‹ Notices sur des plantes utiles ou intéressantes de la flore du CongoChapitre 24 sur 40 · Libroi · texte numérisé non relu

Libroi

9. Mhampa, à 8 où 10 mains de 12 à 13 fruits 10. Xrzlombo, rare. 11. Xipienzi, à 8 ou 9 mains de 11 à 12 fruits.

Comme on le voit, le nombre de fruits produits par un seul régime varie considérablement ; il y a donc grand intérêt pour le planteur à étudier en détail la valeur des plantes, tant au point de vue du mérite de leurs fruits que de leur force productrice, avant de se décider dans le choix de la variété à cultiver.

Notons aussi, sansinsister longuement, quele bananier est une plante très épuisante ; un sol même très riche sera toujours assez rapidement épuisé; aussi est-il nécessaire de donner à cette plante non seulement un engrais potassique, l'élément potasse étant un de ceux dont elle a le plus besoin, mais bien un engrais complet dont la formule variera naturellement d’après la richesse du sol. Il devra renfermer comme éléments principaux : azote, potasse, acide phosphorique, chaux. Comme on l'a fait remarquer à la Jamaïque, l'emploi des engrais chimiques seuls ne peut être de grand effet, il faut aussi que le sol de la bananerie renferme beaucoup d’humus ; celui-ci sera apporté par le fumier de ferme et des détritus végétaux (1).

Des enquêtes comme celles instituées par le « Kolonial Wirtschaftlichen Komitee + de Berlin, pourraient être entreprises avec grand bénéfice dans toutes les

(1) On peut donner à titre de mémoire et pour faire voir la quan-

tité notable de sels que le bananier erlève au sol, les données sui-

colonies africaines ; elles feraient ressortir, en effet, la valeur de certaines variétés indigènes et mettraient sur la voie du sélectionnement.

Parmi les nombreux usages du Musa, on cite encore l'emploi des inflorescences et de la portion interne des tiges comme légumes bouillis: celle des cendres de feuilles et de l'écorce du fruit comme assaisonnement ; aux Indes ces cendres sont aussi souvent employées en teinture. Les écorces du fruit peuvent également servir pour le tanage, elles renferment une forte proportion de tanin qui communique au Cuir Où aux tissus une coloration noire presque indélébile.

Sans nous appesantir davantage sur les différentes sortes de bananiers à fruits comestibles, ni sur la culture et la récolte, nous tenons à signaler la très intéressante notice publiée par M. le D' F. W. T. Hunger,

vantes fournies par l’analyse des cendres de fruits et publiées par

Corenwinder :

Sulfate.de pORHSSIU NS). EL ONE 3 61 Chlorüre:de: potassium. © Le OR 14.34 Phosphate de magnésie . . en 8.24 — de /PotAsSI NEE RS 142 Carbonate de potassium . . . . . . . 41.66 — dermagnésies Fe CET CURE 1.54 — de CHAUSSEE CLS 2.96 Oxyde defense MEUNIER Er Re SET

Bilicesr ds let ns Vu. Ste Et ARE 100.00

dans le Teysmannia (1903, p. 35), sur un bananier de Java qui est dénommé « Pisang Sariboe »; il ne sera peut-être pas sans utilité d'attirer l’attention sur cette espèce curieuse. M. Hunger à observé ce Pisang Sariboe dans un jardin indigène à Tjiledoek et fut frappé de l'étrange inflorescence de cette plante. Ayant à quitter Garoet au mois de novembre, il acheta deux rejets de cette plante destinés à être plantés à Buitenzorg en vue d'un essai de propagation. Ces deux plantes furent installées dans son jardin particulier à Pedjagalan, où elles se développèrent rapidement. Il restait à savoir si les rejets transportés auraient fourni, comme la plante mère, des fructifications curieuses.

M. Hunger put observer en juin 1902, sur une des plantes de son jardin que l’inflorescence se développait exactement de la même façon que celle de la plante mère à Garoet. Ce bananier parait être très rare, il était complètement inconnu.

La chose la plus remarquable de ce bananier est son inflorescence à laquelle il doit son nom de « Pisang Sariboe + (en malais) ou « Pisang Sewoe - (en javanais), noms bien appropriés et qui tous deux signifient « milliers ». Le régime est très long et contient un très grand nombre de fruits disposés les uns contre les autres, sans interruption.

Le régime coupé avant son entier développement, mesurait, chose presque incroyable, 1,96 de long, soit plus 2 mètres après développement. Les fruits présents sur le rachis furent enlevés un à un et comptés : il y en avait 3,137. Le bourgeon terminal fermé contenait

encore 179 fleurs. Les mains (sisirs ou sikats) sur Mesquelles naissent les fruits étaient au nombre de 151; les fleurs étaient réunies dans neuf bractées, d'où il résulte qu'une bractéc renferme de 19 à 20 fleurs qui, comme le montre le nombre de fruits, se transforment presque toutes en fruits. La banane isolée mesure environ 75 mm. de long, elle possède un goût assez fade, mais non désagréable.

Ce Pisang Sariboe se reproduit par des rejets; chaque pied original est souvent entouré par 5 ou 6 rejets.

L'auteur n’a pu déterminer la distribution de ce Pisang Sariboe, ni l'usage qu’en font les indigènes. Un Chinois de Semarang lui a rapporté que cette variété se rencontre parfois dans les environs de Semarang.

M. Hunger ajoute qu’il serait très désireux de recevoir des renseignements supplémentaires sur cette espèce.

La lecture de cet article nous a rappelé le Musa que nous avons reçu à diverses reprises du Bas-Congo, d'où il nous à été envoyé par M. J. Gillet, S. J., de la mission de Bergeyck-Saint-Ignace (Kisantu).

Dans tous les bananiers, même dans celui que M. Hunger a décrit, les fleurs se trouvent disposées à l’aisselle de bractées plus ou moins grandes et parfois colorées, et les fruits auxquels elles donnent naissance sont disposés par groupe plus ou moins distants, mais toujours dififérenciés. Dans les divers régimes que nous avons reçus de ce Musa du Bas-Congo, rien de semblable, les fleurs se trouvent disposées le long de l’axe, en forme de tirebouchon, serrées les unes contre les autres, sans la

moindre interruption, depuis la base du régime jusqu’au sommet. Ces fleurs sont situées sur deux rangs, d'une facon alternante. Cette inflorescence en forme de tirebouchon, d’un aspect si curieux, se trouve garantie par une bractée qui, elle aussi, est continue de la base au sommet du régime. Cette bractée, plusieurs fois plus longue que les fleurs, se détruit par fragments au fur et à mesure de la maturation des fruits qui se trouvent ainsi mis à nu. Ces fruits sont du type de la banane comestible, trigones, et mesurent une vingtaine de centimètres de long et 43 millimètres de diamètre. Ils sont donc notablement plus grands que ceux du type décrit par M. Hunger et peuvent être classés parmi les plus gros fruits observés dans l'Afrique occidentale ; d’après les renseignements qui nous ont été communiqués, ils seraient très bons à manger.

Cette variété se reproduit très régulièrement, semblet-il, par rejets. Par son port le bananier dont nous venons de décrire la disposition bizarre des fleurs et des fruits est à comparer au bananier comestible ordinaire.

Si on considérait seulement les caractères de l’inflorescence, on pourrait être amené à créer un genre nouveau dont les caractères bouleverseraient même toutes les données acquises sur la morphologie de la famille des Musacéès. Malheureusement, quand on étudie les fleurs de plus près, on reconnait qu'elles sont anormales, toutes sont irrégulières et la plante que nous venons de décrire doit être considérée comme un cas pathologique ; uné anomalie plus ou moins analogue se présente dans d'autres groupes végétaux, mais nous ne COnnaissOns

aucune plante qui présente cette modification avec une telle régularité.

La preuve bien évidente que la plante est anormale, c’est que les fleurs ont fréquemment une ou plusieurs étamines transformées en fleurs plus ou moins complètes, et dans celles-ci les étamines à leur tour sont encore parfois prolifères. Les fleurs ont un périanthe divisé en quatre à cinq lanières, libres entre elles jusqu’à l'ovaire, et les étamines très irrégulièrement développées, parfois deux à trois encore normales, d’autres plus ou moins avortées, et une ou deux toujours transformées en fleurs plus ou moins réduites et pédicellées, aussi longues environ que le périanthe de la fleur mère.

Nous n'avons pu compter tous les fruits d’une de ces infrutescences, ils sont certainement nombreux; dans une partie de l’inflorescence dont la bractée était déjà détachée, qui ne représente certes pas la moitié de la longueur définitive du régime, nous avons compté septante-deux fruits jeunes.

Nous ne connaissons pas l’origine de cette curieuse variété qui se reproduit très facilement, semble-t-il, dans les cultures de la mission de Bergeyck-Saint- Ignace, et existe peut-être dans d’autres parties de l'Afrique où elle aurait interêt à être recherchée.

Il nous à paru utile de signaler cette forme curieuse, qui, si elle est constante, mérite d’être notée avec soin par les botanistes et pourrait peut-être être propagée par la culture, pour ses fruits très gros et très nombreux.

Nous recevrions avec plaisir de plus amples rensei-

onements,

Parmi les bananiers africains, un bananier à feuilles rouges à encore fixé depuis quelque temps l’attention des amateurs d'horticulture.

Welwitsch, qui a si bien exploré la région de l’Angola, a le premier signalé cette plante sous le nom de Musa sapientum var.sanguinea Welw. La plante a été récoliée pour la première fois en 1855, mais le nom donné par Welwitsch en manuscrit n’a vu le jour qu'en 1887, dans le Journal of Botany, où Ridley le fit paraitre.

Cette espèce, qui présente des qualités toutes particulières au point de vue ornemental, n’est peut-être pas indigène en Afrique, où on ne l’a pas trouvée à l’état incontestablement sauvage; les échantillons rencontrés par Welwitsch dans le Golungo Alto en 1856 prove-

aient de Cazengo, où la plante était cultivée par les indigènes.

Ce bananier à feuilles rouges a été rapporté au Musa sapientum, bien que l’on n'ait pas encore pu en étudier les fleurs ; les fruits seraient également colorés en rouge.

Dans une étude accompagnée d’une planche coloriée publiée dans « Le Jardin, août 1901 >, par M. R. Raymond, nous apprenons que l’on doit à M. Dybowski, directeur du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne, l'introduction de cette espèce en Europe, où elle figura à l'exposition de Paris, en septembre 1900, sous le nom de Musa paradisiaca var. rubra. Lors de son voyage au Congo, M. Dybowski avait vu cette plante

cultivée à la mission catholique de Brazzavilleret avait appris que les échantillons provenaient de M'Pila, où il put s’en procurer trois exemplaires, dont un seul arriva en France en 1893. Mais en 1899 des pieds plus nombreux furent expédiés d'Afrique et ce sont les drageons de ces souches qui fournirent les plantes exposées en 1900.

Le Jardin botanique de Bruxelles a reçu depuis assez longtemps un beau pied de ce bananier.

Cet envoi est également dû à J. Gillet, S. J., le zélé botaniste de la mission de Bergeyck-Saint-Ignace (Kisantu). Dans une lettre que notre collaborateur nous a adressée, nous trouvons les quelques indications suivantes relatives à cette belle plante : « Le Musa à feuilles rouges ne donne pas de graines, ses fruits sont comestibles, fades et mucilagineux. Le régime est peu fourni. La banane se rapproche de la banane plantain. »

D'après M. R. Raymond, les bananes de cette plante entreraient dans la catégorie des bananes à cuire, c'està-dire des bananes sèches.

Comme on le voit, les appréciations sur le fruit sont très différentes.

Le bananier rouge, ou bananeira roxa des Portugais, rappelle, comme on le voit, le Musa paradisiaca et c’est à cette sous-espèce que M. K. Schumann rapporte la plante de Welwitsch.

Comme elle, il parait assez rustique et drageonne en hiver sous l'influence d’une forte chaleur, si surtout on prend soin de supprimer l'extrémité de la tige; sa multiplication est donc assez facile. Il serait à souhaiter,

re

maintenant que la plante est introduite dans le commerce français, mais encore peu répandue, que nos horticulteurs belges la fissent venir de l’État Indépendant et nous la montrent bientôt dans les cultures estivales, car elle ferait, grace à son superbe coloris, un effet magnifique dans.les massifs, à côté du Musa Ensele et des Musa Gilletii et Arnoldian«.

A noter aussi que l’on a signalé encore deux autres variétés de Musa paradisiaca à feuilles rouges : var. rubra (Firminger) Baker où Ram-Kela des Indiens, et var. violacea Baker.

Cet intéressant groupe de végétaux mérite de fixer l'attention des résidants et voyageurs en Afrique, car son étude à la plus grande importance, non seulement au point de vue scientifique pur, mais encore au point de vue pratique.

Page 1