DESTRUCTION DES MAUVAISES HERBES
Nous donnons ailleurs (2ème partie) la meilleure manière de détruire les chardons, Voici comment détruire la moutarde, la marguerite et d’autres mauvaises herbes, quand il est impossible d'appliquer régulièrement aux terrains qui en sont infestés un bon système d’assolements, système que nous préconisons de préférence à tout autre :
La mousse. En France, en Angleterre et en Belgique’ beaucoup de cultivateurs sarclent leurs prairies à l’outil ou à la main en enlevant une par une les mauvaises herbes qui prennent la place des bonnes, et comme cela se pratique de mémoire d'hommes, il y a lieu de croire que le profit paie la peine, car les gens ne font pas seulement ce sarclage pour le plaisir. “ Ils hersent énergiquement, dit Joigneaux, avec la herse à dents de fer leurs prairies ; à la veille d’y mettre du fumier. La herse détruit la mousse, s’il y en a, coupe un certain nombre de racines, de façon à en faire repousser quantité de petites ; la herse ouvre des raies qui donnent de l'air au gazon en dessus et en dessous, qui permettent à l’eau chargée d’engrais de pénétrer parfaitement dans le sol et de produire une végétation vigoureuse....La mousse sur une prairie est un signe de maladie, pas autre chose ; quand elle arrive c’est que l'herbe n'en peut plus, parce qu’on l’a laissée des demi-siècles ou es siècles sans la fumer, sans la soigner ou la herser, Les prairies fumées et hersées régulièrement ne donnent pas de mousse où en donnent si per que ce n’est pas la peine d’en parler.”
La moutarde, Votre champ est-il infesté de moutarde ? il faut empêcher cette moutarde de faire de la graine qu’elle produit en grande abondance et qui en tombant sur la terre s'y
introduit et peut y demeurer des années et des années ; car s’il y a de la graine de moutarde d’enterrée dans un champ, y fut elle depuis trente ans, quand vous remuerez ou labourerez la terre, cette petite graine si vivace, revenant à la surface, se mettra de suite à pousser : c'est alors seuiement qu on peut la détruire. Ii est donc important de la faire germer au plutôt afin de pouvoir l’arracher et la faire périr ; ce qui se fait soit à la main, à la gratte ou par des labours d’été ou par le moyen de deux cultures de récoltes racines ou de fourrages verts. On la détruit encore au moyen d’un labour d'été et d’une récolte sarclée l’année suivante. Faites dans tous les cas en sorte que les graines qu’il y a dans le terrain germent toutes, puis vous les arracherez ou les détruirez de quelque manière avant qu’elle ait le temps de former d’autres graines. Cette méthode pourrait aussi s'appliquer à beaucoup d’autres mauvaises herbes,
La marguerite. Pour détruire les marguerites auxquelles les bestiaux ne touchent point dans les pacage* et qui gâtent tant le foin dans une grande partie du pays, il faut aussi la culture des plantes sarclées. Si le terrain est en friche, tâchez d'y semer du blé d’inde, des patates ou des fèves, et vous pourrez ainsi arracher plus facilement les racines de cette peste qui ne demande qu’à s'étendre. Si vous n’en venez pas à bout à la main, servez-vous d’un couteau ou d’une tranche courte que vous passerez par dessous les racines pour les extirper complètement. Il ne faut pas y laisser le moindre petit éclat de racine si on ne veut pas qu’elle repousse.
Des bardanes. On ne doit pas non plus jamais laisser monter à graine ces abominable pieds de bardunes (toques, rapaces ou burdocks) dont les feuilles ressemblent à celles de la rhubarbe et dont les graines sont dispersées par le vent ou entrainées par les bestiaux, les chiens et même les hardes des chrétiens, auxquels elles s’attachent avec une tenacité et une ardeur vraiment étonnante, Il faut les couper avec une bêche un peu au dessous du collet de la racine. Si vous ne les laissez
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jamais fleurir, au bout d’une couple d'années il n’y en aura plus. Si la première année on peut arracher les racines, faisons le ; mais comme c’est la seconde année qu’elles forment les foques, il vaut mieux les couper quand les {oques sont à peu près formées et quand les tiges sont creuses. Il ne faut pas les arracher cette année là, car il en restera assez en terre pour faire encore de la graine. Voir 2de partie. Veillez donc à ce qu'aucune de ces mauvaises herbes ne pousse sur votre terre ; veillez même, si vous ne voulez pas qu’il en soit apporté par le vent ou autrement, que vos voisins n’en aient pas non plus, et qu’il n’en pousse point le long des chemins et des routes. Vous devez les détruire chez vous et vous avez le droit de les faire détruire chez les autres. (Voir à ce propos les Statuts Refondus de Québec, art. 5556 et 5557.) Par ce moyen, non seulement vous vous garantirez mais encore vous rendrez service à bien du monde.
Le chiendent. C’est, il est vrai, une plante estimée des bestiaux et qui produit un fourrage abondant dans certains terrains ; mais comme ses racines sont très tenaces et qu’elles courrent beaucoup dans la terre, surtout si elle est grasse, qu’elles finissent souvent par en prendre possession de manière à nuire considérablement aux autres récoltes, on peut la regarder comme un fléau ; il faut s’en débarasser. Pour cela, il y a plusieurs moyens ; mais le meilleur est de labourer le terrain on été, d'exposer les racines aux ardeurs du soleil, de herser le terrain avec la herse de fer, d'employer des fourches, rateaux, la main, enfin tout ce qui peut extraire les racines du sol; puis on fait sécher ces racines et on y met le feu.
On peut aussi labourer le terrain en juin et y semer du sarrasin ; ce grain qui pousse vite et épais étouffe plus ou moins le chiendent ; on a généralement le temps d’enterrer cette récolte et d’en semer une seconde ; si par ce moyen le chiendent n’est pas tout détruit, il n’en reste que peu en terre, surtout lorsque, en faisant ces labours et les hersages nécessaires pour enterrer
la semence qu’on met sur le terrain, on a eu le soin de ramasser les racines de chiendent chaque fois qu'on en rencontrait quelque bribe.
Les pois ont le même effet que le sarrasin; mais dans les deux cas, l’année suivante, cultivez quelque plante sarclée sur ce terrain, et veillez encore aux racines chaque fois que vous sarclerez. Cultiver la terre quand elle est humide, c’est encourager le chiendent, J'en ai étouffé plusieurs morceaux simplement avec une forte semence de trèfle rouge que je fauchais ensuite pour donner en vert à mes vaches laitières. Un moyen assez ‘efficace d’en ramasser les racines, après l’arrachage des patates, c’est de passer le rateau à cheval sur le champ dans le sens de la longueur et de la largeur.
N'allez pas jeter les racines de chiendent dans les chemins, les ruisseaux, les rivières ou le fleuve, comme le font beaucoup de gensimprévoyants et malavisés : faites les sécher et brûler, ce qui n’est pas difficile, et vous ne serez pas exposé à le voir reparaitre chez vous ou chez les autres. N’en laissez pas un brin en terre, car chaque éclat de racine donne naïssance à une nou-
velle plante.
On peut cependant faire servir les racines de chiendent après les avoir lavées, à la nourriture des chevaux, si l’on en juge parcequi se fait en Italie où les cochers de voitures qui, par exemple, conduisent les voyageurs de Naples au Vésuve ou dans les alentours, emportent de petits botillons de racines de chiendent que leurs chevaux dévorent dans les temps d’arrêt. Il en est de même en Espagne. Les cochons aussi aiment beaucoup ces racines. Quoiqu'il en soit et quelle que puisse être son utilité comme plante fourragère, il vaut mieux se défaire du chiendent que de chercher à l'utiliser, à moins qu’il ne pousse dans des endroits qu’on ne laboure jamais ; on le fera alors paturer ou on le fauchera avant qu’il ne soit mûr ; il fera dans ce cas un bon foin.
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