‹ Notions d'anatomie et de physiologie généralesChapitre 5 sur 10 · IV · texte numérisé non relu

IV

DE QUELQUES PRODUCTIONS ANORMALES d’ÉPITHÉLITTMS.

Mon intention n’est pas de faire ici l’histoire de tons les points de l’économie où de l’épithélium peut naître par hétérotopie, ce serait une trop long*ue dig*ression , d’autant mieux qu’il n’est pas de tissu dans l’économie qui ne puisse présenter une formation anormale d’épithélium. Il suffit en effet que du blastème épithélial puisse être transporté au milieu d’un tissu ; il y développera des épithéliums, et comme de tous les éléments, la cellule épithéliale est un de ceux dont la naissance s’effectue le plus promptement, il s’ensuivra que l’épithélium tendra à détruire les éléments qui l’environnent, à prendre leur place en les empêchant continuellement, g'râce à son rapide développement, de réparer les perles qu’entraîne la désassimilation. La persistance des causes c[ui ont permis le transportdes blastèmes, en laissant arriver parfois des quantités considérables donne lieu à d’énormes tumeurs épithéliales.

11 existe certaines circonstances dans lesquelles certains tissus se recouvrent d’épithéliums alors que d’habitude ils n’en présentaient pas. Ne voit-on pas en effet des trajets fîstuleux se recouvrir d’épithéliums, c|uoi qu’en ait dit Dupuytren?Et dans d’autres cas sans c|u’il existe de fistule, ne peut-on pas voir des points se i‘ccouvrir aussi d’épithéliums, bien qu’ils appartiennent à un tissu constitué pai* des éléments anatomiques qui n ont avec ceux-ci aucune espèce de i*a|)port? Ou peut, je crois, affirmer ces deux faits.

Maintes fois on a vu des trajets fistuleux tapissés

d’épithéliums, aussi u’est-ce pas sur ce fait fjue je veux insister. Je me propose seulement d’étudier dans ces cas la manière dont s’accomplit la g’enèse épithéliale, et pour cela je me bornerai à rapporter les faits malheureusement trop peu nombreux qu’il m’a été donné de pouvoir constater.

La production de cellules épithéliales dans les fistules est précédée, comme partout ailleurs, d’une g-enèse de noyaux; ce fait est démontré par l’expérience suivante, faite au laboratoire de M. Robin par MM. Goujon et Demoulin, qui se trouve consignée dans la thèse de ce dernier. Le 11 juillet 1866,1a trachéotomie fut pratiquée sur un chien adulte, on empêcha la cicatrisation de la plaie, et l’animal fut sacrifié le 26 du même mois, quinze jours après l’opération. Le trajet fistuleux qui existait de la trachée à l’extérieur, dit M. Demoulin, est formé d’une a membrane épaisse et résistante, tapissée d’un (( épithélium constitué par de simples noyaux, qui pro- (( bahlement seraient devenus le point de départ d’un U épithélium prismatique si l’expérience eût été con- « tinué plus longtemps. »

La seconde partie de la phrase est purement hypothétique, mais le fait de la production de noyaux ovoïdes nombreux, quinze jours après rétablissement de la fistule, est constant et doit être retenu.

Voici d’un autre côté l’expérience (|ue j’ai faite ; le 16 mai 1867, une incision étant faite au flanc g’auche d’un cliien d’assez forte taille, j’attirai une portion de gTos intestin, qui fut suturé très-solidement aux bords de la solution de continuité. — J ouvris l’intestin le 27, alors que l’adhérence était complète. L'ouverture pei'met facilement l’introduction du pouce.

Le 30 mai, l'anus contre nature est parfaitement établi; je racle avec soin le pourtour de son orifice, et par ce raclag’e, j’obtiens des cellules épithéliales sphériques en assez gTande abondance, mais d’un diamètre peu considérable (fig\ l,pl. 1). Chaque cellule est pourvue d’un ' novau ovoïde assez brillant, sans nucléole; la prépara- Lion renferme une assez gTande quantité de noyaux isolés et libres, en tout semblables à ceux-là. En outre, on ti’ouve d’autres cellules plus ou moins allong’ées, ovoïdes, présentant gTossièrement la forme d’une semelle ; quelques-unes sont très-minces. Ne seraient-ce pas des cellules prismatiques de l’intestin en voie de transformation, se modifiant pour aboutir à la forme sphéri([Lie? Le 31, je puis vérifier la fausseté de l’hypothèse qui précède ; une préparation me permet de voir aujourd’hui les mêmes éléments qu’hier, mais je trouve aussi des plaques et des lambeaux assez considérables de matière amorphe en voie de seg*mentation , et cette segMuentation, autant que je puisen jug*er par les ligmes g'risàtres qui se dessinent assez nettement, donne lieu à des cellules de forme analog*ue à celle qui hier m’ont Irappé.

Le l®” juin, même état qu’hier.

Le 3, toujours quantité de cellules complètement sphériques et de cellules ovoïdes; d’autres assez nombreuses présentent un contour lég*èrement ang’uleux, quelques-unes d’entre elles sont assez g*randes et présentent deux ou trois noyaux; des g*ranulations gTaisseuses réfractant fortement la lumière ont envahi plusieurs d’entre elles. Quelfjuescorps fusiformes régadiers, d autres ovoïdes, plus ou moins arrondis, se montrent aussi. Ou voit encore de larg*es plaques en voie de

seg’men talion, les lig’nes gTisàtres qui indiquent eu (jLielque sorte les projets de cellules, eirconscidvent des espaces ovales ()u circulaires. Quelques plaques otlrent l’aspect du vitellus au moment de sa première seg-menlation. C’est à gTand’peine qu’on trouve encore dans les préparations quelques noyaux libres ; ils étaient de beaucoup plus abondants lors du dernier examen.

Pendant la semaine qui s’écoula après l’examen que je viens de rapporter, une investig'ation quotidienne me fît remarquer un état absolument analogue; c’était toujours le même aspect de cellules, toujours la même forme, sans modifications importantes. Alors, craignant d’enflammer la plaie par des raclages réitérés, et aussi parce que j’avais en vue, en faisant cette expérience, la vérification d’une hypothèse, selon moi bien autrement importante, ne pouvant être jug’ée que si les choses restaient dans cet état pendant un temps plus long’, je laissai vivre l’animal sans examiner davantage son nouvel anus. Il a ainsi été conservé jusqu’au 5 juillet, jouissant d’une bonne santé, plein de gaieté, mangeant avec appétit et ne paraissant nullement incommodé de son infirmité, qui a cependant été pendant tout ce laps de temps aussi complète que possible , car tous ses excréments n’ont eu depuis l’ouverture de l’intestin d’autre issue que le nouvel anus pratiqué à son flanc. Le 5 juillet, ce chien fut mis à mort, — et tels sont les faits que j’ai constatés sur le pourtour de son orifice. — En examinant les points voisins de l’union de l’intestin à la peau, on trouve de larges cellules épithéliales, sphériques, portant un, deux ou ti-ois noyaux d’ordinaire assez volumineux, avec un beau nucléole central. La plupart de ces cellules mosurent de 0""". 01 à 0""". Oi ; d’autres

sonl encore plus voluniineiises, bien que la majorité présente seulement 0'"'".02. Ces cellules sont pointillécs de fines gTanulations gTaisseuses, sans que celles-ci soient jamais assez abondantes pour masquer le noyau. Sauf le volume g*énéralement plus considérable et les g’ranulations gTaisseuses, les cellules sont représentées par la fig*. 1. Il existe peu, très-peu de cellules polyg*onales ; presque toutes sont délimitées par des lig'nes courbes ; mais les g'ranidalions graisseuses ne man- (|uentdans aucune d’eHes, et cependant, en dehors des éléments, la préparation n’en présente pas. — Plus profondément se trouvent des noyaux ovoïdes comme ceux qui sont contenus dans les cellules, et comme eux porteurs d’un nucléole. Les noyaux ne sont pas libres, disséminés et flottants; ils sont en quelque sorte accolés et forment des plaques.

Ce n’est pas ici le lieu de donner les résultats que ce meme animal m’a fournis; je les exposerai dans la troi" sième partie de mon travail.

Voici une autre expérience faite dans un autre sens.

La 25 mai, je prati({uai sur un chien l’opération suivante : je fis à l’ang’le interne de son œil g’auche une incision partant de la muqueuse et se p'*nlong’eant en bas, dans une étendue de deux centimètres environ. J’ernpèclie la plaie de se cicatriser en écartant les lèvres par une sutiuT. Cette incision divi.se la peau et le tissu souscntané.

Les jours suivants, la plaie suppure; pas d’examen.

L<‘ 30, la suppuration semble tarie; je fais avec la pointe d’un scalpel un premier raclag-e, qui fait trèslég*èrcmont, ne donne (jiie des leucocytes; en raclant un peu plus fort, j’obtiens toujours une quantité considé-

rable de leucocytes, mais en reclierchant avec attention, on trouve quelques épithéliums sphériques de dimensions très-peu considérables et très-transparents. Ils sont pourvus d’un noyau. C’est en vain que je recherche des noyaux libres.

Le l®*" juin , je déterg’e la plaie avec une très-fine épong’e, et je trouve des cellules sphériques assez abondantes, très-peu de noyaux libres.

Le 4 juin, plus de suppuration; cellules sphériques plus volumineuses; noyaux libres extrêmement rares.

Enfin, le 12 juin, j’obtiens par le raclag’e de belles cellules d’épithéliums pavimenteux ; elles sont assez volumineuses, à contours pâles, à beau noyau, environnées dans la préparation de matière amorphe gTanuleuse. Ce sont des cellules appartenant bien à la plaie, d’abord parce qu’elles sont très-abondantes, puis parce qu’avant d’examiner, j’ai projeté avec une seringaie un filet d’eau sur la plaie pour être bien sûr de n’examiner pas des cellules provenant de la desquamation qui s’effectue à la surface conjonctivale.

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