XX XIII
KAPOK
(Planche XXIX.)
Sous le nom de Kapok, on trouve généralement dans le commerce la bourre des fruits de certains Bombax plus ou moins répandus dans l'Asie tropicale et celle surtout des fruits de l’EZriodendron anfracluosum Gaertn. (1), le Faux-cotonnier, l’Ouatier, le Fromager ou Capoquier.
Le nom « Kapok >» est appliqué à l’ouatier par les indigènes javanais, parfois aussi ils dénomment cet
(1) Eriodendron anfractuosum Gaertn. (= Ceiba pentandra L.; Eriodendron orientale Steud.; E. Rheedii P1.; Bombax pentandrum ZL.; B. orientale Spreng.; Gossypinus alba Ham.).
Feuilles stipulées, stipules caduques; feuilles alternes composéespalmées, à 5-8 folioles, vertes sur la face supérieure, glaucescentes sur la face inférieure. Fleurs grandes, jaunes-rougeâtres; calice à 5 lobes, corolle à 5 pétales soudés à la base, étamines au nombre de 5. Fruit capsulaire, fusiforme, 5-loculaire, de 8-11 centimètres environ de long et 3 centimètres de large, s’ouvrant en 5 valves, à graines nombreuses, entourées de poils provenant de l’endocarpe du fruit et remplissant la cavité.
Les Allemands dénomment l'Eriodendron anfractuosum « Baumwollenbaum » et les Anglais « Silk cott: n tree ou Kapok tree ».
arbre « Randoe ». L'ÆZriodendron anfractuosum, comme le Baobab son voisin, est très répandu dans les régions tropicales de l’ancien et du nouveau monde, il est bien connu de tous les résidents en Afrique.
C’est un grand arbre de la famille des Bombacés, dont le tronc droit élancé reste vert pendant très longtemps et est parfois muni d’épines plus ou moins développées. C’est le Mafuma ou Mafumeira des Congolais; il peut atteindre 40 et même 50 mètres de hauteur et 5 et 6 mêtres de diamètre.
D'après certains botanistes-voyageurs la présence ou l'absence d’épines sur le tronc serait un caractère constant et répondrait à deux variétés; la variété inerme étant la plus rare.
Grâce à ses contreforts étalés, le fromager résiste parfois mieux que ses voisins aux tornades des régions chaudes, et en Afrique tropicale il reste souvent fièrement campé au milieu d’une forêt claire dont tous les autres arbres ont été abattus par la tempête. La base du tronc en forme de cône atteint souvent 6 à 7 mètres de diamètre et à 7 mètres au-dessus du sol on lui trouve encore un diamètre de 1,60.
Les branches du Fromager s’étalent irrégulièrement et forment des étages qui ne communiquent guère un aspect majestueux à l’arbre, mais elles s'étendent parfois très loin et perdent leurs feuilles pendant la saison sèche.
La multiplication de l’Zyiodendron est des plus aisée, l’arbre pousse de graines dans tous les terrains et peut être multiplié facilement par boutures; déjà à l’âge
de deux ans, il donne des fruits. Ceux-ci atteignant parfois 15 em. de long, sont allongés, coriaces ou plus ou moins ligneux, arrondis vers la base et munis au sommet d’un mucron obtus; ils sont déhiscents et s'ouvrent en 5 valves, laissant échapper les graines et la bourre qui s'étend par la sécheresse au contact de l’air sous forme d’un masse cotonneuse plus ou moins blanchâtre.
Cette bourre acquerrant une valeur commerciale de plus en plus considérable, on peut engager vivement le cultivateur à planter dans les colonies cette espèce utile, ou du moins à récolter avec soin ses produits. Ceux-ci, la bourre en particulier, peuvent être fournis en quantité notable, car on a même prétendu qu'un arbre adulte peut porter 5,000 fruits capables de fournir chacun 4 à 5 grammes de bourre, soit au moins 20 kilos de bourre, et 10 grammes de graines, soit 50 kilos de graines, ces dernières susceptibles de fournir des produits accessoires sur lesquels nous insisterons plus loin.
On a même prétendu qu’un arbre de 20 ans pourrait fournir jusque 50 kilos de bourre.
Mais un tel rendement, s’il existe, est loin d’être le rendement moyen; dans les plantations, on a remarqué que des arbres de 5 ans donnent environ 300 gousses capables de fournir 1 kil. 500 de kapok égréné. Pour rester dans des limites raisonnables, il faut estimer la production par arbre comme variant de 1 à 2 kilos maximum.
Le bois des larges troncs de cet arbre sert fréquemment aux indigènes de l'Afrique à fabriquer leurs srandes pirogues ; on en à vu qui avaient 15 mètres de
long, 2 mètres de large et 1,50 de profondeur, faites d’un seul tronc d’ouatier. Ces pirogues sont des plus légères. Malgré sa légéreté, ce bois parait peu employé dans les constructions indigènes. Il est léger, tendre, poreux, blanc, d’un poids spécifique de 0.520 seulement. Il pourrait être fréquemment usagé, car il résiste soit brut, soit traité par l’eau de chaux, pendant très longtemps aux intempéries de l'air, mais se laisse attaquer par les vers et les termites.
Des essais sérieux de culture ont été faits à Madagascar avec des graines importées de Java et prises sur les meilleures variétés. Parmi celles-ci, il faut citer un ouatier de Madoera, qui fournit la qualité la plus estimée. M. Fauchères, de la Station d'essais de l’Ivolona (Madagascar), en à planté en 1901; en 1908 les plants espacés de 2,50 et que l’on destinait à supporter des poivriers, avaient plus de 5 mètres de hauteur et de 25 à 30 centimètres de circonférence à la base; à cette époque, ils n'avaient pas encore donné de fleurs.
Certains auteurs donnent comme développement de pieds de semis 2 mètres à l’âge d’un an ; 4 à 5 mètres à l’âge de deux ans.
Les avis sont également très partagés sur l’époque à laquelle l’ouatier est capable de produire des fruits. D’après certains dès l’âge de trois ans cet arbre donne des fruits en nombre suflisant pour faire une récolte, d’après d’autres il faut attendre la cinquième année. On peut même voir déjà des fruits se produire dès l’âge de deux ans, mais on ne pourra compter sur une production normale que vers l’âge de quatre ans.
M. Leblanc, un planteur au Cambodge, estime que la culture de l’ouatier est très rémunératrice et qu’elle ne demande guère de soins. Cet arbre est peu difficile quant au terrain dans lequel il se développe et peul même supporter l’inondation. On lui connaît peu d’ennemis, un seul, une larve de mouche, attaque parfois cet arbre vers l’âge de six à sept ans et si l’on ne s’en aperçoit pas à temps il dépérit. Une fois que l’ouatier du Cambodge a dépassé cet âge, que M. Leblanc qualifie de critique, il peut continuer à donner des récoltes jusqu'à l’âge de quatre-vingts ans sans soins particuliers. ASS
Dès que l’Zriodendron aura atteint 2 à 2",50 il peut se passer de soins; tout ce qu’il faudra faire, ce sera empêcher le développement des mauvaises herbes et de la brousse autour du pied afin de permettre la cireulation facile autour de l'arbre.
Les divergences dans la détermination de l’âge de productivité de l'arbre sont dues probablement aux conditions dans lesquelles se trouvent les plantations. Ces conditions doivent avoir certainement une influence sur l’époque de maturité de la plante, car ils en ont une, très manifeste, sur la couleur de la soie.
A Klaten (Java) 320 fruits sont fournis en moyenne par pied et pour un picul de Kapok, soit 61 kil. 220, il faut ouvrir 80,000 fruits. Une plantation de 50,000 arbres est capable de fournir une récolte de 209 piculs de kapok.
Voici d’ailleurs à titre de comparaison les données obtenues dans le décorticage de fruits d’origine java-
naise et Cambodgienne. Les chiffres de Java sont dus à M. le D' Greshoff, ceux du Cambodge à M. Capus.
Cambodge, Java.
Poids moyen d’un fruit . . 32gr. 26.8 gr.
Poids moyen du kapok . . 7 » 4.9 »
Nombre de graines du fruit. 184 : 175.0 »
Poids des graines. . . . 9 » 10.2 > Poids moyen de la gousse . 13 » 10.3 >»
Poids moyen de l’axe du fruit 3 » 1.4 >
Dans l’ouest de Java la culture de cette plante n’a pas atteint encore l'importance qu’elle mérite. Dans la régence de Preanger, il existe deux exploitations qui s'occupent accessoirement de cette industrie mais ne travaillent pas les fruits sur place ayant une fabrique de préparation en Hollande. Mais, dans l’ensemble de cette ile, où l’on comptait il y a quelques années seulement quatre ou cinq plantations de kapok, se trouve maintenant une cinquantaine d'exploitations s’occupant, soit accessoirement soit uniquement de la récolte des fruits de l’ouatier.
L'ouatier existe d’ailleurs partout à Java; dans les plantations où il est l'accessoire il sert ou d’abri pour les caféiers ou de tuteur pour le poivrier. Ce sont là deux usages pour lesquels les ouatiers pourraient être essayés en Afrique. Il nous faut signaler encore l'emploi de l’Zriodendron aux Indes, comme poteau télégraphique, il a à cet usage des avantages incontestables sur beaucoup d’autres arbres, il n’est pas rongé par les insectes xylophages et la disposition particulière de ses rameaux ne gêne pas les fils. On cite
également parmi les pays où des essais de culture ont été tentés, la Nouvelle-Guinée Allemande, où cette espèce serait surtout employée pour les bords des routes, mais nous n'avons pas vu trace d'exportation de kapok de cette provenance.
La valeur commerciale de la bourre de kapok n’est pas encore des plus considérables, mais elle augmente tous les jours ; en 1899 la Hollande, qui est un des pays important le plus de kapok, a introduit 40,000 balles de 33 kilos de ce produit, en 1901 l'importation a atteint 48,000 balles, qui ont été vendues à des prix variant de 126 à 172 francs les 100 kilos pour du kapok égrené et 37 à D2 francs les 100 kilos pour le kapok non égrené.
La valeur du trafic de 1901 a atteint 2 millions de francs pour 1,137,853 kilos.
En 1903 l'exportation totale du Kkapok provenant de Java et de Madoera a atteint 4,423,755 kilos, expédiés par Samarang et Sourabaya.
Afin de se rendre compte du développement du commerce de cette soie, nous donnerons ci-dessous le tableau (en balles) des importations et des ventes de kapok à Amsterdam pendant les années 1878 à 1898, tel qu'il a été publié par les agents H. Tenzler Herold et van der Vies, dans leur statistique annuelle des produits coloniaux.
Les balles qui arrivent à Amsterdam pèsent en moyenne 37 kilos.
Importation, Vente.
IF, 1Ée ARR ON MES 16 ET 13.200 LTD le pa RL ER OU 15.200 1880 Au EE STE DEN GEO 7.800
Importation, 28.000 14.800 10.800 16.000
Vente.
De 1895 à 1900 les exportations des Indes Néerlandaises se chiffraient comme suit :
Exportation totale
des
Indes,