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Il sera donc de première nécessité de noter avec soin dans un essai de culture, toutes les particularités qui se seront présentées, tenant compte soigneusement des conditions dans lesquelles à eu lieu le développement afin de pouvoir les renouveler et obtenir un résultat favorable dans des régions où les conditions seront à peu près les mêmes.
Il n’est pas inutile, croyons-nous, de faire remarquer à ce propos que la constitution chimique d’un fourrage n’est pas l’unique critérium de sa valeur alimentaire. Cette dernière n’est pas comme on pourrait être tenté de le croire, en rapport direct avec la teneur en pour cent d'éléments nutritifs, il faut aussi considérer l’état physique de la matière.
Bien des plantes peuvent contenir une grande proportion de substances nourrissantes, mais ces substances peuvent se trouver dans des cellules, dont la paroi ne peut être entamée dans le processus chimique de la digestion. Nous en examinerons d’ailleurs certains exemples plus loin qui démontrent qu'il faut, dans ces cas, faire subir une préparation particulière aux aliments ou s'adresser à une plante qui, par la voie chimique, se montre moins riche, mais a été démontrée utilisable par la pratique.
Les essais tentés avec des plantes étrangères devraient être faits au début sur des espaces de terrain réduits et dans le plus grand nombre de champs d'expérience possible, situés dans des conditions très diverses, afin de déterminer par comparaison les meilleures conditions de végétation.
Sur ce sujet si intéressant pour l'avenir des colonies, nous trouvons entre autres dans le « West-Indian Bulletin, I. 2, 1904 », quelques conseils qui devraient toujours être suivis. Ayant obtenu, dit ce périodique, par sélection de variétés indigènes ou par culture expérimentale de fourrages introduits, un certain nombre de plantes bien adaptées aux conditions locales, de haute valeur nutritive, agréables pour le bétail et capables de fournir de la nourriture dans toutes les saisons de l’année, il faudra les cultiver dans les meilleures conditions. Si le bétail doit paitre sur les prairies constituées, il faut les arranger de telle façon qu’il puisse être empêché de revenir sur le terrain quand on juge que l’herbe a été pâturée trop ras. On devra également planter des arbres capables de donner pendant les fortes chaleurs de la journée de l’ombrage au bétail. Un des meilleurs arbres, à cet effet, serait le Pithecolobium Saman qui, outre l'ombrage, produit une quantité considérable de gousses charnues très appréciées par le bétail (1).
Contrairement à ce l’on suppose parfois, les plantes fourragères ne peuvent, pas plus que d’autres récoltes, être cultivées pendant longtemps sur le même sol, sans l’appauvrir et il est nécessaire, surtout en terrain pauvre, si l’on désire voir la récolte se continuer, d'ajouter de temps en temps des engrais.
(1) Le Pithecolobium Saman appartient à la famille des légumineuses, C'est-à-dire à la famille des plantes améliorant le sol par la fixation de l’azote grâce aux nodosités de leurs racines. Nous revien-
drons d’ailleurs sur cette espèce.
La détermination de l’engrais nécessaire à cette culture ne pourra être faite qu’à la suite d'expériences qui seront à recommencer pour chaque genre de terrain mis en culture.
Une analyse chimique telle qu’on la fait souvent ne donne pas toujours des indications précises, il vaut toujours mieux faire des essais et déterminer par le poids de la récolte le genre d’amendement : potasse, superphosphate, salpêtre, chaux, fumier d’étable, qui donnera le meilleur résultat.
Nous n'avons naturellement pas à entrer ici dans le détail de l’organisation de ces plantations, nous désirons simplement insister sur certains points que l’on est souvent tenté d'oublier en culture tropicale.
Il faut naturellement aussi, il est presque superflu de le faire remarquer, écarter les plantes étrangères, les buissons et les arbres qui repoussent si facilement dans les régions tropicales et auraient vite fait, si des précautions n'étaient prises, d’étouffer les plantes fourragères.
La culture des plantes fourragères ne demande guère plus de soins dans une région tropicale que dans les régions tempérées, si les précautions indispensables à toute culture intensive ont été prises; cependant, il y aura toujours avantage à donner la préférence à une herbe résistante recouvrant bien le sol et empêchant la croissance d’autres espèces, même si cette herbe avait un peu moins de valeur nutritive qu’une plante exigeant plus de soins.
Les recherches de ces dernières années ont démontré
que dans certaines graminées il existe des glucosides qui par dédoublement produisent de l'acide cyanhydrique. L'existence de ces constituants a été en particulier mise en lumière par les travaux de M. le Prof. Jorissen (Glyceria aquatica, en 1884) et surtout par ceux de MM. Wyndham R. Dunstan et Thomas A. Henry de l’Imperial Institute de Londres; ces derniers ont signalé d’une façon définitive de tels glucosides dans le Sorghum vulgare,le Dhurra des Arabes, Guinea Corn ou Kafiir Corn et dans le Zotus arabicus. Ces deux auteurs continuent leurs recherches et il est probable que les empoisonnements de bétail rapportés à la suite de l’ingestion de certaines plantes sont dus à la présence de ces glucosides à certaines périodes de la vie de plusieurs plantes fourragères (1).
Déjà M. F. Heim en collaboration avec M. A. Hébert, a présenté en 1904 à la Société française d'Agriculture coloniale, une note sur la toxicité de deux Sfipa de l'Amérique du Sud, les Si. leplostachya Griseb. et St. hystricina Speg. Ces deux graminées sont considérées comme si toxiques que les tribus indiennes nomades font tous leurs efforts pour écarter leurs bêtes de somme des touffes de ces herbes, car l’ingestion de quelques portions de ce fourrage amène rapidement la mort. Peut-être la nocivité signalée pour les S/ipa micicula, Alopecurus geniculatus, Sorghum hale-
(1) Cf. Cyanogenesis in Flant; The great Millet in « Philosophical transactions », 1902, p. 199, A. 399 et in « Technical Reports of Imperial Institute », 1903, p. 121.
pense, Paspalum scrobiculalum, est-elle due au même composé cyané.
Cette étude nouvelle mérite donc d'attirer tout spécialement l'attention du planteur et de l'éleveur. Comme nous le faisions pressentir plus haut, ces herbes ne sont peut-être pas toxiques à tous les stades de leur développement, il y a donc lieu de multiplier les expériences afin de voir si certaines données. à première vue contradictoires ne sont pas le résultat d'expériences faites à des moments différents.
Il est peut-être utile de résumer ici, avant d'exposer en détail la valeur des diverses espèces, les résultats des recherches faites par M. le capitaine d'artillerie G.-J.-E. Nauta (Indes Néerlandaises) sur certaines graminées au point de vue de leur valeur dans la nutrition du cheval. Plusieurs de ces espèces ne sont d’ailleurs pas particulières à la flore des Indes néerlandaises, de sorte que les données de ce tableau pourront peut-être servir de lien à d’autres observations. |
Eragrostis Sp. . . De Us ROTNE Panicum muticum or t ER SR R Pre > Isachne miliacea Roth. |: : : .:. »
Leptochioe sinensis Nees. . , . .….
Cod baermmaTobr 15 2 1", s Cynodon dactylon Pers. »
Panicum Crus-Galli 1.
Eleusine indica Gaertn. mes Paspalum scrobiculatum L. . . . »
Andropogon sp. 2 PRE »
Polytrias praemorsa Hack. ST »
Panicum uncinatum Raddi. . . . ”
Eriochloa polyslachya H. B. K.
. Moyenne.
Oplismenus composilus Pal. Beauv.
— Burmanni Pal. Beauv.
Ischaemum limorense Kunth. .
Panicum infidum Steud.
Paspalum sanguinale Lam.
Sporobolus diander Pal. Beauv.
— indicus R. Br.
Ischaemum muticum L..
Li]
Quelques-unes des espèces citées dans ce tableau ont, d’après les analyses de M.-H.-J. Tromp de Haas, le pourcentage suivant des principaux éléments nutritifs.
Azote (p. €.) des FE c.) De Ur 0 D mis Leptochloa chinensis, : 2 4] 2,56 15,99 2,65 34,6 Ischaemum timorense . . .| 0,87-1,19 5,47-7,46 1,51-2,01 47,6 56,5 Panicum mutieum . . . .! 0,94-1,36 5,87-8,58 2,03-2,59 39,4-59,6 KA DOSTIS Sp: he 0e 3,17 19,84 2,45 30,9 Panicum Crus Galli. . . . EY 9,84 2,16 34,4 Paspalum scrobiculatum . . 1,16 6 2,59 41,2 Eriochloa polystachya . . . 1,60 10 2,16 32,3 Paspalum sanguinale . . . 1,62 10,12 2,81 35,2 “Andropogon BD. ARR. Le 0,84 5,25 2,36 32,1 Panicumanédume 0 77. 1,31 None 3,26 29,5 IsaChne MIA er. CRETE 1,23 7,70 2h21 36,7
Cendres (pi
Graminacées.
Presque toutes les graminées sont fourragères, m£is parmi les nombreux espèces qui composent cette vasie famille, bien peu méritent de fixer particulièrement l'attention du planteur.
Nous examinerons dans ces notes quelques types, surtout ceux dont il a été question dans les publications des dernières années, ils appartiennent surtout aux genres Panicum, Paspalum, Andropogon, très répandus en Afrique; nous citerons encore certaines autres espèces exotiques, mais dont l'introduction dans des régions africaines pourrait être tentée avec quelques chances de succès s’il n’existe pas dans la flore indigène une plante de valeur, dont la culture soit aisée.
PANICUM L.
Le genre Panicum renferme un très grand nombre d'espèces; il se retrouve dans la flore de la plupart des régions tropicales et sa dispersion a été notablement augmentée par l'introduction de nombreux de ses représentants dans la culture. C’est dans ce genre que l’on rencontre plusieurs des graminées tropicales qui sont le plus estimées comme fourrage.
Rien qu’en Afrique, il existe plus de 200 espèces de Panicum, dont un grand nombre possèdent une distribution assez vaste.
Au Congo, le nombre est plus réduit, et cela surtout
à cause du manque de connaissances relatives à ce groupe de plantes difficiles à étudier. Parmi les espèces congolaises, nous citerons :
Panicum argyrotrichum Andr.
brizanthum AÆochst.
— colorum /..
— coloratum Z.
— crus-galli Z.
— diagonale Nees.
— distichophyllum 772n.
— Griffonii Franch.
— indutum S£eud.
— maximum J4Cq.
— mayombense #ranch.
— molle Sw.
— muticum #orsk.
— ogowense Franch.
— ovalifolium Por.
— plicatum Lam.
— polystachyum (4. B. K.) K. Sch.
— rescissum 7y72n.
— sanguinale Z.
— scabrum Zam.
— sulcatum Awbl.
Panicum maximum J/acq. (|).