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CHUTE DES ÉPITHÉLIUMS ET LEUR ÉLIMINATION

DE LA DESQUAMATION EPITHELIALE.

C’est un des caractères des tissus produits d’être constamment en voie de rénovation ; aussi les épithéliums, rang*és par de Blainville parmi ces tissus présentent-ils ce caractère. Sur toute couche épithéliale, on peut remarquer, si la couche possède une certaine épaisseur, trois sortes d’élements ; les premiers, les plus rapprochés dn support, sont en voie de formation; au-dessus d’eux se voient les épithéliums arrivés à leur parfait développement, enfin le plus superficiellement, les épithéliums qui vont tomber. J’ai, dans les précédentes parties, étudié les deux premiers ordres de ces éléments; il me reste à parler de ceux dont la chute est imminente. La desquamation épithéliale reconnaît plusieurs causes, les unes vitales, les autres mécaniques, la première de ces dénominations exprimant un concours de circonstances spécial à la matière org’anisée.

Ces causes vitales peuvent se rapporter à une seule, qui consiste en une altération de nutrition, soit que cette altération de nutrition ait son point de départ sur le support épithélial, soit qu’elle soit due à l’épithélium lui-même. Je m’explique : une membrane recouverte d’épithélium vient à s’entlammer : bien évidemment, les conditions de nutrition vont s’y trouver chang-ées, et alors l’épithélium tombera, desquamé par une cause

vitale dont le siég*e sera sur le support. 1) un autre cote, voici une couche épithéliale; au-dessous d elle apparaissent continuellement de nouveaux éléments, qui écartent de plus eu plus du support ceux qui sont déjà formés ; arrive un moment où les cellules superficielles sont assez éloigmées du support pour que leur nutrition s’accomplisse mal, d’où une g’raduelle altération dans la composition chimique de la cellule. Quand cette altération sera assez considérable pour que l élément épithélial ne puisse plus continuer à vivre, il sera desquamé, et cela par une cause vitale inhérente à l’épithélium. Voilà, d’une manière g*énérale, quelles sont les causes vitales qui produisent la desquamation épithéliale, et pour le dire d’un mot, on comprend combien ces causes viennent eu aide aux causes mécaniques, et combien peu d’efforts auront à faire les ag’ents extérieurs pour détacher une cellule qui se trouve dans l’un ou l’autre des cas que je viens d’exposer. Cependant on ne saurait nier que le passag'e des divers corps dans des cavités tapissées d’épithéliums ne soit une cause déterminante de la chute de ces éléments, çt f|u’i!s les desquament d’autant mieux que les épithéliums sont dans Tun ou l’autre des cas que j’ai sig'ualés.

Telle est, je crois, la manière dont s’effectue la desquamation épitliéliale, par suite de l’éloig'iiement insensible de l’élément, et par contre, })ar des conditions de nutrition g*raduellemeut plus mauvaises. C’est à cette imperfection nutritive produite par une naissance pei‘pétuelie, qu’est due la chute des épithéliums, et il me semble plus rationnel d’envisag'cr ainsi l’elfet produit par des cellules de nouvelle formation, (pie de les considérer comme un ag’cnt en (pielque sorte mécanique qui re-

foulerait loin de l’org-ane les éléments situés au-dessus d’eux jusqu’à les éliminer d’une manière absolue. Ainsi donc les altérations de nutrition doivent être mises en première lig’ne comme causes de desquamation ; en seconde lig’ne seulement, les violences mécaniques qui ag'issent surtout sur des éléments’ déjà rendus moins solides par un commencement de troubles apportés dans leur nutrition.

Ce n’est pas seulement, ainsi que je viens de le dire, rpi’ag’issent sur la desquamation épithéliale les altérations de nutrition, clans quelques cas, par suite de troubles nutritifs g’éuéraux auxquels l’économie est en proie, survient une descjuamation d’épithélium très -abondante, c’est ainsi que la fièvre, cette cause si manifeste des troubles nutritifs, amène une abondante desquamation épithéliale. Les urines contiennent en plus g-rande cpiantité cpie d’ordinaire des éléments épithéliaux venant du rein, de la vessie ou de l’urèthre, la lang-iie est charg’ée de cellules épithéliales qui n’adhèrent plus à la muc[ueuse, et qui sont maintenues, réunies par un mucus plus ou moins concret. Enfin , chaque fois que l’on est en présence d’un état g’énéral analog’ue désig’né sous le nom d’état saburral, n’est-on pas aussi témoin d’une altération dans la nutrition g’énérale et par suite d’une chute abondante d’épithélium? D’autres maladies ({ui altèrent g-ravement toute la nutrition de l’org’anisme, se sig'iialent aussi par une chute considérable de l’épithélium; entre toutes, se distingnie la scarlatine c|ui altère à tel point la nutrition, cjue 1 épi- Ibélium qui recouvre la surface cutanée, entre tous le |)lus solidement en place, tombe par plac[ues étendues ; et ne peuDon pas aussi attribuer, à une chute de l’épithéli uni

des séreuses, (jiii, à rêtai noriiuil, maintient le réseau capillaire, la gTande laciliLé avec laquelle se montrent les épanchements à la suite de cette maladie ?

Guidé par ces idées, j’ai voulu m’assurer expérimentalement de l’action que pouvait exercer sur les animaux raltération de nutrition produite par le manque absolu d’aliments. A cetetTel, j’ai soumis au jeûne absolu un lapin et un pig’con. Le premier de ces animaux, mort an bout de deux jours, ne m’a donné que des résultats insignifiants; l’oiseau a résisté pendant dix jours; il présentait tous les désordres décrits par Chossat. Son intestin contenait encore un assez g'rand nombre de cellules épithéliales, mais l’épithélium avait disparu sur bien des points de la muqueuse intestinale. Le jabot présentait de très-rares cellules; la trachée en présentait aussi très-peu, et dans les premières voies dig*estives et respiratoires, il fallait rechercher avec g-rand soin les cellules pour les apercevoir. Dans tous les cas l’épi thélium était d’une remaj’quable translucidité ; les parois très-minces, le noyau volumineux. Chacune des cellules épithéliales était charg’ée de gTanulations grais^ seuses très-fines, mais ti*ès-abondantes ; les éléments en étaient couverts; d’autres g’ranulations de même nature élaient libres à la surface muqueuse, et ([uelquefois si abondantes, qu’il fallait les dissoudre pour voir au milieu d’elles, les pâles cellules d’épithélium dont le nombre avait sing-Lilièrement diminué.

A ([Lioi faut-il attribuer cette diminution des épithéliums dans ce cas? (1) Leur rareté est-elle la consé^

( I) .l’ai été bien surpris de lire dans le Traité de physiologie de .M. Longet, t. I, p. 29 : «Dans l’inanition, l’épithélinm augmente dans la proportion de 1.09 à 1.^3 » Ces chiffres sont tirés du Mémoire de Chossat {Re-

(jiieiice d’iuie des(|LiaiiiuLion g*énérale]>ai‘ suite du défaut des principes nécessaires à Jeur nutrition, ou i)ien ce niaiK[ue de principes indue-t-il sur le blastème épithélial et le rend-il inhabile à donnej’ naissanee à des cellules? C’est ce cpii pouri’a être démontré par de nouvelles expériences (1).

Quelles que soient les altérations de nutrition subies par les éléments épithéliaux, les causes mécaniques viennent hâter sing’ulièrement leur chute. Le passag*e des corps solides ou liquides dans les tubes qui en sont tapissés, et le frottement qui en est la conséquence, déterminent rélimination de ceux qui sont le moins solides. Gomme on le pense bien, ces causes sont plus ou moins actives suivant la nature du corps frottant. Ainsi éliminés par une cause ou par une autre, les épithéliums sont entraînés au dehors avec les substances (pii par leur frottement ont été la cause princi- ])ale, ou seulement déterminante de leur chute. C’est ainsi que les liquides sécrétés ou même ceux qui ont séjourné dans une poche tapissée d’épithélium, contiennent

cherches sur l'inanition, Mémoire de l’Acad. des sciences, 1843, t. AUI, p. 507). Mais Cliossat fait une confusion que M. Longel aurait bien pu éviier. C’est la muqueuse stomacale qu’il nomme épilliélim. — II en donne le poids et il dit : « Dans 8 autopsies, j’ai pu enlever rëpitliélium sans le déchirer,» et i)lus loin ; « L’épithélium présente des portions épaisses et des portions minces (p. 524).» Évidemment c’est de la muqueuse en général qu’il s’agit.

(Ij Je dois cependant signaler un fait analogue observé sur des animaux d’une autre espèce. J’ai examiné des sangsues (pii depuis longtemps n’avaient pas sucé de sang ; l’épithélium, pris dans leurs divers estomacs était . chargé de granulations graisseuses et les cellules trè.'^-pàlics, à tel i)oint (|ue dans bien des cas c’est à [)einc si on les voyait limitant la graisse, dans quelques cas même on ne les voyait pas, et les granulations cotiser, valent dans leur groupement la forme des autres cellules, linfin il y avait aussi en quantité des granulations libres. — L’épithélium serait-il, |iar suite du mampie absolu d’alimenis, détruit par l’accumulation de la graisse dans son intérieur?

— Go-

des cellules meme clans lelat de santé le plus parfait.

Ainsi disparaissent les éléments épithéliaux, pour Itientôt être remplacés par d’autres analogaies. Cependant il est dans rorg’anisme des points où la desc[uamation épithéliale n’est pas suivie de rég’énération. Ainsi à l’endocarde et sur la iunicjue interne des vaisseaux, l’épithélium une fois tombé ne reparaît plus, et sur ces surfaces on ne trouve plus cjne des îlots de cellules épithéliales, diminuant d’étendue à mesure cjue le sujet avance en âg’e.

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