DES ARBRES FORESTIERS D'ORNEMENT OÙ D'ABRI
L'usage multiplié que l’on fait du bois dans les arts et l'industrie, soit pour les constructions, soit pour la confection des instruments ou le chauffage, nécessite des coupes incessantes dans nos forêts ; mais malheureusement on ne s'occupe pas beaucoup de replanter. Nos campagnes sont tristement dénrdées ; nous ne sommes pas assez soucieux de voir multiplier les arbres, et n'étaient les disséminations naturelles qui se font par les divers moyens que la nature emploie pour la multiplication des êtres animées et la conservation des espèces, nous perdrions des richesses incalculables. Heureusement qu'ils s'augmentent chaque jour sans frais pour nous et donnent la salubrité à l'air, conservent nos sources, et préviennent les inondations et les ravines dans les terrains en pente. De plus, les arbres engraissent et fertilisent par leurs dépouilles annuelles les sols les plus ingrats, les plus arides. Quand on pense à tous les avantages que nous procureraient les reboisements, on ne comprend pas comment nous pouvons être assez peu soucieux de nos intérêts pour les négliger comme nous le faisons. Ce sujet attire depuis quelques années l’attention de certains esprits bien
pensants et ne saurait être regardé avec indifférence, Je n’entends point traiter cette matière dans cet opuscule, mais je ne puis me dispenser de citer une circulaire de François de Neuf. Chateau, agronome éminent et illustre de France, en date du 25 Vendémiaire, an VII, sur les plantations, semis et pépinières : ‘“ On a beaucoup parlé et écrit, dans ces derniers temps, sur “ l'ordre des récoltes et la culture successive des espèces de “ plantes qui doivent alterner, pour né pas épuiser la terre, “ Dans ce cours des moissons, on fait rouler entre eux les grains, “ les légumes et les herbages, mais on ne s'est pas élevé à une “ vue plus générale ; on n’a pas senti l'avantage de remettre en “ forêts les terres desséchées et épuisées par la culture, C’est “ pourtant le semis des hois qui serait le meilleur moyen de “réparer les sols usés. A la longue, les arbres qui ombragent “la terre et qu'on ne coupe pas souvent engraissent l’espace “ où ils croissent, par l'humidité qu’ils attirent, par la chute des “ feuilles, par les débris du bois. Dans les forêts la bonne terre ‘“ s'augmente sans l’aide de l’homme, au lieu que, malgré son “ travail, les champs dépouillés tous les ans dégénèrent et perdent “ les sucs et les principes de la fertilité. Si le meilleur moyen ‘“ d’avoir des terres excellentes est de mettre en culture d’an- “ ciennes forêts, le seul moyen de réparer l’aridité des sols stériles “et des champs anciens est de les remettre en forêts. Tel serait “ le secret du rétablissement des landes de la triste Sologne et “ de la Champagne pouilleuse, Ce qui est vrai en grand pour “ des pays entiers ne serait pas moins bon dans le détail des “ métairies, et tout propriétaire qui enteudra ses intérêts voudra “ savoir exactement quelle partie de son domaine doit être entre- “ tenue en bois, ou y être remise pour prévenir l’aridité et le “ dessèchement des terres. ”
Ne pourrait-on pas dire que ces lignes peuvent s'appliquer à bien des endroits de nos plus vieilles campagne: ? Aussi nos gouvernants ont-ils prévu à accorder des points et des primes à ceux qui plantent des bois soit pour l’embellissement soit pour autres fins, Je n’insisterai pas sur ce sujet ; la place me manque
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pour le traiter suivant son mérite, Disons seulement que la plantation des arbres forestiers d'abri ou d'ornement se fait généralement de la même manière que celle des arbres fruitiers. Cependant on peut les faire pousser de graines. Les arbres forestiers doivent autant que possible être mis dans les endroits rocheux, où ils embelliront le paysage, ou dans des terres maigres ou épuisées, des coteaux raides qu'on ne pourrait cultiver que difficilement et où ils deviendront plus tard une source de revenu, Dans ces cas la régularité n’est pas nécessaire, au contraire. Si on plante dans un coteau on devra mettre les arkres soit en rangs parallèlement avec le sommet de la côte afin de prévenir le déboulement de la terre, et, mieux encore, planter en biaisant dans le sens de la cote,
Si vous plantez des arbres pour l'abri, mettez-les dans des endroits où ils nuiront le moins à 1: culture ; dans les coins des champs, par exemple. Quoi de plus beau qu’une belle avenue, qu’un beau chemin bordé de grands arbres, qu’un joli groupe ou bosquet d'arbres de diverses essences, près d’une habitation ! Aussi devrait-on encourager ces plantations, surtout dans nos vieilles campagnes si souvent nues, brulées par le soleil en été et couvertes en hiver de monceaux de neige que les grands vents y entassent aux portes des maisons !
Les meilleurs arbres pour l'abri et l’ornement dans notre province, et j'écris surtout pour la partie en bas des Trois- Rivières, sont l’orme, l’érable, le frène blanc, le chêne, le pin, le cèdre, le sapin, l’épinette et le bouleau blanc.
Pour abriter votre verger, plantez surtout quelques rangées de sapins et d’épinettes, à une distance de quelques pieds seule ment l’une de l’autre. Les arbres dans la rangée peuvent aussi être à une couple de pieds l’un de l’autre. Une rangée de pins plantés à huit pieds l’un de l’autre viendra à former un excellent abri, car à cette distance les branches du bas resteront. Cent pins ainsi plantés feront 800 pieds d’abri contre les tempêtes, Gros de 12 à 15 pouces, ils ajouteront au moins 81000 à la
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valeur de votre terre, Mettez-en au nord, à l’ouest et au nord-est ; votre verger sera bien plus mûrissant qu'auparavant, On prétend même qu’un verger ou un jardin abrité de cette manitre, vaut autant que s’il était situé à un dégré (environ 25 lieues) plus au sud, On doit autant que possible planter les arbres d’ornements ou autres en rangées, dans un terrain cultivé, afin de pouvoir plus aisément, pendant les premières années, sarcler entre les rangs et de chaque côté, surtout si les arbres que l’on plante sont petits. Ne plantez pas les arbres d’abri trop gros, car ils reprendront plus difficilement et seront exposés à perdre quelquefois de belles branches et à se défigurer, Quant aux petits sapins et aux épinettes je me suis convaincu qu'il vaut mieux les planter quand les bourgeons commencent à grossir au bout des rameaux, plutôt qu’en tout autre temps. Faites un petit fossé ; vlacez-y vos petits arbres ; recouvrez les racines avec de la bonne terre et mettez par dessus une couche de quelques pouces de terre noire de savane et de mousse, que vous presserez avec la main autour de la tige, pour garder la fraîcheur ; arrosez de temps en temps la première année. Mais, encore une fois, ne laissez jamais les racines des arbres que vous voulez planter, exposées à l'air ou au soleil ; couvrez les toujours de suite en les arrachant avec une toile ou autre abri, même s’il pleut : c'est là une précaution essentielle pour la réussite, surtout des conifères (pins, sapins, éninettes), aux racines desquels il reste si peu de terre quand on les arrache, Quant à ces derniers arbres, notamment aux épanettes, aux cèdres et aux sapins, on n'enlève jamais les plus basses branches, surtout si on les fait pousser isolés, à moins qu’elles ne sèchent ; l'arbre est alors bien plus majestueux que si les branches basses étaient parties, Ces arbres, quand on n’en fait pas des haies, doivent être éloignés les uns des autres, si on veut qu'ils déploient toute leur majesté,
Il s’est fait une grande destruction d'arbres, une destruction inconsidérée, jusqu’à nos jours, dans ce pays. L'arbre, le
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grand obstacle, l'ennemi du colon dans les cantons nouveaux, ne doit plus nous effrayer ; nous devons plutôt en faire notre ami ; entourons-nous de son simable protection et recherchons son ombre bienfaisante dans la chaleur de l'été et contre les vents non moins brélants de nos hivers canadiens. Nous y trouverons une foule d'avantages qui sont totalement ignorés on méprisés de ceux qui n’ont pas eu le bénéfice de leur voisinage protecteur, Une ferme bordée de beaux arbres ou parsemée ca et là de petits bosquets, aura toujours une plus grande valeur que celle qui est parfaitement dénudée ou qui n’a plus qu'un petit bouquet de bois au bout des 30 ou 40 arpents de sa profondeur, La maison ombragée par quelques beaux érables, chônes, épinettes, où même par deux ou trois simples peupliers, tentera toujours plus l'acheteur et l'amateur que celle qui sera exposée en plein champ à toutes les intempéries des saisons si différentes les unes des autres, dans notre patrie canadienne, Le culte des plantations devrait être enseigné à nos populations rurales et dans nos écoles, presqu’à l’égal d’un culte religieux, On ne peut trop encourager les gouvernements à chercher à en vulgariser le goût et à s'occuper sérieusement des plantations et des reboisements partout où c’est nécessaire, Pour avoir fait planter quelques arbres isolés, Sully a rendu son nom populaire en France, dans les campagnes les plus reculées, car il n’est pas dans la vie humaine une condition où le produit d’un arbre ne joue un rôle plus ou moins important,
L'Hon. M. Joly mérite à cet égard toute notre admiration et notre gratitude, (Voir à la seconde partie l’une de ses instructions).