QUELQUES TEXTILES INDIGÈNES DE L'ÉTAT INDÉPENDANT DU CONGO
CELOSIA ARGENTEA ZL. (1).
La première plante que nous signalons ici est commune dans toute l'Afrique tropicale; nous en avons vu des échantillons de presque tous les districts de l'État Indépendant ; elle est souvent cultivée comme légume. On la rencontre dans la brousse où ses épis parfois très allongés,d’'un blanc légèrement jaunàtre etargentélafont facilement apercevoir, aussi la plupart des voyageurs rapportent un échantillon d'herbier de ce Celosia. Jamais cependant nous n'avions trouvé signalée la valeur des fibres dans la famille des Amarantacées à laquelle cette plante appartient. D'après l’herbier et les notes qui l’accompagnent, reçus au département des Finances et du Domaine de l'État du Congo, et communiqués au Jardin botanique de Bruxelles, M. le capi-
(1) CELosra ARGENTEA L. — Plante annuelle à tiges dressées, simple cu rameuse, atteignant 50 cm. de haut, Feuilles alternes, lancéolées, sessiles ou courtement pétiolées. rétrécies à la base, aiguës au sommet. Fleurs blanches en épis terminaux, de 6-10 cm. de long, garnis de bractées argentées.
Distrib., — Régions tropicales des deux hémisphères.
DO Le
taine Duvivier a remarqué qu'à Nouvelle-Anvers, dans le district de Bangala, cette plante sert à faire des cordes solides. Cette espèce étant très répandue, de culture facile, il y aurait lieu de soumettre ses fibres à l'expérience, peut-être pourrait-on les extraire facilement et les employer industriellement.
CEPHALONEMA POLYANDRUM À. Schuim.
En 1893, M. le professeur Ém. Laurent, lors de son premier voyage au Congo, découvrit dans le Bas-Congo une Tiliacée qui fut soumise à M. le professeur K. Schumann, du Jardin botanique de Berlin, et dans laquelle il reconnu le représentant d’un genre nouveau qu'il appela Ceplhalonema. Cette plante parait assez répandue dans l'Afrique occidentale, car elle a également été trouvée au Kameroun (Yaunde) par Zenker et figure dans la collection de ce botaniste sous le n° 1485. Depuis elle nous a été rapportée de l'État Indépendant du Congo par M. L. Gentil (district du lac Léopold IT), par M. le capitaine Duvivier (Nouvelle-Anvers), par le frère J. Gillet (région de Kisantu, Bas-Congo). M. R. Schlechter, dans son dernier voyage en Afrique tropicale, l’a trouvée près du Stanley-Pool et notre regretté confrère Alf. Dewèvre avait rencontré la même plante à Coquilhatville, cn janvier 1896. Mais, bien que cette espèce soit répandue, son usage comme plante à fibres n'avait point attiré l'attention des Européens.
Le Cephalonema polyandruim K. Schum. est un arbuste qui peut atteindre 4 mètres de haut, à fleurs
jaunes à quatre sépales et quatre pétales, à étamines en faisceaux ramifiés, à fruits à environ cinq côtes échinulées. D’après Dewèvre, il porterait à Coquilhatville le nom de Djicota et ses feuilles servent d’essuiemains.
M. le capitaine Duvivier aëcompagne l'échantillon qu'il à transmis à l'État de ces mots : Nom indigène Mokongi. De l'écorce les Bangalas font leurs pagnes.
C'est de M. Gentil que nous tenons les renseignements les plus complets. Le nom indigène des environs du lac Léopold IT cadre avec celui de Nouvellé-Anvers.
Voici, d’ailleurs, ce que M. L. Gentil a bien voulu ous communiquer : « Le Bokonge où Bekonge (1) est une plante textile dont les indigènes fabriquent des cordes très solides et très résistantes. C’est un arbrisseau que l'on distingue facilement à cause de la teinte rougeñtre que prennent les feuilles soumises à l'action intense des rayons solaires. De loin, on croirait voir un Acalypha. On la rencontre partout dans les plaines et les sous-bois non inondés du district de l'Équateur. Elle foisonne aux environs des villages. Seul le liber est utilisé par les indigènes; ils vont couper des branches qu’ils fondent en deux et dont ils enlèvent l'écorce, l'épiderme est rejeté, le liber est ràâclé et séché au soleil. »
La simplicité de l'extraction et le rendement considérable de cette plante pourraient peut-être faire utiliser en grand les fibres libériennes.
(1) Mokongi, Bokongo, Behkonge ont probablement la même valeur.