UN PANDANUS DU BAS-CONGO
PANDANUS BUTAYEI De Wald. (1).
Dans sa remarquable étude sur les Pandanacées (2), M. le prof. O. Warburg cite sept espèces de ce genre appartenant à la flore de l'Afrique occidentale. Ce sont : P.thomensis de Saô-Thomé, ?. Heudelotianus du Sénégal, P. Welwilschii de l'Angola, P. candelabrum du Niger, P. kamerunensis du Kameroun, P. Bartlerianus de Fernando-Po, P. Teuszii du Gabon ; et ce qu’il est curieux de faire remarquer, c’est que, sur ces sept espèces, six appartiennent à un seul sous-cenre Sussea. Jusqu'à ce jour aucune espèce de ce genre n'avait été indiquée avec certitude au Congo bien que, au dire de certains voyageurs, il en existe plusieurs espèces différentes. Ce genre, fort mal étudié encore, mérite de fixer l’attention des collecteurs. Tout récemment, nous en avons recu une forme très curieuse, dont, à défaut de matériaux en quantité suffisante, il ne nous est pas possible d'établir une diagnose complète. Ces échantillons, qui se composaient d'un capitule, qui s’est malheureusement pourri pen-
(1) Voyez Revue des cultures coloniales, n. 92 (1902) p. 15. (2) Pandanaceae in Engler Das Pflanzenreich, IV, 9, 1900.
dant le voyage, et de feuilles, avaient été récoltés à N’Lemfu par le R. P. Butaye, S. J., et font partie de la collection J. Gillet sous le n° 2250. Is étaient accompagnés d’une notice dans laquelle le zélé collecteur donnait les renseignements que nous avons réunis cidessous.
Les troncs de ce Pandanus peuvent atteindre
10 em. de diamètre et mesurer 10 mètres de long. Ce ne sont guère que les vieux arbres qui donnent des fruits. Les feuilles peuvent atteindre une longueur de 4 mètres. Les indigènes les emploient à faire des nattes. Pour cet usage, la feuille est d’abord séchée au soleil ; on enlève ensuite la bordure épineuse et on découpe le limbe en lanières que l’on tresse. Les noirs en tressant disposent les lanières à angle droit, formant ainsi des carrés. Les indigènes font une véritable culture du Pandanus qu'ils multiplient et par semis et par boutures. Ces dernières se font facilement, il suftit de couper des extrémités de tiges aériennes et de les planter dans des endroits marécageux, la bouture reprend très vite.
- Quant aux racines aériennes qui se développent abondamment dans cette espèce, comme dans les autres: du même genre, le R. P. Butaye en a observé de 5 à 6 cm. de diamètre, à extrémité obtuse, et mesurant. jusqu'à 7 mètres de long. La feuille serait non seulement utile pour la fabrication de nattes, mais pourrait servir de nourriture pour le bétail, après dessiccation.
Il n’est pas sans intérêt de mettre en regard des ren-
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seignements que nous donne le R. P. Butaye ceux fournis par l'expédition de Loango.
Au Congo, Pechuel-Loesche a observé, à la limite de la forêt de mangroves, deux espèces de Pandanus caractérisés par la largeur de leurs feuilles. Sur les bords du Kuilu, il a trouvé deux espèces à feuilles larges, qui atteignaient jusqu’à 6 mètres de hauteur. Il figure l’une de ces formes à la page 89 du premier volume (3) et décrit son fruit. L'autre espèce, plus rare, fut également observée en fruits. Pechuel-Loesche eut d’ailleurs l’occasion de voir, dans différentes régions, des formes diverses de ce genre; mais celle qui l’a le plus frappé est le + Riesenpandanus + qui se trouve figuré dans le volume 1, page 112. Ce Pandanus peut atteindre 6 à 8 mètres de haut et porte des feuilles atteignant 4 mètres de long; il a été trouvé dans les vallées d’érosion du plateau de Buala. Nulle part ce voyageur n'avait observé des Pandanus d'aussi grand développement et de telle beauté. Cette espèce serait très estimée par les indigènes, c’est avec ses feuilles qu'ils fabriquent leurs nattes.
D'après cette courte description, on peut se demander si le Pandanus géant dont parle M. Pechuel- Loesche n’est pas le Pandanus sur lequel l'attention du R. P. Butaye a été fixée. La planche de l’Zxpédilion du Loango montre une plante rameuse, à racines aériennes fortement développées. Il est regrettable que
(3) Die Loango ExpeïXition, ausgesandt von der Deutlschen Gesellschaft zur Erforschung Aequatorial Africas, 1873-76, III, p. 185.
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l’auteur ne nous ait pas donné plus de détails sur les mensurations.
On a fort peu de données sur l’utilisation de ces plantes et c’est pour cette raison que nous attirons l'attention sur ce Pandanus. Dans le Loango, comme nous l’avons vu plus haut, les indigènes confectionnent avec les feuilles des nattes plus où moins fines; dans le Niger, ils en fabriquent des sacs et à San-Thomé, ces plantes servent aux mêmes usages, c’est même sur des nattes tressées en lanières de feuilles de Pandanus que l’on sèche le cacao.
La facilité de culture de la plante du Congo mérite d’être prise en considération, et il ne serait pas impossible qu’elle puisse être faite en grand, dans les régions marécageuses. La même remarque a été faite par Welwitsch pour la plante qu'il avait rapportée avec doute au Pandanus candelabrum et qui a été décrite postérieurement par M. Rendle sous le nom de ?. Welioitschii (in The Journal of Botany, 1894, p. 324, pl. 347). La rapidité avec laquelle les fortes pousses prennent racine dans les places inondées est mise à profit à Cabinda et ailleurs, dit Welwitsch, pour séparer du lit du fleuve, au moyen de pousses de Pandanus, de petites baies, dans lesquelles le poisson est retenu, lorsque le flot se retire.
Mais il ne peut être question de rapporter la plante trouvée au Congo, au type découvert par Welwitsch dans l’Angola, car la plante de Welwitsch ne posséderait pas de racines adventives et aurait d’ailleurs un tronc fort peu ramifié, ce qui n’est pas le cas
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dans notre plante qui, au dire du R. P. Butaye, « se divise capricieusement en ramifications irrégulières et tordues, belles et semblables à de jeunes palmiers. Les drupes qui nous sont arrivées privées de leur enveloppe charnue, mesuraient, à cet état, de 4,5 à 5 cm. de long et rappelaient, par leur forme, les espèces de la section Sussea.Mais des six espèces de l'Afrique occidentale qui appartiennent à cette section Sussea, aucune ne parait cadrer, pour la longueur des drupes, avec les données que nous venons d'indiquer plus haut. Cinq ont des drupes qui ne mesurent pas plus de 3 cm.; seul le P. Heudelolianus posséderait des drupes de plus de 6 cm. de long, si l’on en juge d’après les figures publiées par Gaudichaud. M. Rendle a figuré (loc. cit.) la drupe d'une plante, qu'il rapporte avec doute au P. Heudelolianus, et qui ne mesure qu'un peu plus de 5 cm. Jusqu'à ce jour ce P. Heudelotianus n’est connu qu’en Sénégambie et est fort mal représenté dans les herbiers, comme d’ailleurs la plupart des espèces de ce genre. Les feuilles de la plante qui nous occupe paraissent présenter des caractères assez spéciaux. Elles mesurent jusqu'à 8 cm. de large, ce qui n’est pas fréquent chez les Pandanus, et présentent vers la base et sur le dos une panachure assez curieuse formée de petites stries noires horizontales, mais ce caractère n’est pas constant et pourrait être dû à la présence de parasites; il ne parait pas avoir été signalé dans les autres espèces du genre. De nouveaux échantillons de Pandanus ont : été demandés en Afrique; mais, en attendant une solution définitive, nous pensons qu’il peut être néanmoins