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CONSTRUCTION DU SILO

En France on emmagasine surtout les racines fourragères dans des cavités creusées dans le sol, comme ici on le fait pour les patates et autres racines. Là on n’interne pas les bestiaux sept mois de l’année comme ici, En Afrique on y met même les grains qui s’y conservent parfaitement, On construit aussi des silos en maçonnerie et ce sont-là sans aucun doute les plus durables. Mais ici, en Amérique, on se sert de silos construits en bois.

Pour faire un bon silo en bois, voici ce qu’il faut faire : on décide d’abord de quelle grandeur il doit être ; tout habitant peut en juger de suite. Connaissant combien il lui faut nourrir d’animaux et pendant quel temps, il peut faire ses calculs d’après les faits suivants : un pied cube d’ensilage, après qu’il est foulé et fait, pèsera environ 40 livres. Une vache de taille ordinaire, dans le fort de son lait, en demande de 35 à 40 livres par jour. Les autres bêtes à cornes peuvent se contenter de bien moins. Il est facile alors de calculer combien il en faut de pieds cubes, On a constaté qu'il valait mieux donner plus de hauteur aux silos que de diamètre ou de superficie horizontale. Ainsi un petit silo de dix pieds carrés sur le terrain doit avoir quinze pieds de hauteur jusqu’au faîte. (C’est un des plus petits qui puissent se construire pour être proftables, et il contiendra environ trente tonnes, ou assez pour nourrir neuf ou dix animaux durant six mois.

Que le silo soit une construction détachée, ou qu'il tasse partie d’un autre bâtiment, il doit être placé de manière à

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ce qu’on puisse facilement y communiquer par l’étable et en même temps l’emplir et le charger à l'automne. Un coin dans la tasserie ou une aile endehors de l’étable, mais en communication avec la batterie pour la charger et avec l’étable pour en retirer le fourrage au besoin et à l’abri, voilà la position la plus commode. Afin d'être bien compris et pour que personne ne se trompe, décrivons la manière dont le silo en bois se construit :

Le fond du silo doit autant que possible être un peu plus haut que le niveau du terrain pour que l’humidité ou l’eau ne puisse y pénétrer. On fait un solage en maçonnerie sur les quatre faces et de manière que l’eau du dehors ne s’y introduise pas. La terre qu’on retire de la tranchée où se mettra le solage devra être remise en dedans pour rehausser le fonds du silo jusqu’au niveau du solage. Cette terre devra être étendue et parfaitement tassée pour former le plancher du silo. Cependant certains connaisseurs prétendent que l- fond du silo doit être en terre glaise bien battue et avoir la forme concave, c’est-à-dire que les bords doivent être plus hauts que le milieu ; cela, disent-ils, permet de mieux tasser et distribuer le fourrage dans le silo et l’expose moins à lhumidité. D’autres prétendent que le fond en bois est préférable, Si vous faites un solage en pierre un peu haut, en totalité ou en partie, la partie en pierre qui sera audessus du fond du silo devra être plâtrée ou boisée afin que la chaleur ou le froid ne puisse pas donner d'humidité par là dans le silo,

On pourrait faire les fondations ou le solage en bois mais il est évident que pareil solage ne pourra durer aussi longtemps que s’il est en pierre.

Tout le monde sait à peu près comment on fait la charpente d’une glacière. Eh! bien, celle d’un silo en bois est à peu près semblable. (De petits modèles d’un pouce au pied viennent d’être préparés par le Département de l’Agriculturs de cette Province, par les ordres de l’Honorable M. Joly de Lotbi-

uière). On pose debout à dix huit on vingt pouces les uns des autres des madriers' de deux pouces sur six à huit pouces de largeur pour le corps du bâtiment ; mais pour les poteaux des coins on se sert de morceaux de bois plus épais. Les madriers et poteaux s’appuyent et sont fixés sur le solage par des mortaises ou autrement, la largeur des madriers devant former l'épaisseur des murs sans compter les lambris. Si le silo est fait dehors le toit devra être en comble comme celui d’une maison et assez haut pour donner de l’aise quand il faudra emplir le silo ; les larmiers devront déborder largement tout autour de la construction pour en éloigner l’eau ; mais s’il est à l’intérieur d’un autre bâtiment le dessus pourra être plat ; on comprend pourquoi. On lambrisse ensuite la charpente en dehors et en dedans en planches d’un pouce. Sur ce premier lambris qui doit être umbouveté, si c’est possible, et c’est meilleur, on cloue un bon papier goudronné qu’on recouvre d’un second lambris. Cela fait comme l’on voit deux lambris doubles entre lesquels il y a du papier goudronné ; de cette manière l'air et l'humidité ne pourront pénétrer dans le silo par le bas ou les côtés. Le dessus devra être boisé solidement afin que la boite ne puisse ouvrir ou bouger quand on y pressera les fourrages. Tout ouvrier en bois comprendra ces

données et pourra de suite faire un silo solide ; d’ailleurs tout

Canadien Français est à peu près ouvrier, Quant aux coins, en dedans, on peut y ajuster debout des pièces de bois taillées en fausse équerre (bavel) pour que le fourrage puisse s'y mieux tasser, Les planchès de l’intérieur du silo devront être blanchies à la varlope et même badigeonnées avec une couche de coal-tar ou goudron chaud afin de rendre les murs plus étanches et plus lisses. Un lavage à l'huile de charbon est préféré par quelques uns, mais le goudron nous parait meilleur.

On devra, en construisent le silo, y pratiquer deux portes au même endroit dans le même pan, dont l’une ouvrira directement sur l’étable ou sur un passage qui y conduit afin de faci-

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liter le transport du fourrage aux animaux ; mais ces portes devront être bien étanches, et solidement posées, car elles devront être fermées quand on emplira le silo, et il ne faudrait pas qu’elles cédassent ou qu’elles ouvrissent à cet époque-là. La porte d’endedans peut être faite par sections horizontales qui ne seraient ouvertes ou déclouées qu’au fur et à mesure que le fourrage baisserait dans le cours de l’hiver et de manière qu’en l'ouvrant l'air ne s’y introduirait que par le dessus du tas de fourrage et non à travers ; ce qui arriverait si la porte d’en dedans s’ouvrait toute grande, surtout par le bas,

Les silos se chargent par le haut ; s'ils sont construits dehors on pratique un panneau ou trappe dans le toit en faisant le bâtiment. Cette trappe peut être faite en coulisse et dans des rainures pour agir comme un chassis de serre-chaude, On peut encor les charger par de petites portes pratiquées dans les pignons du toit comme pour un grenier à foin.

On devra poser de petits tuyaux de ventilation avec panneaux qu’on ouvre à volonté, par le moyen d’une corde, car les silos ont souvent besoin d’être aérés.

Avant de recevoir le fourrage d’ensilage, répandez bien également sur le fond du silo un lit de cinq à six pouces de paille bien sèche et propre.

Le blé d'inde qu’on ensile peut être mis à sa longueur, mais il est mieux de le couper par bouts d’un pouce et demi à deux pouces, afin qu’il se tasse mieux et ne laisse pas de place à l'air ; les animaux en gaspilleront moins que s’il était long. Si cependant vous n'avez pas de coupe-paille ou ne pouvez pas pour quelque cause que ce soit couper les tiges de blé d'inde et que cette plante ne soit pas d’une espèce trop longue, vous la placerez à sa longueur; le long des côtés et dans les coins vous la tasserez fort et vous y ajouterez même par-ci par-là quelques fourchetées de foin vert que vous tasserez en même temps, surtout encore le long des murs et dans les coins afin d'en exclure l'air autant que possible ; c’est, dit-on, l’air qui

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reste dedans ou qui s’y introduit qui est le plus grand ennemi de l’ensilage. Remarquons que si l’on met le blé d'inde sur le silo à sa longueur, on ne devra pas mettre le pied de la plante, mais la tête au mur, ou du moins tête-bêche, vu que c’est le long des murs que l'air demeure ou s’introduit le plus facile. ment,

Pour ensiler le blé d'inde il faut attendre qu’il soit à peu près mûr, c’est-à-dire que les grains dans les épis soient lustrés, S'il était plus vert, il diminuerait plus, sûrirait et ne serait pas aussi nourissant. Quand on ne peut pas, pour une cause quelconque, récolter le blé d'inde assez mûr, on devra le laisser se faner quelque temps avant de le mettre dans le silo ; il ne faut pas non plus l’y mettre mouillé mais attendre qu'il soit ressoré ou évaporé. Le blé d'inde bien mûr se tasse difficilement, car les feuilles sont alors raccornies et trop sèches : il pourrait chauffer trop vite et blanchir, et par là perdre beaucoup de sa valeur. Quand votre fourrage sera tout entré vous marcherez sur la masse pendant quatre ou cinq jours de suite le long des murs où, comme nous l'avons dit, vous aurez mis plus épais de fourrage qu'ailleurs, et vous tasserez jusqu’à ce que le tout ait pris le même niveau. Nous croyons que c’est là le meilleur moyen d’en exclure l'air. (Les américains ne sont pas cependant tous de cet avis ; ils prétendent, eux, qu’il ne faut pas tasser le fourrage.)

On peut entrer le blé d'inde dans le silo tous les jours, à toute heure, et même on peut être une couple de jours sans continuer à en mettre ; mais il ne tardera pas à moisir. Quand le silo sera plein ou que vous n’aurez plus rien à y mettre, tassez toute la masse et placez pardessus une couche de un à deux pied de paille hachée ou même longue, que vous tasserez aussi surtout dans les coins et le long des murs. Vous examinerez ensuite tous les jours votre ensilage pendant une quinzaine de jours et vous le tasserez encore jusqu’à ce qu’il ne diminue

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plus. Mais vous ne devez pas toutefois commencer à en prendre pour vos animaux avant quatre ou cinq semaines,

Un des meilleurs moyens de couvrir le fourrage ensilé, à ce qu'on prétend ici, au Canada, c’est de mettre par dessus des madriers qui couvrent toute la masse et, sur ces madriers, de placer des gazons ou couennes de friche, des pierres, ou des sacs de sable pour appesantir les madriers, et, en pressant le tout, d’exclure l'air qui pourrait se trouver encore dans le fourrage. D’autres prétendent que les gazons doivent être préférés à tout, ou encore une planche sur l’entre-deux des premières. (1)

Lorsque vous serez obligés d'entamer le fourrage ensilé, commencez par le dessus, mais faites en sorte qu’il ne gèle pas ;

‘s'il en gelait une partie gardez-vous de la donner en cet état à

vos animaux ; laissez-la se réchauffer,

La théorie du silo, disent les auteurs du livre-texte déjà cité, n’est pas très-bien comprise et on ne saurait complètement l'expliquer. Voici toutefois ce qu'on en dit : on ensile des plantes fourragères envert afin de les conserver aussi vertes que possible pour la nourriture d'hiver. On ne peut y réussir parfaitement, car certains changements, comme la fermentation et la décomposition, se développent depuis le moment où l'on commence le chargement du silo jusqu’à celui où l’on emploie le fourrage ; les efforts du cultivateur doivent donc tendre à prévenir ces changements autant qu'il le peut, ou à rendre le plus possible les matières ensilées agréables au goût de ses animaux, Si on peut arriver à les rendre douces, ces matières seront mieux goutées des bestiaux. On devra donc s’efforcer de prendre les moyens que le fourrage ensilé soit toujours doux et on y parviendra si l’on suit les méthodes indiquées ici.

(1) On prétend qu’on peut éviter le papier goudronné et même les seconds lambris en remplissant l’entre-deux de la charpente avec de la

terre: cela aurait autant d’effet pour chasser l’air et coûterait moins cher qu’un entre-deux de papier.

Le fourrage ainsi entassé et pressé dans les silos, cela est facile à comprendre, se met à chauffer et en quelque sorte à se décomposer; mais comme c’est l’air contenu dans le fourrage qui produit cette chaleur et cette décomposition, il est nécessaire d’exclure cet air, et sa disparition fait que la masse diminue et se presse de plus en plus; l'acide qui produisait la décomposition cesse dès lors son effet presqu’entièrement. Il y reste naturellement toujours un peu d'air; on ne peut l’en chasser complètement comme on pourrait le faire d’une bouteille, cependant il est reconnu que si l’ensilage. a été bien opéré la fermentation devient presque insensible après un certain temps.

Quoiqu'il ne se conserve pas aussi vert que quand il a été coupé, il nes pas moins certain que ce fourrage a autant de valeur nutritive que s’il était encore vert; l'expérience le prouve ; une grande quantité d’eau en est sortie, voilà tout,

De tout ce qui précède il faut déduire : 1° Que le fourrage qu’on destine à l’ensilage doit être coupé quand il est presqu’à sa maturité. Si par conséquent dans quelques parties de la province certaines espèces de blé d’inde, comme c’est le cas, ne pouvaient pas parvenir à une maturité suffisante, il faudrait en choisir d’autres espèces plus hâtives. Du blé d’inde qui ne ferait pas d'épi ne vaudrait pas celui qui en ferait. Quoique ne produisant pas autant de fourrage que le grand maïs à dent de cheval, le petit blé d'inde canadien donnera une récolte abondante et mûrira suffisamment partout, pourvu qu'il ne soit pas semé trop tard. Ne semez pas tontefois avant que la terre ne soit chaude ; ici ce n’est pas avant le 5 de juin. La variété Red cob parait être la préférée à Ontario, Murit-elle suffisamment dans toute la province de Québec ? Non, à moins qu’elle ne soit semée très claire ; c’est inutile d’en semer en bas de Trois- Rivières. 2° Que le fourrage ne doit pas être mouillé quand on le met dans le silo 3° Que le grand objet à atteindre, tant dans la construction du silo que dans la manipulation des fourrages qu’on y met, c’est d’en exclure l'air autant qu’on le

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peut, si l’on veut que ces fourrages soient nourissants et agréables au goût. 4° Que l'air qui envahit la masse ou qui y reste produit plus ou moins de moisissure et de fermentation. 5° Qu'il est de toute évidence qu'il faille bien étendre le fourrage par tout le silo afin de ne pas laisser de place à l'air et pour qu’il puisse former une masse compacte et serrée dans toutes ses parties ; mais cet air ne doit être chassé que petit à petit.

On ne doit pas nourrir les animaux exclusivement de fourrages ensilés ; en voici la raison : comme il reste beaucoup d’eau dedans, ce fourrage seul ne peut pas beaucoup engraisser les animaux, et il pourrait aussi peut-être avoir quelque peu sûri, mais il est très propre à la production du lait; à cet égard ilest plus profitable comme nourriture du bétail que le foin sec et il prend bien moins de place que ce dernier. (Ceux qui s'y connaissent disent qu’on doit tous les jours ajouter au fourrage ensilé un peu de fourrage sec ; pour l’engraissement des bœufs en particulier on devra ajouter un peu de grains, comme des pois, de l’avoine, du son ou du gru de blé. Les moutons, les chevaux et les taurailles se trouvent bien aussi d'un peu de ce fourrage dans leurs rations quotidiennes,

On prétend qu'un acre semé en blé-d’inde produira douze tonnes d’ensilage, (disons huit,) ét que deux tonnes de fourrage bien préservé par l’ensilage valent autant qu’une tonne de foin ordinaire, On sait que la tonne est de 2000 livres. Un arpent de blé d'inde fournira donc plus de fourrage qu'aucune autre

plante fourragère, (On voit de suite l'avantage qu’il y a à le cultiver,

M. J. C. Langelier a publié l’hiver dernier sur cette matière uu traité illustré très bien fait et très détaillé, Tout cultivateur un peu entreprenant devrait consacrer 50 cents à l'acquisition de ce livre, Ne pourrait-on pas au moyen de l’ensilage augmenter le nombre de ses animaux et leur rendement ? Cela vaut la peine d’être étudié, et bien imprudent serait celui qui s’en moquerait |

Ajoutons ici que l’ensilage nous fournit les moyens de procurer presque toute l’année des fourrages verts à nos animaux et nous permet ainsi de faire produire du lait à nos vaches l'hiver, plus ou du moins autant, qu’en été ; usage qui serait très profitable à plusieurs ici et que les anglais, — peuple si pratique et si avancé en agriculture, — appellent winter dairying.

Un autre avantage qu'on trouve dane le fourrage ensilé, c'est qu’il ne s'en perd pas et que les tiges sont toutes consommées par les bestiaux, On peut le sauver en tout temps pourvu qu'il ne soit pas mouillé. Il lui faut bien moins d'e: e dans les bâtiments que s’il avait été séché. La nourriture « w’il fournit est très succulente et se rapproche beaucoup de l'herbe verte. Il se recueille bien plus facilement que tout autre fourrage et fait plus de lait, plus de beurre et plus de viande que le fourrage sec.

À propos de silo, disons encore qu'on finira par adopter la forme ronde pour éviter les coins qui sont toujours les endroits où se gâte le fourrage. Ces silos peuvent se faireavec du bois de 2 X 4 pouces 'et le doublage avec de la fplanche d’un demi pouce. Peut-être finira-t-on aussi par les faire en métal, comme de grosses chaudières d’engin mises debout,

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