‹ Notions d'agriculture [microforme]Chapitre 3 sur 139 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

tête d’une ferme, doit se mettre au courant des améliorations modernes, connaître les nouvelles plantes et les nouvelles méthodes qui s’introduisent dans la culture, La crainte de la science serait une erreur funeste ; mais on ne sait jamais bien faire une chose que lorsqu'on l’a pratiquée. Il ne doit done pas y avoir d'opposition entre la science et la pratique, car la pratique n’est que l'application de la science, et la science la mise en système des résultats obtenus par les observations de la pratique ; celleci corrige ce que la science aurait de trop absolu; et si les savants se trompent, c’est qu'ils ne sont pas assez savants ; mais s'ils ne sont pas infaillibles, on admettra aussi que les praticiens ne le sont pas davantage ; il faut l'alliance des deux chez un agriculteur pour le rendre parfait, Il m’a dunc fallu joindre un peu de science à la pratique que je préconise,

Je passe sous silence ce que le commun des habitants connait aussi bien que moi ; j'évite de grossir ce volume inutilement et d’en rendre le coût trop élevé.

Fils de cultivateur, cultivateur moi-même, quoique ayant exercé en même temps une autre profession, élevé à la campagne et y vivant sous un climat rude, où toutes les saisons sont courtes, excepté la saison d'hiver, j'ai, par goût et par nécessité, depuis mon enfance, pris une part plus ou moins active à tout ce qui intéressait la classe agricole ; j'ai lu, étudié et comparé beaucoup de livres et de journaux d'agriculture, anglais, français, américains et canadiens ; j'ai fait et vu faire des expériences et des observations qui m'ont mis à même de juger, j’en ai l’intime conviction, d’une manière assez saine de plusieurs pratiques bonnes ou mauvaises, inutiles ou avantageuses à mes compatriotes, dans la culture de leurs terres.

Ecrites sans art et sans prétention, recueillies avec toute la bonne foi possible, ces notes seront, je l'espère, bien vues du modeste public auquel je m'adresse. Puissent-elles jui causer autant de plaisir que j'en ai éprouvé moi-même à en réunir les matériaux et à les mettre à la portée de tous !

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Mais on dira peut-être : “ A quoi bon ce livre? N'y en a-t-il pas assez et de bons ?” J’admets qu’il y en a de bien bons, de bien écrits; mais j'ajouterai, qu’à mon avis, ils sont un peu trop savants pour un grand nombre, ou n’embrassent pas suffisamment l’ensemble des matières essentielles qui composent généralement la culture mixte, la principale occupation de notre peuple. Je le confesse : je n'ai voulu qu’essayer d'ouvrir l'esprit des plus modestes ouvriers de notre sol et, en épelant avec eux quelques explications rationnelles, courtes, écrites dans leur langage, de les amener à réfléchir davantage, sur ce qu'ils voient et ce qu'ils font tous les jours. C’est là, il me semble, un des meilleurs moyens de sortir l’agriculture bas-canadienne de l’ornière dans laquelle la routine — la mauvaise — la retient encore, malgré les efforts généreux de nos gouvernants et de plusieurs écrivains et praticiens distingués. Ne suis-je pas justifiable d’avoir voulu dans ce volume, pour tromper les heures et occuper avec profit mes loisirs de l’hiver dernier, réunir ce qu’il y a d’essentiel et de particu:.crement utile dans l'art An cultivateur de nos campagnes ; d’avoir tenté de faire voir si, avec une plume, un homme qui sait écrire pouvait se iaire comprendre même de gens qui ne savent pas lire? C’est entendu : j'ai écrit pour les cultivateurs pauvres et peu instruit: ; j'ai emprunté de ci de là à plus instruits que moi, et j'espère qu’on me pardonnera d’avoir employé tant de mots pour en dire si peu.

Puissent ces feuilles modestes voler au seuil d’un grand nombre de chaumières et donner à leurs habitants, s’il est nécessaire, un courage nouveau pour les engager à conserver intact l'héritage qu'ils ont reçu de leurs pères ou que leurs constants labeurs et leurs bras vigoureux ont conquis sur la forêt.

Puissent-elles encore leur être utiles en réveillant leurs idées et leur suggérant de nouveaux moyens de multiplier et d'améliorer les produits du sol de la patrie !

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