‹ Notions d'agriculture [microforme]Chapitre 50 sur 139 · DE LA PRODUCTION DU LAIT EN HIVER · texte numérisé non relu

DE LA PRODUCTION DU LAIT EN HIVER

Dans certains pays du nord de l’Europe, notamment en Danemark, ou la production du beurre est une source de profits considérables pour les propriétaires de bestiaux, —et d’ailleurs ceux qui dans notre pays ont essayé ce mode n’ont eu qu'à s’en féliciter —on fait en sorte que certaines vaches ne mettent bas que tard à l'automne, afin que leur plus fort rendement de lait soit donné au cours de l'hiver, quand les vaches sont à l'étable. Il parait que de cette manière on peut consacrer plus

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de soins et prêter plus d’attention à la fabrication du beurre, vu qu'on a alors plus de temps à y consacrer. En hiver, en effet, pendant que la terre se repose, une foule de cultivateurs n’ont à peu près qu'à battre leurs grains, à s’approvisionner de bois pour l'hiver suivant et à faire ce qu’on appelle ici Le train ou soigner les animaux de la ferme.

Je ne conseillerais pas pour ce pays l'usage général de cette pratique, car ici l'été se prête mieux que l’hiver à la fabricatior du beurre ; mais il serait très-utile que chaque cultivateur qui tient plusieurs vaches se donnât la peine de faire en sorte qu’une ou deux de ses laitières ne mette bas qu'à l’automne— disons en septembre—; cela lui procurerait pour l’hive: une bonne quantité de lait tant pour le bien de ses petits enfants que pour les besoins des villes et villages voisins : il trouverait là un profit à faire, et l’on sait qu’à la ville, et surtout dans les villages, le lait et la crême se vendent bien plus cher l'hiver que l'été. Vu qu'avec le fourrage ensilé on peut maintenant produire du lait l'hiver à meilleur marché que par le paturage de l'été, l'habitude de faire le beurre l'hiver doit être grandement encouragée soit par des conférences, soit par des traités spéciaux ou des récompenses. La qualité du beurre y gagnerait certainement. Il serait très facile au moyen de la stabulation permanente d'empêcher les rapports entre les vaches et les taureaux et par conséquent de régler l’époque du vêlage,

Nous avons déjà donné précédemment des notions que nous croyons suffisantes pour faire comprendre de quelle manière on doit traiter et nourrir ses animaux à l’étable, mais nous pensons qu’il est important d’y revenir, afin de mieux graver la matière dans notre mémoire.

Nous avons vu que les vaches doivent être mises à l’étable de bonne heure à l'automne et en bonne condition ; qu’on à dû ne pas laisser diminuer la quantité de leur lait, en suppléant aux fourrages par des bouettes, des légumes ou d’autres nourritures aqueuses. L'usage du sel et du son même sec, au cours du

printemps et de l’automne, même aussi lorsque les vaches sont aux champs, ont des effets très avantageux, non seulement sur la quantité mais encore sur la qualité du lait, sur la santé des animaux et la valeur de leur fumier. L'on sait que si les vaches sont grasses lorsqu'on les met à l’étable, il ne reste plus qu’à les bien entretenir pour qu’elles restent en bon état et continuent à donner du lait et de la crême dans le temps où le lait et le beurre frais sont si utiles, si appréciés et invariablement à de hauts prix sur le marché. Tenons donc nos vaches proprement et chaudement, dar. des étables bien aérées ; donnons leurs des litières abondan.Ls, de l’eau pure et peu froide, un peu de sel pour les faire boire, leur donner de l’appétit et leur tenir les intestins libres ; brossons-les, étrillons-les, bouchonnons-les, traitons-les toujours avec la plus grande douceur ; donnons leur leur provende à des heures fixes et invariables autant que possible afin qu’elles ne s'impatientent pas, et trayons-les toujours aussi à des heures régulières, soir et matin. Il ne faut pas s’imaginer que seulement avec de la paille nos vaches vont être florissantes de santé et de vigueur ou vont nous donner bien du lait, Oh! non. Une}vache, c'est une fabrique à lait ; la paille pourra lui sauver la vie, mais il faut faire donner à la vache tout le lait qu'elle peut produire si on veut que la frabrique donne de bons rapports. Achetons donc s’il le faut, du son ou du gru pour bouetter nos vaches à lait soir et matin, si nous n’en avons pas assez de nos récoltes de grains. Il n’y a qu’à faire un calcul et l’on verra si cette nécessité s'impose à tous ceux qui veulent faire des profits et non pas seulement empêcher leurs vaches de mourir de faim.

Coupez le fourrage ; il sera plus facile à manger, plus

digestible et vous en perdrez moins. Faites mieux encore :

passez-le à la vapeur, surtout si vous n’avez pas de silo, ou jetez

de l'eau chaude par dessus dans des boites pour l’attendrir,

surtout si vous avez un bon nombre d'animaux, si c'est de

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qui encore aurait quelque moisissure. Ilen devrait être de même pour la paille, Dans le cours de tout un hiver, en passant votre fourrage sec à la vapeur, ou en l’humectant à l'eau chaude, vous en sauverez 25 par cent ou un quart. Si trente livres de foin par jour est nécessaire pour nourrir une vache, et si, par le moyen de la vapeur on de l’eau chaude jetée dessus, six à douze heures d'avance, on peut vous démontrer que vous épargnerez 8 livres de foin par jour par chaque vache, le résultat mérite qu’on y pense et qu’on en fasse l'essai, Si donc vous avez 20 têtes de bétail, vous sauverez par l’un de ces moyens 160 livres par jour qui équivaudront à $1.60 quand le foin vaut $10.00 la tonne, et dans les 6 à 7 mois d'hiver vous économiserez au moins $150.00, n'est-ce pas ? Il ne s'agit que de compter. Et ces $150 ne valent-elles pas le temps qu’un homme consacrerait à cette besogne ?

On trouve encore un avantage à nourrir ses animaux avec des fourrages coupés ; il est mieux digéré par les animaux et le fumier qui en provient est plus court, plus facile à manier et plus prêt à mettre en usage ; ce fumier peut être charroyé en hiver sur les terrains qu’on veut ensemencer en blé d'inde ou en patates, sur les prairies et pour les composts ; ce qui fera sauver beauconp de temps au printemps ou à l'été suivants, c’est-à-dire à des époques on nous avons bien d’autres occupations qui requièrent nos soins et notre attention, Quand le fourrage est coupé ou passé à la vapeur et un peu salé, quand surtout on y mêle un peu de son ou de moulée, les animaux le mangent mieux ; il y aura moins de pailles longues dans le fumier et l’urine des animaux sera mieux absorbée ; ce fumier sera beaucoup plus riche, car on prétend que $14.00 de son ajoute $10.00 au fumier. On ne saurait donc trop insister à ce que les cultivateurs fassent l'essai de cette méthode de nourrir surtout leurs vaches à lait, dans le cours de l’hiver, s'ils n'ont pas déjà adopté l’ensilage qui est encore préférable, vu qu'il coûte moins cher, Il en résultera pour eux une grande

économie de fourrages et par ce moyen leurs vaches sortiront des étables au printemps nettes, fortes et vigoureuses, gaies et en aussi bon état au moins qu’elles l’étaient quand elles ÿ sont entrées,

De toutes ces différentes méthodes, (et ce sont les meilleures) à chacun de choisir celles qui s’accordent le mieux avec ses moyens et la main d'œuvre dont il peut faire usage tant en hiver qu’en été. Il ne faut pas se le dissimuler : de grandes et sérieuses réformes doivent s’opérer si l’on veut que l’agriculture paie et puisse retenir au pays ceux qui ont découvert et défriché ce sol qui leur est pourtant si cher. Nous l'avons déjà dit et nous ne devons pas cesser de le répéter : il faut des améliorations dans notre sytème de culture; il faut que chacun étudie non-seulement sa terre, mais consulte les livres d'agriculture, les journaux spéciaux ; il faut qu’il prenne part aux concours de fermes et aux exhibitions ; il faut qu’il visite les fermes les mieux tenues et se rende compte des causes que tel et tel cultivateur, jadis pauvre ou propriétaire d’une terre ingrate ou difficile, a pu s'élever à une modeste aiszuce et même établir ou faire instruire ses enfants, Si les agriculteurs comprenaient bien toute la noblesse, tous les avantages moraux et physiques qui se rattachent à leur profession bien entendue et bien exercée ils seraient moins empressés d'élever leurs enfants de manière à leur faire déserter les campagnes pour aller dans les manufactures ou sur les chemins de fer, comme il y en a tant qui le font ; ou bien, ils n’iraient pas demander des places, solliciter des faveurs qu’ils sont souvent loin d'obtenir ou qu’ils obtiennent quelquefois à un prix qui peut coûter bien cher à leurs goûts, à leur dignité et souvent même à leur conscience, Je comprends que la vie du cultivateur jusqu'ici a été bien dure ; son métier a été bien peu lucratif; mais le temps où sa position paraît devoir changer me semble arrivé ; l'instruction profession-

nelle l’éclairera pur de meilleures méthodes culturales ; les

cercles, les conférences, les liv:es et les journaux à bon marché,

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les fermes, les écoles ou stations expérimentales etc. lui enseignere | comment augmenter ses produits d’une manière raisonnable. Il trouvera le bien être, la liberté et l'indépendance dans ses occupations, car ses produits ne dépendent que de lui et de Dieu quiles lui donne. Maître chez lui, il ne craindra ni destitutions ni pertes de places salariés quand viendra une grève ou un changement de ministère, Se livrant à un exercice salutaire, dans une atmosphère pure et saine, ji conservera sa santé souvent compromise ou perdue ailleurs que dans les champs où il est né. Heureux encore quand il n’a pas perdu le souvenir des principes d’uonnêteté et de moralité dans lesquels il a été élevé par ses parents, à l'ombre du clocher natal. Croyez-moi, chers compatriotes, il vous faut étudier votre art ; si vous ne le faites pas, vous n’agirez qu’au hasard, vous ne pourrez comprendre ni les difficultés ni les moyens de les vaincre. Le cultivateur qui n’étudie point, qui ne lit point, cultive comme la routine lui a appris à cultiver, et, comme il n’est point éclairé par les sciences, il se défie de tout procédé nouveau comme un aveugle se défie d’un chemin qu’il n’a jamais parcouru et qui lui est inconnu, Aussi sans science, point de progrès en agriculture ni dans la manière d'exploiter le sol, ni dans les assolements, ni dans la confection ou l'emploi des instruments perfectionnés, ni dans les végétaux nouveaux à essayer, les animaux à mnltiplier, à perfectionner ; on fait comme le castor, qui construit toujours ses cabanes et ses écluses de la même manière ; comme l’oiseau qui ne change rien à la confection de son nid ; comme l'abeille, qui ne saurait apporter le moindre changement à la construction @e son gateau de cire. Le cultivateur dans cet état d’ignorance est hors la loi des progrès de l’humanité ; on dirait qu’une puissance suruaturelle lui a dit : “ Tu n’iras pas plus loin.” N’estce par que l’immense majorité de nos ouvriers cultivateurs est soumise à cette condition vraiment antichrétienne ? Espérons que les nouveaux efforts faits par nos gouvernants pour répandre l’instruction et stimuler l’émulation vont galvaniser nos

LD

corps languissants et porter le coup de mort à cette fatale routine qui nous étiole! Apprenons à nos fils à aimer le toit paternel et la terre qui les a vu naître ; réfléchissons que l'enfant ne doit pas toujours être attelé au travail comme une bête de somme et qu'il lui faut de la récréation; plaçons nous à son point de vue si nous voulons lui plaire, le bien diriger et l'attacher à la ferme de ses pères. Vous, parents, qui êtes un peu à l'aise, ne vous imaginez pas que vos enfants ne désirent autre chose que ce qui vous contentait autrefois dans votre enfance. Détrompez-vous. Vous oubliez que le monde d'hier n’est pas celui d'aujourd'hui, que les occupations, les moyens d'avancement et de richesse ont augmenté et que partout l’ambition a des ailes plus grandes que jadis et s'envole plus loin, que l'ambition de votre enfant mérite respect et encouragement. Votre fils voit que les hommes que vous engagez pour vous aider reçoivent plus d'argent que lui, qu’il a moins de congés, qu'ils en ont eux, et qu’un congé sans un peu d'argent dans sa poche est bien monotone. Donnez-lui donc un peu d'argent de temps en temps. À quoi bon dire à votre garçon : “ Cette terre sera à toi plus tard”? Un bon je tiens vaut mieux que deux tu l'auras, n'est-ce pas? C’est ce que se dit l'enfant. Si vous dites à votre enfant: “tiens, choisis: voici quelques piastres par mois, ta nourriture, ton entretien et ton logement ; on bien: voici ta nourriture et ton entretien, et plus tard, (dans un avenir indéfini, éloigné,) quand je mourrai, tu auras cette ferme qui vaut $2000 à $3000.” Que croyez-vous qu'il choisira ?. La réponse est claire: à s'en ira, s’il peut le faire sans manquer au respect filial : il laissera là la ferme ; son ambition s’étendra plus loin...

C’est évident ; il nous faut changer de système si nous voulons rendre notre pays prospère et rendre plus attrayant le séjour de la ferme.

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