DE L’ENSILAGE DES FOURRAGES
Une matière qui doit intéresser tout particulièrement les cultivateurs de cette province et qui, j'oserais le dire, passionne ux grand nombre d’esprits dans tous les pays civilisés où il faut mettre les bestiaux à l’étable, pendant l'hiver, c’est certainement l’ensilage. Il convient donc de traiter ce sujet quoiqu'il l'ait déjà été par d’autres plus compétents que moi.
Qu'est-ce qu’un silo ? quelle est la meilleure manière de faire un sile et 0: es sont les plantes les plus propres à être ensilées ? Ce que je dirai n’est pas nouveau ; on l’a dit avant moi ; mais :i est bon d’en parler ici encore afin de rendre service à un grand nombre,
Si on conserve aujourd'hui des substances végétales et animales pour la nourriture de l’homme audelà du terme ordinaire de leur conservation naturelle, comme les fruits, les viandes, les poissons, en éliminant l'humidité et l'oxygène qu'ils contiennent et qui sont les agents les plus puissants qui les altèrent, pourquoi ne pourrait-on pas en faire à peu près autant des fourrages destinés à nos animaux, surtout si cela nous paie mieux qu’en les traitant autrement et si le fourrage ainsi con-
servé n’a pas besoin d’être aussi abondant que lorsqu'il est séché?
Le silo est le récipient ou le bâtiment destiné à conserver aussi verts et aussi succulents que possible les graminées, plantes ou végétaux qu’on engrauge ordinairement à l’état sec, et l’ensilage est le mode ou la manière de pratiquer cette opération. Si nous nous félicitons de pouvoir, au cœur de l'hiver ou au printemps, mettre sur nos tables des tomates, des petits pois verts et du saumon, par exemple, à l’état presque frais, si nous les goûtons avec tant de délices dans une saison où nos jardins
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sont ensevelis sous la neige et nos rivières couvertes d’une carapace de glace, n'est-il pas à supposer que nos bêtes ne se trouveraient pas mieux elles aussi d’être nourries de fourrages verts et ressemblant en quelque sorte aux fourrages d'été ? Si par ce moyen on peut leur donner une nourriture plus succulente, plus substantielle mais d’un moindre volume que celles dont elles sont généralement alimentées en hiver, pourquoi n’y aurait-on pas recours, puisque ce serait à l'avantage et des animaux et de leurs propriétaires ?
Ceux qui dans tous les pays ont pratiqué l’ensilage prétendent que les matières ensilées sont mieux goûtées et plus digestibles que les mêmes matières séchées, et que le mélange des plantes ensilées avec celles qui sont séchées tiennent les bestiaux en bien meilleure santé et condition qu’autrement. L’Honorable M. Beaubien d'Hochelaga, M. Tarte, et un grand nombre d’autres éminents agriculteurs et éleveurs qui font usage de fourrages ensilés pour leurs animaux, assurent que tout cultivateur qui hiverne plus de huit à dix bêtes, devrait s’empresser de construire un silo, En Haut-Canada et aux Etats-Unis on s’en trouve très bien. Je ne parlerai pas de la France ou de l’Allemagne où l’ensilage est en usage depuis longtemps.
Nous allons donc étudier cette matière importante de l’agriculture et comme le livre-texte, que nous avons déjà tant mis à contribution, nous offre un résumé complet ou à peu près de ce qu’il faut faire, nous allons encore y puiser amplement.