HYÈRES
cherchent un doux climat, est que, tandis que les municipalités et les personnes intéressées dans la prospérité des autres villes se sont efforcées d’y réunir toutes les commodités et tous les agréments possibles, Hyères est restée beaucoup en arrière sous ces rapports. Il s’y trouverait peu de maisons convenables, dans la ville ou dans les environs, pour loger des familles distinguées avec leurs domestiques; tandis qu’à Pau — dont le climat ne convient pas, à mon avis, à autant de malades que celu* d’Hyères — il ne manque pas de logements adaptés à toutes les classes de la société, ni de routes bien soignées pour les promenades en voiture. Ainsi, malgré que la condition d’Hyères se soit améliorée dans ces derniers temps, elle laisse encore beaucoup à désirer avant qu’elle puisse être fréquentée comme le .sont plusieurs autres localités qui ne sont pas plus favorisées par la nature ; et comme elle sera bientôt liée au grand réseau des chemins de fer de l’Europe centrale (ce qui enlèvera en grande partie l’objection qui e.st souvent bute, à savoir que les malades soient assujétis aux inconvénients de longs et fatigants voyages afin de se rendre dans des climats plus doux), il faut espérer qu’elle ne tardera pas à posséder les avantages hygiéniques, qui exercent une grande influence sur la santé des malades , en secondant l’action d’une
QYÈRES.
atmosphère bienfaisante, surtout en ce qui à rapport aux facilités de prendre l’exercice en plein air; car, c’est prin" cipalement sous ce rapport que le séjour des pays du midi, en hiver, est plus favorable aux malades que celui du nord. L’on devrait alors, en’premier lieu, chercher à remédier à l’inconvénient du défaut d’une promenade dans une position abritée, et améliorer l’état des routes carrossables dans les environs ; h faciliter , au moyen d’un trottoir le long de la route, la communication entre les quartiers est et ouest, qui par le mauvais temps , est rendue difllcile ; à introduire un meilleur système de drainage et d’éclairage (surtout du côté de la place de la Rade), Ces améliorations contribueraient beaucoup au confort des visiteurs et pourraient être faites à peu de frais. Quanta la construction de nouvelles maisons , elle peut présenter plus de difficulté, mais j’ai la conviction que la spéculation rapporterait un bénéfice considérable aux entrepreneurs; et considérant le sujet au point de vue médical, il ne manque pas des sites favorables pour l’emplacement des habitations ayant une exposition au midi, tels que ceux qui ne sont pas encore occupésentre l’iiôte^ des Tles-d’Or et la place des Palmiers ; le long de la route entre les hôtels des Ambassadeurs et des Ilesd’Hyères ; et ceux vis-à-vis la place de la Rade , actuelle-
BYÈRES.
ment occupés par les maisonnettes déjà mentionnées. Les environs aussi, possèdent des sites très favorables pour la construction des villas que beaucoup de familles préfèrent au séjour de la ville, et qui probablement s’élèveront dans peu d’années. (1)
Sous d autres rapports Hyères est bien pourvue de moyens qui contribuent à rendre la santé aux malades. Les vivres y sont abondants et de bonne qualité , l’on peut se procurer tous les médicaments nécessaires et plusieurs des préparations dictetiques convenables aux personnes dont la digestion est affaiblie; il y a un établissement de bains bien tenu. Quelques-uns des médecins jouissent d’une réputation méritée, surtout pour le
(1) Les meilleures positions pour les malades sont le voisinage de la place des Palmiers, le long de la route menant à la place de la Rade. Ceux qui redoutentRe vent froid, 1e Mistral , peuvent se loger dans ces fluarticrs, ou près la'place de la Rade, qui cependant est plus exposée au vent d’est qui souffle le plus au printemps. Pour ceux qui ne craignent pas le Mistral , les maisons appartenant au propriétaire des lles-d'Or, le long de la route, offrent des logements convenables aux petites familles. Il y a aussi la maison vis-’a-vis avec jardin. Parmi les autres maisons garnies, peuvent être mentionnées la maison Mazaudier au bout de la place des Palmiers; la maison Clerc, avec jardin, au-dessous de l’hétel de l’Europe ; Giraud, avec jardin, sur la colline ; Lamiche, b côté de l’hôtel Laure ; la maison de M. Denis, avec grand jardin, convenable b une grande famille; la maison Toche, avec jardin, au-dehors de la ville, b droite de la route de Saint-Tropez.
OYÜRES.
traitement des maladies pour lesquelles ils sont le plus souvent consultés; et les pharmaciens sont habiles à préparer les ordonnances des médecins nationaux et étrangers. L’on peut louer des voitures, des chevaux de selle et des ânes pour des excursions dans les environs, et les promeneurs qui ne sont pas en état de gravir les montagnes peuvent se trouver en quelques minutes parmi ks jardins et les prairies sans être obligés de faire un long trajet par des chemins clos entre des murs., avantage qui sera apprécié par ceux qui ont épprouvé cet inconvénient dans d’autres endroits. (1)
Hyères offre, par la beauté de ses environs, assez de ressources pour la promenade à ceux qui peuvent entreprendre des excursions à pied plus lointaines; soit que l’on se dirige vers la mer par le chemin de Costebelle, ou vers le sud-est pour explorer les nombreux sites pittoresques que l’on rencontre parmi les collines sus-mentionnées , d’où l’on jouit du paysage riant de la plaine, entourée d’une ceinture de montagnes en forme d’amphithéâfre, et de la ville adossée contre son rocher; soit que l’on prenne la direction au nord , suivant les sentiers qui mènent sur les collines avoisinantes à l’intérieur; soit enfin que l’on re-
(1) Il serait k désirer qu’il y eut quelques voitures stationnées sur une place publique pour louer a l’heure.
BTÉRES.
monte le cours de la petite rivière de Gapeau, qui traverse la plaine à l’est; partout il se présentera des objets pleins d’intérêt et une végétation luxuriante d’arbres, d’arbrisseaux, de plantes et, au printemps, de fleurs variées (1). « Les végétaux qui croissent naturellement dans le pays, dit un écrivain médical, çonstituent une flore des contrées méridionales ; et l’on cultive en pleine terre une foule de plantes des climats chauds, depuis l’oranger de Portugal jusqu’au palmier de l’Egypte. Les campagnes environnantes, remarquables en général par la beauté de la végétation, par des accidents multipliés de terrain qu’elles présentent, et en quelques endroits, par quelques vestiges curieux des temps passés, offrent dans toutes les directions des promenades naturelles aussi agréables que variées. » (2)
L’on jouit de beaux points de vue des pentes de la colline du château, derrière l’hôtel des Iles-d’Or; mais pour monter aux ruines il faut traverser la vieille ville, passant par l’église de Saint-Paul, ou prendre le chemin au-dehors des murs qui part du voisinage de la place Royale.
(1) Les jardins de MM Farnous (près la Place de la Rade) et Beauregard, contiennent de belles collections de plantes exotiques et tropicales. Il y a aussi plusieurs horticulteurs dont les jardins seraient visités avec intérêt par les amateurs.
(2) Notice topographique d’Hyères, par le docteur Barth. Archiveg de médecine, 1841,
HTÈRES.
La montée est un peu pénible, mais l’enceinte des ruines est bien entretenue, et en arrivant au sommet la peine est amplement compensée par l’aspect du panorama , aussi remarquable par son étendue que par ses contrastes, qui se déploie aux regards. Au-dessous, se présentent la ville avec les vieux murs et les tours qui la cernaient autrefois, occupant la pente occidentale du rocher ; vers le midi s’étend la plaine avec ses plantations d’oliviers, ses rangées de cyprès et çà et là un palmier ; au-delà, l’on voit les lies, un ou deux vaisseaux de guerre et de petites barques en rade ; à l’ouest un mélange curieux de montagnes boisées, avec le cap Benat et le fort Brégançon aux bords de l’horizon ; la plainoétant terminée dans cette direction par les étangssalins servant pour l’extraction du sel ; au sud-ouest la presqu’île de Giens, jointe au rivage par une langue de terre plantée de sapins , qui s’étend jusqu’à vis-à-vis de la ville ; au nord un entassement de montagnes aux formes variées, les plus rapprochées étant couvertes des bois de l’arbre à liège , dont la verdure perpétuelle contraste agréablement avec les masses isolées de rochers gris qui s’élèvent à pic çà et là, avec les cimes stériles de la chaîne des Maures et des Alpes que l’on aperçoit dans le lointain, ainsi que du côté de l’ouest, avec la végétation de la vallée et les nombreuses maisons
OYÈRES.
blanches dont elle est éparpillée; le cadre du tableau étant formé par le Fenouillet , le Coudou et le Faron ayant sur son sommet un fort qui fait partie des fortifications de Toulon. A l’extrémité de la vallée s’élève un monticule couronné par les ruines du fort La Garde. Tels sont en abrégé les points de vue dont jouit le spectateur de cette position élevée.
Un large sentier passant par-dessus les montagnes derrière le rocher du château, et contournant la spacieuse vallée de Plan-de-Pont, mène par une descente abritée par l’arbre à liège , à la Roquette , propriété de M. de B. occupant un site pittoresque entouré de collines boisées. L’on peut retourner à Hyères par la route carrossable qui n’oflTre rien de remarquable, ou par un sentier agréable^ qui traverse la montagne près du Fenouillet, ayant vue sur la plaine et sur la mer, et qui vient rejoindre le premier chemin non loin du rocher du château , dont les ruines se présentent bien de ce côté.
Un autre sentier traversant les bois sur les hauteurs qui dominent le côté opposé do la vallée de Plan-de- Pont conduit à la vallée de la Sauvebonne. L’on y va aussi en voiture par la route de Saint-Tropez jusqu’au pont du Gapeau, à une lieue delà ville, d’oü l’on remonta, la rive gauche de la rivière par la roule de Pierrefeu ,
DTKRES.
qui est en assez bon état , passant par-devant le chAteau de M. de Beaurcgard, chef de la municipalité , et qui , bordée d’un côté par des campagnes boisées, offre quelques beaux paysages. Quittant cette route, l’on entre à gauche dans la vallée de Sauvebonne plantée de vignobles et d’oliviers ; à droite, l’on aperçoit un couvent habité par une trentaine de moines ; un peu plus loin, au bout de la vallée, est le village de la Grau d’où la route est continuée jusqu’au pied du Fenouillet où elle rejoint la grande route de Toulon. La tournée est intéressante et se fait en deux heures et demie.
Le chemin le plus fréquenté des environs est celui de l’Ermitage et de Gostebelle, il est en assez bon état pour les voitures jusqu’au point de jonction, à peu de distance de la ville. De la terrasse, au-delh de l’Ermitage , l'on jouit d’un des plus beaux points de vue de la plaine et delà ville d’Hyères, delà côte, des Iles et des campagnes avoisinantes de Gostebelle. Get endroit consiste en quelques maisons isolées au milieu d’une végétation luxuriante, occupant un site plus abrité et plus chaud que Hyères. Le palmier y est plus florissant et porte des fruits; une ou deux maisons sont louées dans la saison ; il y a de très jolies promenades pour les piétons, et un bon chemin conduit au rivage de la mer; mais l’éloigne-
UYÈRES.
ment d’IIyères et le défaut de routes carrossables constituent de fortes objections à l’habitation de Costcbelle, où par le mauvais temps l’on serait tout à fait privé de ressources. On peut retourner à Ilyères par un sentier qui suit la pente de la colline h droite, et à travers les montagnes ; il faut cependant avoir soin de ne pas s’égarer, ce qui est assez facile.
L’on peut arriver en voiture au rivage près de Costebelle par la route d’Almanare qui , d’IIyères , passe à gauche de l'Ermitage, mais qui est généralement en assez mauvais état. L’Almanare se compose de deux ou trois maisons contigües aux salines de cet endroit ; la route se prolonge vis-ii-vis de la presqu’île , le long de la mer jusqu’à Carqueiranne, joli hameau, avec quelques maisons de campagne ; celte route est très accidentée et en même temps abritée par la chaîne de collines couvertes de sapins de tous cotés excepté du côté de la mer, et si elle était maintenue dans un état passable, l’on ne pourrait pas désirer une meilleure promenade pour les malades (jui souhaiteraient respirer l’air de la mer. Lqs piétons trouvent un sentier agréable tout près du rivage, et parallèle à la route qui, passant devant le château de M. de St. G., à Carqueiranne, va se joindre à la grande roule de Toulon, près de la Valette. Four retourner à
HTKRES.
Hyèrcs sans retracer son chemin , l’on suit un sentier large mais pierreux qui, partant de derrière le château, passe entre les montagnes par-dessus le col le plus rabaissé de la chaîne, d’où l’on jouit d’une belle vue de la vallée et de la ville d’Hyèrcs. 11 faut une heure pour aller d’Almanare à Carqueiranne et une heure et demie de Carqueiranne à Hyères.
Une excursion intéressante pourrait être faite h pied ou à cheval, à la plantation de pins sur la plage vis-à-vis ^e la ville. L’on peut aller en voiture quand le chemin est en bon état , jusqu’à l’entrée du bois par la route d’Almanare, que l’on quitte vis-à-vis de l'Ermitage — traversant des terrains marécageux. La plantation s'étend de l’établissement des salines à l’ouest , à trois quarts de lieue le long de la mer présentant une variété de promenades agréables, parmi les pins et les arbustes qui croissent sur un sol sablonneux. L'on y jouit des beaux points de vue d’Hyères et de ses montagnes , de Costebelle et de la côte au-delà de Carqueiranne à l’ouest , et de Brégançon à l’est. L’on peut retourner par le chemin du Ceinturon et la route de S‘-Tropez , qui, cependant , fait un détour considérable comme les autres routes, conduisant à la mer à l’est d’Hyères , n’offre pas d’intérêt,
nVÈRES.
Parmi les vallées de la Colle-Noire , celle de la Mondière est la plus agréablement boisée. On y va par le chemin qui, passant par la maison deM. de Beauregard, conduit dans la direction de Carqueiranne. En arrivant à l’extrémité de la vallée, on trouve deux sentiers, l’un h droite qui va dans les montagnes, l’autre à gauche menant au sommet du col d’où l’on aperçoit la mer et l’Ermitage. On peut descendre de ce côté , ou, si l’on veut raccourcir sa promenade , on peut — sans monter au col — suivre le sentier à gauche qui descend à la vallée de Saint-Martin et vient rejoindre celui de Carqueiranne que l’on avait quitté.
Mais c’est du sommet du Fenouillet que les plus beaux points de vue se présentent au regard de l’observateur ; cette montagne, la plus élevée du voisinage d’Hyères , étant située au centre des objets environnants les plus propres à inspirer de l’intérêt. Le pic de Fenouillet se compose d’un amas de rochers nus, détachés les uns des autres et presqu’inaccessibles, près desquels gisent, aux alentours, des masses énormes couvertes en partie de buissons et d’arbustes, rappelant à ceux qui y sont allés, le souvenir d’un spectacle analogue — le Chaos de la vallée de Gavarnie dans les Pyrénées. — La vue de tous côtés est des plus étendue, comprenant, outre plusieurs
OYÈRES.
fies objets déjîi énumérés , le pic des Oiseaux , rocher escarpé qui s’élève vis-à-vis; la mer au-delà des lies, et la côte ; au sud-ouest, plusieurs chaînes de montagnes ; au nord-ouest, la vallée de Sauvebonne; à l’est, la rade, le phare et les fortifications de Toulon. L’on peut monter au Fenouillet avec des ânes par un chemin quittant la grande route à peu de distance d’Hyères et retourner, dans une heure, par un sentier passant sur les montagnes et se joignant à celui déjà mentionné, au-dessus des vallées de la Roquette et de Plan-de-Pont.
Les personnes qui ne peuvent pas aller loin trouver ont sur les collines aux environs plusieurs promenades qu’elles pourront faire sans fatigue. L’une des plus agréables est sur la colline nommée le Paradis, derrière la villa de M. Denis, d’oü se présente une belle vue de la plaine, de la rade et des lies. L’on peut descendre de l’autre côté parla vallée de la Ritorte à la route de Saint-Tropez, à peu de distance de la ville.
CLIMAT D’HYÈRES
Hyères jouit à juste titre de la réputation d’être l’un des meilleurs sinon le meilleur séjour d’hiver, en France, pour les poitrinaires7Son climat, comme celui de la Provence en général, présente des différences très marquées entre les climats des autres parties du midi sous le rapport delà température et de la sécheresse. « La Provence, dit un écrivain distingué sur la météorologie, est une portion détachée du reste de la France, jetée sur la côte septentrionale de la Méditerranée. Protégée par un cercle de montagnes contre les vents du nord et descendant par des gradations successives vers la mer , elle jouit d’une température plus élevée que les provinces situées plus au midi près des Pyrénées. A l’est, le climat provençal se confond insensiblement avec celui plus doux dont jouissent les côtes de la Ligurie , désignées par le nom de la Rivière de Gênes. La température moyenne
CLIMAT n’flYÈRES.
annuelle y est plus élevée que dans toute autre partie de la France. Elle atteint presqu’à 15 degrés (centigrade). Les étés y sont plus chauds et les hivers plus doux que dans les districts girondins. I.e voisinage de la mer tempère les chaleurs de l’été ; le thermomètre ne s’y élève pas si haut propoi tionnel'.ement que dans le nord de la France, mais la chaleur y est de plus longue durée et la température moyenne de l'été n’y est nulle part au-dessous de 21®. La quantité annuelle de pluie n’y est pas plus considérable que dans les autres parties de la F rance, mais la distribution, à l’égard des saisons, y est très caractéristique. Presque la moitié tombe en automne, l’autre moitié en biver et au printemps ; l’été est par conséquent excessivement sec. Comme les pluies d'automne sont très abondantes, le nombre des jours pluvieux y est beaucoup moindre que dans toute autre région. A Marseille il est de 57 , à Montpc illcr G7 , Nice 52 (GO). Les orages ne sont pas fréquents, mais ils sont très violents ; ils arrivent pour la plupart au printemps et en automne. Le climat de la Provence est le meilleur en France, et il serait aussi le plus agréable et le plus sain si ce n’était le vent du nord-ouest (mistral) qui soufile avec une extrême violence dans toute la vallée du Khone. (lèvent était inconnu au temps de Jules César, qui rc-
CLIMAT D’HYÈRES
présente la Provence comme un pays couvert do forêts. Après la destruction inconsidérée des arbres qui cou" vraient les plaines et les collines avoisinantes de la Delta du Rhône, ce vent impétueux se fit sentir pour la première fois.
<> 11 y a en Provence un distri^'t prUilégié s’étendant depuis Hyèros jusqu’à Nice. Situé au pied des Alpes, au dehors du trajet du mistral , ce pays jouit d’un climat plus doux que Rome et Naples, c’est là que vont les personnes aux poitrines délicates, chercher la douce atmosphère, la température constante , l’existence calme qui retardent le progrès de la plus inexorable des maladies, et qui l’arrêteraient quelquefois si la négligence ou un funeste aveuglement n’ompéchait pas les malades de cherchera temps une guérison possible, ou ne les induisait à faire choix des localités moins favorisées. » (1)
Le climat d’Hyèrrs présente quelques difiérences de celui des autres parties de la Provence , dépendant des particularités de son site. Le ciel est généralement serein en hiver; l’air y est pur, sans avoir l’extrême sécheresse de Marseille et de quelques autres villes avoisinantes ; il tombe en général comparativement
(1 ) M. Martius, — Annuaire météorologique de la France, 1850.
CLIMAT d’hYÈRES,
peu de pluie dans celle saison ; mais il ne faut pas croire comme paraissent le faire quelques personnes, qu’il n’y a pas de mauvais temps et que les vents froids ne s’y font pas parfois sentir. M. Denis, qui écrit avec impartialité et prévient les éli’angers contre les descriptions exagérées qu’en ont données quelques écrivains des Guides des voyageurs, s’exprime ainsi : «un printemps perpétuel ne règne pas dans notre vallée ; l’hiver y est marqué par quelques journées froides et pluvieuses ; les vents y arrivent violents et parfois dévastateurs ; les chaleurs de l’été, sans être insupportables, sont longues et continues ; toutes les parties du territoire qui ne sont pas favorisées par des irrigations naturelles ou artificielles présentent l’image de la sécheresse ou de l’aridité. Des tourbillons de poussière enveloppent le voyageur ; des orages inattendus, menaçants et destructeurs viennent y fondre en grêle ou en torrents de pluie ; et après tout, et malgré tout, cette vallée et sans contredit la plus favorisée du ciel de la France ; car, quelques moments de froid sont suivis d’une longue suite de belles et tièdes journées; les chaleurs de l’été sont tempérées par la brise de mer qui souffle régulièrement durant une partie du jour. La montagne qui domine la vallée offre un puissant abri contre la puissance des vents. Les grandes roules sont
CLIMAT D’hYÈRES.
bien entretenues, les cultures sont variées, les herbages y croissent sans interruption. j> (1)
M. Foderé, qui a exercé la médecine à Ilyères , s’est ainsi exprimé à son égard ;
« Hyè res paraîtrait etre un peu plus chaude en hiver et moins exposée que Nice aux variations brusques de la température. Ainsi que dans tous les climats où la chaleur favorise la transpiration, les habitants d’Hyères ne sont sujets ni à la goutte, ni au rhumatisme, ni à l’asthme et les étrangers qui y viennent passer les hivers sont presque sûrs, de même que sur le littoral des Alpes Maritimes, d’y éprouver un grand soulagement. L’absence (ies pluies et des brouillards, et l’e.xercice qu’on peut faire tous les jours dans cette saison au milieu d’une belle végétation, rendent certainement ce séjour très recommandable. D’autre part, le voisinage des marais, des étangs, des salines, la malpropreté des rues et l’absence d’une quantité assez considérable des eaux potables , présentent de graves inconvénients, malgré la salubrité de la saison. » (2).
(1) Promenades pittoresques k Hyères.
(2) Voyage aux Alpes Maritimes. Les inconvénients signalés par cet auteur n’existent plus actuellement au môme degré ; les marais ont été en grande partie desséchés; d’ailleurs ils n’exerceraient pas une influence fâcheuse sur la santé en hiver.
CLIMAT D’HYÈRES
La seule notice sur le climat qui ait été publiée dans ces derniers temps par un médecin d’Hyères , est celle de M. Honnoraty, qui est citée par M. Carrière dans son ouvrage sur le climat de l’Italie. Cet auteur dit : « que la ville est exposée au vent nord-ouest et qu’elle n’est pas sutlisamment abritée du côté de l’est. Les orangers et les citronniers sont plus petits qu’à Nice, (1) les pluies en automne èt les brouillards n’y sont pas infréquents , en hiver il y a une longue succession de beau temps , la température n’est pas sujette à d’aussi grandes variations, et il y a moins de ditférence entre celle du soleil et de l’ombre qu’à Nice. Les matinées et les soirées sont froides. Au printemps les vents prédominants sont l’est , le sud-est et le nord-Qst. L’est amène l’humidité, il est le vent du printemps sur les côtes de la France comme l’ouest est le vent du printemps sur les côtes occidendentales de l’Italie ; les vents soufflanl de la mer , le sud sud-est et sud-ouest modèrent la chaleur dans cette saison . Les vents les plus fréquents en automne sont le sud-est, l’ouest et le nord-est. En hiver, le nord
(1) L'on ne voit actuellement presque pas de citronniers et les orangers ne sont plus cultivés dans la plaine, étai t circonscrits aux jardins prés de la ville.
CLIMAT d’hYÈRES.
et le nord-est sont froids et perçants, mais l’influence de ces vents est modifiée par le sud-est et le sud, 11 y a plus de jours pluvieux h Nice qu’à Ilyères, où la moyenne annuelle est 40. »
11 paraît qu’il y a erreur à l’égard du nombre des jours pluvieux. La quantité moyenne de pluie qui tombe à Hyères est, selon M. Denis, de 27 pouces, à Nice elle est de 25 (ce qui n’est pas moins qu’à Londres). « Les vents d’est, dit cet auteur, amènent au printemps les pluies , ceux du sud-est et du sud-ouest poussent et roulent ces nuages épais qui en octobre et novembre viennent fondre sur le sol. Si les pluies ne sont pas très fréquentes sur ce pays, elles sont ordinairement très abondantes. Aux époques citées (printemps et automne) on peut compter 40 jours de pluie, année commune. Ce .«îont les vents marins qui pendant la dure saison font monter le thermomètre, et les mêmes qui rendent l’été plus supportable. (1) »
(1) Ordre des vents selon les saisons. Au printemps, l’est, le sud et le nord-est; en été, le sud, sud-est et ouest ; en automne, le sud-ouest, l’ouest et le nord-est ; eu hiver, le nord, le iiord-est, le sud-est, le sud et enfin le nord-ouest.
Terme moyen d’observations faites pendant 20 ans. Le veut du nord souffle 10 jours au plus ; l’est, G5 ; le sud, 120 ; l’ouest, 40 ; le nordest, 20 ; le sud-est, 20 ; le sud-ouest, 18 ; variables de 8 k 10 joui-s-
CLIMAT D’nYKRES.
Nous pouvons conclure de ce qui précède que le nombre de jours pluvieux h Hyères se rapproche de celui de Nice, quoique dans cette ville la quantité de pluie qui tombe soit plus également divisée entre les trois saisons. Ainsi, d’après la table de Roubaudi, que j’ai citée dans mon ouvrage, il tombe en décembre, janvier et février près de sept pouces de pluie; en septembre, octobre et novembre neuf pouces trois quarts ; en mars, avril et mai six et demi ; tandis qu’en juin, juillet et août il tombe à peine trois pouces. Les saisons varient cependant beaucoup sous ce rapport. Lorsque les pluies d’automne tombent à leur époque accoutumée, il y a ordinairement à Nice une longue succession de beau temps en hiver ; tandis que si elles viennent h manquer, l’iiivcr est comparativement pluvieux ; il en est probablement de même à Hyères.
M. Denis divise le terroir d’Hyères en trois zones, dont chacune est soumise îi une température qui lui est propre : 1“ celle d'Hyères et de ses jardins ; 2* celle du littoral qui s’étend de l’est, par delà le Gapeau , à l’ouest du côté du Ceinturon ; 3“ celle qui est particulière à toute cette suite de vallées et de collines comprises depuis le revers nord des montagnes du château, du Fenouillet , des Fourches et du grand angle du Coudon, et la chaîne
CLIMAT d’hYÈRES.
qui commence les terroirs de Collobrières, Pierrefeu et Pignans. Il existe presque toujours une différence d’un et demi à deux degrés entre la première et la deuxième zone, et une différence de deux à quatre entre la deuxième et la troisième,
« Les brouillards, dit cet auteur, sont très rares aujourd’hui, ils s’élèvent parfois durant le printemps et l’automne vers 10 et 11 heures du matin ; ds deviennent épais et gros, marchent lentement du sud au nord , gagnent le pic des montagnes à l’est et à l’ouest, et finissent par se répandre et retomber dans les vallons. »
A ces citations des autorités locales, j’ajouterai quelques observations faites par M. Carrière, afin de démontrer les points de rapprochement qui existent entre les climats d’Hyères et de Nice et les différences qui les distinguent l’un de l’autre. « La température est douce à la sensation. Pendant les belles journées d’hiver, il n’y a rien d’apre dans l’impression qu’elle produit , surtout lorsque l’hiver commence à incliner vers le printemps. D’après les observations de 30 ans (1810-40), lethermomètre descend jusqu’à un minimum qui se rappioche, sans l’égaler, à celui de Nice (9). Le maximum est presque celui de la ville piémontaise , il surpasse 30. Les époques de la journée qui correspondent aux plus grands
CLIMAT d’hTÈRES.
froids sont le matin et soir, comme dans le bassin de Nice. Alors soufflent fes vents continentaux , dont le règne précède et suit celui des vents maritimes. A Nice cette succession se fait régulièrement, elle ne présente pas la même régularité dans la ville française. A cause de la perméabilité de l’enceinte qui part des deux côtés de la montagne d'Hyères, les vents continentaux traversent quelquefois la journée et troublent le calme de l’air, en même temps qu’ils abaissent la température. Parmi ces vents, le mistral, qui présente ces conditions plus que tous les autres, a un accèsaplus facile dans le bassin de la ville française que dans celui de Nice. C’est le plus tumultueux, le plus sec et souvent le plus froid , puisqu’il fait baisser brusquement latempérature de 6 à 8 degr.
En général, la sai.son d’hiver présente malgré ces inconvénients une bonne et douce température. 11 est rare que lorsque le ciel est pur et sans nuages, ce qui arrive assez fréquemment depuis les derniers mois de l'automne jusqu’au printemps, la promenade ne soit pas aussi agréable que salutaire pendant les deux ou trois heures • qui suivent le milieu du jour. Alors les vents maritimes dominent, et la sécheresse de l’air est tempérée par cette humidité insensible qui rappelle celle des campagnes riveraines des parages méridionaux de ritalie. »
CLIMAT d’hTÈRES.
« D’après les relevés du docteur Honnoraty, dit M. Barth, et pendant les mois les plus froids de l’année (décembre, janvier, février), le thermomètre, placé à l’ombre au nord, n’a pas, vers le milieu du jour, dépassé inférieurement 7 au-dessus du zéro, tandis qu’il s’élèvait souvent à 12 et 15 à l’ombre, et atteignait meme 18 et 20 (centigrade). Au soleil, au contraire, il ne s’est pas abaissé au-dessous de 17, et il montait quelquefois à 30 et 40 ; mais le plus généralement , la chaleur moyenne variait de 10 à 13 à l’ombre et de 25 à 30 au soleil. Ces considérations, poursuit M. Carrière, établissent une autre analogie entre le ciel de Nice et celui d’IIyèrcs. La différence qui existe dans le bassin de la ville fiançaise entre la température de l’ombre et celle du soleil est assez forte pour impressionner vivement les organisations délicates et les malades en traitement. Ainsi, comme pour Nice, ce n’est pas sans user de précautions qu’on doit se livrer h la promenade dans la campagne par les belles journées de l’hiver.
L’air d’IIyères est doux assurément , mais il ne l’est pas plus que celui de Nice ; l'un et l’autre présentent des minima que l’on peut considérer comme à peu près semblables. L’air est sec, surtout dans la région septentrionale du bassin, c’est-à-dire dans la portion de
CLIMAT d’uYÈRES.
la vallée qui touche aux accidents de terrain ; naturellement il l'est moins sur les rives des cours d’eau, près des terrains marécageux et sur cette zone de la plaine qui forme la lisière du littoral.
Les vents no sont'pas capricieux à Hyères, et l’atmosphère ne présente pas la variabilité de celle de Nice. Assurément le ciel de Nice est capricieux, mais il acquiert de la fixité dans le milieu de la journée à cause de l’alternance régulière des vents maritimes, qui sont les vents du jour, avec les continentaux qui sont ceux de la nuit, des soirées et des matinées (I). Cette variabilité se fait sentir d’autant plus que les vents continentaux perdent tout leur calorique en passant sur les Alpes , dont les cimes se multiplient derrière le territoire de Nice, tandis que les maritimes conservent et corroborent toutes leurs
(1) Les localités maritimes des pays chauds, dit le docteur Copland, ainsi que celles des pays tempérés qui|sont situées le plus au midi, tandis qu'elles .subissent dansle jour, pendant la plus grande partie de l’année, les brises régulii-resdclamer;— dépendant de ce que le courant de l’air remplace celui qui a été raréfié par l’inllucnce réchaulTante de la terre — sont en même temps assujéties aux vents de terre pendant la nuit, h cause de l’évaporation moins rapide et de la plus grande chaleur de la surface de l'Océan îi cette époque ; la radiation rapide de la chaleur du soj réduisant bientôt la température de sa surface au-dessous de celle de l'Océan dans la même latitude. — Dictionary of Médecine.
CLIMAT d’HYÈRES.
qualités par l’itinéraire qu’ils suivent avant de parvenir dans le bassin. Les vents continentaux sont beaucoup moins froids h Hyères ; les changements de température que leur entrée déterminent, affectent moins vivement la sensibilité ; le nord-ouest forme seul exception ; nonseulement il produit une révolution profonde dans les conditions métriques, il souffle encore avec assez de fréquence, soit pendant le milieu du jour, soit pendant li nuit, pour transporter aux heures de la promenade une variabililé qui, pendant le même temps, est moins prononcée dans l’atmosphère de la ville piémontaise. (1)
M. Carrière considère que l’air d’Hyères est plus sec que celui de Nice. « La différence, dit-il, est assez grande entre l’élasticité atmosphérique des deux villes, pour attribuer à Hyères une suprématie marquée sur sa rivale du Piémont. Il faut rapporter la sécheresse de l’air de la station française h deux causes : les vents continentaux qui parviennent dans le ravin de Nice modifient profondément la pesanteur de l’air, mais le nord-est qui est le plus fréquent à Hyères joint au nord-nord-ouest qui a la prépondérance en hiver, doit le modifier plus profondément encore. H paraîtrait aussi que la proportion
(1) Sur le Climat de ritalie.
CLIMAT D’HYÈRES
de journées pluvieuses serait plus élevée à Nice que dans la ville française (c.-à-d. GO à NiceiO àllyères). Ces deux circonstances établissent donc la raison do celte différence d’élasticité atmosphérique qui fait de l’air de Ilyères un air plus sec que celui de la station du territoire piémontais. »
Nous avons vu que la quantité absolue de pluie qui tombe dans l’année est un peu plus grande à Hyèresqu’k Nice ; et je crois avoir démontré que l’on a été induit en erreur en estimant le nombre de jours pluvieux à 40 seulement (ce qui serait moins qu’a toute autre localité des pays tempérés). D’après ce que j’ai pu observer cà l’égard du degré de sécheresse relative de ces deux villes, il me semble que la distinction n’a pas été sullisamment faite entre les parties de la ville et les faubourgs de Nice habités par les étrangers , et les rues étroites et mal aérées de la vieille ville, et des campagnes environnantes qui sont presque au niveau de 1a mer, tandis qu’ Ilyères est à plusieurs mètres au-dessus de ce niveau, et qui par cette raison, ainsi qu’îi cause de la quantité de rosée qui tombe dans la partie du bassin de Nice la plus abritée des vents, peuvent bien avoir l'atmosphère plus chargée d’humidité. Mais, d’autre part, les (juartiers les plus fréquentés de Nice, près de la mer, ou longeant le Pilglion —
CLIMAT d’bYÈRES.
qui est presque toujours à sec, et ne saurait par conséquent être une cause puissante productrice de l’humidité — sont séchés par les vents et en même temps pleinement exposés au soleil. Nice étant située sur le bord de la mer et séparée des montagnes par une plaine, a par conséquent une plus libre ventilation qu’Hyères. Ces circonstances contrebalancent, à mon avis, la quantité plus grande de pluie qu’il peut y avoir en hiver. Hyères, au Contraire, ayant une plaine et de l’eau salée entr’elle et la mer, est moins aérée par les bi ises qui soufflent de ce côté, tandis qu’en même temps elle est abritée du nord, et en grande partie du nord-ouest (vent sec occasionnel) ; mais en revanche elle est plus exposée h l’est (vent d’humidité) qui prédomine au printemps. L’atmosphère d’Hyères est douce, moins variable que celle de Nice, et elle est en même temps moins excitante; les personnes dont les nerfs sont agacés ù Nice, et celles qui, à cause de cette qualité du climat, ne peuvent pas bien dormir, se tjouveraient souvent beaucoup mieux à Hyères, ainsi que dans l’atmosphère moins sèche delà campagne de Nice, un peu éloignée de la mer. Au point de vue médical, ces différences sont importantes à noter; car, il arrive chaque saison, que beaucoup de malades qui viennent dans ce pays, se fixant dans des positions qui leur sont peu con-
CLIMAT d’hYÈRES.
venables, ne retirent aucun avantage du climat , et que d’autres voient leur état s’empirei ; tandis que s’ils avaient, fait un meilleur choix de localité il aurait pu s’améliorer. Il y en a d’autres auxquels une certaine dose, pour ainsi dire, d'une atmosphère sèche et excitante est avantageuse ; mais lorsque cette dose est dépassée par un séjour trop prolongé, la même atmosphère leur devient nuisible. Le même effet se pioduit sur beaucoup de personnes en santé. Lors donc que le médecin s’aperçoit que des malades auxquels le climat semblait convenir d’abord , ne font plus de progrès, ou qu’il survient des symptômes d’excitation générale ou locale, manifestés par l’agitation, l’insomnie et la fréquence du pouls, qu’il ne saurait attribuer h une cause spéciale ou accidentelle (comme les refroidissements, les erreurs diététiques, l’état de gravité delà lésion, etc.), il pourrait le plus souvent y voir l’indication pour un changement de lieu. Le caractère du climat de tous les endroits fréquentés par les malades, éprouve aussi de grandes variations dans le cours des six mois de l’hiver et du printemps, ce qui rend souvent un changement nécessaire, et c’est h tort que plusieurs médecins recommandent d’une manière absolue aux malades de passer l’bivcr (ou six mois) dans tel ou tel endroit, sans considérer suffisamment si les variations
CLIMAT D’hTÈRES.
de son climat à ces diverses époques ne formeraient pas une contre-indication h un séjour prolongé. Ce que je viens de dire à l’égard d’un climat sec et excitant, est également applicable à un climat plus humide ou sédatif. L’action d^une pareille atmosphère sur le système des malades serait souvent avantageuse pendant un certain temps, tandis qu’elle serait nuisible si elle était trop prolongée.
Pour cette raison, les climats de Pau, de Pise et de Rome (qui ont une température d’hiver moins élevée que Nice et Hyères) conviennent h beaucoup de malades pendant quelques semaines ou deux ou trois mois , mais deviendraient souvent trop relâchants pour ces mêmes malades s’ils y restaient toute la saison , à cause de la plus grande proportion de pluie qui y tombe et du calme de l’almosphère, surtout à Pau et à Rome. D’autre part, le séjour de plusieurs mois dans la même localité , soit qu’elle possède un climat sec et plus ou moins excitant, soit que leclimaty est plutôt moite et sédatif, est préférable à un changement de lieu pour un grand nombre de malades ; et c’est au médecin qui a acquis les connaissances nécessaires à cet égard, de déterminer, d’après les indications, ce qu’il y aurait de mieux à faire dans des cas particuliers.
CLIMAT d’uYÈRHS.
L’on peut dire en général, qu'un climat modérément chaud et sec, comme celui d’Hyèrcs et des autres stations abritées des côtes septentrionales de la Méditerranée , est le plus convenable aux individus d’un tempérament lymphatique et scrofuleux, qu’ils soient malades ou seulement prédisposés h la maladie, ainsi qu’à ceux chez lesquels la circulation est ralentie ou du moins n’est pas accélérée, ou la pâleur jointe à la langueur des fonctions indiquent un état d’anémie ou de détérioration du sang. De tels malades regagneraient souvent la santé et les forces par l’influence de l’atmosphère vivifiante d’un tej climat, qui au contraire produirait des effets défavorables sur des individusd’un tempérament sanguin, excitable ou nerveux , et à plus forte raison, dans des cas de maladies aigues ou chroniques caractérisés par la fièvre , ou par l’excitation vasculaire ou nerveuse.
Cette opinion que j’ai exprimée, il y a plusieurs années, est corroborée par les observations de M. Carrière, qui dit: <r Nice et Hyères conviennent, aux nuances près, aux malades de cette classe, (à tempérament lymphatique cl scrofuleux) qui appartient à l’Angleterre et aux zones septentrionales de l’Europe, ainsi qu’à la France du nord. Les malades du midi, dont les affections chroniques se compliquent on général d’un état de surexcitation
CLIMAT d’hYEUKS.
nerveuse doivent aller dans les stations méridionales de l’Italie. »
Les maladies pour lesquelles le climat d’IIyères est recommandé par MM. Barth et Bayle, de Paris, dans les notices qu’ils ont publiées, sont signalées d'une manière trop absolue, sans préciser les divers tempéraments et les diverses conditions dans lesquelles peuvent se trouver lesmalades ;qui font qu’un climat — comme tout autre remède — qui serait avantageux dans tel cas, serait extrêmement nuisible dans tel autre cas de la même maladie. Ces diversités de conditions chez les malades doivent en effet constituer le guide principal du médecin qui veut faire choix du climat le plus approprié à des cas particuliers. Ainsi , par exemple, l’hémoptysie est souvent remédiable par l’action des climats de nature opposée. Lorsqu’elle est liée à un état de surexcitation vasculaire et nerveuse , l’atmosphère .sèche de la Provence serait le plus souvent nuisible; tandis que celle de Pau, de Rome ou de Madère, qui est plus moite et dont l’action sur l’économie est plus sédative, serait probablement avantageuse ; d’autre part, lorsqu’elle dépend d’un défaut de ton, ou du relâchement du système , et des voies aériennes en particulier, sans qu’il y ait mouvement fébril, un climat sédatif serait plutôt désavanta-
CLIMAT d’iIYÈRES.
gcux, i*t un climat chaud et en môme temps sec, offrirait la plus grande probabilité de guérison.
Dans un grand nombre de cas où se présente l’indication pour préférer un climat chaud et modérément sec, celui d’IIyères, de Cannes ou do Nice conviendrait également bien, et alors le choix devrait être réglé par d’autres considérations que celles des légères dilférenccs météorologiques qui ont été notées entre ces localités. Ainsi, ceux chez lesquels des causes morales déprimantes auraient contribué h détériorer la santé, et ceux qui recherchent plus de distractions qu’ils n’en trouveraient dans une petite ville do province, feraient bien en général d’aller à Nice, et dans le cas qu’ils éprouvent de la surexcitation du voisinage de la mer, de se loger dans l’une des villas des environs ; ceux, au contraire, qui désirent éviter le mouvement bruyant d’une grande ville, qui recherchent la tranquillité et trouvent assez de ressources dans les promenades li la campagne pendant le jour, dans le sein de leurs familles ou dans la jouissance d’une société plus intime et plus cordiale que l’on ne rencontre rarement dans des endroits très fréquentés, no sauraient mieux faire que de choisir pour .séjour Hyèros ou Cannes.
Nonobstant les variations atmosphériques occasion-
CLIMAT D’HYÈRES
riclles, quand il n’existe pas une grande susceptibilité dos voies aériennes, le séjour en hiver, en totalité ou en partie, de l’une ou l’autre des stations sus-mentionnées, serait très propre à favoriser la guérison de la phthisie pulmonaire dans une période peu avancée de la maladie, ou à procurer une amélioration permanente chez des personnes du tempérament indiqué. Dans ces cas, ce n’est pas un climat très égal qui convient le mieux. En effet, une température trop uniforme, comme par exemple celle de Madère , n’est pas en général très favorable aux constitutions du Nord. Un pareil climat convient mieux à des organisations excitables, frêles et délicates, chez lesquelles la puissance de réaction contre le froid est très faible, ainsi qu’aux personnes dont la santé est trop gravement compiomi.se, pour que l’on puisse raisonnablement entretenir l’espoir de prolonger l’existence , autrement que par le repos aussi complet que possible des organes lésés.
Le climat d’IIyères, et des autres lieux abrités de celte partie du littoral de la Méditerranée, est très propre à favoriser la guérison do la bronchite chronique avec expectoration , surtout chez les personnes âgées , et lorsqu’il n’y a pas de tendance à l’action inflammatoire. L’asthme humide serait également amélioré dans la plupart des cas par ce climat. Les cas de bronchite sèche,
CLIMAT d’DYÈRES.
avec grande susceptibilité des voies aériennes , seraient au contraire plutôt empirés par l’intluence d’un climat sec. Le séjour d’Hyères, ou de la campagne des environs de Nice serait préférable dans ces cas au voisinage de la mer.
Les scrofuleux sont placés dans la condition la plus favorable pour la guérison , par l’habitation en hiver d’une localité où la sécheresse et l’élasticité de l’atmosphère tendent h améliorer l’état de la nutrition et de l’hématose, ainsi qu’à procurer la résorption des tumeurs glandulaires. Les positions non loin du rivage delà mer sont préférables lorsqu’il n’existe pas une grande disposition îi être sensiblement impressionné par les variations de température ; lorsque cette disposition existe , les malades feraient mieux de se loger dans l’intérieur du pays.
Ce genre de climat est généralement avantageux dans les affections des organes digestifs caractérisées par un état de torpeur et d’atonie générale ; lorsqu’au contraire, ces affections sont accompagnées d’un excès d’irritabilité générale ou locale, un climat tel que Pisc , Rome ou I*au, conviendrait mieux. Les étiangers à leur première ariivée dans des pays du Midi , sont très sujets h éprouver de l’excitation anormale de ces organes , parce (|u’ils n’ont pas soin de régler leur régime, mangeant
CLIMAT D’iIYÈRES,
souvent beaucoup de viande et buvant beaucoup de vin comme ils en ont l'habitude dans les pays du Nord. Ce désordre est généralement remédié par l’emploi des moyenssimples et par un régime convenable.
La faiblesse des organes digestifs, qui, lorsqu’elle estde longue durée, produit parfois l’anémie,etdes maladies organiques, dépend souvent descauses moralesdéprimantes
dont rintluenee n’est pas suffisamment considérée par beaucoup de médecins , qui cherchent h. remédier à ces effets au moyen do médicamenis, dont l’action n’est que temporaire, et dont la répétition réitérée est souvent nuisible. Dans cet état du système, les moyens hygiéniques et moraux sont les meilleurs remèdes. Pai mi ces moyens, il n'en est pas de plus efficace que la distraction occasionnée par le changement de lieu, l’habitation d’une localité où l'air est pur , où le climat est de nature à permettre aux malades de prendre l’exercice journalier en hiver , où l’éclat du soleil, l’aspect d'un pays accidenté et d’une belle végétation, tendent à distraire l’esprit des pensées sombres, et par conséquent h fortifier la digestion ainsi que les autres fonctions de l’organisme, à empêcher la formation des congesiions^'viscérales, et à maintenir en équilibre normal les systèmes artériel et veineux, musculaire et nerveux.
CLIMAT D’HYÈRES
Sous ces rapports le climat de la Provence serait avantageux dans beaucoup de ces cas; dans d’autres où les malades recherchent des distractions plutôt que l’influence d’un climat particulier, il leur conviendrait souvent mieux de ne pas rester trop longtemps dans le même endroit, où ils pourraient s’ennuyer; mais de visiter dans le courant de l’hiver plusieurs des villes de l’Italie, qui présentent le mouvement animé d une capitale , et possèdent de nombreux trésors de l’art.
Les mêmes observations sont applicables aux cas de l’hypochondrie, de la nuélancolie et à d’autres affections nerveuses , qu’ils soient accompagnés ou non de désordres fonctionnels des organes. Qui ne sait l’influence puissante qu’exercent sur ces malades le beau et le mauvais temps et les diverses conditions de l’atmosphère? Combien alors doit être bienfaisant le séjour en hiver des localités où ces conditions sont généralement favorables. Dans l’hypochondrie purement nerveuse , où le dé.sordrc des organes digestifs n’est que l’effet secondaire dos impressions morales déprimantes , le climat de la Provence, de Nice, de Malte, ou de Naples, serait avantageux dans quelques cas; celui de Rome dans d’autres, le choix devant être déterminé d’après les indications particulières présentées par des cas individuels.
climat d’hyères.
Le séjour d’Hyèrcs, de Cannes ou de Nice conviendrait aussi à plusieurs malades affectés de névi'algie, pourvu qu’il n’existe pas en même temps une disposition à l’excitation générale. Un climat moite, quoique généralement nuisible, est quelquefois favorable dansccscas. L’expérience d’un séjour de quelques semaines est souvent le meilleur guide pour le choix d’une localité convenable dans ces affections.
La goutte et le rhumatisme sont des maladies dans lesquelles l’influence bienfaisante d’un climat approprié est très apparente. Dans les cas de goutte, il y a presque toujours de la tendance à la congestion veineuse et viscérale, ainsi qu’à la surexcitation des reins, tandis que d’autre part l’activité des fonctions de la peau est diminuée.
Beaucoup d’individus sujets à la goutte évitent leurs attaques périodiques , qui chez d’autres sont moins violentes , en passant les hivers dans des endroits qui les induisent à se promener tous les jours, où une atmosphère chauffée par le soleil provoque une circulation plus énergique des vaisseaux capillaires de la peau, et une transpiration plus libre, que ne ferait l’habitation des pays froids et humides , au grand soulagement des organes .internes. Un eflot non moins favorable est produit par
CLIMAT d’HYÈRES.
ces agents propices dans la plupart des cas do rhumatisme, qui, le plus souvent , dépendent de l’action combinée du froid et de l’humidité. Le choix de la localité devrait être réglé dans ces cas d’après les indications particulières. II faut que ces malades prennent des précautions pour se garantir contre les variations do tem- I>érature que l’on éprouve dans les pays du Midi aux diverses époques du jour.
Le séjour dans un climat chaud, approprié aux divers cas, exerce une inlluenco bienfaisante sur le cours de plusieurs autres maladies chroniques , comme la paralysie, surtout lorsqu’elle arrive k la suite des accès de goutte ou de rhumatisme, plusieurs maladies de la peau, l’engorgement du foie et de la rate produit par Thabitation des pays marécageux et par suite des fièvres intermittentes, la détérioration de la santé occasionnée par une longue résidence dans des pays tropiques et malsains , etc. Dans presque tous les cas de maladies chroniques où l’on peut espérer de retirer de l’avantage de l’influence du climat , l’on devrait faire précéder et .seconder ce moyen remédiai par l’emploi des eaux minérales (en bains et en boisson) dans la saison d’été. Les eaux tendent puissamment à préparer le système pour subir l’action bienfaisante d’un climat con-
CLIMAT D’hYÈRES.
vcnable, mais les malades perdent fréquemment l’avantage qu ils auraient pu obtenir de la combinaison de ces moyens , en ayant recours exclusivement à l’un ou à l’autre, 11 serait hors de propos d’entrer sur cette occasion dans des détails à ce sujet, qu’il me suftise d’appeler l'attention sur cette combinaison.
CANNES
Cannes est située dans une position charmante sur le rivage d’une petite baie delà Méditerranée, ayant en face les Iles de S'*-Marguerite et Honorât qui on sont éloignées d’une lieue. Le trajet d’IIyéres , en poste ou en voiture occupe à peu près quatorze heures. L’on peut coucher le premier jour au Luc — point de jonction des roules de Marseille, de Toulon, d’Aix et de Nice. A Fréjus on peut voir les restes d’un amphitéâtre romain. Bientôt après on commence la montée de l’Estércl — chaîne de montagnes qui s’étend des Alpes à la mer, sur lesquelles croissent en profusion le pin , l’arbre h liège, Varbutus et diverses plantes aromatiques. De la partie la plus élevée de la route il y a une belle vue des montagnes et de la mer avec l’île Sainte-Marguerite. Ayant relayé, Condescend à la plaine de Cannes, qui est abritée au nord par des montagnes assez élevées, au nord-ouest et au couchant par l'Estérel — à l’est par-
CANNES
tiellenieni par les Alpes Maritimes, tandis qu’elle est exposée aux influences du sud et du sud est (1).
La population de Cannes s’élève à 5,000 âmes. Le plus grand nombre des habitants sont des boutiquiers, des cultivateurs et des pêcheurs. Il n’y a rien de remarquable dans l’intérieur de la ville; la partie moderne est bâtie sur la route d’Italie, étant jointe au port par le cours, promenade publique plantée d’arbres. Le port est commode et pourrait contenir d’assez grands vaisseaux, quoiqu’il n’y ait ordinairement que quelques bâtiments de commerce , des barque# de pêcheurs et l’un des bateaux à vapeur qui fait le trajet en douze heures à Marseille une fois par semaine, portant les produits du sol , et des marchandises (2).
Il y a trois hôtels, savoir, Pinchinat, près du rivage, à l’entrée de la ville, du côté de Fréjus, la Poste et le Nord sur la grande route; ces derniers ont une table d’hôte ; la diligence s’arrête au Nord. Quatre diligences passent fous les jours entre Nice et Marseille, deux dans chaquedirection (l’une partant le matin, l’autre le soir). Le voyage
(1) On va de Fréjus îi Cannes en quatre ou cinq heures.
(V La Marie et le Var sont les meilleurs bateaux ; ils sont assez commodes , mais on ne peut pas compter sur leur départ ti jour fixe.
CANNES
se fait en vingt-cinq heures à peu près. Une malle-poste a été récemment organisée qui fait le trajet en vingt heures. La petite diligence d’Antibes h Grasse passe aussi par Cannes.
Beaucoup de voyageurs venant du côté de Lyon quittent le chemin de fer à Uognac , où ils sont conduits en moins d’une heure à Aix; là ils trouvent des voitures qui vont en dix-huit ou vingt heures à Cannes , qui par conséquent, possède assez de facilités de communication avec les autres pays. L’on va à Antibes en moins d’une heure , à Nice en quatre heures, et à Grasse en deux heures.
La ville est bornée à l’ouest par le mont Chevalier , colline d’une hauteur considérable , ayant au sommet une église et les ruines d’un fort, d’où l’on jouit du plus beau point de vue de .Cannes et ses environs ; de la baie, des îles et d'une grande étendue de la mer au midi; d’un pays montagneux au nord ; de la route d’Antibes bordée par des collines agréablement boisées et des maisons de campagne, à l’est ; et au couchant, de riches plantations d’oliviers , des châteaux modernes, et de la chaîne de l’Estérel.
On a beaucoup bâti dans la ville et dans les environs depuis quelques années , mais le nombre de visiteurs a
CANNES
augmenté en proportion , et ceux qui arrivent un peu taid éprouvent souvent de la difficulté à se loger h leur gré. Comme les maisons et les appartements ne sont loués que pour toute la saison , et que plu.sieurs familles voudraient ne passer que quelques semaines à Cannes, le défaut d’un hôtel de premier ordre s’est fait sentir. Les principales maisons de campagne appartiennent à des habitants ou h des visiteurs anglais qui y viennent pour la saison, étant situées , pour la plupart , sur les routes de Fréjus et d’Antibes. La plus remarquable est le château Sainte-Ursule, récemment bâti par M.Woolfield, (à qui Cannes est redevable pour beaucoup de scs nouvelles constructions), dans le style du moyen-âge, occupant une belle position sur une hauteur qui domine la route de Fréjus et au bord d’un ravin pittoresque, à travers lequel passait l’ancienne route romaine. L’intérieur est décoré et meublé avec beaucoup de goût. Un spacieux jardin , artistiquement disposé, Tentoure, d’où, ainsi que de la terrasse se présentent de belles perspectives de la mer, de la contrée environnante etde l’Eslérel, qui vues au coucher du soleil laisseront sur l’esprit des souvenirs ineffaçables (1). Du côté opposé de la route est
(1) Le château vient d’ètre acheté par lord Loiidesborough , pair d’Angleterre.
CANNES
le nouveau temple protestant, remarquable par la beauté et la simplicité de son architecture, également construit aux frais de M. Woolfield , mais qu’il est devenu nécessaire d’élargir. Tout près se trouve une chapelle protestante , servant pour le culte presbytérien , et fréquentée par les Ecossais, qui depuis deux ans ont été assez nombreux à Cannes. Un peu plus loin de la ville , à droite de la route , est le château de lord Brougham , habitation commode , mais qui ne présente rien de particulier ; à gauche, est le château de Saint-Georges — bâtiment moderne avec de beaux jardins qui s’étendent jusqu’au rivage ; il a été pendant plusieurs années la résidence hospitalière de M. Woolfield qui a beaucoup fait pour son embellissement. Non loin de ce château , il y a plusieurs villas habitées par des Anglais. Parmi celles qui sont h l’est de Cannes , l’on remarque particulièrement la villa de M. Tripot, bâtie dans le stylo moresque , avec l’addition d’un minaret , d’où l’on jouit d’une belle vue de la baie, dos îles, de la côte et des montagnes. L’amiral P., résidant anglais, possède aussi une belle villa avec jardin dans cette partie des environs.
La ville en elle-même n’offre que peu de ressources ; il y a un cercle , où sont reçus les principaux journaux français , et un petit cabinet de lecture ; mais il n’y a
CANNES
pas de librairie pour l’abonnemenl des livres. Aussi les personnes isolées s’y ennuient facilement. Les environs sont cependant très intéressants ; l’on peut faire des promenades variées à pied et à cheval, dans l’intérieur , sur les collines environnantes et sur la plage sablonneuse qui s’étend de la ville jusqu’au cap de la Croiseüe , où doit être formé dans peu de temps une promenade publique. Les personnes qui r-e promènent en voiture ont le choix des routes de Fréjus cl d’Antibes, celte dernière qui est parallèle au rivage et est très accidentée , ou de celles qui conduisent à Grasse et au Cannct, village situé à une élévation considérable au-dessus delà plaine, village qui présente des beaux points de vue. L’on peut aller aussi en voiturejusqu’à Napoule, sur le rivage du golfe, qui, à l’époque de la domination romaine , était une ville de quelque importance , et qui possède encore quelques restes des murs que l’on verra avec intéiêt. Après avoir passé le pont en fd de fer, à une lieue de la ville , on quitte la route de Fréjus pour suivre la route à gauche , qui cependant est souvent en mauvais état. Pour aller plus loin que Napoule, il faut marcher ou se servir d’un cheval ; on monte sur la colline audelà du vdlage par un sentier agréable , ayant vue sur le golfe, les montagnes et la côte à l’est de Cannes , et qui
CANNES
est continué à des hauteurs plus ou moins considérables au-dessus du niveau de la nier jusqu’à Fréjus.
De petits bâtiments à voiles et à rames servent pour des excursions sur mer; celles que l’on fait de préférence sont aux îles Sainte-Marguerite et Honorât , (autrefois Lerins, le repaire des pirates). On va à Sainte-Marguerite en moins d’une heure. Débarquant près du fort quia longtemps servi comme prison d’État , où fut renfermé l’Homme au masque de fer, dont le nom et l’histoire sont encore couverts du voile du mystère. Les prisonniers arabes qui y furent détenus sont pour la plupart rentrés dans leur pays. L’île est abritée par des bois de pins , à travers lesquels sont coupés plusieurs sentiers agréables. Celui qui fait le tour de l’île, au bord de la mer , est le plus intéressant, il présente des beaux points de vue de Cannes et des montagnes environnantes , ainsi que des côtes à l’est et à l’ouest de la baie. L’île de Saint-Honorat n’olfre rien de bien n marquable ; il y a une ancienne maison que le propriétaire actuel ( un visiteur anglais à Cannes ) à fait en partie restaurer , et quelques restes d’un couvent qui existait dans les temps reculés. Cette île est cultivée.
Les environs de Cannes ont un aspect animé et attrayant; on y voit croître plusieurs arbres et plantes des pays chauds, et les fleurs y sont cultivées pour la par-
CANNES
fumerie. Un écrivain qui a récemment publié une brochure sur Cannes en donne la description suivante que l’on croira peut être quelque peu datteuse:
« L’aspect des campagnes est vraiment enchanteur, les propriétaires fonciers au lieu de confier à la terre des céréales, dont le produit est minime, s’adonnent à la culture des fleurs pour la distillation. De là ces émana- ^ tions balsamiques que l’on respire à chaque pas , ces champs de violettes, de roses, de jasmins, de tubéreuses, ces buissons de cassie, qui flattent aussi agréablement la vue que l’odorat.
» On y remarque , poursuit cet auteur, la végétation des différentes latitudes du globe, le sombre .sapin et le chêne du Nord , non loin du cactus et de l’aloês de la brûlante Afrique; le citronnier, le jujubier , le mélier d’Espagne, le dattier de Barbarie, le palmier majestueux, l’olivier toujours vert , l’oranger à la fois chargé de fleurs et de fruits. En toute saison la terre est émaillée de fleurs : le blas , le primevère, la violette , la jacinthe fleurissent au soleil de novembre, comme à celui d’avril; la neige qui couronne les montagnes ne nuit pas à la végétation qui croit à leurs pieds et présente h Tceil un charme de plus, celui des contrastes (1).
O) Une Saison k Cannes — Paris, 1856.
Les orangers croissent dans plusieurs jardins, on en voit pas en plein champ, non plus que des palmiers. A Gra.sse il y en a davantage.
CANNES
Quant au climat, il n’existc pas d’observations statistiques relatives h l’étal de la température, la quantité de pluie qui tombe à diverses époques do l’année , etc. Nous pouvons cependant inférer que dans ses caractères généraux , le climat de Cannes se rapproche de celui de Nice près du littoral, La ville est assez abritée du côté du nord ainsi que nu nord-ouest , mais elle ne l’est pas sufiisammenl du côté de l’est, et elle est exposée au sud-est. L’on ne voit pas la neige sur les montagnes éloignées comme à Nice, et je crois que la température d’hiver y est moins froide et variable, Tair est moins excitant qu’il ne l’est près du rivage de Nice, mais il est plus excitant que celui d’IIyères. Le climat de l’une ou de l’autre de ces localités conviendrait donc è peu de chose près à la même catégorie de maladies ; les particularités présentées par les cas imiividuels pouvant servir de guide au médecin iiour indiquer si le voisinage immédiat de la mer ou son éloignement d’une lieue devrait être préféré.
Une objection a été faite à l’habitation près de la mer par dos personnes jsoutfrantes de la poitrine , par Fo'Jcré , savoir, que l’atmosphère étant imprégnée do molécules salins est trop irritante ; mais il a été démontré par des expériences concluantes que l’air
CANNES
des côtes de la Méditerranée , et même celui que l’on respire à bord des vaisseaux en mer, ne contient pas de matière saline lorsque la mer est calme, comme elle l’est presque toujours dans les petites baies de la Provence et la Liguiie. Sur les côtes de la Grande-Bretagne et de la France septentrionale, où , au contraire, la mer est le plus souvent agitée, et où il y a des marées qui donnent lieu à une évaporation constante , l’air reçoit un certain degré d’imprégnation saline, mais il n’est pas prouvé que cette imprégnation soit nuisible aux poitrinaires — à moins qu’il n’existe une grande susceptibilité des voies aériennes.
Plusieurs localités sur les côtes du Sud de l’Angleterre, sont considérées comme favorables dans les maladies chroniques des poumons. « C’est un fait singulier, dit le docteur Davis, que les habitants de Nice et de la Provence éloignent toujours leurs malades consomptifs de la mer, afin d’éviter l’irritation produite par l’eau salée. Nous recommandons au contraire à ces malades l’habitation du voisinage de la mer. »
M. Richelmi dit aussi à ce sujet ; a Je puis dire d’après une expérience de trente-quatre ans relative h divers endroits de la côte, que j’y aie trouvé la phthisie extrêmement rare, et qu'à Nice je fais placer avec le
CANNES
meilleur succès des individus atteints de certaines espèces de phthisie dans les parties de la ville les plus rapprochées de la mer (1), »
Ce n’est pas cependant, comme ces médecins l’ont cru, à cause de l’imprégnation de l’air par des molécules salins, que les malades retirent souvent de l’avantage dans de pareils cas d’un séjour près de la mer ; mais parce que l’atmosphère étant plus agitée, produit un meilleur effet sur les poumons qui agissent plus librement — ainsi qu’en améliorant l’état du sang, que l’action de l’atmosphère des lieux très abrités (2).
Cette agitation de l’atmosphère serait nuisible dans certains cas , que le médecin n’aurait pas généralement beaucoup de difficulté à distinguer, et il est h peine nécessaire de dire que les malades devraient alors faire choix d’une habitation plus éloignée du rivage et moins sujette h des variations de température. Le séjour d’IIyères conviendrait bien à beaucoup de ces cas.
La température de Cannes n’est pas très élevée en été; elle l’esi moins qu’à Paris , la brise de la mer qui s’élève
(1) A Monaco, Menton, Villcfranche , S'-Remo , où il y a une popuiation iJc 76,449 habitants, la mortalité générale a été de 6,987 en dix ans; celle causée parla phthisie pulmonaire ne montait qu’U 107.
(2) Nice et son climat.
CANNES
vers di,\ heures et continue jusqu’à trois ou quatre heures de l’apres-midi , tempère la chaleur du jour. Les matinées et les soirées sont très agréables dans cette saison et les nuits pendant toute l’année , avec peu d exception, sont brillantes d’eloiles sur les côtes de la Méditerranée. Des visiteurs viennent à Cannes en été et en automne pour les bains de mer (1). L’on se baigne très tard dans la saison, surtout les Anglais qui prennent des bains en novembre , et parfois en décembre ; il y vient aussi des malades pour les bains de sable. Des petites tentes sont dressées sur la plage , et les corps des malades sont enterrés, pendant une heure dans le sable fin chauffé par le soleil. « On emploie avec succès ce mode de traitement , dit l’auteur d’f/ne saison à Cannes , contre tous les genres d’alïeclions rhumatismales et névralgiques aigües {?) et chroniques, les maladies des os , et contre les tempéraments faibles ou lymphatiques. L’insolation agit doublement , et par la transpiration abondante que le sable provoque, et par les sels marins qui y sont contenus; aussi elle épure et fortifie à la fois.»
En sortant du bain |es malades se couchent sur un
(1) Le thermomètre varie ordinairement depuis 6 à 10 degrés en hiver, et depuis 24 h 28 (R) en été
CANNES
matelas avec une couverture de laine jusqu'à ce (jue la transpiration cesse. Ce mode de traitement serait sans doute avantageux dans beaucoup de cas , oü la maladie a été produite par une suppression de la transpiration , mais ce n’est qu’après une observation suivie et impartiale de ses résultats, comparés avec ceux que l’on obtient par d’autres moyens qui stimulent la peau et rendent les fonctions de cet organe plus actives que l’on pourrait prononcer qu’il mérite de leur être préféré.