‹ Notices sur des plantes utiles ou intéressantes de la flore du CongoChapitre 30 sur 40 · LES « CASSIA » DU CONGO · texte numérisé non relu

LES « CASSIA » DU CONGO

Le genre Cassia renferme un grand nombre d'espèces dont la plupart ont été employées par les indigènes des diverses régions tropicales, soit en guise de médicament, soit dans l'alimentation.

Ce grand genre de la famille des Léguminosacées- Papilionacées est représenté actuellement dans la flore de l'État du Congo par dix espèces seulement ; ce sont :

Cassia absus L.

— alata L.

— Droogmansiana De Wild.

— Kirkii Oliv.

— Mannii Ole. var, Vanhouttei De Wild.

— mimosoides Z.

— mututu De Wild.

— occidentalis L.

—"tora LL.

— Verdickii De Wild.

Outre ces espèces indigènes, M. L. Gentil a introduit en 1897, à Coquilhatville, le Cussia Jistula L. provenant de graines reçues des Jardins royaux de Kew.

Ce Cassia devient un grand arbre à feuillés à 4-8 paires de folioles, à fleurs disposées en grandes panicules. Les fruits pendants, non déhiscents, mesurent de

30 à 50 cm. de long et environ ? em. de large ; ils sont cylindriques et contiennent des graines séparées les unes des autres par des cloisons et entourées d'une pulpe à gout douceàtre et agréable, mais purgative.

Cette plante est surtout répandue en Asie. On la signalée en Afrique, à Sierra-Leone, en Sénégambie, dans le Mozambique, à Zanzibar et dans l'Usambara ; il ne parait pas certain que cette espèce soit vraiment indigène dans ces régions.

Les espèces indigènes ayant quelque utilité sont examinées dans les paragraphes suivants.

Cassia absus Z. (1.

Ce Cassia, « Tschischiva ou Tscheschun >, est une plante annuelle qui atteint environ 1 mètre de hauteur, à feuilles à folioles paripennées, à graines amères, aplaties et noires. Elle est répandue en Afrique, aux Indes orientales, en Chine. Déjà les anciens Égyptiens utilisaient les semences amères et aromatiques de cette plante dans le traitement de l’ophtalmie; d’après certains auteurs les graines provenant du Soudan seraient les meilleures et aussi les plus grandes.

Au point de vue ophtalmologique cette plante semble avoir une certaine valeur, des expériences faites en 1822 à Bruxelles par le D'Harbauer, sur l’ophtalmie purulente,

(4) Cassia absus L. — Plante plus ou moins glanduleuse, dressée, rameuse, de 30 cm. à plus de { mètre de haut. Feuilles à 2 paires de folioles. Fleurs jaunes ou rougeàtres réunies en racèmes pubescents, terminaux ou opposés aux feuilles. Fruits de 3 à 5 cm. de long et cr

6 à 8 mm. de large, à 6-9 graines comprimées, obliques.

ont donné parait-il des résultats très satisfaisants. Mais dans d'autres cas son application sur les yeux peut causer des accidents. La graine est employée en poudre.

L'extrait des graines serait un dépuratif du sang; ces graines agiraient comme anthelmintiqueet seraient surtout efticaces contre le ver solitaire ; elles sont, paraît-il, de bon usage dans les constipations habituelles et dans celles occasionnées par la grossesse. Aux Indes cette plante entre dans la confection d’une poudre composée employée dans la dyspepsie, les coliques flatulentes, les céphalalgies bilieuses, la gonorrhée, le diabète.

Ces graines renfermeraient une toxalbumineanalogue à l’abrine.

Cassia alata Z,. (1).

Cette espèce forme un buisson à rameaux épais et lévèrement pubescents, à feuilles composées de 8 à 14 paires de folioles, et à gousse remarquable par ses ailes latérales et longitudinales, elle est très répandue dans toutes les régions tropicales du globe. Ses différents organes ont été préconisés contre beaucoup de maladies. Elle porte à la Côté d'Ivoire le nom indigène « Noa-Hire +, c'est-à-dire herbe contre les dartres; les Anglais lui ont octroyé le nom de + Ringworm Shrub >.

(4) Cassia alata L.— Plante dressée de 75 cm. à 2m,5 de haut, glabre ou pubéruleuse. A feuilles de 30 cm. à 1 mètre de long, à 8-14 paires de larges folioles obovales-elliptiques, arrondies au sommet, glabres, de 7 à 16 cm. de long, sessiles ou très courtement pétiolulées. Fleurs jaunes en racèmes pédonculés, terminaux. Fruits de 12 à 15 em. de

long et de 12 à 18 mm. de large, à graines rhomboïdales, comprimées.

Les chimistes autrichiens Porte et Helbing y ont décelé la présence d'acide chrysophanique.

Les écorces de ce Cassia paraissent excellentes pour le tannage; elles ont été très recommandées pour cet usage par certains tanneurs des Indes anglaises.

Les feuilles fraiches ont été préconisées en Afrique, comme en Extrème-Orient (Indes, Annam et Tonkin), contre certaines maladies de la peau et en particulier contre l'Aerpes circinatus, — l'impétigo, — il suflirait de frictionner les parties malades au moyen des feuilles fraiches réduites en pâte et mélangées avec un peu de jus de citron ou avec un onguent, ou de les bassiner avec une décoction d'écorce, de feuilles et de fleurs.

C’est mème en raison de cette propriété que cette plante à été dénommée « dartrier + à la Martinique.

Une infusion de feuilles et de fleurs a été parfois prescrite avec succès dans l’asthme et la bronchite.

La teinture à base de feuilles sèches aurait une action analogue à celle du séné et un extrait obtenu des feuilles fraiches pourrait être employé en lieu et place de l’extrait de coloquinte.

A la Jamaïque un cataplasme fait avec les feuilles sert également à combattre les maladies de la peau.

Les racines jouissent, parait-il, des mêmes propriétés que les feuilles, mais leur étude chimique n’a guère été faite.

De nouveaux essais mériteraient d’être faits avec les divers organes de cette plante.

Cassia Mannii (iv.

Kimuenza, 1901 (J. Gillet, n. 2106).

Os. — Nous rapportons à cette espèce des échantillons recueillis par J. Gillet, ils diffèrent du type tel qu'il est décrit dans la Flora of tropical Africal (11, p. 272) par la longueur du pétale qui atteint 21 mm., et par une légère pubescence du rachis de l’inflorescence, décrile comme glabre; de même le pétiolule des folioles est nettement mais courtement velu, les bords des feuilles sont ciliés et des poils

épars se rencontrent sur le limbe.

Cassia Mannü Oliv. var. Vanhouttei Je Wäild. nov. var.

Inflorescence courte, à rachis de 3-5 em. de long, à tomentum court, jaunàätre, très apparent. Fleurs à pétales obovales, onguiculés, de 22-28 mm. environ de long. Fruit subcylindrique, légèrement aplati, de 2 cm. environ de large et 16 mm. env. d'épaisseur, subobtus ou aigu au sommet, de plus de 20 em. de long, à graines nombreuses, obliquement ovoides, d’un brun plus ou moins foncé, luisant, de 10 em. environ de long sur 5 mm. environ de large (vers le sommet). Feuilles inconnues.

Sanda, 1902 (leg. Van Houtte, coll. J. Gillet s. n.).

Os. — Cette forme, dont nous ne connaissons malheureusement pas les feuilles, ne peut être classée que dans le voisinage du C. Manniü Oliv., mais elle diffère nettement du type par :a brièveté des inflorescences et leur villosité remarquable. Il existe dans l’Herbier du Jardin botanique de Berlin certaines formes, recueillies dans l’Angola par Buchner, qui pourraient avoir avec cette variété une certaine analogie. Quand on compare entre elles les deux plantes que nous rapportons l’une au type, l’autre comme variété, on saisit

très nettement la différence.

Cassia occidentalis Z. (1)

Le C. occidentalis est une plante buissonnante atteignant plus de 1 mètre de haut, à fleurs jaunes en grappes axillaires et terminales, à gousse comprimée de 7 à 12,5 cm. de long.

Ce Cassia, café nègre où « bantamare + des Sénégalais, appelé parfois aussi « onamé +, c’est-à-dire « bois puant » ou « herbe puante », à cause de la mauvaise odeur qu'il dégage, est une plante très utilisée par les indigènes de l'Afrique tropicale.

Dans l’Ambriz, ce Cassia est dénommé par les Portugais « Fedegoso »; dans le Loanda, les indigènes le désignent sous le nom de « Munhanoca » et dans le Golungo-Alto c’est le « Caffé +.

Les graines de ce Cassia sont employées comme fébrifuge, spécialement en teinture vineuse, elles sont également considérées comme efficaces contre les gastralgies ; toute la plante jouit de propriétés purgatives. La iorréfaction des graines détruit le principe purgatif et leur donne le gout du café; aussi sont-elles fréquemment employées en infusion et en lieu et place du café et parfois même sous le nom de « Mogdad-Kaffee ». Dans les Indes la racine en décoction est considérée comme diurétique; elle serait efficace dans certaines maladies de

(1) Cassia occidentalis L. — Plante herbacée ou ligneuse, dressée, formant buisson atteignant parfois plusieurs pieds de hauteur. Feuille à 4-5 paires de folioles de 3-10 cm. de long. Fleurs disposées en racèmes ou fascicules axillaires. Légume linéaire-comprimé, droit

ou falciforme, à sutures aplaties, de 8 à 10 em. de long et 6-8 mm. da large, graines plus ou moins aplaties.

l'estomac et dans l'hydropisie; pour d’autres elle serait un purgatif violent. Les feuilles sont employées dans les maladies de la peau en usage interne et en applications extérieures, à l’état frais, et jouiraient également de propriétés diurétiques.

M. le prof. Ed. Heckel, directeur du Musée colonial de Marseille, se basant sur ces recherches et sur les rapports de médecins coloniaux, considère l’infusion des feuilles, à la dose de 16 grammes de feuilles pour 100 grammes d’eau, comme un adjuvent précieux dans le traitement des fièvres bilieuses mélanuriques et de la fièvre jaune.

Le professeur Clouet {Year-Book of Pharm. 1876 p. 179) à analysé les graines et leur a trouvé la composition suivante :

Matières grasses . . .

Acide lanique : 17.164010) CEOMRANONNRIRS SUCRES NII DELLE 0 PS TUNER Gomme! [A 220 ONE SONNERIES AMD 2: 000,080 NN Cellulose ©".! 122 79 427 004 QONNRNESSS Jau! l, PAPER ET SE NEO

Sulfate et phosphate de calcium, acide chrysophanique . . . . 0,9

Acide malique, chlorure de sodium, sulfate de manganèse, fer, silice. 5,

Achrosine !. ©: 41.114 04,001 1 RNCS

Ot

Cette dernière substance contient: C, H, O, AzetS, mais Sa Composition exacte n’est pas déterminée; elle

semble être un mélange de plusieurs corps ; elle est soluble dans l'alcool faible, dans les acides et les alealis. Elle est de couleur brun rouge et à cassure résineuse, mais cette coloration ne peut être fixée sur des tissus. Certains auteurs ont également extrait de l'émodine des graines de ce Cassia. Livingstone rapporte que les graines sous le nom de « Fedegoso +, étaient utilisées au Zambèze comme succédané du café, d’où le nom de Cassia Fedegosa appliqué à cette plante. D'autre part, Monteiro prétend que ces graines sont utilisées par les nègres pour remplacer la quinine; à cet effet, les graines rôties sont mélangées au café, ou leur infusion est parfois prise seule. Ce serait, d’après certains auteurs, le meilleur succédané du café; mélangé à 2 ou 3 fois son poids de café il donnerait une boisson très aromatique. Cette infusion serait également fortifiante.

Les graines de ce Cassia furent fréquemment employées par le personnel de l'expédition au Loango comme succédané du café ; elles serventd’ailleurs au même usage en Amérique centrale et dans les Indes occidentales. A Saint-Domingue, ce Cassia connu sous le nom de « café sauvage, café marron », sert fréquemment comme succédané du café, mais le nom « café marron », qui à été donné à un vrai Coffea, peut avoir induit certains observateurs en erreur. Il est cependant prouvé qu'on à amené en Europe et dans les États-Unis de l'Amérique du Nord des chargements considérables de graines de ce Cassia destinées à être substituées aux graines du caféier. En 1897 l’Europe en a recu près de 100 tonnes, et le Costa-Rica et le Mexique en expédient de fortes

ire

quantités vers les États-Unis. Actuellement, Bordeaux et Marseille recoivent encore tous les ans une certaine quantité de ces graines, de provenance sénégalienne.

Le « bantamare + a encore été préconisé dans l'asthme nerveux, dans les fièvres paludéennes; dans ces cas, Ia racine serait particulièrement active. La décoction des feuilles agirait très rapidement contre les fièvres, et serait d’un usage courant dans les établissements hospitaliers de certaines régions tropicales.

Un chimiste américain serait même arrivé à extraire des graines de ce Cassia un principe actif qu'il a identifié avec la caféine.

Les racines de la plante posséderaient également des propriétés fébrifuges ; la décoction est très employée en Angola dans les cas de fièvre intermittente, et Welwitsch à pu juger sur lui-même de l'efficacité de ce breuvage.

L'analyse chimique de ces racines ne parait pas avoir été effectuée.

Malheureusement, toutes ces propriétés ont été contestées, et malgré la réclame qui a été faite pendant un certain temps autour de ce produit, son emploi est encore toujours très restreint. Son étude chimique mériterait cependant d’être faite à nouveau.

Cassia mimosoides Z. (1).

Cette plante est extrêmement répandue en Afrique tropicale, où elle existe non seulement comme mauvaise

(4) Cassia mimosoides L. (C. gracillima Welw.). — Plante an-

nuelle ou vivace, assez élégante, dressée ou étalée, plus ou moins

= Am —

herbe dans les cultures, mais se rencontre en abondance dans la brousse et même dans la montagne.

On la retrouve aussi en Asie tropicale et en Australie; elle existerait même, semble-t-il, sous des formes particulières en Amérique centrale.

Les racines sont parfois employées contre les spasmes de l'estomac.

Cassia tora Z,. (1)

Le C. Lora est une plante herbacée ou suffrutescente, rameuse, à fleurs jaunes, que l’on rencontre dans les Indes orientales, dans les îles de la Sonde, au Japon et dans les Moluques ; elle estemployée à l'état jeune comme légume, principalement en temps de famine, malgré la mauvaise odeur dégagée par ses feuilles ; toute la plante adulte, mais particulièrement la racine, jouit de propriétés purgatives et anthelmintiques; aussi est-elle fréquemment employée dans certaines régions pour combattre les affections du ventre chez les enfants.

Les graines pulvérisées avec du jus de citron et du lait battu sont employées contre la gale; elles sont également parfois mangées en cas de famine.

De même que pour plusieurs autres espèces du même

velue, atteignant parfois plus de 1 mètre de hauleur, à feuilles de 0,6-10 em. de long, à 10-80 paires de folioles linéaires ou oblonguesfalciformes, mucronées. Fleurs jaunes, solitaires ou par 2-3 à l’aisselle des feuilles. Fruits linéaires, aplatis, de 1,2-7,5 cm. de long et 3-7 mm. de large, à graines obliques-rhomboïdales, comprimées.

(1) C. tora L. (syn. C. foetida Salisb., C. obtusifolia I, Galli-

narix rotundifolix Rumph.).

senre, les feuilles et les racines sont employées, fraiches ou en décoction, contre les maladies de la peau.

Dans ces dernières années on à employé beaucoup de ces graines comme succédané du café. Les graines sont, pour cet usage, rôties et terrées comme celles du café nègre; elles améliorent, dit-on, l'arome du café augmentent sa digestibilité, et ne seraient pas excitantes. Sous le nom de Cassophy on à vendu sur le marché de Londres un mélange renfermant une partie de café pour cinq parties de Cassia.

On à attribué aux graines de cette plante des propriétés tinctoriales ; elles donneraient d'après certains auteurs un indigo, mais il semble qu'il y ait erreur et que ce soit une couleur jaune qu’elles fournissent, car mélangée à un indigo cette matière colorante donnerait une-teinture verte; ces deux teintures sont fréquemment employées aux Indes.

D'après le chimiste anglais Elborne, on a extrait des graines de ce Cassiæ un produit qui rappelle l’'émodine.

Les feuilles ont parfois été trouvées dans le séné, qu'elles servent à frauder, le vrai séné étant fourni par divers autres Cassia, tels les C. obovata Coll., C. acutlifolia Del. et C, angustifolia Vah].

Il est facile de distinguer le C. {ora, grace à ses folioles peu nombreuses, trois paires seulement, cunéiformes, ciliées sur les bords, à rachis muni de glandes entre les folioles inférieures, et grâce à ses fruits allongés, qua-

drangulaires et légèrement contractés entre les graines.

Page 1