ? Je lui dis : Sirp, la <& diversité du mouvement du Miserere m'emporte* Le leu- * demain le Roy dit à M. de Paris (1) que je m'expliquois a bien, luy racontant ce que je luy avois dit. »
Les obligations de la charge de Dubois ne le retenaient pas toujours ^ la cour, Les valets de chambre ne servaient qu'à tour de rôle et par quartiers de trois mois. Lorsque Dubois s'était acquitté de son service, il se retirait chez lui sur les, bords du Loir, à Montoire (2) d'abord, et plus tard à Cou-
(l) Hardontn de Péréûxe, qui avait été précepteur do Roi. P) PeUte ville aujourd'hui du département de Loir-et-Cher.
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ture (1), en descendant de quelques lieues le cours de la rivière. Les événements de Montoire, de Couture et des autres lieux circonvoisins, Vendôme (2), Le Lude (3), Châteauregnault (4), sont inscrits au Journal avec un non moindre détail et un non moindre intérêt que ceux de la cour. Avoueraije que je ne voudrais pas m'en plaindre? La manière dont vivait à cette époque en province un gentilhomme de condition médiocre, ses occupations, son influence, les intérêts qui le touchaient, qu'il embrassait, qu'il soutenait, peuvent offrir à la curiosité des aliments solides. Et en vérité ce monde des bords du Loir n'est pas dépourvu de charmes. Dubois vivait là honorablement, utile à tous, respecté de tous et plein de vénération et de soumission pour ses supérieurs. Il se rendait parfois à Vendôme voir Son Altesse (5), dans le dnché de laquelle il habitait, et solliciter de sa générosité quelques avantages pour la paroisse ou pour son église. 11 avait soin d'être galant avec tout ce qui entourait Son Altesse parce que dans ce temps-là on savait qu'on pouvait avoir besoin des services d'autrui, et que la politesse était dans les mœurs de la bonne compagnie. Le secrétaire, l'intendant, tout ce qui touchait à Monseigneur, Madame Mouanier même, première femme de chambre de la duchesse, avaient part aux honnêtetés. A l'aide de ce soin à entretenir de bons rapports avec tout ce qui approchait de Son Altesse, quand Dubois se présentait* Vendôme il était reçu d'une manière flatteuse et distinguée, dont le Journal fait foi.
Quand on allait ainsi rendre ses hommages, ou que quelque autre obligation conduisait à plusieurs lieues
(1) Loir-et-Cher.
(2) Loir-et-Cher.
(3) Sarthe.
(4) Indre-et-Loire.
(&) César de Vendôme, Als de Henri IV.
de chez soi, on montait à cheval et on prenait sa femme en croupe. Pour que la ressemblance avec le Destin et la charmante de TEstoile fût parfaite, on rencontrait parfois des partisans de MM. les princes ou un parti de l'armée du Roi (1652). Dans l'un ou l'autre cas il fallait vider sa bourse, et s'estimer bien heureux encore de n'avoir pas été, comme plusieurs de ses compagnons, forcé de rendre les armes. Quand les troubles furent passés, les chemins n'étaient pas beaucoup plus sûrs, et il s'y faisait d'étranges entreprises. Un soir (1655), à la brune, Madame de la Giraudière, se rendant au Lude, dans son carrosse, en compagnie de Mademoiselle de la Tessonnière, sa fille, et de deux autres demoiselles, se vit tout à coup abordée par cinq ou six cavaliers, à la tête desquels était M. de Fontenaille (i). Malgré les cris des femmes, ils arrachèrent des bras de sa mère la pauvre demoiselle de la Tessonnière. M. de Fontenaille la prit sur l'arçon de sa selle, a sur ung oreiller qu'il avait disposé pour cela, » et partit au galop. On courut toute la nuit. La demoiselle poussait des cris perçants. M. de Fontenaille la consola de son mieux, et l'assura qu'il ne voulait rien entreprendre sur sa personne. Comme il ne connaissait pas beaucoup les chemins, il s'égara et n'arriva que le lendemain à Jarzé, qui n'est qu'à huit lieues du Lude. Cependant la bonne dame de la Giraudière, outrée et pleurante, dans l'état où se trou* vait la pauvre La Caverne après le ravissement d'Angélique, rentrait au Lude. Les habitants partirent aussitôt à pied ou à cheval, pour secourir la demoiselle. Un de ses oncles, qui se trouvait à quelques lieues du Lude, donna des ordres pour rassembler des hommes. Le bruit de ce rapt se répandit, et chacun s'arma pour les dames. Dubois partit avec ses voisins,
(i) H se nommait de Lestrelle.et avait deux frères, ainsi que lui, au service du comte de Lude.
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aussitôtqu'il eut reçu la nouvelle. Ils passèrent par le Lude, où ils virent Madame de la Giraudière, «qui leur tira les larmes des yeux et les soupirs du cœur. » Ils trouvèrent là d'autres personnages qui étaient Tenus à môme dessein. On dîna de compagnie, tristement, mais enfin on dîna, pour ne pas oublier sans doute qu'on était en pays de haulte graisse. Toute la contrée s'était émue. Les amis de la dame de la Giraudière et de sa famille faisaient des levées de tous côtés. M. le marquis de Sainte-Suzanne avait envoyé sa compagnie de quatre mestres, et s'était tout d'abord emparé du Plessis- Bouré, qui était une maison forte appartenant au marquis de Jarzé. Quand Dubois et ses compagnons arrivèrent à Jarzé, tout était fini. M. de Fontenaille avait reconnu qu'il lui était impossible de résister à cet effort, et il avait rendu la demoiselle. Elle déclara, en présence de ses oncles, parents et amis, avec autant de naïveté que d'innocence, que, hors que M. de Fontenaille l'avait ravie d'entre les bras de Madame sa mère, elle n'avait qu'à se louer de lui, et qu'il l'avait traitée avec tout l'honneur et tout le respect qu'elle pouvait souhaiter. En arrivant à Jarzé, en effet, il l'avait remise entre les mains d'une vieille demoiselle et de deux filles de condition, qui l'avaient servie pendant tout le temps qu'elle étaft restée là. En conséquence, on fit grâce de la vie au ravisseur, et on ramena la demoiselle dans le carrosse de Madame dV» Contactes. Le lendemain, après avoir entendu la messe à La Flèche, on arriva au Lude, où on fut recueilli avec une acclamation de joie non pareille. « Quand la fille de la maison du Lude aurait été enlevée, dit Dubois, on ne pouvait mieux faire, et il faut louer Dieu d'avoir remporté tant d'honneur dans une affaire où il pouvait arriver des déplaisirs qui ne re-
Pour compléter ce que nous pouvons dire sur cette demoi-
370 NOTICES LITTERAIRES SUR LE XVIIe SIÈCLE.
selle de la Tessonnière, il faut ajouter qu'à quelque temps de là elle épousa le marquis de Chàteau-Regnault, François de Rousselel, frère aîné du vice-amiral de Chàteau-Regnault, maréchal de France. Le marquis et la marquise de Chàteau- Regnault visitèrent Couture en 1658. Us y furent reçus et traités des plus apparents. On les régala d'un fort joli ballet et de la comédie du Menteur, jouée dans une grange, à la satisfaction de toute rassemblée, par des gens de Couture. Tout cela est pour prouver que Scarron n'était pas un sot, et que le Roman comique ne manque point de vérité. Les dames ne prirent part à la fête que comme spectatrices. Ce fut le fils de Dubois, garçon de vingt et un ans, un peu moustachu peut-être, qui remplit le rôle de Clarisse dans la comédie.
Dans un pays où Ton était exposé à des aventures pareilles à celle de la demoiselle de la Tessonnière, sans voir intervenir aucune autorité publique, il faisait bon d'avoir beaucoup d'amis. Cette nécessité se faisait sentir au dix-septième siècle dans toutes les relations de la vie. Elle était surtout dans la conscience de chacun, et les plus grands personnages ne tentaient pas de s'en affranchir. Elle entrait pour beaucoup dans l'aménité de leurs manières, et contribuait pour quelque chose à répandre dans la société cet agrément et celte politesse qui sont devenus célèbres.
Quand Dubois arrivait à Paris, il ne manquait pas de se présenter chez tous les grands dont il pouvait être connu. 11 donne sur celte matière les vrais principes de la bonne conduite pour ne pas manquer aux devoirs de la déférence, pour se rendre agréable, et en même temps pour éviter d'être importun. Quand quelqu'un d'entre les puissances, M. le Prince, par exemple, M. le comte d'IIarcourt, ou M. de Schomberg étaient à l'armée, Dubois n'oubliait pas, pendant tout le
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temps de son quartier, de leur écrire, avec leur permission, à eux ou à leurs secrétaires, pour leur mander des nouvelles de la cour, dont chacun était toujours friand. Aussi, à son retour à Monloire, trouvait-il les lettres de remercîment de M. de Schomberg, qui lui mandait en même temps la manière dont il avait reçu son beau-fils, auquel le roi avait accordé une Heutenance au régiment de Champagne ; M. le Prince lui serrait la main, se disait son serviteur, et, en sa qualité de grand mestrede la maison du roi, lui accordait un quartier de gentilhomme servant ; M. d'Harcourt l'accueillait à sa table, le faisait monter en carrosse avec la compagnie, en dépit de tous ses efforts pour se dérober à un pareil honneur et se contenter du cheval qui Pavait amené ; il le présentait à la comtesse en l'appelant notre cher ami M. Dubois; et lorsque Dubois voulait baiser le bas de la robe, il avait grand* peine à se défendre de l'honneur d'être baisé par la bonne dame : tout cela, sans contester l'autorité de César, n'était pas uniquement à cause des nouvelles de la cour que Dubois avait mandées.
A son tour, Dubois rendait à ceux qu'il était en position d'obliger, les services et les honneurs qu'il recevait des princes. Il faisait décharger les tailles de Saint-Austrille (I). 11 n'y avait pa3 de quartier où il n'obtînt du Roi, de la reine, ou de quelque autre, une faveur et un don pour sa paroisse. Quand il était à Montoire ou à Couture, il s'occupait à apaiser et à accommoder les différends de ses voisins. Toutes les affaires de la paroisse, de la ville, de la contrée, le touchaient. 11 allait voir l'évêque du Mans pour se plaindre du curé, dont la conduite était loin d'être irréprochable. 11 obtenait
(i) Saint-Austrille. était une paroisse de Montoire, sur la rive gauche du Loir, qui la sépare du reste de la ville. C'est »ur la paroisse de Saint-Austrille que Dubois demeurait avant de faire bâtir sa maison du Poirier, à Couture.
du duc et de la duchesse de Vendôme la concession d'un four banal qui incommodait l'église. C'est surtout en 1652 qu'il déploie toute son activité. La guerre des princes était à son plus fort. M. de Rohan, gouverneur d'Anjou, embrassa leur parti. Comme le Roi assiégeail Angers, M. de Beaufort entra en Beauce, pénétra dans le Maine et voulût s'assurer des passages du Loir. M. de Vendôme, père du duc de Beaufort, tenait le parti du Roi. Il ordonna d'intercepter les passages et de couper les ponts. En même temps il remettait à Dubois une lettre adressée à son fils, où il lut recommandait d'épargner Couture : « Mon fils, lui disait-il, sy vos troupes passent «aux environs de mon duché de Vandomois, je vous prie « d'empescher les désordres que les débandés pourroient « faire dans les villes et les villages de mondit duché, et « particulièrement dans celuy de Cousture, quy est un lieu a où il y a quantité de gens que j'affectionne. Le sieur « Dubois vous en va prier de bouche de ma part, et vous « rendre la présente, par laquelle je vous assure que je « suis, mon fils, vostre passionné père,
« César db Vandosmb. »
Muni de cette lettre, comme d'une sûreté dernière, Dubois n'en exécuta pas moins les ordres du duc de Vendôme. 11 avait d'abord envoyé sa femme et ses enfants à Montoire, Couture étant un lieu tout ouvert. Il rompit les divers ponts sur le Loir, il se saisit des charrières (1), qu'il fît couler à fond, il posta des hommes. J'imagme que tous ses efforts n'auraient pas empêché les troupes des princes, qui avaient déjà chassé un de ses postes, d'occuper tout le cours de la rivière; mais Angers s'étant rendu au Roi, M. de Beaufort rappela et
(I) Mot du pays pour signaler ud bac.