SUR QUELQUES PLANTES FOURRAGÈRES
Dans le paragraphe X de ces Notices, nous avons attiré l’attention du lecteur sur une graminée très importante comme plante fourragère. Nous reviendrons ici sur la question, d’une façon plus spéciale. A diverses reprises, on nous a demandé des renseignements sur les plantes qui, au Congo, peuvent être employées comme fourrage pour le bétail. La culture spéciale des plantes fourragères est une de celles qui est la moins connue au point de vue colonial et tropical. Les renseignements que l'on trouve à ce sujet dans les livres, se répètent partout et portent d'ailleurs toujours sur un nombre très restreint d'espèces végétales.
Nous avons dans les quelques pages suivantes, cher:ché à réunir les éléments sur la question, très peu connue encore pour le Congo. Nous avons essayé d'abord de grouper des renseignements qui ne se rencontrent pas dans les ouvrages généraux, mais se trouvent éparpillés dans des revues périodiques souvent très peu accessibles.
Il existe un très grand nombre de plantes capables de servir à la nourriture du bétail et cela dans diverses
familles végétales, surtout dans deux d’entre elles : les Graminacées et les Papilionacées.
Cependant on ne doit point croire, dans les régions tropicales surtout, que ces deux familles soient seules à posséder parmi les espèces qui les constituent de bonnes plantes fourragères. Il faut que le planteur observe avec soin les animaux, les suive, afin de se rendre compte des plantes auxquelles le bétail ne touche pas, et de celles dont il se nourrit de préférence. L'expérience seule peut guider le planteur dans son choix; les données accumulées par la science viendront ensuite corroborer ce choix et donneront au planteur des indications pour tirer plus amplement parti de telle ou telle plante.
L'observation attentive est en tous pays, comme le dit très justement M. Raoul, pour la connaissance des meilleures plantes de pâture, la véritable source de la certitude ; l'expérience seule peut prononcer avec autorité.
Nous n'avons pas à faire ici un exposé général de la question fourragère, nous désirons rester dans un thème général, notre but étant de fournir les éléments d'une étude à peine entreprise dans les régions coloniales et peu ou point encore examinée au Congo.
Nous insisterons donc naturellement, dans ces notes, plus spécialement sur certaines plantes de la Flore congolaise, sans pouvoir cependant dans les conditions actuelles de nos connaissances, donner de ces plantes une distribution géographique dans l'État du Congo.
Dans toute contrée agricole il est de la plus grande
nécessité d'obtenir une provision régulière de fourrage, appropriée à l'élevage des chevaux et du bétail ; dans les régions tropicales qui devraient pour la plupart, pour ne pas dire toutes, être des colonies agricoles, le développement de la culture fourragère dont dépend l'élevage devrait être très soigné. Souvent on a prétendu que la formation de troupeaux était sans importance ; on a vu parfois des coloniaux prétendre que l’agriculteur colonial pouvait se passer de bétail. C’est là une grande erreur. L'élevage doit être une des-préoccupations de tout planteur, de lui dépend parfois le succès de ses entreprises. Le Gouvernement général de l’Afrique Occidentale Française, dans un rapport dont une partie à été publiée par M. H. Faucher dans une étude intitulée : « Les Intérêts économiques de la France coloniale. Rapports, annotés et mis en ordre, présentés à la III° section du Congrès colonial de 1901 >, nous trouvops cette phrase qui donne à notre avis une bonne idée de l’importance de l’élevage aux colonies. « L'élevage, dit le rapporteur, mérite donc notre attention et rien ne doit être négligé pour augmenter la production et améliorer la race indigène. Il ne faut pas perdre de vue qu'un troupeau est le complément indispensable à toute exploitation agricole, car dans ce cas les bœufs peuvent être utilisés aux transports, aux labours et fournissent l'engrais indispensable aux cultures >» (1). Ce dernier point est certainement à prendre en grande considéra-
(1) Les Titéréts économiques de la France coloniale, par H Faucxer et J. pu Taizuis. Paris, 1904, A, Challamel,
tion et nous ajouterons que le troupeau donne encore en tous temps une source d'aliments sains très utiles pour le colon affaibli par le climat.
Comme l’a très bien dit M. Bonäme, la production du fumier est un des grands avantages du bétail pour une propriété, et cette fabrication aura à l’avenir d'autant plus d'importance qu'on en fabriquera forcément moins que par le passé. Dans le fumier c’est, certes, la matière minérale qui agit, mais plus fortement peut-être encore. la matière organique capable de donner l’humus absolument indispensable pour le maintien de la fertilité du sol. Les éléments minéraux venant à manquer à un terrain pourront toujours lui être rendus par un engrais chimique, tandis que sans fumier ou sans engrais vert il n’est pas possible d’humifier le sol et de lui donner ainsi la fertilité.
Nous n'avons pas à envisager ici la question de l’encrais vert qui est connexe, nous préférerions toujours, quand faire se peut, voir établir l’élevage qui donnera toujours des bénéfices plus importants, à moins que des circonstances locales empêchent la réalisation d’un troupeau.
Mais le développement de l'élevage dépend de l'obtention de bons fourrages, ceux-ci à leur tour sont sous la dépendance des conditions météorologiques et dans une très forte proportion des caractères et de la quantité des plantes fourragères obtenables à l’état sauvage dans la colonie considérée.
C’est donc vers l'étude des plantes fourragères indigènes que devront porter les efforts des colons.
Dans les régions tropicales où il n'existe pas de saison franchement sèche, ou si elle n’est pas très longue, il est facile d'obtenir en tout temps du fourrage frais, il ne sera donc pas nécessaire de faire provision de foin. Si, par contre, le climat présente deux saisons très nettement tranchées, humide et sèche, il deviendra fort probablement nécessaire de réserver une partie de la récolte pour la raison sèche, comme dans les régions tempérées pour l'hiver.
La question de savoir si, dans les régions tropicales, il y à avantage à faire du foin ou de l’ensilage est très discutée. Dans les régions où les herbes à conserver atteignent leur stade le mieux approprié pour la nourriture du bétail au début de la saison sèche, il est recommandable de faire du foin, ce qui est des plus simples et exige peu de dépenses. Par contre, si les herbages atteignent leur maximum de valeur pendant la saison humide, il est impossible de faire du foin et il faudra recourir à l’ensilage.
Il y à aussi grand avantage pour l’agriculteur à rechercher pour les climats à saisons très marquées des plantes fourragères qui, comme le « sour grass » ou Andropogon pertusus, se développent et fournissent de superbes récoltes pendant la saison sèche, alors que le fourrage est rare. Cette plante qui a été signalée en Afrique occidentale mérite de fixer notre attention, nous reviendrons d’ailleurs sur elle plus loin dans l’examen que nous comptons faire d’un certain nombre de graminées et d’autres plantes dont la valeur fourragère est assez grande.
La grave question des fourrages en Afrique tropicale occidentale se résoudra par celle des deux points suivants : obtention de fourrage, 1° pendant la saison humide; 2° pendant la saison sèche, ce dernier provenant de l’ensilage, de foin ou de plantes donnant une récolte pendant cette période.
Les plantes qui doivent servir à la préparation du fourrage peuvent être indigènes ou introduites.
Nous ne pouvons assez insister sur la culture des” plantes indigènes, car mieux que les plantes introduites elles sont appropriées aux conditions locales de sol et de climat et l’on est par suite généralement beaucoup plus sûr de leur réussite.
On connait actuellement en Afrique Occidentale, un certain nombre de graminées de valeur bien connue, entre autres le « Guinea grass » ou « Herbe de Guinée », répandue dans presque toutes les régions tropicales, où elle est très estimée. |
Cette région peut donc être considérée jusqu’à un certain point comme indépendante des autres régions du globe pour sa production fourragère.
M. Van Leembruggen, un planteur hollandais fixé dans les Indes néerlandaises, donne au sujet de la plantation de graminées fourragères d'origine étrangère, l'avis suivant, qui, s’il est peut-être un peu exclusif, renferme cependant beaucoup de bonnes idées.
On a, dit-il, essayé d'améliorer la situation du pâturage en introduisant des herbes étrangères, mais 1° le produit de ces päaturages artificiels est exclusivement destiné à nourrir le bétail dans les étables ; 2° peu de
personnes sont capables de joindre à leur situation d'éleveur celle d’herbager ; 30 si ces plantations peuvent aider quelques personnes, le plus grand nombre recourra aux indigènes chargés de la coupe et ceux-ci couperont tout très assurés que l’acheteur ne peut distinguer les diverses sortes de graminées fourragères ; 4° il est totalement inutile de faire des plantations d’herbages à grands frais et à grandes peines, alors qu'il existe d’autres moyens pour améliorer la qualité des herbages indigènes.
Nous n'avons pas à discuter ici certains des points de l’appréciation de M. Van Leembruggen, qui comme nous l’avons dit, sont un peu exclusifs, peut-être s’appliquent-ils mieux aux Indes néerlandaises qu'aux régions tropicales en général. +
A notre avis, le fait qu'un pays donné possède de nombreuses variétés de plantes fourragères indigènes ne doit pas empêcher les stations expérimentales et même les planteurs isolés de poursuivre des recherches sur l'introduction de plantes d’origine étrangère. En effet, des conditions particulières peuvent amener une diminution dans la récolte du fourrage indigène, et n'avoir aucune action sur des plantes introduites ; en outre des expériences faites dans certaines régions ont démontré, en dehors de l'Afrique, qu’il est parfois plus économique de cultiver les meilleures graminées d’autres régions tropicales, que de se baser uniquement sur les ressources indigènes. Il y a donc lieu de faire, partout où cela est possible, des expériences sur la valeur nutritive des fourrages et d'établir en même temps que
cette valeur le nom spécifique de l’espèce sur laquelle a porté l'expérience.
La composition chimique d’une plante fourragère varie énormément, non seulement suivant les zones dans lesquelles elle est cultivée, mais encore suivant la constitution du terrain, suivant les conditions climatériques de la saison et même suivant l’époque à laquelle se fait la récolte.
Cette dernière variation n’a pas été vérifiée pratiquement pour les fourrages coloniaux, mais elle a été faite en Europe avec de l'herbe de prairie et il est fort probable que la même variation s’observera dans les régions tropicales.
L'exemple suivant, que nous empruntons à l’important traité d'agriculture de Heinrich Semler, est des
plus démonstratif :
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Ce tableau montre l'accroissement, avec la maturité de l'herbe, de la teneur en hydrates de carbone, mais aussi en matières cellulosiques ; par contre les matières albuminoïdes et les matières grasses de même que les substances minérales diminuent.