DISPOSITION A MONTER
On a vu qu’au début les semis de mars et d’avril ont monté complètement et même ceux de mai et de juin en presque totalité (2). Cette disposition s’est affaiblie à
(1) La Carotte violette présente le même effet d’une manière encore plus remarquable; sous la couche corticale, qui est d’un violet foncé, on trouve quelquefois l’intérieur d’un beau jaune.
(2) Lors de ces premiers essais, je voulus reconnaître si le retranchement des tiges aurait quelque influence favorable sur la racine : en conséquence, un certain nombre de plantes furent soumises à un pincement rigoureux et successif à mesure qu’elles voulurent monter; le retranchement se faisait un peu au-dessus du collet, avec le soin de conserver intactes les feuilles radicales. Ces plantes ne purent ainsi développer ni tiges ni rameaux florifères; mais les racines ne gagnèrent rien à cette suppression ; elles n’étaient pas moins dures que celles des individus (jui avaient monté librement et nous ont même paru, en général, plus ramifiées.
chaque génération d’une manière très sensible et dans un rapport à peu près exact avec le grossissement de la racine. Aujourd’hui la Carotte sauvage est arrivée, sous ce rapport, au même point que les anciennes variétés; elle ne monte plus, ou du moins pas plus que celle-ci. Elle est devenue aussi franchement bisannuelle d’annuelle qu’elle était au point de départ.
Au point où elle est arrivée aujourd’hui, la carotte sauvage améliorée se confond presque avec celle des jardins ; cependant il lui reste encore quelques caractères qui peut-être s’effaceront dans la suite, mais que, par cette raison même, il doit être à propos de noter : Ainsi elle nAst pas encore complètement affranchie, on y trouve un certain nombre de racines fourchues, fibreuses, et, parmi les bonnes et charnues, plusieurs sont d’un aspect grossier et comme chagrinées à la surface. Le port et l’aspect de la plante ont aussi quelque chose de particulier; lorsque les individus sont fort espacés et peuvent s’étendre librement, les pétioles et les feuilles se couchent et s’étalent presque horizontalement sur le sol; le feuillage est d’un vert plus dur et plus foncé que dans la plupart des variétés anciennes. Dans les premières années, la racine s’enfoncait beaucoup dans le sol, il fallait fouiller à un et quelquefois à deux pouces pour découvrir le collet ; cette disposition se remarque encore^ mais elle me paraît diminuer à mesure que la racine grossit et perd sa longueur. La chair est plus serrée, un peu plus consistante que celle des carottes de jardin ; elle paraît contenir moins d’eau de végétation ; elle cuit toutefois aussi facilement, est très douce et d’excellente qualité.
Des longs détails dans lesquels je viens d’entrer sur cette espèce de création, on ne doit point conclure que je la regarde comme une conquête réelle; nous possédions déjà la carotte tout améliorée et sous des formes et
des nuances nombreuses; l’analogie est trop grande pour que l’on voie d’ici une véritable nouveauté. Il n’est pas impossible, toutefois, que l’on tire de celte souche, pour ainsi dire rajeunie, quelque chose de directement utile ; par exemple, une race très robuste, très grosse, particulièrement appropriée à la cuUure des champs. C’est ce à quoi je m’applique à présent, peut-être y arriverai-je. Comme plante jardinière même, il est possible que la Carotte sauvage fournisse quelque variété intéressante et bonne.
Au reste, ce n’est pas sous le point de vue de ces avantages accessoires, en supposant qu’ils se réalisent, que l’on doit considérer cette expérience; mais bien sous celui de la question générale des modifications et de l’amélioration des plantes sauvages. L’étude de cette question intéressante a été, en effet, le seul but que je me sois proposé dans les recherches dont je viens de présenter l’exposé.