‹ Notions d'agriculture [microforme]Chapitre 43 sur 139 · DE LA STABULATION PERMANENTE · texte numérisé non relu

DE LA STABULATION PERMANENTE

Une pratique que je voudrais voir établir chez plusieurs, surtout chez ceux qui fournissent du lait dans les villes, ou qui alimentent les beurreries et les fromageries, ou qui élèvent des animaux particulièrement pour la boucherie ; une pratique enfin qui serait généralement utile à tous les cultivateurs qui gardent des vaches à lait, ce serait d'adopter le système de la stabulation permanente l'été comme l'hiver,

Par ce système, que les anglais appellent soiling, les bêtes à cornes, surtout les vaches à lait, bien nourries avec des fourrages verts, n’en souffrent aucunement et fournissent un engais abondant et de grande valeur. La stabulation permanente présente plusieurs autres avantages que nous allons dévolopper au cours de ce chapitre. Nous en puiserons les données en grande partie dans le livre déjà cité de la compagnie J, E. Bryant, de Toronto, et qui doit servir de texte aux élèves de l’école d'agriculture de Guelph. Ce sujet y est admirablement résumé.

Le soiling est l’art de mettre les bestiaux au vert à l’étable généralement ou dans de petits enclos, au lieu de les laisser erver et paitre aux champs. On peut les nourrir ainsi complètement ou partiellement ; complètement, si on se dispense de tout pâturage, et partiellement quand se sert de fourrages verts seulement pour suppléer à ce qui manque dans le temps de l’été où les pacages deviennent ras, secs ou peu nourrissants. Ce système se prête bien aux localités où la terre est rare et chère et, comme je viens de le dire, là où il y un marché d’un accès facile pour la vente de la viande ou l'écoulement des produits de la laiterie. La valeur de la terre est grandement à considérer, et

voici pourquoi: là où il y a des terrains peu propres à la culture, beaucoup de roches ou de rochers, il sera probablement préférable de convertir ees terrains en pâturages permanents. Mais si la terre peut en grande partie se prêter à une rotation régulière ou à la prairie, il sera peut être plus avantageux d’avoir recours à la stabulation dans le cours de l'été, car alors tous les champs, surtout si la terre n’est pas grande, peuvent être mis en culture tous les ans.

Les avantages de cette manière de nourrir ses bestiaux sont entre autres les suivants :

1° D'épargner du terrain. Un acre de fourrage vert cultivé exprès et coupé à fur et mesure fournira généralement autant de nourriture aux animaux que trois à cinq acres de pacage ordinaire. Cela n’a pas besoin de démonstration.

2° D'épargner des clôtures. Par ce système on peut enle.er toutes les clotures de refente, excepté celles dont on a besoin pour les petits enclos des différents animaux et pour donner de l'exercice aux chevaux.

3° De sauver de la nourriture. Par ce moyen le fourrage est entièrement consommé par les animaux ; il ne s'en perd pas. De plus, comte pour chercher leur nourriture aux champs où l'herbe est rare, toutes les espèces d'animaux de la ferme perdent une certaine quantité de chair, la stabulation empêche cette perte et sauve encore par conséquent une certaine quantité de nourriture — la nourriture dont les animaux ont besoin pour suppléer à cette perte.

4 D'augmenter la qualité et la quantité du fumier. Une bonne partie des déjections animales aux champs se trouve emportée par la pluie, dans les fossés, les ruisseaux, ou se perd à l’action de l'atmosphère et des insectes. Le fumier des animaux confinés se ramasse et se fait mieux et l’on peut dire qu'ainsi on lui ajoute plus que la moitié de la valeur qu'il aurait s’il en était autrement, sans compter que vous pourrez ainsi l'appliquer là où vous en aurez besoin.

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5° Les animaux s'en trouvent mieux. Si le système est bien suivi, ia nourriture est donnée en quantité suffisante et d'une manière uniforme; il s’en suit que les animaux ne sont pas exposés à souffrir des mauvais temps, des grandes ardeurs du soleil et des tracasseries des mouches,

6° Par ce système la quantité et la quulité du lait et de la viande sont notablement augmentées. Cela provient de l'abondance et de la convenance de la nourriture qu’un bon système assure toujours aux bestiaux.

On pourra peut être prétendre d’un autre côté que pareil emprisonnement des animaux affaiblira quelquefois dans le cours du temps leur vigueur naturelle, (ce qui est cuteux pou, les vaches à lait); mais vous aurez à exercer votre jugement à cet égard surtout pour les animaux destinés à la reproduction, Disons que les timorés laisseront ‘chaque jour leurs bêtes sortir un peu le matin et une heure avant le repas du soir. Il faudra aussi nécessairement qu’un homme soit particulièrement attaché à cette besogne afin que les animaux aient toujours leurs repas à heures fixes. Le maître doit veiller avec un soin scrupuleux à ce que cette règle soit suivie à la lettre afin qu'il n’y ait pas de désordre et que les animaux n’en souffrent point ?

Quelles plantes faut-il cultiver pour ce système? Veici les principales dont on sert à Ontario et aux Etats-Unis et dont on peut faire usage pareillement en cette province : le seigle d'automne, le trèfle rouge, l’orchard grass, la luzerne, le mil et le trèfle, l’avoine, les pois, les lentilles, les vesces, le millet et la navette (rape). J’y ajouterais le seigle du printemps.

L'avantage qu’on trouve dans le seigle d'automne c’est qu’il est le premier fourrage dont on puisse faire usage au printemps. On ne le coupe généralement qu’une fois, c’est-à-dire quand il arrive en fleur, ou plutôt quand on en a besoin, pourvu qu’il ne soit pas mûr. Aussitôt que cette récolte a été enlevée,

on peut jeter une seconGe semence sur le champ, — du blé d'inde ou du millet.

Le seigle et le trèfle donnés en même temps vont très bien aux bestiaux. On connait d’ailleurs la valeur du trèfle rouge comme fourrage, L'orchard grass et le trèfle rouge vont de pair et peuvent être coupés deux fois dans la même saison, surtout si la première coupe n’a pas été trop tardive ; l’orchard grass doit être semé fort.

La luzerne est d’une grande valeur en ce qu’une fois bien

prise et acclimatée dans une terre qui lui convient, elle peut

donner trois récoltes par année, et comme nourriture elle vaut

le trèfle. Il faut à cette plante un terrain profond qui ne soit

pas humide, cas ses racines qui s’enfoncent, si le terrain leur

convient, jusqu’à huit à dix pieds et même plus, pourraient être

détruites par la gelée ou par trop d'humidité, Dans le midi de

la France on l’appelle aussi sainfoin et la merveille du ménage

des champs. Cette plante qui vient du midi, ce cultive aussi

aux Etats-Unis, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en

Allemagne et jusqu’en Danemark. Toutefois elle redoute, dans

les contrées septentrionales de l’Europe, l'exposition au nord.

Sa valeur consiste dans sa végétation précoce au printemps, son

immense rapport et l'excellente qualité de son fourrage. C’est

une plante qu’on devrait essayer dans notre province ; (peut-être

18 fait-on quelque part.) Elle n’exige pas que la terre soit très

fertile, mais il est essentiel que le sol et le sous sol soient frais

sans être humides. Dès que les racines qui, comme on l’a dit,

plongent profondément, ont atteint le niveau de l’eau stagnante,

s’il y en a à peu de profondeur, elle pourissent et meurent ; sa durée est donc dépendante des qualités physiques du sol qui la nourrit, “ Un sable fin et profond, dit Gobin, des terres calcaires profondes ou reposant sur un sous-sol friable, des terres argileuses ou argilo-siliceuses défoncées et assainies, toutes les terres enfin qui sont bien et profondément friables: et divisées, qui sont fraiches et assainies, lui conviennent ; plus ces conditions sont

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favorables plus le produit et la durée de la luzerne sont assurés,” Son nom botanique est medicago sativa (luzerne cultivée). On lui donne aussi quelquefois le nom d’alfalfu. Elle se sème à la volée au printemps sur une plante céréale, — orge, avoine, ou encore mieux, sarrasin — à raison de dix à douze livres de l’arpent. Son foin peut se récolter comme le trèfle, si on ne le fait pas manger en vert. Elle demande de ne pas venir souvent dans le même terrain, Une application de plâtre après chaque coupe lui est très avantageuse. Il est bon aussi après chaque coupe et au printemps de herse: la luzernière, quand elle est bien prise, pour détruire une partie des mauvaises herbes et déchirer le collet de la plante afin d’en faire sortir de nouveaux bourgeons et de remuer un peu la surface du sol pour la rendre plus perméable à la pluie et à la rosée.

Le mil et le trèfle rouge ou d’alsique vont très bien ensemble pour du fourrage vert, c'est connu de tout le monde,

L’avoine et les pois, l’avoine et les vesces, les pois, l’avoine et les vesces, forment nfissi, semés ensemble, d'excellents fourages verts pour les animaux à l'étable, La vesce commune ou cultivée (vicia sativa) n’est pas assez connue en cette province. La vesce du printemps, se sème au printemps avec de l’avoine, par exemple, pour ia soutenir, et celle d'hiver du premier septembre au premier d'octobre, sur un champ où il y a eu des patates ; un hersage lui suffit; mais la vesce d'hiver demande un sol sec ou un terrain bien drainé, et la vesce du printemps, un sol frais ou argileux. Quand elle commence à bien garnir le sol de tiges, elle se trouve bien d’un plâtrage, comme d’ailleurs toutes les légumineuses, dans la plupart des terrains, La vesce d'hiver fournit son fourrage en juin; celle de printemps en juillet et août; il vaut mieux la couper en vert que d’en faire du foin sec, à moins qu’on n’en conserve une partie pour la graine,

Ls millet commun, quant il pousse dans un sol riche, produit beaucoup ; ses branches et ses feuilles en vert sont

très-goûtes des bestiaux., Il vient mieux sur une terre sèche et bien ameublie ; il pousse très-vite et est très uourissunt. On le sème en mars et en juin et même plus tard. On le coupe quand il commence à fleurir. Les millets de Hongrie et d’Italie ressemblent beaucoup au millet commun et ont à peuyrès la même valeur. La lentille s'emploie pour les bestiaux comme la vesce, mais elle est beaucoup plus nourrissante, On peut la faire servir aux mêmes usages domestiques que les pois. Son fourrage est excellent pour les chevaux et les moutons. Cette plante demande un terrain profond et un labour d'automne dans les terres fortes.

Le blé d'inde ou maïs est la meilleure de toutes les plantes pour former du fourrage vert et c’est celle qui en produit le plus. 11 y en a comme l’on sait beaucoup de variétés, mais la variété douce ou sucrée est celle qui est considérée comme la plus nourrissante, Dans tous les cas choisissez l'espèce qui, tout en môûrissant à peuprès, ? roduira le ‘plus de fourrage. Quand on veut s’en servir pour l’ensilage—ce dont nous parlerons plus loin—il faut le couper quand le grain dans l’épi commence à se lustrer, mais avant qu’il soit mûr ; pour fourrage vert, il peut être coupé en tout temps; il vaut plus cependant quand il a des épis presque mûrs.

La navette, en anglais rape (plante du genre choux,) se consomme sur le champ. Elle engraisse beaucoup les moutons et les agneaux tard à l’automne, Comme on peut la semer tard en été, cette plante est utile pour nettoyer les terrains; elle peut être cultivée en rangs et sarclée comme les navets; on la sème aussi à la volée.

Comme toutes ces différentes plantes ne poussent pas toutes ensemble et aussi promptement les unes que les autres, on devra en semer certaines quantités à des époques différentes, afin d'en avoir toujours de vertes dans tout le cours de l'été et même à l’automne, et de pouvoir alterner, afin de garder les bestiaux en appétit, Toutes, excepté la navette, sont bonnes

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pour les chevaux. De même que pour la nourriture sèche, on devra donner les fourrages verts aux bestiaux dans des crèches ou des rateliers. En passant, disons que les crèches des vaches dans les étables devraient avoir le fond de huit à dix pouces plus élevé que le pavé; cela n’obligerait pas les vaches à se

courber autant pour atteindre le fourrage et les fatiguerait moins,

Voici le fourrage vert que préfère M. Arthur J, Fust, agronome anglais distingué qui demeure à quelque distance de Montréal : il sème ensemble *1 minot de vesces, 1 minot de pois, 1 minot d'avoine, } minot de blé d’inde sur terre légère ou de féveroles sur terre forte, 3 livres de graines de navette ; tout cela par chaque acre. La terre, dit-il, doit être bien préparée et recevoir une fumure, comme de coutume ; le grain et les légumineuses sont semées à la volée ou avec le semoir ; et après qu’on aura donné un dernier coup de herse, on 1: yandra sur la pièce la graine de navette et on terminera l’ouvrage € faisant passer le rouleau. — Les semences doivent être enterrées à une bonne profondeur ; sans cette précaution le blé ou les féveroles, suivant le cas, seront difficiles à couvrir avec la herse. S'il n’y pas de semoir à la ferme, ce qu’il y aurait de mieux, ce serait d'employer le srarificateur (grubber). Ne vous effrayez pas de la quantité de semence qu’il indique. Coupez la récolte lorsque les pois sont en fleurs, car, à ce moment, les vesces seront assez avancées pour qu’il n’y ait plus de danger de purgation pour les bêtes à cornes ou les chevaux. La ration journalière de ce fourrage (et de tout autre fourrage vert) doit être un peu fané avant d’être donnée au bétail.”

Gardez vos vaches dans des étables bien ventilées, mais ayez un espèce de cour que vous couvrirez souvent de bonne litière sèche afin d’y faire coucher vos animaux dans les nuits très chaudes. Ne les laissez jamais manquer de bonne eau pure.

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102 NOTIONS D’AGRICULTURE Comment nourrir les moutons d'après ce système ?

1° On ne devra pas garder plus de cent moutons par troupeau.

2° Chaque troupeau devra être tenu si on le peut dans un enclos dont les clôtures seront faites de manière à pouvoir être déplacées ou reculées facilement, par exemple, des clôtures à patins ou des clôtures de broche faites en manière de rets à poisson ; des barrières reliées ensemble se changent aussi facilement de place, >

3° On devra changer de temps en temps les moutons d’enclos, disons une fois par semaine, tant pour la propreté’ des moutons que pour engraisser plus également chaque partie du terrain occupé à cet effet,

4° On devra distribuer la nourriture dans des rateliers portatifs. Ces rateliers, s’ils ne sont pas accessibles de tous les côtés, comme, par exemple, les rateliers ronds, devront être placés le long des clôtures.

5° Les enclos devront être faits autant que possible dans des endroits où il passe naturellement de l’eau; autrement on devra en servir aux moutons tous les jours, comme aux bêtes à cornes. On devra aussi leur procurer de l'ombre par des arbik ; ou autrement.

6° Le fourrage à donner aux moutons devra être coupé lorsqu'il est tendre. Un peu de grain contribuera beaucoup à leur engraissement.

Les terrains que vous destinerez à servir d’enclos devront être en friche, près des étables autant que possible, ainsi que ceux que vous ensemencerez, afin d’épargner des marches et contremarches pour le transport des fourrages aux animaux. Le fourrage vert pourra être coupé une journée ou deux à l'avance ; en se fanant un peu il n’en vaudra que plus.

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