CHAPITRE XII
Province d'Espirito-Santo.
ESQUISSE HISTORIQUE
Vasco - Fernandes Coutinho , gentilhomme portugais qui s'était illustré dans les guerres des Indes, reçut en 1534, par charte royale de donation, une capitainerie avec cinquante lieues d'étendue, depuis la rivière Itapemirim jusqu'à la rivière -ZITmcury. Il vendit tout ce qu'il possédait en Portugal, échangea une pension qu'il recevait de l'Etat contre un navire et des vivres que le gouvernement lui donna, et contracta des emprunts d'argent, enfin il réunit tout ce qu'il put, en hommes et en matériel, traversa l'Atlantique l'année suivante et fonda sur le continent la bourgade d'Espirito-Santo, nom qui s'étendit à toute la capitainerie. Les Indiens nommèrent ce premier établissement colonial Mboab, qui signifiait village d'hommes chaussés ou plus littéralement cJmussés.
Vasco Fernandes fut attaqué par les Indiens et, après les avoir vaincus, il sut les attirer par sa bienveillance et des dons; il obtint même qu'un murubixada (chef) vînt avec sa horde former un village près de lui et sous sa protection. Il vit sa capitainerie ou plutôt sa bourgade favorisée par quelques années de prospérité, mais bientôt quelques gentilshommes portugais condamnés à l'exil, furent transportés dans cette capitainerie et y introduisirent des éléments de désordre. Un autre gentilhomme, Duarte de Lemos, après avoir reçu en récompense de ses services l'île jusqu'alors nommée Santo-Antonio , qui prit le nom de son possesseur, et d'autres faveurs encore, se déclara
Digitif
contre le donataire son bienfaiteur qni lui refusait le droit d'y créer un bourg, ce qui produisit les désordres les plus sérieux.
La naissante et prospère colonie se démoralisa et s'affaiblit: les sauvages recommencèrent la guerre ; Vasco Fernandes, vieux, pauvre et perclus renonça à la capitainerie entre les mains du gouverneur-général Mem de Sâ qui y alla en visite en 1560, et enfin il mourut dans la plus grande misère au point même que ce fut la charité qui fournit le linceul dans lequel on l'ensevelit.
Mem de Sâ avait laissé Belchior de Azevedo en qualité de grand-capitaine de la capitainerie d'Espirito-Santo dont la capitale avait déjà été transportée dans la bourgade, plus tard ville de Victoria, dans l'île de Santo- Antonio ou Duarte de Lemos. Le gouverneur-général, avant et après ce changement, avait refoulé et battu dans plusieurs combats suivis les go\jtacascs et les aymorés. Dans une action contre ceux-là, il perdit son fils, le brave et intrépide jeune homme Fernando de Sâ.
Depuis lors, la capitainerie d'Espirito-Santo, anoins tourmentée par les incursions des sauvages, eut une existence modeste et restreinte. En 1592, elle repoussa avec une noble ardeur l'attaque de Robert Morgan, lieutenant du hardi pirate Cavendish. En 1625, réunie à l'expédition commandée par Salvador Corrêa de Sâ qui allait au secours de la ville do Salvador conquise par les Hollandais, elle mit en déroute trois cents soldats du brave ennemi Pieter Heyn qui attaquaient sa ville capitale. Outre ces souvenirs historiques, humbles mais honorables, sa position fut celle de simple satellite de la capitainerie de Rio de Janeiro avec laquelle elle partagea, bien qu'avec moins d'ardeur, l'antagonisme entre les colons et les jésuites , et les luttes souterraines du clergé séculier contre les administrateurs ecclésiastiques de la ville de Siîo - Scbastiâo. Rappelons en même temps que la capitainerie d'Espirito-Santo a reçu les restes mortels du grand et digne missionnaire apostolique, le Père jésuite José de Anchieta dont le corps transporté de loin fut accompagné de toute la population désolée: le deuil public et les bénédictions générales furent la canonisation po-
Maceoo, Brésil. 21
pulaire d'un prêtre dont la vie, les paroles, les actions et les triomphes furent ceux d'un véritable apôtre de Jésus-Christ. La terre d'Espirito-Santo s'ouvrit pour recevoir sa dépouille mortelle et de là son âme se dirigea vers la sainte patrie des justes.
La capitainerie d'Espirito-Santo, qui ne comprenait d'abord que l'étendue du territoire donné par Dom Joâo III à Vasco Fernandes Coutinho, absorba ensuite dans ses limites administratives une grande partie de la capitainerie de Parahyba ou de Pero de Goes, de sorte qu'elle avait sous sa domination l'ancien et vaste, aujourd'hui subdivisé, municipe de Campos de Goytacazes, et avait acquis tant d'importance que celui-ci influa d'une manière décisive dans l'élection du député respectif aux Cartes de Lisbonne en 1821, et encore dans les élections des députés sous le règne du premier empereur du Brésil ; mais en 1832 l'extrémité septentrionale de la province de Rio de Janeiro et la méridionale de celle d'Espirito-Santo subirent une modification importante: celle-ci perdit en faveur de celle-là le riche et très -considérable municipe de Campos qui, subdivisé pins tard, conserve encore le premier rang pour l'importance et la richesse dans la province de Rio de Janeiro.
Moins que secondaire pour l'exploitation de ses ressources naturelles et pour son poids dans la balance politique de l'empire, la province d'Espirito-Santo renferme les éléments d'un brillant avenir et d'une grande opulence prochaine: dans le Rio-Doce et le Mucury elle possède les artères d'une richesse merveilleuse; môme jusque près de la mer, sa végétation magnifique et ses terres très-fertiles, ses belles carrières de marbre et ses terrains aurifères négligés parce que d'autres d'une exploitation plus facile ou mieux connus attirent l'attention et les font oublier, tous ces avantages extraordinaires seront bientôt exploités et sans aucun doute cette province occupera le rang qui lui appartient.
La province d'Espirito-Santo, quoique voisine de la capitale de l'empire est destinée par la nature à devenir sur le littoral l'entrepôt et le marché principal pour l'exportation des produits d'une partie intéressante de la province de Minas-Geraes. Elle
Digiiiz
est encore mal connue et peu appréciée; c'est pour ainsi dire une contrée encore inconnue; elle offre pourtant à l'émigration européenne plus que des calculs et des espérances, elle lui assure des récoltes abondantes sur un sol privilégié et des avantages extraordinaires à l'industrie et aux entreprises bien organisées: c'est une nouvelle toison d'or qui attend ses argonautes.
POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS
Cette province se trouve entre le 18° 5' et le 21° 28 de latitude australe, et entre le 1° 40' et le 3° 22' de longitude orientale.
Elle a dans sa plus grande largeur 485 kilom. du nord au sud depuis la rive droite du Mucury jusqu'à la rive gauche de la rivière Itàbapoana, et 165 kilom. de l'est à l'ouest depuis les îles Guarapary jusqu'à la rive droite du ruisseau Jequitibâ. Sa surface est de 69,240 kilom. carrés, et son littoral d'environ 530 kilom. y compris les courbes.
BORNES
Elle est bornée au nord par la province de Babia dont elle est séparée par le Mucury; au sud, elle est séparée de celle de Rio de Janeiro par la rivière Itàbapoana; à l'est, elle a pour limite l'Océan Atlantique; à l'ouest, elle est séparée de la province de Minas-Geraes par le Bio-Preto, affluent de ïltabapoana, le ruisseau Jequitibâ, la petite rivière José Pedro et les chaînes de Souza et dos Aymorês.
CLIMAT
Il est chaud et humide dans le voisinage du littoral, mais doux et agréable dans l'intérieur et généralement sain.
ASPECT PHYSIQUE
Le sol est inégal et montagneux; les plaines sont relativement petites et peu nombreuses, et partout s'étendent d'immenses forêts.
Au sud s'étend la chaîne des Puris ; à l'ouest, se succèdent du sud au nord celles da Pedra-Menina, Negra, do Souza et dos Aymorés; de l'ouest à l'est, s'avancent celles da Chibata, do Campo et da Malha qui semblent se suivre; les chaînes do Castello et do Batatal se dirigent, l'une après l'autre, du sud au nord-ouest jusqu'à celle do Campo, et du point de séparation de ces deux chaînes s'avance vers l'est celle de Pero-Câo, au nord de celle de Guarapary qui s'élève entre la rivière do même nom et celle de JBenevente.
Les monts les plus remarquables sont le Mestre -Alvaro, à 20 kilom. du rivage et le Monte- Moreno, à l'entrée de la baie d'Espirito-Santo.
La chaîne dos Aymorès, qui semble être la dominante, est une ramification de la chaîne Orientale ou do Mar.
HYDROGRAPHIE
Les cours d'eau qui se jettent dans la mer sont les suivants, du nord au sud: Mucury, Guaxindïba, Sâo-Matheus, et au-delà du Bio-Boce, le Santa -Crttz dos Beis-Magos, Jucn, Jacarahipe, Una, Guarapary, Bcnevente, Phima% Itapemirim et Itabapoana. Tous ces cours d'eau sont navigables pour des pirogues, et le Mucury, le Guarajmry et le Sâo-Mathetis par des navires côtiers pendant un certain nombre de lieues. Dans le Chapitre VIII de la première Partie, on trouvera des renseignements plus détaillés et plus précis qu'il est inutile de répéter.
PRODUCTIONS NATURELLES
lihgnc minéral. Outre ce que nous avons mentionné dans le chapitre respectif de l'étude générale du Brésil, il faut ajouter de beaux marbres, et on assure qu'il existe de riches mines d'or et de diamants encore non exploitées, mais qui sont indiquées par la nature du sol et les rapports géologiques avec la province de Minas-Geraes.
Règne végétal. Il est très-riche et très-varié. La province
possède des forêts qui rivalisent avec celles de la vallée de l'Amazone par l'opulence et la majesté; elle est splendide et admirable, considérée sous le rapport phytologique.
Règne animal. Il ne diffère pas de celui des autres provinces.
L'industrie agricole ne correspond pas à l'étonnante fécondité du sol privilégié de la province, parce qu'il lui manque les bras et le commerce direct pour s'élever au degré d'importance auquel elle a droit; il lui manque également les communications faciles avec l'intérieur dont la fertilité est prodigieuse et où abondent des cours d'eau presque tous navigables. On y récolte beaucoup de café, de la canne dont on extrait le sucre et l'eau-de-vie, du coton, du manioc et des céréales ; mais dans les localités éloignées dans l'intérieur cette abondance de produits est pour ainsi dire perdue, à cause des difficultés de transport, et quant au littoral, il est entièrement sous la dépendance de la place de Rio de Janeiro, où les producteurs agricoles envoient directement leurs denrées. Sa principale ou, pour mieux dire, sa seule industrie est la coupe et l'exportation de bois pour les arsenaux et le marché de la capitale de l'empire. Le commerce, comme nous l'avons dit, est insignifiant, simple tributaire et par conséquent sans grande influence sur les produits.
Et pourtant la province d'Espirito-Santo renferme les éléments naturels les plus puissants de prospérité et de grandeur, et possède un climat si heureux qu'elle n'attend que le courant d'immigration pour tirer parti de ses incalculables richesses naturelles et arriver en peu d'années au plus haut degré de prospérité.
Outre la fertilité merveilleuse du sol, la mer sur ses côtes abonde en poissons des meilleures espèces, et l'industrie exploiterait une riche mine d'or en préparant pour l'exportation cette richesse extraordinaire.
STATISTIQUE
Population : 70,597 habitants, dont 51,825 libres et 18,772 esclaves.
Représentation nationale et. provinciale : 1 sénateur et 2 députés à l'assemblée générale, et 20 à la provinciale.
La province forme un seul district électoral avec 147 électeurs et 6973 citoyens qualifiés votants.
Force publique. Garde nationale: 3 commandements supérieurs, 6 bataillons et 1 section de bataillon d'infanterie, et un escadron de cavalerie en service actif; 1 bataillon de réserve; 2484 gardes-nationaux de la force active et 1022 de la réserve; total 3506.
Instruction primaire et secondaire. Primaire publique : 64 écoles dont 50 pour le sexe masculin avec 1107 élèves et 14 pour le sexe féminin avec 194 élèves; particulière: les documents officiels mentionnent à peine deux écoles pour le sexe masculin et une pour le féminin en 1871; dans cette même année on a permis l'ouverture de deux nouvelles écoles pour le sexe masculin. Secondaire publique : le collège de Nossa-Senhora da Victoria, avec des classes de mathématiques élémentaires, de géographie, d'histoire, de français, d'anglais et de latin, arec 51 élèves; il y a en outre une école de musique avec 23 élèves.
Division civile, judiciaire et ecclésiastique: La province d'Espirito-Santo se divise et se subdivise en comarcas (districts), municipes et paroisses, ainsi qu'il suit:
Comarcas. Municipcs. Paroisses.
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