II. - ASPECT DU SOL
I. — Littoral de l'État. — Le littoral de l'Etat s'étend au Nord do l'embouchure du Congo, sur une longueur de 37 kilomètres depuis la pointe de Banana jusqu'au déversoir de la lagune de Lunga dans l'Océan, et sur la rive de laquelle se trouve le village de Lunga.
Sur la plage de Banana, commence une falaise qui forme la ligne de séparation des eaux de la Tonde et de celles de la Netombe, ou plus exactement du Congo lui-même. Ces falaises continuent vers Moanda et vers l'Est où elles forment plateau; au delà, elles renaissent et continuent jusqu'à Vista.
Elles ont au bord de la mer de 10 à 20 mètres d'altitude.
«« A environ 10 kilomètres de la mer, dit M. von Schwerin, vers l'Est, on gravit une colline qui forme une terrasse d'une soixantaine de mètres d'altitude, et coupée par de petits fleuves, tributaires directs de l'Océan. »
La partie du sol comprise entre ces collines et la mer est sillonnée par des rivières intermittentes, réunies entre elles par des chenaux ou marécages.
« Si nous supposons, écrit le capitaine Cabra, que, venant de l'Océan entre Landana et Banana, nous marchons perpendiculairement à la plage, nous voyons une bande marécageuse et fertile s'étendant sur une profondeur de 6 à 10 kilomètres. Nous marchons ensuite sur un plateau sableux de 100 mètres d'altitude moyenne, profondément raviné par les eaux superficielles en certains endroits. Nous rencontrons ensuite quelques collines dénudées couvertes de cailloux roulés et de fragments de quartz... r {Sterpin, von SchiceiHn, Cabra.)
2. — Banana-Boma, le long du Congo. — En se dirigeant de Banana Ters le Nord, on gravit une terrasse (voir plus haut), qui semble
être le véritable rivage du fleuve. (C'est la continuation vers l'Est de la colline qui suit le littoral vers le Nord.) Cette terrasse est à peu près horizontale et est coupée par les profondes et larges vallées des affluents du Congo. Elle est bordée, du côté du fleuve, par une crête de collines convenant à l'établissement d'une voie ferrée, entre liananaet Homa.
Entre Hanana et Kanzi, les montagnes sont trop rapprochées de la rive pour que des rivières aient pu se former entre elles et celle-ci. Sur les pentes raides de la berge des criques, on distingue les anfractuosités que les torrents se sont creusées et qui s'épanouissent au pied en petites vallées tortueuses.
La pente du plateau formée par ces collines est boisée.
Les collines qui dominent les criques s'éloignent du fleuve à partir de Tshimpozo, pour rejoindre les montagnes de la Lukunga, dont elles ne sont que la continuation. A cet endroit, elles sont recouvertes de myriades de petits cailloux blancs, qui laissent à peine place pour quelques herbes maigres et chétives, donnant de loin l'illusion d'une couche de neige fondant sous les premiers rayons d'un soleil d'avril.
La Lukunga coule dans une large plaine ondulée et marécageuse. Au pied des collines, sur lesquelles se trouve le village de Lukunga, s'étend le vaste marais de Vungu. Sur la rive gauche de la rivière recommence la région des collines déréglées ; sur la rive droite, le pays est très plat, {von Schwe7nn, Stejym.)
(Voir rivière Lukunga, chapitre P"", et les rives du fleuve, ibid.)
Les criques. — Le Congo, à partir de la pointe de Bulabemba, s'élargit rapidement vers le Nord, et forme, entre la pointe de Banana et l'île da Rosa, la crique de Hanana qui se divise en crique de Mamputa ou de Netombe vers le Nord, et crique de Nemlao vers l'Est. On appelle aussi cette dernière Sengani. De la crique de Nemlao (Sengani) s'échappent six criques, navigables aux petits vapeurs, qui sont successivement Zadia Kanzi (la plus septentrionale), Zadia Sumba, Zadia Kumba, Lifuku, Kalakwenda et Dunda dont la direction générale est Est-Ouest.
Ces criques se rattachent entre elles par des bras secondaires et se terminent à de grands bras orientés N.-S. dont l'origine est l'anse de Malela. Toutes ces criques sont aussi navigables.
Parallèlement à la crique de Nemlao, se dirige la Ganda-Masongo
(nom indigène de la crique des Pirates); plus au Sud encore Zadia Bumba,qui présente presque partout une profondeur de trois brasses (la brasse anglaise représente 1 m. 829, la brasse française 1 m. 624).
Les criques au Nord sont exclusivement garnies de palétuviers. Ce n'est qu'aux environs du fleuve et à partir de Bumba-Masa que les palétuviers font place aux raphias (palmiers bambous) et que les palmiers élaïs apparaissent dans les halliers. Une droite partant de Buku-Kanzi à Bumba-Masa délimite assez exactement les deux régions.
La région des criques s'étend de Banana à Kanzi et à Ponta da Lenha; mais la grande plaine de Kesa-Vungu, située entre les criques et le fleuve, en est en quelque sorte la continuation. C'est une vaste plaine entrecoupée de marais dans tous les sens. La Lusana-Bola s'y déverse. (Voie cette rivière, pp. 4, 5 et 9.)
Les criques elles-mêmes se terminent en un réseau de marais se mariant avec ceux du Bugulu et du Bola. Les villages sont bâtis sur des terres émergeant et cette situation fait que les agglomérations ne sont jamais très importantes.
La plaine de Kesa-Vungu est bornée au Nord par les collines qui s'éloignent du fleuve à Tshimpozo pour rejoindre plus au N.-E. les montagnes de la Lukunga. Au delà de cette chaîne de collines, s'étendent de grands plateaux dénudés, quelquefois cultivés autour des villages. (Sterpin.)
3. — De Banana à Lindo (région de la frontière) par Fumbu. — Après avoir marché pendant une heure sur la grève à partir de Banana, on arrive au pied du grand chemin qui conduit à la mission de Moanda. On se dirige vers l'Est. Au bout d'une heure de marche on rencontre une petite vallée dans le fond de laquelle coule une rivière, allant vers l'Ouest. L'ascension du versant est rude et on arrive sur un plateau couve»'t d'herbes courtes, sans un arbre.
De cette vallée à Fumbu, il y a 3 1/2 h. de marche. A deux heures de la vallée, sur la droite du chemin, se trouve un bois d'une vingtaine d'hectares.
Fumbu est situé sur une hauteur, sur laquelle on arrive après avoir traversé un ravin boisé, dans le fond duquel coule la Fumba, qui prend sa source près de Vuadu. Les versants sont très rai des.
Après une heure de marche sur la hauteur, on traverse un ravin
à fortes pentes pour atteindre Matamba. (Rive droite de la Luibi.)
De Matamba, la descente vers la Luibi est forte, partie en prairies, partie dans une forêt touffue. !.a traversée de la Luibi et des marais contigus s'opère sur un pont de 380 m. de long. Du pont au poste de Tshikai, qui occupe une clairière d'une cinquantaine d'hectares sur la rive gauche de la rivière, il y a une distance d'un kilomètre en pente douce.
Matamba est sur un grand plateau herbeux, non arboré, qui s'étend jusqu'à Vista.
De Matamba, le sentier se dirige vers Luvulu,qui se trouve sur le versant d'un ravin boisé, que l'on longe jusqu'à Lindo. Dans le ravin roule la Sliienzo, qui se jette dans la Luibi, près de Tshikai. La Shienzo prend naissance dans un marais, au Nord et non loin de Lindo.
Lindo est en pleine forêt. (Mahieu.)
4. — Région Kunga, Tshimbanza, Tshikai et le plateau de Kwezi. — Entre Kunga.daus les criques, et Zabota, situé sur la colline dominant les criques, il y a 20 minutes de marche par un chemin très escarpé. A mi-côte, jaillit une source qui donne en abondance de l'eau limpide comme le cristal, rendant à la rigueur, toute filtration inutile. Zabota est un village de 25 cases.
Le plateau qui se trouve au-dessus des collines est assez sablonneux. Cependant, il existe des bois aux environs de Tshimbanza, village d'une centaine de cases, au Nord de Zabota.
Au Nord de Tshimbanza, en sortant du village, il y a une vallée entourée de montagnes formant cirque et dont le fond et les Hancs sont recouverts d'une végétation exubérante. Les indigènes de l'endroit cultivent le manioc et les haricots.
Au delà de cette vallée sans ri^ ière.vers l'Ouest, s'étend le plateau de Tshintikili, qui est inculte. La traversée se fait en 20 minutes. Il est interrompu par une vallée où coule la rivière Tshienda-Kububu, obstruée par la végétation. La rivière coule dans une direction N.-S. et est large de 20 mètres à la saison des pluies. On la passe à gué.
Sur le plateau qui domine la vallée à l'Ouest, se trouve le village de Kongo, éparpillé au-dessus de la colline boisée. Il compte une centaine de cases, et les indigènes s'occupent de la fabrication des canots.
Au village succède un plateau immense, inculte et inhabité.
Cependant, après une marche de quarante minutes, dans une direction O.-N.-O. (vers Tshikai), on traverse, pendant dix minutes, une forêt remplie d'ananas. Dix minutes plus loin, se trouve le village de Kuku, perdu dans la plaine, toujours déserte, où poussent seulement quelques arbustes rabougris et de maigres herbes. Ces arbustes portent des fruits jaunes comestibles. On aperçoit de là, à dix minutes sur la dioite de Kuku, un vallon boisé où coule la rivière Tshienda-Kububu, dont il a été parlé plus haut. Elle se dirige de là vers le Nord, pour s'infléchir ensuite vers l'Est et prendre définitivement la direction Sud. Cette direction se contrôle par celle des collines que l'on aperçoit dans le lointain.
De Kuku à Tshikai, il y a une heuro et quart de marche à travers le plateau. Pour arriver du plateau au village, la pente est assez douce. (Voir rivière Luibi, pp. 5 et 9.)
Au delà de la Luibi, quand on a escaladé la colline par une pente assez escarpée, on se trouve de nouveau dans une région de grands plateaux, identiques à ceux qui sont décrits ci-dessus. Il faut une heure quarante-cinq minutes de marche pour arriver sur les collines qui dominent la mer, au bout de ces plateaux arides, dont la monotonie n'est interrompue que par quelques champs minuscules de manioc, au bord des sentiers, et par un grand bosquet dans la direction Ouest de Tshikai. C'est le grand plateau de Kwezi, qui sépare la Luibi et les fleuves tributaires directs de l'Océan, sur le littoral de l'Etat. Il se prolonge au Sud, continuant sa ligne de faîte entre la Tonde et la Netombe ou plutôt du Congo lui-même et vient mourir un peu au nord de la plage de Hnnana. Sterpin appelle ce dernier prolongement du plateau, l'éperon de Kwezi.
Il est formé par les falaises qui se trouvent au bord de la mer. (2)'" Etienne^ Slerpin.)
5. — Région des sources des rivières Lusana-Bola et Luibi et de leur cours supérieur. — La ligne de faîte, qui sépare, dans leur partie supérieure, les rivières Lusana et Luibi, se réunit à la grande ligne de faîte de Kwezi par un mince éperon. A une demi-lieue de là commence la forêt vierge. Elle couvre tout le cours supérieur de la Luibi et va jusqu'à Boale.( Voir rivière Luibi, pp. 5 et 9.) Depuis llomba, le méridien frontière ne quitte plus la forêt, jusqu'à son interrupiion avec le parallèle des sources de la Lulofe.
A pariir de Boale, le plateau qui sépare la Luibi de son affluent le Panzu (Shimpubo)(l), se couvre de bosquets et de broussailles alternant avec de vastes clairières. Le chemin devient plus praticable que dans la forêt, et l'on arrive au village de Bongo-Kongo.
Près de Bongo-Kongo, le Panzu reçoit la Magunga (Talamanga), qui vient de Tshinsazi, et arrose Tende-Kele. On traverse la Sliienzo à ïshinfuku.
En face de Tshinfuku et à l'Ouest, sur l'autre rive de la Shienzo, se trouve Lindo, situé sur la pente du Kwezi. C'est une agglomération importante et pittoresque, entourée de belles cultures qui croissent exubérément dans les sarts. Au delà, le plateau de Kwezi s'étend dans son aridité monotone. {Sterpin.)
Une particularité de toute la région de la frontière est, d'après M. le capitaine Cabra, qu'il s'y trouve très peu de pierres. La commission de délimitation de la frontière a éprouvé de très sérieuses difficultés pour la construction de ses bornes-frontières. Tout affleurement rocheux y est considéré comme fétiche par les indigènes.
« Aux environs de Tsliikai, des ponts sérieux de rotins ont été jetés sur les rivières et le chemin a été élargi jusqu'à trois mètres depuis la Luibi (sud du poste) jusqu'à Luvila. Malheureusement, le sentier,qui devait être facile à suivre sur le plateau, a été, de Bongo- Kongo jusque vers Kalombo, rendu difficile et dangereux par des trous de 70 à 80 centimètres de ))rofondeur, placés en quinconces à droite et à gauche et touchant au chemin. D'après les renseignements recueillis, il s'agissait de rechercher sur les plateaux sablonneux et dénudés, de la gomme fo.ssile provenant d'anciennes forêts.»
Au N.-E. de Tshikai, entre les rivières Luibi et Bola supérieures s'étend une vaste région que les indigènes déclarent inhabitée. On ne trouve aucun sentier pour y pénétrer. Du pourtour, elle semble couverte de bois (vallées et marécages) avec de temps à autre des mamelons caillouteux. {Cabra.)
6. — Région Zambi, Tshia, Zenga, Tshoa. — Cette contrée est généralement pauvre ; on y rencontre très peu de palmiers. Les
(1) La carte, d'après les travaux de la commission de délimitation portugocongolaise (MM. Cabra et Nunes), renseigne la rivière Talamanga recevant les eaux du Shimpubo. Sterpin, au contraire, fait se déverser la Talamanga (Magunga) dans le Shimpubo (Panzu).
habitants vivent dans un état assez misérable. Le pays, en certains endroits, semble cependant être riche, mais il est peu peuplé. Entre Zenga et Tshoa, les palmiers sont plus nombreux, mais les villages sont encore rares. i^Rolin.)
7. — Région Zambi- Tshoa.— La région comprise entre Zambi et Tshoa est formée de plateaux assez étendus, coupés de bas fonds peu boisés. On remarque quelques parties herbeuses fréquentées par les buffles, mais la brousse domine, parsemée d'arbustes rabougris, la lisière des plateaux offre quelques bouquets de palmiers et d'arbres divers peu développés.
Il n'y a aucune apparence de culture indigène notable : quelques palmiers et bananiers bordent les villages, certaines cultures de maïs sont abandonnées ; quelques petites plantations de tabac paraissent soignées.
De Zambi à ïshoa,par les vallées de la Lukunga et de son affluent le Kwilu, le pays est très changeant d'aspect. Jusqu'au village de Lukunga, les rives de la rivière sont basses et marécageuses (Voir rivière Lukunga, pp. 4 et 6.)
En quittant le village de Lukunga, on traverse plusieurs autres villages qui paraissent tous très misérables.
Jusqu'à Lemba, la route traverse une grande plaine marécageuse et sablonneuse ; ensuite on n'y rencontre que do rares et pauvres villages.
Si de la Lukunga, on continue à suivre la vallée vers Tshoa, l'aspect change, on voit beaucoup de palmiers et de plantations, et les villages sont nombreux.
Au pied des petites collines de la Lukunga s'étend le grand marais de Vungu.
Le bassin du Kwilu est richement arrosé. Le paysage est féerique. Ses profondes vallées sont remplies de magnifiques palmiers élaïs, les pentes et les croupes sont couvertes par la forél vierge dans toute sa beauté. {Rolin, von Schioerin.)