‹ Notices sur des plantes utiles ou intéressantes de la flore du Congo (volume 2)Chapitre 41 sur 47 · LL · texte numérisé non relu

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En 1901 Java exporta 74,123 piculs de kapok picul — 61,220 kilos) dont 45,631 en destination de la Hollande, 23,192 expédiés en Australie, 3,774 à Singapour, 1,526 vers les États-Unis et les autres pays. L'Australie surtout consomme d’année en année une plus forte quantité de kapok, aussi les deux plus forts marchés de ce produit sont-ils Amsterdam et Melbourne.

La production est naturellement plus considérable que l'exportation, elle est estimée parfois à plus du double.

Depuis quelques années Ceylan entre en ligne de compte mais les quantités exportées sont encore peu considérables; en 1890, elles comportaient un total de 2.000 quintaux valant 4.000 livres sterling.

La Hollande est donc le principal marché de ces produits venant régulièrement des Indes Néerlandaises et des Indes Anglaises. Le kapok de cette dernière provenance est généralement de qualité moins estimée, il ne provient peut-être pas toujours de l’Zriodendron et pourrait bien être fourni en grande partie par le Bombax malabaricum, dont la bourre du fruit est beaucoup plus colorée et souvent altérée par la pression qui a fait sortir des graines, une partie de l'huile qui y est contenue.

Le Cambodge est capable de fournir une production annuelle de 60.000 kilos de kapok, mais cette production reste en entier sur les lieux. Le kapok y est usagé uniquement pour le rembourrage des literies et des coussins. Le produit cambodgien mériterait cependant l'exportation, car un échantillon prélevé dans une balle de kapok présentée par un colon, M. Leblanc, à l'Exposition d'Hanoï, a fait voir que cette matière est plus soyeuse que celle d’origine javanaise.

Comme le kapok est de plus en plus demandé par l’industrie, il nous a semblé utile de fixer un instant sur lui l'attention des résidents au Congo et des sociétés exploitantes. Nous sommes d'avis qu’il n’est aucun produit

négligeable dans une exploitation coloniale, et comme le Congo possède en abondance le kapok, qui ne demande aucune préparation spéciale, il serait tout naturel d’essayer de nous affranchir de l'étranger et de fournir directement à notre industrie et à notre commerce la quantité nécessaire de ce produit. Déjà un marché de kapok a été créé à Bordeaux et nous y verrons, sans doute, affluer ce produit qui peut être fourni en grande quantité par les colonies de l’Afrique française et par Madagascar. Il est donc grand temps d'essayer à notre tour d’amener à Anvers un produit qui n’est qu’à prendre.

Le kapok, ouate végétale, édredon végétal, provenant de l’'Zriodendron est en général plus estimé que celui provenant de certains Bombax et de certains autres Ceiba.

Il est constitué par des poils enchevêtrés, de 15 à 30 millimètres de long, soyeux, plus ou moins roussàtres, il se mouille difficilement et n’augmente pas sensiblement de poids après une immersion de plusieurs mois dans l’eau. Il est très léger, et comme des recherches récentes l'ont démontré, il est capable de faire flotter un poids 30 à 35 fois plus lourd que lui. Cette qualité du kapok a été mise en lumière aux États- Unis, et vérifiée d’une façon définitive à Hambourg, à Glasgow, au Laboratoire allemand des brevets, à Saint- Nazaire et enfin à Bordeaux où des expériences publiques ont eu lieu en 1503. Ces dernières ont fait voir que 200 à 300 grammes de cette bourre sufïisent pour soutenir à la surface de l’eau un homme de corpulence moyenne.

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Un paquet de kapok qui le jour de sa mise en expérience portait 32 fois son poids, portait encore, après 30 jours d'immersion, 26 fois son poids.

Aussi, cette propriété a-t-elle fait employer le kapok dans la construction des appareils de sauvetage. Les marines anglaise, allemande et russe en font un grand usage pour garnir les cloisons étanches de leurs navires. Comparé aux autres produits employés pour la fabrication de divers engins de sauvetage, le kapok a une grande supériorité ; en eflet, le liége ordinaire ne peut supporter que 5 fois son poids, le liége calciné et le poil de renne 2 fois leur poids seulement (1). Ces produits ont d’ailleurs d’autres inconvénients sur lesquels nous n'avons pas à insister ici.

Une société s’est formée, paraît-il, dans le but d’exploiter les différentes applications de la flottabilité du kapok, dont le principe est breveté.

Mais toutes les variétés de kapok n'auraient pas la même puissance de flottabilité, celle-ci varierait, semble-t-il, dans d’assez grandes proportions, et il y a là une série d'expériences comparatives à établir.

Ces différences sont peut-être en concordance avec les variétés botaniques que certains auteurs ont voulu établir dans cette espèce, mais qui ne présentent pas entre elles, au dire de divers botanistes, de vrais caractères différentiels stables; ce seraient plutôt des formes

(4) L'étude microscopique et chimique du kapok a été poursuivie par le Dr Beille, de Bordeaux, qui a publié le résultat de sa recherche dans le « Bulletin des Sciences pharmacologiques », 1904, n° 8,

adaptées aux conditions de milieu, et en définitive, ce seraient celles-ci qui agiraient sur la qualité de la bourre. ;

Aux États-Unis on vient de mettre néanmoins en doute la valeur des qualités de flottabilité des engins de sauvetage préparés au kapok. Cette propriété se perdrait, disent certains services maritimes, très rapidement au contact de l’eau. Nous ne savons pas dans quelles circonstances ont été effectuées ces expériences qui sont naturellement à refaire.

Grâce à ce que la bourre du capoquier n’est pas mouillée, même par une longue immersion dans l’eau, son emploi devient tout indiqué dans la confection de sortes de tissus pour les régions humides. En outre, sa difiicile imbibition la rend imputrescible.

Le kapok jouit encore de la propriété de s’enflammer difiicilement ; il produit en brülant, nous dit M. Beille, des vapeurs empyreumatiques, acides, caractère qui le différencie des soies animales.

Après incinération, le kapok laisse des cendres renfermant entre autres du manganèse comme le coton.

Nous n’insistons pas ici sur les réactions qui permettent de reconnaitre les soies du kapok, on les trouvera soigneusement énumérées dans l'étude de MM. Beille et Lemaire, à laquelle nous renvoyons plus haut et dans celle de M. É. Perrot (1).

Ces mêmes auteurs croient que le kapok pourra être

(1) Des produits utiles des Bombax et en particulier du Kapok, in L’Agriculture des pays chauds, 1905, n. 22.

employé dans certains cas en médecine, en lieu et place du coton ordinaire. Ils le conseillent entre autres pour entourer les membres avant la pose d'appareils ou de bandages, pour matelasser : attelles, gouttières à fractures, etc., et pour recouvrir l’ouate hydrophile dans tout pansement qu’il faut protéger.

D'ailleurs ce n’est pas la première fois que l’on signale cet emploi en médecine; il paraitrait qu’une très grande partie du Kkapok amené des Indes Néerlandaises en Hollande serait réexportée en Australie, où les chirurgiens en font un grand usage avec un réel succès.

L'emploi de cette ouate est tout indiqué pour la literie des hôpitaux, comme elle l’est pour le bourrage de tous genres de coussins. Sa grande élasticité la fait classer justement dans les matières de première qualité pour la matelasserie, et il semble assez probable que si l’on peut amener une quantité suffisante de cette matière sur le marché, cette bourre remplacera, avantageusement, ce que l’on emploie dans certaines régions pour confectionner les objets de literie.

MM. Beille et Lemaire ont réussi à préparer avec cette bourre une sorte de collodion; celui-ci possède les mêmes caractères que le collodion ordinaire, mais il est légèrement coloré en jaune; cette coloration n’enlève d’ailleurs rien à ses propriétés médicinales.

Nous insistons encore sur une autre particularité qui certes, si elle était prouvée, aurait une grande valeur hygiénique. Aucun insecte ne vit, prétend-on, dans une masse fibreuse composée en grande partie de kapok. Les rats n’attaquent pas les fibres, mais se l’appro-

prient quand ils le peuvent pour en garnir leurs nids. Des essais mériteraient d'être faits dans ce sens sous les tropiques.

Tandis que le kapok supporte très bien la désinfection à l’étuve, et peut même subir sans grande modification 30 passages à l’étuve, les plumes sont déjà hors d'usage au bout de 2 à 3 désinfections ; la seule action de la chaleur est de colorer un peu plus fortement la fibre, sans altérer ses autres propriétés.

M. le D' Beille a encore démontré que, soumis à l'autoclave à 130° dans une atmosphère de vapeur d’eau sous pression, le kapok brut perd sa propriété de flotter ; le même phénomène se produit si on immerge du kapok dans l’eau d’un récipient au-dessus duquel on fait le vide ou si on le plonge dans de l’alcoo!l et qu'on l'y comprime. Dans ces conditions, le kapok absorbe deux à trois fois plus d’eau que le même poids d’une ouate hydrophile de coton. Il y a peut-être là encore une propriété dont on pourrait tirer profit.

Des essais ont été tentés pour faire, à l’aide de ces soies, des tissus jouissant des propriétés si utiles du kapok ; malheureusement les expériences faites tant en Allemagne qu'en Hollande, ne paraissent pas avoir donné, jusqu’à ce jour, de résultats encourageants. Le fil que l’on obtient n’a pas une résistance suflisante, mais il n’est pas impossible qu’en sélectionnant les races de fromager on n’obtienne un jour des fils capables d’être tissés. Des essais de fabrication de feutre sont également restés sans résultat. Il serait cependant intéressant de reprendre ces expériences, surtout à un moment où le

coton, la principale des fibres textiles peut manquer à notre marché européen.

La préparation du kapok doit être faite avec un peu de soin, aussi dans les pays où la main-d'œuvre est chère il vaudra mieux laisser faire l'exploitation par l'indigène et lui acheter le produit brut. A Java, dans beaucoup d'exploitations, l'arrachage des fruits se fait à l’aide de perches munies de crochets; des femmes et des enfants enlèvent alors du fruit la tige centrale avec les graines et nettoient le kapok à l’aide de petits moulins en fer mis en mouvement par quatre femmes et fournissant environ 120 kilos de bourre nettoyée par jour.

Dans la plantation Djamprit (Java), ou il existe environ 50.000 kapoquiers, on obtient par an environ 200 piculs de bourre séparée à l’aide d’une machine construite sur place, capable de produire 2 à 21/2 piculs de bourre par jour. On pourra trouver la description détaillée avec figure, de cet appareil, dans le « Studienreise nach Niederländisch- und Britisch Indien + de M. le D' Stuhlmann et dans le « Journal d'Agriculture tropicale + de M. J. Vilbouchevitch (1).

Des femmes font ensuite sécher la bourre qui sort de ces appareils, en l’exposant au soleil, où elle gonfle; ce séchage a lieu souvent dans des bacs en ciment recouverts de gaze pour empècher la dissémination des soies.

(1) Beihefte zum Tropenpflanser, n. 1, mars 1903, p. 37 et 41 ; cf. J. Vizsoucaevircn, Journ. d'Agriculture tropicale 1904, p. 115, fig. 9.

En Indo-Chine c’est généralement à l’aide de machines, sortes de moulins en fer, analogues à ceux de Java, mus à bras et mis en mouvement par des femmes, qu'on sépare la bourre de Kkapok des graines.

Des machines plus compliquées ont également fait leur apparition. Deux constructeurs anglais, M. Thos. Barraclough, 20, Bucklesbury, à Londres, et M. Ernest Lehman, 8, Chatham Buildings, Chathamstreet, à Manchester, se sont occupés spécialement de cet objet.

L'ouate, après nettoyage, est pressée en balles; ce pressage se fait généralement à la machine. Il faut éviter une pression trop forte, car la bourre perd alors une partie de son élasticité naturelle. Les balles d’origine javanaise sont généralemeñt entourées de toiles d'emballage, elles sont cerclées de feuillards et cubent environ 700 décimètres cubes, pesant parfois jusque 65 kilos.

Mais, si jusque dans ces dernières années, la bourre des fruits de fromager a seule eu une certaine valeur, des recherches ont fait voir que la graine n'était pas sans importance. Actuellement les graines sont exportées en grande quantité de certaines colonies et importées surtout en Hollande où l’on en extrait une huile d’une couleur jaune clair et d’une saveur plus ou moins agreable.

Marseille recoit actuellement aussi une assez notable quantité de ces graines ; en 1903 par exemple la quantité de ces graines, importées à Marseille, fut très considérable et le prix de la marchandise en fut notablement diminué.

Nous n’avons pas à décrire ici la constitution morphologique interne de ces graines, ovoides, de 2-3 em. de diamètre, d’un brun noirâtre, lisses ou légèrement chagrinées. La structure morphologique, et en partieulier la forme des éléments constitutifs, a une certaine importance pour l'expert chargé de vérifier la qualité du résidu de l’expression de l’huile, mais ce n’est pas le planteur colonial qui aura à s'occuper de ce point, il trouvera d’ailleurs sur ce sujet, dans le volume que MM. Perrot et Collin ont consacré aux résidus industriels, tous les renseignements désirables (1).

D'après diverses analyses, les graines contiennent :

HU ati de. À Gueule:

Substances protéiques . . 18.92 Matière grasse. . . . . 2420 »

Cellülgge 7.20 RIT Ur MR Cendreat.ss. haine RUE RER Substances non azotées . . 15.90 >»

Les enveloppes de la graine, qui est de la grosseur d'un pois, forment environ 13 à 14 p. c. de son poids total. L'huile que l’on peut extraire de la graine représente environ 17.8 p. c. du poids total, cette huile riche en stéarine, légèrement visqueuse, ressemble chimiquement et physiquement à l’huile de coton, mais bien épurée sa couleur est plus pâle.

On ne possède pas encore de nombreux renseigne-

(1) Les résidus industriels utilisés par l'Agriculture comme aliments

et comme engrais. Paris, 1904, A. Joanin.

ments sur le rendement en huile, celle-ci serait employée souvent par les Chinois pour falsifier l'huile d’arachides et d’autres huiles comestibles.

Les données suivantes sont fournies à ce sujet par M. Capus dans le « Bulletin économique de l'Indo- Chine, n° 14, 1903 ». A Japara, 4 millions de fruits pesant environ 107,000 kilos ont fourni 61,220 kilos de graines; et 244,880 kilos de celles-ci ont fourni 24.488 kilos d'huile soit environ 10 p. ce et 208,148 kilos de tourteaux soit 85 p. c.

C’est généralement par pression que l’on extrait l'huile, parfois aussi à l’aide de la benzine,

L'huile de kapok brute est parfois légèrement verdâtre-jaunâtre, son goût et son odeur sont peu agréables, fraichement préparée elle est souvent légèrement trouble, mais ce trouble disparait par le repos et elle ressemble alors à l'huile de coton. L'huile de kapok se saponifie difficilement, mais totalement; elle est plus siccative que l'huile de coton, tout en appartenant au même groupe.

Les caractères de cette huile sont d’après M. Greshofr:

Poids spécifique à 15 degrés . 920 gram.

AGIdéS I0N0ANL A. 1. + 70700

Acides se solidifiant à . . . 22° Saponification (huile) . Ed 180,2 Indice d’iode (huile). A 3 129,2 noie diode a tIde UC. «. 122,5 Saponification (acide) . . . . . 190

Pour reconnaitre la présence d'huile de coton dans l'huile d'olives, on emploie soit la méthode Milliau

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