‹ Notions de chorographie du BrésilChapitre 7 sur 92 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Système orographique brésilien.

La connaissance de l'Orographie du Brésil est encore fort incomplète: Humboldt, Eschwege, Flonrens et quelques autres savants organisateurs de systèmes basés sur les conditions de la nature américaine en général, ou brésilienne en particulier, nous ont à peine indiqué la route qui doit être suivie. Martius, Saint-Hilaire et les plus sérieux explorateurs, naturalistes ou ingénieurs, soit étrangers, soit brésiliens, qui ont étudié en partie quelques points ou quelques régions de l'Empire, ont laissé de sérieuses appréciations ou des observations exactes ou très -approximatives sur des sections partielles de quelques grandes chaînes de montagnes, des chaînes isolées ou certains points culminants; ces notions seront, il est vrai, d'un puissant secours pour les orographes à venir, mais elles sont insuffisantes pour l'organisation d'un tableau rapide, mais clair et positif des montagnes du Brésil.

Avant tout, il faut avouer que, dans les immenses territoires de l'intérieur du pays, il y a des montagnes qui sont encore inconnues, des chaînes particulières qu'on a confondues dans la disposition du système des chaînes principales ou des secondaires, et qu'en outre les connaissances géologiques sur cet important objet sont, pour ainsi dire, nulles.

Pour échapper au grand nombre d'erreurs ou de fausses notions, nous croyons devoir nous soumettre à cette insuffisance dans la connaissance de cette matière, et nous contenter d'ajouter à la généralité d'un système connu et adopté à cause de sa grande simplicité , quelques renseignements très-restreints,

il est vrai, dans l'étude particulière que nous ferons de chaque province.

Ce système est celui de Balbi, accepté et employé par l'illustre M. Pompeo de Souza Brazil et d'autres géographes.

Dans sa classification, Balbi considère comme formant le système orologique brésilien trois chaînes de montagnes principales, outre les chaînes secondaires: celles-là s'étendent du sud au nord en différentes directions et sous des noms divers. Ce sont, d'après Balbi:

« 1° La chaîne principale ou do Espinhaco qui est la plus élevée et qui paraît être la plus continue; mais elle n'est pas la plus longue. Elle s'étend depuis la rive droite du Sâo- Francisco jusqu'à l'Uruguay ou depuis le 10° jusqu'au 28° parallèle. Nous proposons de la nommer Chaîne centrale. Elle traverse du nord au sud les provinces de Bahia, de Minas- Geraes, de Sâo-Paulo et l'extrémité septentrionale de celle de Sâo-Pedro; elle touche seulement celle de Rio de Janeiro. La partie septentrionale de cette chaîne est aussi connue sous le nom de Serra dus Aimas; dans la partie méridionale de la province de Minas-Geraes on la nomme Serra da Mantiaueira% Son point culminant est le mont Itacolumy, près de Villa-Iîica (Ouro-Preto, capitale de la province de Minas-Geraes), avec une altitude de 950 toises (1750 mètres); c'est également le sommet le plus élevé de tout le système.»

Ce n'est pas par erreur que Balbi n'indique pas, dans la direction de la Chaîne de Espinhaço ou Centrale, la province de Paranà qu'elle traverse; lorsqu'il a écrit, cette province n'existait pas encore, c'était alors un district de la province de Sâo-Paulo. Mais, en outre, qu'il nous soit permis de faire observer le défaut de méthode chez l'illustre géopraphe: après avoir indiqué la direction du sud au nord dans sa classification des grandes chaînes de montagnes brésiliennes, il examine celle do Espinhaco ou Centrale du nord au sud; enfin il présente comme point culminant de cette chaîne V Itacolumy, lorsqu'il est aujourd'hui reconnu que le sommet le plus élevé de cett;e chaîne est VItatiaya ou Agidhas-Negras dont la hauteur est de 2994 mètres au-dessus du niveau de la mer.

« 2° A l'Est de la Chaîne Centrale ou do Espinhaço s'étend, à peu près parallèlement à la côte, une autre chaîne, depuis le 16e jusqu'au 30° degré de latitude. C'est elle que les Brésiliens appellent Serra do Mar ou Chaîne Maritime, et que relativement aux deux autres on pourrait nommer Chaîne Orientale. Qnelques faibles arêtes paraissent l'étendre au nord jusqu'au cap Sâo-Roquc. Dans ce long espace elle parcourt avec de très-fortes interruptions les provinces de Rio-Grande, de Parahyba, de Pernambuco, d'Alagôas, de Sergipe, de Bahia, d'Espirito-Santo, de Rio de Janeiro, de Sào-Paulo et de Sâo-Pedro do Rio-Grande du Sud. Cette chaîne ne le cède en hauteur qu'à celle d'Espinhaço à laquelle elle tient par des contreforts qui partent de cette dernière, notamment dans les provinces de Minas-Geraes et de Bahia; ces élévations secondaires sont connues sous les noms de Serra das Esmeraldas ou Negra et de Serra-Senora.»

Nous trouvons encore ici le môme ordre renversé, c'est-àdire, du nord au sud, pour la direction de cette chaîne; et, en même temps, c'est à Minas-Geraes qu'il voit l'union fraternelle des deux grandes chaînes par la communication ou le lien de la Serra das Esmeraldas ou Negra, tandis que Saint-Hilaire dit que ces deux grandes chaînes suivent une direction presque parallèle, avec un intervalle entre elles de trente à soixante lieues, et fait, en outre, avancer la Serra do Mar seulement jusqu'au N.-E. de la province de Sào-Paulo.

«3° La plus longue de toutes les chaînes de ce système, est la Serra das Vertentes, ainsi nommée parce qu'elle sépare les affluents de l'Amazone, du Tocantins [et du Parahyba de ceux du Sào-Francisco, du Paranà et du Paraguay. Cette chaîne que nous proposons de nommer Chaîne Occidentale, s'étend depuis la frontière méridionale de la province de Cearâ jusqu'à l'extrémité occidentale de celle de Matto-Grosso , en décrivant un demi-cercle immense, et en passant par les provinces de Piauhy, Pernambuco, Minas-Geraes et Matto-Grosso. Dans ce long cours elle prend successivement les noms de Serra-Alegrc, Serra de Ibiapaba, Serra de Piauhy, Serra de Taugatinga, Serra de Tabatinga, Serra dos Araras, Serra dos Pyreneos ou

Serra dos Vertentcs proprement dite, Serra de Santa-Martha, Serra dos Bororôs, Campos-Parecis et Serra- Urucumanacù. Nous ferons observer que ce n'est quo dans sa partie centrale, nommée Pyreneos, que cette chaîne atteint une hauteur assez considérable, et qu'à l'ouest de l'Araguay elle n'offre point de chaîne continue et élevée, mais bien une série d'arêtes et de monticules qui forment la séparation des eaux, et qui ne sont à proprement parler que les aspérités du plateau peu élevé qui occupe le centre de l'Amérique-Méridionale.»

Saint -Hilaire donne à cette chaîne le nom de Serra de Sâo-Francisco ou do Paranahyba, et dit qu'elle a pour limite la vaste région où elle divise les eaux qui suivent la direction de chacun de ses versants. Le baron d'Eschwege parle de la Serra das Vcrtcntes séparant, dans son immense demi-cercle, les eaux du nord de celles du sud et comprenant la Serra da Canastra, les Pyreneos et les montagnes du Xlngti et de GV yahâ, mais il ne dit où commence la Serra das Vertentes, ni où elle termine. Martius laisse à penser qu'Eschwege accepte pour cette chaîne les limites supposées et pour ainsi dire proposées par Saint-IIilaire. Ayres Cazal ne distingue pas les deux parties de cette chaîne, c'est-à-dire, la plus méridionale dont les eaux coulent vers le Paranahyba (Parnahyba) et la septentrionale dont la pente est vers le Tocantins, mais il reconnaît que cette chaîne, tout en changeant plusieurs fois de nom, n'en constitue réellement qu'une seule qui se dirige du sud au nord en séparant Goyaz de Minas-Geraes et de Pernambuco et qu'elle n'est interrompue que par quelques ouvertures.

«4° Parmi les chaînes secondaires (nous continuons à transcrire Balbi), la Scrra-Borborcnia , dont on ne connaît pas la hauteur, mais qu'on suppose être assez considérable, est un chaînon qui part de la Serra das Vertcntes, dans la partie nommée Serra da Ibiapaba (au Cearâ); elle paraît traverser la province de Parahyba en se dirigeant vers le cap Sâo-JRoque. A l'ouest de la chaîne das Vertentes, à partir d'un nœud qui porte le nom de Taugatinga, se détache vers l'ouest une chaîne qui bientôt se dirige au nord en lançant différentes branches vers l'est; elle forme la séparation entre les eaux qui arrosent

la province de Maranhâo et les affluents orientaux du Tocantîns. De la Serre do Espinhaço se détache un chaînon au sud de Villa-Iîica (Ouro-Vreto) , qui sous les noms de Serra-Negra, Serra da Canastra, Serra-Marcella et Serra dos Cristaes, joint cette chaîne à Y Occidentale ou das Vertentes.»

Les points culminants, dit l'illustre géographe, sont ceux de la Serra -Borborema, mais il ne les donne pas comme certains.

Cette dernière classification de Balbi est en parfaite harmonie avec les études de l'ingénieur Henri Gerber qui, en 18G8, a publié son excellent travail: „Noçucs gcograxMcas e administrativas da provincia de Minas Geraes11 où, en créant le système orographique de la chaîne do Espinhaço et le considérant comme formé de plusieurs groupes de chaînes qui sont parfaitement indiquées, lorsqu'il traite des versants des fleuves Sào-Francisco et Grande; il considère dans le groupe de la Serra da Canastra, la dominante du môme nom et la Serra- Marcella et dans le groupe de la chaîne da Matta da Corda, la Serra-Negra et celle dos Cristaes.

Et, puisque nous citons l'ouvrage aussi peu volumineux que substantiel et important de cet ingénieur, qu'il nous soit permis de faire observer combien est clair et ingénieux son système orographique de la province de Minas-Geraes , dans lequel il a compris en groupes méthodiquement et scientifiquement classés, les montagnes qui appartiennent aux chaînes do Espinhaço, das Vertentes, ou Centrale, et Occidentale de Balbi, et en môme temps leur donnant, à chacune, leurs dénominations locales.

A ces trois chaînes principales et aux secondaires de la classification de Balbi, ce même géographe ajoute le système de Farima ou de la Guyane qu'il indique de la manière suivante:

«C'est moins une cordillière continue, accompagnée de plusieurs chaînons et contreforts bien prononcés, qu'un groupe irrégulier de montagnes, séparées les unes des autres par des plaines, par des savanes et par d'immenses forêts. Nous y comprenons toutes les hauteurs qui sillonnent le grand espace connu sous le nom de Guyane, partagé entre la ci-devant ré-

publique de Colombie, l'empire du Brésil et les Amériques anglaise, hollandaise et française. L'Orénoque, le Cassiquiare, le Rio-Negro et l'Amazone en tracent les limites. On connaît encore très-imparfaitement la direction des chaînes principales. D'après les cartes les plus récentes que M. Brué a publiées, en s'aidant de tous les renseignements qu'il a pu se procurer sur cette région encore si peu connue, il paraît que la Sierra de Parima forme le noyau de ce groupe. C'est dans une de ces chaînes que naît l'Orénoque; ce fleuve la baigne du sud à l'ouest dans la partie qui paraît être la plus élevée. La sierra de Parima se prolonge à l'est inclinant un peu vers le sud et prenant les noms de Sierra-Pacaraïna sur les limites des Guyanes colombienne et brésilienne, de Serra- Tumucumaque, dans les confins de la province brésilienne du Para, où elle paraît se perdre dans les plaines comprises entre les caps Orange et Nord. Nous proposons de regarder comme une dépendance géographique de ce système les deux chaînons qui s'élèvent près de la rive gauche de l'Amazone dans la province de Para, entre Almeirim et Outeiro; on les connaît sous les noms de Serra-Velha et Serra do Fard. Le point culminant connu de ce système est le Pic-Iioreima ; on a reconnu que sa hauteur est de 1754 toises.»

Là se terminent les notions que donne Balbi sur l'orographie brésilienne. Beaucoup d'autres savants écrivains sont d'accord avec ce géographe sur le système des grandes chaînes principales; ils ne diffèrent que quant aux dénominations et à leur intention de modifier et d'augmenter le nombre de celles-ci d'après la série des chaînes formant la division des eaux entre les grands fleuves qui constituent les principaux bassins indépendants. Nous devons rappeler également le système général établi par Humboldt: il considère plutôt la géographie physique de l'Amérique que celle du Brésil en particulier. Tout en reconnaissant le mérite de ces illustres savants et la distinction plus naturelle , plus rationnelle ou plus méthodique adoptée par ces maîtres distingués, nous reconnaîtrons également qu'ils contribuent chacun en particulier à la compréhension de l'orographie du Brésil; mais ils laissent dans le vague des probabilités

les dépendances, les rapports et les corrélations entre les points orologiques plus ou moins importants de quelques provinces de Pempire.

Souvent, dans les diverses provinces, les noms locaux des chaînes ou des montagnes peuvent être une cause de confusion et de doute, même pour les principales: ainsi, dans les provinces de Rio-Grandc du Sud , de Santa-Catarina et de Paranâ, on nomme Serra Gérai la chaîne Maritime, ou do Mar, ou Orientale qui est encore nommée dans la première de ces provinces Serra-Grande; dans la province de Rio de Janeiro, cette même chaîne est en général nommée Serra dos Orf/àos, avec beaucoup d'autres noms de désignation locale; et dans les autres provinces, cette confusion, cette multiplicité dans les dénominations des sections de chaînes, des montagnes et des arêtes plus ou moins importantes est bien plus grande encore» ce qui est incontestablement une cause de confusion et de sérieuses difficultés.

Ce qu'il y a de plus certain dans cet immense et encore très-obscur système orographique , c'est que la province de Minas-Geraes possède le nœud principal des trois grandes chaînes, attendu que c'est dans cette province que commence celle do EspinJiaço qui se relie à celle do Mar au moyen de contreforts, et celle des Vertentes qui, d'un côté, forme le bassin du Sào- Francisco, et de l'autre donne naissance au Paranâ, l'un des plus puissants éléments du bassin de La Plata.

Nous allons maintenant suivre Balbi dans l'indication des plateaux brésiliens, ou plutût du plateau brésilien et des deux autres dont la principale partie se trouve au Brésil:

« Le plateau Brésilien. Nous proposons de comprendre sous cette dénomination la partie haute des bassins du Sào-Francisco et du Paranâ., dans les provinces brésiliennes de Minas-Geraes et de Sâo-Paulo, ainsi que les hautes terres des provinces de Rio de Janeiro, d'Espirito-Santo, de Bahia, de Pernambuco et de Piauhy. On pourrait estimer la hauteur moyenne de 160 à 260 toises.

a Le plateau Central de V Amérique du Sud. Nous proposons d'y comprendre la vaste province de Matto-Grosso et partie

de celles de Goyaz et de Sào-Paulo, dans l'empire du Brésil; le Paraguay, le Chaco, dans la confédération du Rio de la Plata: le pays des Chiquitos et des Moxos dans la république de Bolivie. La hauteur moyenne de ce plateau, que les géographes ont tant exagérée et exagèrent encore, ne nous paraît pas pouvoir être évaluée au-delà de 100 à 200 toises.

«Le plateau de la Guyane, qui embrasse l'île immense formée par l'Orénoque, le Rio-Negro, l'Amazone et l'Océan Atlantique; sa surface est partagé entre la Colombie, l'empire du Brésil et une partie des Guyancs anglaise, hollandaise et française. Sa hauteur atteint peut-être de 200 à 400 toises. d

Cette indication des plateaux est textuellement transcrite de ce célèbre géographe, mais nous devons ajouter qu'il ne la donne que comme un essai, une distinction provisoire, quoiqu'elle soit le résultat de laborieuses recherches.

Comme on a dû le remarquer, Balbi réunit, pour en former un seul plateau général, deux des principales chaînes de montagnes du Brésil et il y fait encore contribuer la troisième principale de son système orographique ; mais en marquant les terres élevées des provinces comprises dans sa division, il oublie et, par conséquent, semble en exclure d'autres qui appartiennent à la grande classification orographique et qui par cette exclusion restent indépendantes avec leurs plateaux secondaires, comme Rio-Grande du Sud, Santa-Catarina et quelques autres provinces du nord de l'empire. Que les terres de la dernière province méridionale soient moins élevées et pour ce motif éliminées du calcul, c'est une explication acceptable; mais il n'en est pas de môme pour Santa-Catarina, Cearà ni d'autres provinces du nord.

Au système orographique enseigné par Balbi et aux observations faites ci-dessus, il est utile et convenable d'ajouter ce qu'a écrit sur ce même sujet notre savant compatriote et ami, M. le docteur F.-J.-Marcondes Homem de Mello dans sa „N°' tice littéraire stir l'Atlas de V Empire du Brésil par le docteur Candido Mendcs de Almeida". Comme on va le voir par la traduction du morceau suivant, M. le docteur Homem de Mello jette à peine un coup d'oeil rapide et général, en y comprenant

les rapports intimes et naturels qui existent entre l'hydrographie et l'orographie et, en réduisant, peut-être un peu trop, les grandes divisions du géographe français, il semble beaucoup plus en harmonie avec ce que dit Saint -Hilaire dans son ouvrage „ Voyage atixsources du Mo de S.-Francisco et dans la province de Goyaz", et manifeste, en outre, dans ses opinions et dans ses études une méthode particulière dont le développement serait de la plus grande utilité et un service éminent rendu au pays :

«En jetant les yeux sur l'étendue immense du Brésil, l'observateur voit au nord, formant un grand golfe, un fleuve presque sans rives, le plus grand du monde, avec un bassin qui, par lui seul, formerait un continent.

«C'est le bassin de V Amazone dont les affluents sillonnent l'Amérique du Sud dans toutes les directions.

«Parmi ceux-ci, en remontant le plus méridional, le Guaporé, nous arrivons à un point élevé, au-delà duquel l'Amazone ne reçoit plus le moindre filet d'eau.

a A un peu plus de trois mille brasses (G660 mètres) de distance, nous voyons un cours d'eau qui prend une direction opposée. Suivons le cours de ces eaux et nous arriverons à La Plata, à plus de 1000 lieues (6660 kilom.) de l'émbouchure de l'Amazone.

«Entre ces deux bassins nous voyons, tantôt formant des élévations prodigieuses, tantôt se déprimant jusqu'au niveau du sol, la région élevée que le baron d'Eschwege a nommée Serra dos Vertentes.

«C'est la chaîne immense qui, se ramifiant depuis l'extrémité occidentale de la côte de l'Amérique du Sud, baignée presque par l'Océan Pacifique, pénètre dans l'intérieur du Brésil comme une charpente gigantesque et permettrait au géographe, la carte à la main, de traverser cette immense région, depuis les Andes jusqu'au cap Sào-Uoque sans rencontrer le plus mince filet d'eau.

«C'est le divortium aquarum entre le nord et le sud.

«Sur le côté orientai de ces deux régions, comme pour les relier, se trouve le lit que s'est creusé le puissant fleuve Sâo-Frantisco dont les sources touchent, au sud, celles du bassin

de La Plata, et au nord celles de V Amazone; il accompagne le cours de celui-ci et va se perdre au nord dans l'Océan, en prenant la direction de l'Est.

« Sur les deux côtés de cette grande artère, s'étend un long espace de terre dont les courants prennent des directions opposées, et dont les contours capricieux s'ajustent parfaitement anx limites de ces trois grands bassins.

«Ce sont les bassins nommés secondaires qui comprennent, entre autres, ceux du Gurupy, de l'Itapicurû, du Parnahyba, du Jaguaribe, du Piranhas, du Parahyba du Nord, du Paraguassû, du Jequitinhonha et du Rio-Doce.

«Depuis la région baignée par le Sào-Francisco, la partie septentrionale avance directement vers l'orient, empiétant sur l'Océan, jusque vers les régions équatoriales. Les grands courants d'eau y sont moins nombreux. On reconnaît que l'irrégularité des saisons et le défaut de pluies doivent y être nécessairement périodiques.

«Voilà les phénomènes intéressants qui caractérisent la géographie physique de cette grande région comprise entre la Serra d'Ibiapaba au nord et le cap de Santo-Agostinho au sud: le Ceara, le Rio -Grande du Nord, la Parahyba et Pernambuco.

a Au sud, vers la zone tempérée, nous voyons au milieu de cette immense surface, s'élever une gigantesque masse de granit qui, tout près de la côte, accompagne les eaux de l'Océan et va se perdre dans la Plata, sur la rive orientale de l'Uruguay.

aC'est la Serra do Mar sur le versant occidental de laquelle ont leurs sources les cours d'eau qui vont se précipiter dans la Plata, ces cours d'eau naissent à quelques pas de l'Océan et vont lui rendre leurs eaux à plus de mille lieues de distance! Tels sont entre autres le Rio-Grande et le Tieté.

« La direction de ces immenses artères a été mise à profit par l'homme jeté sur cette contrée; il a tiré parti de ces éléments pour le développement de son activité.

« Les premiers explorateurs et les premiers immigrants ont pénétré dans l'intérieur du pays en remontant le cours de ces

fleuves, et ont ainsi formé les différents centres de population qui constituent aujourd'hui le vaste empire du Brésil.

«Les siècles à venir assisteront sur ce môme sol, au développement et à l'expansion de milliers de générations offrant au monde le spectacle d'une civilisation avancée et d'une merveilleuse activité, mais jamais elles n'épuiseront les richesses de la contrée qui leur sera échue en partage.»

Nous nous permettrons d'ajouter à ces phrases courtes et éloquentes un seul renseignement qui nous semble indispensable. Le divortium aqitarnm entre le nord et le sud n'est ni aussi complet ni aussi absolu qu'on le croyait et que l'indique l'élégant écrivain. Dans les plaines Parecis, dans la considérable diminution de hauteur voisine du Madcira et de YAraguaya se trouvent des lacs qui, en même temps, déversent leurs eaux dans les deux bassins de l'Amazone et de La Plata, comme il a été prouvé au mois de septembre dernier par le très-intéressant mémoire lu à l'Institut Historique et Géographique brésilien par M. le docteur Couto de Magalhâes qui a personnellement observé et vérifié les faits dont il a rendu compte avec l'autorité d'un explorateur intelligent et consciencieux.

CHAPITKE VIII.

Système hydrographique du Brésil.

Doué de l'irrigation naturelle la plus heureuse, la plus opulente et la mieux développée, le Brésil présente différents systèmes hydrographiques ou, si l'on veut, un système hydrographique général comprenant quatre sections représentées par les quatre bassins suivants:

1° Le septentrional ou de l'Amazone.

2° Le méridional ou de La Plata.

3° Le central ou du Sâo-Francisco.

4° La section formée des bassins secondaires.

Les deux bassins du nord et du sud contiennent un volume d'eau considérable; la partie orientale du pays, entre le Sâo- Francisco et le Parnahyba est encore très-riche, mais elle possède moins de cours d'eau.

Le bassin de Y Amazone n'a pas de rival au monde pour la majesté, la longueur et la profondeur de ses cours d'eau, ainsi que pour sa beauté et sa richesse; il parcourt plus de 2600 kilom. de longueur dans le territoire brésilien.

1? Amazone ou fleuve des Amazones, le plus grand et le plus profond de tous les fleuves connus, était nommé par les indigènes Paranâ-Guassiï ou Paranâ-Assû ou, d'après Ayres Cazal, Guienna par quelques tribus aborigènes. Son embouchure fut découverte en 1500 par Vicente-Yanez Pinzon qui était parti du port de Palos en novembre 1499. On dit qu'en y arrivant il demanda à Ayres Pinzon, son frère et compagnon: «Est-ce encore la mer (mar)? . .» Ayres lui répondit: «Ah!

non» et que de ces trois dernières syllabes les matelots formèrent le nom: Mar-a-non ou Maranhâo des Portugais. En 1539, François Orellana entra par le Napo dans le Paranâr Guassû et, redescendant par celui-ci jusqu'à l'Océan, il vit les rives des embouchures de VAtutnâ et du Jamimdaz garnies d'indigènes sveltes et imberbes qui lui opposèrent une résistance énergique et opiniâtre; prenant ces Indiens pour des femmes guerrières , il nomma pour cette raison fleuve des Amazones celui qui était déjà connu sous le nom de Maranhâo. Quelques-uns prétendent que l'erreur ou le conte romanesque d'Orellana qui prit pour des femmes ces guerriers imberbes (comme le sont en général les Indiens) est un fait véritable qui s'explique par l'existence de tribus exclusivement composées de femmes tupinambâs méprisées des tapwjas qui avaient exterminé tous les hommes de cette même tribu venue des contrées centrales; mais cette explication est dénuée de fondement, attendu que les deux grandes émigrations de tamoyos et de tupinambâs mentionnées par l'histoire, et toutes les autres probables et déterminées par l'invasion des Portugais, ne peuvent correspondre aux années 1539 et 1540, époque du voyage d'Orellana. Il est avér4 que la plus ancienne émigration, celle des tamoyos> fut postérieuse à Tannée 1573 et que celle des tupinambâs n'eut lieu qu'au siècle suivant.

Cependant cette dénomination romanesque a prévalu et s'est perpétuée, tandis que celle de Maranon ou Maranhâo a peu à peu disparu.

Nous devons ajouter que la découverte de ce fleuve fut disputée à Pinzon par son compatriote, le capitaine Maranon, qui servait sous les ordres de Pizarro, et prétendit avoir donné son nom au fleuve qu'il avait exploré jusqu'à sa source. Il convient aussi de remarquer que Y Amazone ne porte pas dans toute sa longueur ce nom poétique et qu'il le perd, même au Brésil, car il est nommé Solinwes depuis Tabatinga jusqu'à l'embouchure du Rio-Negro. Ce nom de Solimôes ne dérive pas, comme quelques-uns l'ont prétendu, d'une herbe dont se servaient les Indiens qui habitaient ses bords pour empoisonner leurs flèches, usage commun à tous les sauvages indigènes,

mais parce que ces Indiens appartenaient aux bordes des Sarimans, par corruption Solimûo ou Solimôes; c'est du moins l'opinion très-fondée d'Ayres Cazal. Les noms du roi des eaux septentrionales du Brésil sont donc fort nombreux, mais il est également incontestable qu'un si grand et si long fleuve peut facilement les admettre.

L'entreprise fantastique ou mal combinée de YEl-Dorado ayant complètement et tristement écboué au seizième siècle, dans le siècle suivant, en 1636, les frères-lais franciscains Dominique de Brieba et André de Tolède vinrent de Quito à Belem comme membres secondaires d'une mission qui fut bientôt dissoute à cause des périls nombreux que rencontrèrent ces moines et dont ils ne furent sauvés que par un miracle de la Providence. L'arrivée de ces moines décida Jacome Noronha, gouverneur par intérim de l'Etat de Maranhào, à envoyer Pedro Teixeira à la tête d'une nombreuse expédition qui remonta le fleuve jusqu'à Quixos, et de cet endroit continua son voyage par terre jusqu'à Baeza et revint à Belem, lieu de son départ. Ce voyage glorieux et célèbre dura près d'un an et demi (d'octobre 1637 à février 1639); ce fut la première exploration de Y Amazone. Depuis cette époque, les travaux pour les démarcations des limites établies par le traité de Madrid, les visites et les explorations des savants, depuis celles de Martius et de son compagnon jusqu'à celles de la commission scientifique brésilienne et du savant professeur Agatsiz, les nouveaux efforts et les travaux pour l'établissement des frontières de l'Empire au nord, au nord-ouest et à l'ouest, la ligne des bâtiments à vapeur de Belem à Manaos , les explorations et les travaux patriotiques de M. le docteur Couto de Magalhâes, organisateur de la navigation de YAraguaya, les observations et les études des géographes et des naturalistes européens, la navigation et les rapports plus fréquents jusqu'au-dessus de l'embouchure du Rio-Negro, ont fait connaître un peu mieux, quoique insuffisamment encore, Y Amazone et le Solimôes qui n'attendent qu'une population intelligente et industrieuse à laquelle ils donneront des richesses immenses en échange du progrès, du développement et de la civilisation qu'elle leur apportera.

L'aurore d'un progrès colossal comme ce fleuve s'est annoncée par le décret du 7 septembre 1867, en vertu duquel le gouvernement impérial, ouvrant V Amazone au commerce du monde entier, a convié libéralement toutes les nations civilisées à venir partager ce que le Brésil seul possédait. C'est un horizon nouveau, splendide, plein d'avenir qui s'est ouvert et s'offre à tous les calculs possibles et imaginables du travail, de l'industrie et de l'opulence.

La source de Y Amazone a longtemps été disputée et l'est encore par le Chili, le Pérou et la Colombie qui lui attribuent des positions différentes; mais l'opinion la plus générale et qui est admise par la presque totalité des géographes, est que ce fleuve sort de l'extrémité orientale du lac Lanricocla ou Lauricocha (d'autres écrivent Hyauricocha ou Laurcocha) dans le district de Huanuca, département de Tarmâ, à 210 kilom. N.-N.-E. de Lima, sous le nom de Tangaragua et prend la direction N.-N.-O. entre des montagnes de la chaîne des Andes; ce n'est qu'après avoir reçu le Guanama et le Pulciïo qu'il devient navigable, quoique très-difficilement, pour des pirogues appropriées, jusqu'à Jacn de Bracamoros ; de là, il incline vers le N.-N.-E. , reçoit le Chinchipé, le Ghachapuias et le Santiago, et présente une navigation plus facile, sur une largeur de 300 mètres qui se réduisent à 50 mètres au Pongo, canal de 13 kilom. de longueur, entre des rochers très-élevés, où les eaux acquièrent une rapidité extraordinaire; à 130 kilom. audessous du Pongo, il est grossi par le Morona et le Partaça et, après une égale distance, par le Gnallaga et ensuite par le Chamhica, le Tigre et VUcayale où il prend le nom de Maranon, se dirige vers le N.-E. sur une longueur de 200 kilom. et, grossi par la jonction du Nonaï et du Napo, acquiert une largeur de 1800 mètres, dirige son cours vers l'Est et, après avoir reçu son affluent le Cassiquim (Cachiquinas) , fait son entrée dans le territoire brésilien à Tabatinga, où il coule majestueusement sous le nom de Solimdes.

Le Solimdes s'étend de Tabatinga jusqu'au Rio-Negro, sur une longueur de 1550 kilom. et reçoit:

Sur la rive droite:

Macedo, Brésil. G

Le Javary (Jabari, Hiabari ou Hyabary), 13 kilom. audessous de Tabatinga.

Le Jutahy ou Hyutahy, avec 950 mètres de largeur.

Le Juruâ ou Hyuruhâ, plus court que le précédent, avec 490 mètres à son embouchure.

Le Teffé à 820 kilom. au-dessus de l'embouchure du Rio-Negro.

Le Cuary ou Coary.

Le Purûs ou Purû qui est le plus considérable de tous les affluents de la rive droite du Solimoes. Les eaux des lacs JJautâs.

Sur la rive gauche:

L'Jfa, à 1480 kilom. au-dessus de l'embouchure du Rio- Negro , communique avec le Japurâ par deux canaux naturels nommés Peridâ e Pureos. Il prend sa source dans les chaînes de Pasto, dans la république de l'Equateur, où il est nommé Putumaio.

Le Japurâ ou Hyapurâ qui coule environ 650 kilom. parallèlement avec le Solimoes. On a longtemps cru qu'il se jetait dans celui-ci par le moyen de neuf canaux qui se snccèdeDt dans l'ordre suivant: Auatiparanâ, Eviratiba (Euiratiba), Mon- Jiana (Mahiana), Uaranapû ou Hyapurâ (le principal), Uananâ (Unanâ), Copehia (Copcja), Jacurâ (Jucarâs) et Codayaz (Cudajâ). Cette opinion est celle de Ayres Cazal, La Condamine, Ferdinand Denis et d'autres ; mais les explorations et les études précieuses qui ont été dernièrement faites dans le bassin de Y Amazone par le très-habile et infatigable capitaine de vaisseau M. José da Costa e Azevedo ont dissipé tous les doutes sur cette question; le courant bien sensible, la couleur et la température des eaux qui se trouvent à l'ouest de l'embouchure du Japurâ dont la moyenne chaleur est de 28,5 degrés centigr. tandis que celles du Solimoes ou plutôt de Y Amazone n'ont en moyenne que 27 degrés centigr. De ces canaux à l'ouest du point déterminé, YAuatiparand est parfaitement dans ce cas, cependant le Manhana ou Mahiana va, non directement au Japurâ, mais à Y Auatiparanâ. L 'Uaranapû ou Hyapurâ (le principal) se trouve justement à l'embouchure du grand confluent; tous les

autres canaux qui se trouvent à l'est de ce dernier ne sont que des cours d'eau qui s'échappent des deux rivières et se jettent entre la rive gauche du Solimôes et les nombreux archipels, ou la succession d'îles , au nombre de plus de trois cents , beaucoup desquelles sont submergées dans les grandes crues.

Ce point une fois éclairci, il convient, avant de passer outre , de rappeler qu'il est également vérifié que le Japurd est navigable jusqu'à 1000 kilom. au-dessus de son embouchure et que ses rives, ainsi que celles de Vlçâ et de presque tous les cours d'eau de cette vaste région, offrent en abondance de la salsepareille, du girofle, du cacao et de nombreux produits naturels d'une récolte facile et très-lucrative.

Il a encore sur sa rive gauche l'écoulement des lacs Anamâ, Coâayaz et Manacapurû.

Enfin le grand Rio-Negro que les Indiens nommaient Quiari ou Guriguacurû, et Ueneiâ au-dessus des chûtes. Cette rivière dont l'embouchure est presque aussi large que le Solimôes, par sa jonction avec celui-ci forme le fleuve Amazone ou des Amazones. Il prend sa source à Popayan, dans la Nouvelle- Grenade, au N.-E. du Caqueta; son cours est tantôt lent et calme, tantôt tumultueux, et à 1000 kilom. au-dessus de son confluent il commence à être obstrué par des chûtes pendant un espace de 500 kilom.; il reçoit dans son cours plus de trente-six rivières importantes et connues; à 80 kilom. avant son confluent avec le Solimôes, il jette un bras vers le sud, avance vers le N.-E., et a 20 kilom. de largeur à son embouchure. Le capitaine de vaisseau Araujo Amazonas ne partage pas cette opinion: il dit que le Rio-Negro, à quelque distance de son embouchure, s'élargit considérablement au point d'avoir 25 et même 40 kilom. de largeur, mais il se rétrécit tellement que vers son confluent il a. tout au plus 1600 mètres. Cette rivière baigne la capitale, quelques paroisses et des bourgades de la province de l'Amazone. Dans les opulentes forêts de ses rives habitent de trente à quarante tribus sauvages, et sa richesse naturelle est merveilleuse, principalement dans le régie végétal.

Descendant des Andes et à peine suzerain, mais roi des

suzerains de la mer, V Amazone possède une cour brillante formée des princes des eaux et reçoit en vasselage: Sur la rive droite:

L'impétueux Madeira, nommé par les Indiens Cayary à son embouchure, 180 kilom. au-dessus de son confluent avec le Itio-Negro; la source du Madeira est encore disputée; il a un cours d'environ 3300 kilom., traverse les provinces de Matto- Grosso et de Para , du sud au N.-E. , et prend le nom de Madeira depuis son confluent avec le Gtiaporé, à plus de 2000 kilom. de son embouchure; à 80 kilom. au-dessus de celle-ci, il jette vers l'Est un bras nommé Urariâ ou Furo de Tupinambarana qui, après avoir traversé plusieurs lacs et reçu quelques cours d'eau plus ou moins considérables, se jette avec violence, à 350 kilom. au-dessous de son embouchure principale, dans Pimazone, près des bouches du Jamundd; le corps principal de la rivière se jette dans V Amazone, bien au-dessus de ce bras, par deux embouchures inégales dont la plus considérable n'a pas moins de 2400 mètres de largeur. Même au-dessous de ses chûtes, la navigation de cette rivière est difficile à cause des troncs gigantesques d'arbres séculaires et des îles flottantes qu'entraîne son rapide courant. Les tributaires du Madeira sont fort nombreux, et sur le sable de leurs rives, on voit d'innombrables tortues énormes qui y vont faire leur ponte, et ces œufs sont en si grande quantité que les habitants en extraient de l'huile par milliers de pots; d'épaisses forêts colossales couvrent les terrains élevés de son voisinage, où la libérale nature donne en abondance le cacao, la châtaigne du pays, la salsepareille, le girofle, le copahu, une grande variété de résines précieuses et des bois de construction et de menuiserie qui n'ont point leurs pareils dans le monde. C'est une récolte immense et variée qui est perdue faute de bras; la fertilité du sol est à peine compréhensible , et ces trésors incomparables sont abandonnés aux hordes d'Indiens qui ne savent ni ne peuvent en

tirer parti ! Cependant le Madeira a un grand avenir;

c'est sans contredit un des cours d'eau les plus importants du Brésil, et qui est destiné à devenir le lien fraternel de communication et de commerce, non-seulement entre les provinces de

l'empire, mais encore pour les républiques voisines: la Bolivie, le Paraguay et les Etats de La Plata. Ce cours d'eau peut facilement devenir la gigantesque voie de communication intérieure entre les bassins de Y Amazone et de La Plata; c'est un avenir brillant qui exige une population nombreuse, du temps et des capitaux ; mais pour le développement de la population multipliée par les courants d'émigration, il y a des stimulants naturels qui éblouissent, le temps n'a plus une grande importance dans notre siècle, et les capitaux afflueront où ils trouveront le plus d'avantages; ce qu'il faut pour le moment, c'est porter à la dernière évidence la richesse naturelle, presque invraisemblable de ces trésors, pour la récolte desquels il suffit d'étendre le bras; c'est dans le pays brésilien que se trouve YEl-dorado pour les émigrants, et en même temps riour la nation un avenir si grand, si opulent que, grâce à Dieu, il n'y a pas d'insouciance, d'erreurs, de pauvreté de moyens , d'opposition d'idées, de jalousies, de faiblesse ni de découragement qui puissent retarder l'infaillible prospérité de ce pays.

Le Tapajoz, non l'égal, mais le digne compagnon du Madeira, à 1000 kilom. au-dessus de la ville de Belem; il prend son nom au confluent du Juruena et de YArinos, qui ont leur source dans la Serra dos Parecis, à Matto-Grosso. A 130 kilom. au-dessous du Juruena , il reçoit sur sa rive droite le Bio-Azevtdo (nom du premier sertanista qui descendit par divers cours d'eau jusqu'à YArinos, et de celui-ci, par le Tapajoz, jusqu'à Y Amazone, en 1746), et 230 kilom. plus bas, il se rétrécit entre deux chaînes de montagnes, après lesquelles il s'élargit de nouveau et va plus loin se précipiter en cascades pendant six kilom. ; reçoit plus bas un affluent considérable , se resserre encore au point de n'avoir plus que 220 mètres de largeur, et ensuite, s'élargissant encore une fois, baigne sur ses deux rives quelques bourgs, quelques bourgades et la ville de Santarem qui se trouve un peu au-dessus de son confluent avec Y Amazone. Les embarcations chargées mettaient autrefois 25 jours pour remonter le Tabajoz dans toute sa longueur.

Le Curuâ, également navigable, à 90 kilom. au-dessous du Tabajoz.

Le Xingti, plus grand peut-être que le Tapajoz, à 450 kilom. au-dessous de celui-ci, prend sa source dans les chaînes de montagnes qui séparent la province de Goyaz de celle de Matto- Grosso; cette rivière est encore peu et mal connue, mais il est certain qu'elle reçoit de nombreux affluents dans son cours qui est évalué à plus de 2000 kilom.

Sur la rive gauche:

UArauato, que M. A. Amazonas considère comme l'écoulement des lacs Saracâ, et qui sert également d'embouchure à la rivière Burururû (UruM), est à 130 kilom. au-dessus de l'embouchure du Jamuudà.

ISAtumà ou Uatuma, 153 kilom. au-dessous du précédent, est grossi par le Jatapû, le Pirapitinga et le Capucapû, affluent du premier. Sur les bords de cette rivière se trouvent les bourgs d'Uatumâ de Pariguis, à 33 kilom. de son embouchure, et Jatapû de Parintius immédiatement au-dessous de son confluent. Ses rives abondent en résine, en girofle et en copahu; mais dans l'intérieur elles sont encore abandonnées aux Indiens.

Le Wiamundà, à 1,160 kilom. au-dessus de l'embouchure de V Amazone; il prend sa source dans les chaînes de montagnes de la Guyane brésilienne, divise cette Guyane en orientale et occidentale, en Haut- et Bas-Amazone, et se jette dans ce fleuve par deux embouchures éloignées l'une de l'autre de 93 kilom.; communique avec le Trombctas, un peu au-dessus de son embouchure. Cette rivière est historique à cause de l'existence imaginaire des Amazones habitant ses rives, vis-à-vis de Paranà- Gîtassû. Ycamiabas était le nom de la horde indigène qu'Orellana y trouva et qu'il prit pour des femmes guerrières.

lïOrixamina ou Rio das Trombctas, le plus considérable de ceux qui, après le Itio-Negro, entrent par cette rive ; il vient du nord, coule parallèlement avec le précédent, à l'est de celuici, et près de la ville d'Obidos qu'il baigne, il se jette dans l'Amazone par deux embouchures inégales peu éloignées l'une de l'autre. Ses bords, quelques lieues au-dessus d'Obidos, sont encore très -fréquentés par les Indiens qui habitent les forêts voisines.

SI

Nous passerons sous silence plus de cent affluents du Solimoes et de Y Amazone. De ceux que nous avons indiqués, fort peu sont inférieurs pour le volume aux plus grands fleuves de l'Europe; tous ceux qui correspondent aux cours d'eau de second ou troisième ordre dans l'ancien monde, nous les avons négligés; quelques-uns d'entr'eux n'ont même pas encore de nom.

Mais nous ne pouvons oublier un autre prince des eaux, l'orgueilleux Tocantins, que quelques-uns ne veulent pas considérer comme un affluent, quoique tous reconnaissent qu'il appartient de fait au bassin de Y Amazone.

Les honneurs de source du Tocantins sont disputés par les rivières suivantes: TJruhû, qui naît sur le versant méridional de la Serra -Dourada, dans la province de Goyaz; Aimas, qui prend naissance dans les monts Pyreneos, dans la même province; MaranMo, également de la même province, dont la source principale sort du lac Formosa auquel on attribue 25 kilom. de longueur et 3,500 mètres de largeur. UUruhû, après un cours de 120 kilom. vers leN.-E. , perd son nom et se confond avec le Rio das Aimas, son égal en volume et en longueur, qui a pris la direction N.-O. pour venir le rejoindre; mais cette rivière qui, depuis sa jonction avec la précédente, devient navigable ponr des pirogues, sur un espace de plus de 120 kilom., perd également son nom en se jetant dans le MaranMo un peu audessous du bourg d'Agoaquente, et c'est seulement 250 kilom. audessous de ce dernier confluent que, recevant le grand Paranatinga sur sa rive droite, le MaranMo prend le nom de Tocantins.

Il reçoit, 160 kilom. plus bas, le Canna-Brava sur la rive gauche, et plus loin, sur la droite, le Luiz- Alves; ensuite, du côté opposé, le Itio das Tabocas; sur la droite, le Manoel Alves Salobre et le Rio do Somno; et 300 kilom. plus bas, sur la même rive, le Manoel Alves Septentrional; il décrit alors deux courbes, Tune vers l'occident et l'autre vers l'orient, suit un cours d'environ 100 kilom. vers le nord, double le volume de ses eaux en recevant son affluent YAraguaya; son émule ou son frère; 190 kilom. au-dessous de cette jonction, il forme les trois chûtes das Tabocas, et ensuite s'élargit majestueux et su-

perbe, fertilisant les territoires qu'il parcourt; reçoit le tribut de YArari, nommé par quelques-uns Saûde (Santé) à cause de l'influence médicinale de ses eaux; communique à gauche avec V Amazone par le Tagipuru, reçoit sur la rive droite le Uajà et le Gmmâ, et se jette dans l'Océan à 160 kilom. au-dessous de la ville de Belem, entre la rive orientale de l'île de Marajé et la pointe Tigioca du continent.

Les rives du Tocantins, depuis son confluent avec le Paranatinga, sont encore occupées ou fréquentées par des Indiens plus ou moins sauvages mais qui, soit par timidité naturelle, soit par disposition à s'humaniser, se laissent approcher et entreraient facilement en rapport avec les hommes civilisés. A Goyaz, le Tocantins baigne les bourgs de Porto Impérial et de Sâo- Joào das duas Barras, ainsi que plusieurs centres naissants de population; au Para, le village de Pederueira et successivement les bourgs de Bayào, Abaité, Beja, Conde, les villes de Cametâ et de Vigia, près de son embouchure, et beaucoup d'autres bourgades. La marée s'y fait sentir jusqu'à 500 kilom. au-dessus de son embouchure, à l'ancien port d'Alcobaça. A Cametâ sa largeur est d'environ 13,200 mètres.

Le grand affluent du Tocantins, YAraguaya, ne doit pas non plus être oublié. Sa source principale est le ruisseau Cayapô qui sort des montagnes du même nom et qui, grossi par le Bonito et le Barreiros, devient aussitôt navigable et prend le nom (YAraguaya ou Araguay. Il s'avance vers le nord, reçoit le Rio-Cïaro sur sa droite au-dessous de la route qui fait communiquer Goyaz avec Cuyabâ, 250 kilom. plus bas, le Vermelho, ensuite le Teeouras et, 120 kilom. plus bas, le Crixà. Il se divise, 66 kilom. au-dessous de ce point, en deux bras à peu près égaux: l'occidental conserve le même nom et reçoit les tributaires Rio das Mortes, Sào-José, Vermelho, Ponte et Tapirapés; le bras oriental, nommé Furo, reçoit les eaux du Chavantes; ces deux bras sont parsemés d'îles et de rochers qui ne gênent pas la navigation. C'est, entourée de ces deux bras de VAraguaya, que se présente l'île de Bananal ou de Sauta-Anna qui possède une surface plus grande que beaucoup d'Etats européens, comme la Suisse, la Hollande, le Danemarck

ou la Grèce; elle est à peu près de la grandeur du Portugal. Les deux bras se réunissent ensuite; la grande rivière se creuse un lit profond entre des rives élevées et va se jeter sur la rive gauche du Tocantins, à 1,450 kilom. de la ville de Goyaz, après avoir séparé la province de ce nom de celle de Matto- Grosso.

L'Amazone, après avoir reçu le Xingû, se dirige vers le N-.E. avec une largeur d'environ 13,000 mètres jusqu'aux charmantes îles de Gurupâ, et de ces îles commence le Brago do Norte qni s'élargit progressivement et mesure 40,000 mètres à Macapâ qui se trouve sur la rive gauche de son embouchure dans VOcéan. On dirait que. la prévoyante nature, pour empêcher la rencontre violente de l'Amazone avec la mer, a pris soin de semer les innombrables îles qui forment l'archipel de l'embouchure de ce fleuve et qui atténuent l'impétuosité de ses eaux; mais malgré tout, elle n'a pas entièrement supprimé le redoutable conflit: la lutte s'engage terrible et solennelle, le majestueux courant s'oppose au flux de la mer jusqu'à ce que celle-ci, comme irritée de cette opposition, domine, envahit et repousse les eaux du fleuve, et les fait remonter avec le flux: c'est le combat entre la marée et le fleuve ; mais la victoire de la mer est certaine; après cette longue lutte, la marée victorieuse arrive en deux minutes à son maximum, mais ce conflit gigantesque produit un bruit tellement fort qu'il se fait entendre à plus de cinq kilomètres. C'est le phénomène que les naturels du pays ont appelé et appellent encore Pororôca, et qui a principalement lieu pendant les pleines et les nouvelles lunes où les reflux de la mer sont plus sensibles. La Pororôca se produit également dans d'autres fleuves du Brésil, mais elle n'est nulle part aussi violente ni aussi grandiose que dans l'Amazone, ce qui s'explique naturellement et facilement. Avant son embouchure gigantesque de 300 kilom., depuis le Cap Nord dans la Guyane jusqu'à la pointe Maguary dans l'île Marajô, le bras du Nord reçoit encore les rivières Jary et Anauarapucû et, au-dessous de Macapâ, le Carapanatuba et VAraguary.

Comme nous l'avons déjà dit, devant les îles Gurupâ, V Amazone se divise en plusieurs bras dont le principal s'avance en

élargissant vers le nord; mais le volume des eaux qui coulent dans le sens opposé est encore très-considérable , et le bras du sud va recevoir le Tocantins et se précipite avec celui-ci dans l'Océan, à 65 kilom. au-dessous de la ville de Belem, après avoir contribué à la formation de l'île de Marajô et reçu les tributs des rivières Auapû, Pacajâ, Jacundd et Ariticû, entre enfin dans la mer par une embouchure de 80 kilom. de largeur, entre la pointe Maguary dans l'île de Marajô et celle de Tigioca sur le continent.

Les géographes ont longtemps considéré comme appartenant à l'embouchure de Y Amazone les eaux de ces deux fleuves géants réunis en un seul et même lit, et des géographes modernes veulent que cette partie méridionale, entre l'île de Marajô et la terre ferme, soit l'embouchure du Tocantins. Les études récentes de notre savant et illustre compatriote M. le capitaine de vaisseau José da Costa e Azevedo et les importantes observations du célèbre voyageur M. Agassiz sur l'énorme et l'étonnante domination de l'Amazone qui autrefois submergeait dans ses crues de vastes territoires du nord du Brésil, démontrent avec la plus grande évidence que c'étaient les anciens qui avaient raison. Les profondes révélations du savant et célèbre citoyen helvétique naturalisé citoyen américain, sur les révolutions physiques de cette partie de l'Amazone, établissent formellement que l'embouchure nommée du Tocantins n'est que Vembouchure méridionale de V Amazone.

Le bras méridional de ce roi des fleuves, après avoir reçu l'important tribut du Xinffû, coulant parmi des îles innombrables, forme, au-dessous du bourg de Gurupâ, le Furo do Tapypurit qui termine au Pôço où commence le Furo dos Macacos qui va baigner la partie occidentale de l'île de Marajô, et le Furo dos Brèves qui se dirige vers l'Est et se jette dans la baie das Bocas (de 11 kilom. de largeur sur 90 kilom. de longueur) un peu au-dessus de celle de Goyabal, non moins importante. En s'avançant ainsi, recevant dans son cours de nombreuses rivières, formant ou baignant des archipels et s'élargissant en baies, le bras méridional de l'Amazone rencontre enfin le Tocantins qni coule impétueusement du sud vers le nord et, malgré la violence

de celui-ci, il le domine et l'emmène avec lui vers l'est. Ainsi le Tocantins, dans son admirable grandeur, n'est qu'un affluent du roi des fleuves.

Tu Amazone, ce fleuve exceptionnel, jouit encore d'un privilège qui est une preuve de sa grande puissance: ses eaux continuent leur cours, douces et blanches, au sein des eaux bleues et salées de l'Océan, pendant plus de 200 kilom., non pas dans toute l'immense largeur de l'embouchure de ce fleuve, comme certaines descriptions plus poétiques que vraies ont voulu le faire accroire, mais dans la direction E.-X.-E. de son embouchure septentrionale, où le volume de ses eaux est le plus considérable et leur courant plus impétueux.

Le bassin de La Pîata est formé de la jonction de deux fleuves qui, par leurs sources et leur cours plus ou moins long dans les provinces du Brésil, appartiennent à ce vaste empire, quoique le fleuve principal s'en éloigne par ses rives qui appartiennent exclusivement, la droite à la Confédération Argentine, et la gauche à la République de l'Uruguay.

Ce qu'on nomme fleuve de La Plata n'est qu'un vaste estuaire. Les aborigènes le nommaient fleuve Paraguay. Eu 1508, Jean-Diaz de Solis et Yincent-Yanez Pinzon arrivèrent jusque-là et, croyant y trouver un passage aux Indes, le premier de ces navigateurs remonta les eaux de ce fleuve en 1515 et, ayant été tué par les sauvages, laissa à peine son nom au fleuve qui fut appelé de Solis jusqu'à ce qu'après 1526, il fut nommé La Plata, parce que Sébastien Cabot et Diego Garcia qui le remontèrent alors, virent des morceaux d'argent (jplata en espagnol) entre les mains des Indiens de cette contrée.

Nous n'avons pas à nous occuper de Yestuaire de la Plata ni des affluents des deux grands fleuves Parand et Uruguay qui n'appartiennent pas au Brésil; nous commencerons donc par le Paraguay qui, quoique considéré comme un affluent du Paranâ, est d'une importance exceptionnelle et très-considérable.

Le Paraguay prend sa source à Sete-Lagoas dans un grand plateau de la chaîne de Pari (autrement nommée de Lage par Ayres Cazal, ou Melgueira par d'autres) ; ce lieu est ainsi nommé parce qu'il y a en effet sqrt lacs qui se communiquent par des

canaux naturels, à 470 kilom. S.-E. de la ville de Matto-Grosso et environ 330 kilom. au nord de Cnyabâ. Son premier tributaire est le Diamantino ; bientôt après, il reçoit le Preto, le Sipotuba et beaucoup d'autres cours d'eau, ensuite le Jaurû qui entre par sa rive droite avec un volume d'eau semblable au sien; le long de sa rive orientale ou gauche, dans presque toute cette vaste étendue, s'élève la chaîne des Parecis qui se prolonge encore pendant 45 kilom. jusqu'à la pointe Escalvada; la rive droite est bordée d'une autre chaîne de montagnes longue de 150 kilom. environ, étroite et séparée ou plutôt creusée en plusieurs endroits pour donner passage au trop-plein de trois lacs dont les canaux deviennent des torrents impétueux pendant les crues et les débordements du Paraguay. La partie septentrionale de cette chaîne de montagnes est connue sous le nom d'Insua, la méridionale par celui de Chaynez et la centrale est nommée Serra dos Dourados; les trois lacs sont appelés: Uberàba, Ghiahyba et Mandioré; vis-à-vis de Chaynez, il reçoit sur la rive orientale le Rio de Sâo-Lourenço, et en face de la Serra de Albuquerque, prolongement de celle de Chaynez, se jette le bras principal du Taquary; à 30 kilom. vers le sud se trouvent sur le même côté les embouchures du Mondego ou Embotatea, à sa source Aranhay ou Aranianhy, navigable sur presque toute son étendue; là, le Paraguay coule divisé en deux bras par une île étroite et marécageuse d'environ 130 kilom. de longueur; le bras oriental prend le nom de Paraguay-Mirim ; à la distance de 70 kilom. au sud du Mondego deux montagnes élevées, visà-vis l'une de l'autre, se trouvent sur les deux rives du fleuve; sur le versant méridional de celle d'occident se trouve le fort de Coimbra; à égale distance de celui-ci, sur la même rive, s'ouvre le canal d'écoulement des eaux de la BaMa-Negra; 115 kilom. plus bas, sur la rive gauche se trouve l'embouchure du Queima, et 70 kilom. au sud de cette jonction , le Paraguay est traversé par une chaîne de petits monts entre lesquels se resserre le volume considérable de ses eaux qui se divisent en deux branches: ce point est nommé Feclio dos Morros; il est très-important parce que c'est une des frontières de l'Empire avec la République du Paraguay. Là, les rives de ce fleuve

cessent d'être marécageuses après l'avoir été sur une longueur de près de 650 kilom. depuis la pointe Escalvada. Sur cette longue distance, pendant les grandes crues qui sont d'avril à septembre, le fleuve prend une largeur de 120 à 200 kilom. formant ainsi nne mer périodique que les anciens découvreurs ont nommée Lac Xaraes, où les terrains élevés deviennent des îles peuplées d'oiseaux et de quadrupèdes sauvages. Depuis le Fecho dos Morros, le Paraguay s'avance majestueusement, dans un lit profond, recevant à gauche YApa dont le cours, depuis sa source jusqu'à son embouchure, trace la frontière de l'Empire; le Guidava, les deux Ipanc, le Chichuhy sont ses tributaires de la môme rive; ainsi que d'autres plus petits sur les deux côtés. Après avoir baigné sur sa rive orientale la ville de l'Assomption, il reçoit les rivières Pilcomayo, Tïbiqiiary, Bermejo et Verde; enfin, 250 kilom. au sud de la capitale de la république qui porte son nom, le Paraguay entre dans le Paranâ qui vient de l'est et continue son cours sous le nom de Paranâ ou Bas -Paranâ.

Avec un cours de 5000 kilom. navigable sur une grande étendue, même au-dessus de Fecho dos Morros, dans la province de Matto- Grosso, le Paraguay ennobli par la liberté de navigation exigée et affermie par le droit, la volonté et les efforts du Brésil, fournit les éléments certains d'un progrès prochain et de la future civilisation de cette belle et admirable étoile de l'empire, dans le sein de laquelle se trouvent des trésors immenses et incalculables.

Le nom du Paraguay se trouve enfin gravé dans l'histoire contemporaine de la nation brésilienne par le souvenir glorieux et ineffaçable des victoires signalées, des passages de Curupaïty, d'Humaïtâ, à'Angostura, de Lombas-Vaientinas, et de tant d'autres batailles qui ont eu lieu sur ses rives ou sur ses eaux. Il a salué de loin les journées du 3 et du 24 mai 1866 ainsi que des hauts faits de Peribebuhy , Campo-Grande et Aquidaban; il a été témoin, avec le Paranâ étonné, du sublime combat nocturne dans l'île de la Victoire; le Passo du Patria traversé par les Croisés de l'honneur brésilien, ayant à leur tête le légendaire Osorio (marquis d'Herval) qui, le premier, la lance

au poing, mit le pied sur la terre ennemie, et Cucvas qui fut un chant terrible de l'épopée guerrière; et le 11 juin, date mémorable de la bataille navale de Machuelo qui fut l'épopée complète des plus nobles exploits, résumée en quelques heures de combats héroïques où l'armée et la marine du Brésil se couvrirent d'une gloire immortelle.

Le Par and commence à la jonction des deux rivières Paranahyba (Paranaïva de Millier) qui vient du centre du Goyaz, et Rio- Grande qui sort de la chaîne de Mantiqueira près dn bureau de Picào à Minas -Geraes: la première de ces deux rivières coule du nord au sud, tantôt à l'ouest, tantôt à l'est de la chaîne de montagnes qui sépare les deux provinces cidessus indiquées, reçoit de nombreux cours d'eau parmi lesquels le plus considérable est le Correntcs et, après un cours assez long, ayant reçu sur la rive droite le Verissimo et le Corumbâ, et sur la gauche le Mo das Velhas (différent du Mo das Velhas ou Guaiculiij), il s'incorpore, 100 kilom. plus bas, au Rio-Grande; celui-ci, grossi par le tribut de plusieurs cours d'eau, s'avance de 260 kilom. vers le nord et, s'inclinant vers le N.-O. , reçoit sur sa rive droite le Mo das Mortes, où il est déjà navigable pour des pirogues, s'avance vers l'ouest, reçoit le Sapucahy, le Sâo- Pedro et le Mo-Pardo, sert en cet endroit de limite entre les provinces de Minas-Geraes, Sâo-Paulo et Goyaz, et, se confondant avec le Paranahyba, ils perdent l'un et l'autre leur nom pour prendre celui de Paranâ.

Le grand fleuve Paranâ qui sert alternativement de limite aux provinces brésiliennes de Goyaz, Sào-Paulo, Paranâ et Matto- Grosso, et aux Etats de Paraguay, Corrientes et Entre-Rios, formé, comme nous l'avons dit, de la réunion du Bio-Grande et du Paranahyba, reçoit, sur une longueur de quelques lieues, plusieurs cours d'eau sur ses deux rives, et plus loin forme la cataracte $ Urubu -Pungâ dont le bruit s'entend à 12 kilom.; après cette chûte, il reçoit sur la rive droite le Cururuhy, et 20 kilom. plus bas, à gauche, le Tieté; 12 kilom. plus loin, de l'autre côté, le Sucurià, au-dessous de l'embouchure duquel se trouve le dangereux courant Jupiâ; de là, sur un cours d'environ 650 kilom., le majestueux Paranâ reçoit sur sa rive

droite le Verde, le Pardo, Ylvinheima (par trois embouchures), YAmambàhy et Ylguatemy, et sur la gauche YAguapehy, YAnastacio, le Paranapancma , Ylvahy et le Piquiri; en cet endroit, le fleuve est divisé en deux bras par une île de 130 kilom. de long qui est nommée pour cette raison Iîha-G-rande, au-dessous de laquelle les deux bras du fleuve se réunissent de nouveau; là, les eaux se resserrent entre les rochers de la chaîne de Maracajû et plus bas se divisent en sept branches qui se précipitent avec un bruit de tonnerre, bouillonnant de rochers en rochers jusqu'à ce qu'elles aient retrouvé un lit digne de ce grand fleuve. Cette magnifique cataracte qui a environ cent mètres de largeur est nommée Sete-Quedas, et à sa funeste merveille physique qui intercepte la navigation de cette puissante artère, elle réunit l'importance géographique et politique de servir de limite entre le Brésil et la République du Paraguay. Ulgurei vient se perdre un peu au-dessous de la lutte entre les eaux et les rochers de Sete-Quedas. Dans un cours de près de 150 kilom. après ses chûtes, le Paranâ reçoit sur la rive droite YAcarahy, et sur la gauche, avant celui-ci, le Jaguar é, ensuite le puissant Iguassû et, sur les deux rives, d'innombrables petites rivières, sur une longueur de 500 kilom., au milieu desquelles il tourne vers le S.-O. jusqu'après l'île Aquipâ, d'où il prend la direction de l'ouest et se réunit enfin au Paraguay, au-dessous du Passo da Patria. Il continue son cours sans changer de nom jusqu'à ce qu'avec le puissant concours de Y Uruguay, ces trois princes des eaux du sud forment par leur réunion l'estuaire de La Plata.

Dans son cours de près de 1600 kilom., depuis le confluent du Paranahyba avec le Bio-Grande jusqu'à sa réunion au Paraguay, le Paranâ entoure et baigne un nombre considérable d'îles quelquefois successives et formant des archipels; parmi les plus grandes, outre l'Ilha- Grande dont nous avons déjà parlé, on en remarque deux à peu près égales, de plus de six kilom. de longueur, en face de l'embouchure du Tieté; au-dessous du Jupiâ, la Comprida avec 40 kilom. d'étendue; vis-à-vis de l'embouchure du Paranapanema , une île d'un peu moins de 12 kilom., une autre plus bas de 20 kilom. et une

troisième enfin de 50kilom.; et avant rilha-Grande et les Sete- Quedas, le nom seul d'archipel peut exprimer le nombre des îles plus ou moins grandes, successives et voisines, couvrant ce fleuve qui, en certains endroits, n'a pas moins de 13 kilom. de largeur.

\1 Uruguay prend sa source sur le versant occidental de la Serra do Mar au nord de la province de Sâo-Pedro do Rio- Grande do Sul, s'avance de 170 kilom. vers le N.-O. et dans les plaines de Vacaria se réunit au Pcllotas avec lequel on le confond, et, après avoir reçu le tribut de nombreux affluents, reçoit sur la rive droite le Pepiry-Gnassû , suit un cours trèssinueux, reçoit sur la rive gauche, au-dessus de celui-ci, VUruguay-Puitâ et, au-dessous, YAlbueni; pins loin, sur la rive opposée le Cebollati, YAlbutuy, Yljahy-Guassû, le Piratiny, Ylcabaquam, Ylbicuhy, Ylrapehy et beaucoup d'autres affluents moins importants qui augmentent le volume déjà considérable de ses eaux, et coule du N.-E, au S.-O., en s'enrichissant encore par la droite des rivières Aguapehy, Mirinay et Gaaleguaïcliû et de nombreux cours d'eau, et sur la rive gauche reçoit le Quaraim, qui sépare la province de Rio-Grande de l'Etat Oriental, le Daimariy YArapehi et l'opulent Rio-Negro qui vient de la république à laquelle ce fleuve donne son nom, et 35 kilom. plus bas, il reçoit par un grand nombre de canaux les eaux des deux fleuves frères, déjà réunis, avec lesquels il fraternise à son tour en fournissant son riche contingent pour la formation de l'estuaire de La Pîata.

La navigation de l'Uruguay est facile pour les embarcations à voiles et à vapeur jusqu'à une chûte qui se trouve à une distance de 60 kilom. au-dessous de Ylbicuhy; plus haut, arrivent des pirogues et des bateaux plats jusqu'au confluent du Pellotas, et il est navigable pour de petites pirogues, dans ces deux rivières, bien au-dessus de leur réunion.

Dans la dernière guerre, celle du Paraguay, ce grand fleuve a été témoin d'actions glorieuses qui ont précède celles que nous ont déjà rappelées le Paraguay et le Paranâ. L'Uruguay a vu sur sa rive brésilienne, outre la lutte et la victoire des armées alliées sur le territoire de l'Etat Oriental, celles qui,

ayant précédé et suivi celle-ci, se réalisèrent en 1865 à Sào- Borja, où un seul bataillon de Volontaires de la Patrie, Brésiliens, osa tenir tête pendant un jour entier à dix mille Paraguayens, et pendant ce temps-là les habitants de ce bourg purent se retirer sans être inquiétés par l'ennemi; à Umgiiayana envahie par les Paraguayens qui, cernés par terre et par le fleuve dûrent se rendre prisonniers et déposèrent les armes devant l'Empereur du Brésil et les généraux de l'alliance.

Le bassin central ou du Sào~Francisco réunit à sa grandeur hydrographique l'importance la plus considérable pour la politique intérieure, car il se présente comme destiné providentiellement à resserrer les liens entre le nord et le sud du Brésil par la réciprocité des rapports et des intérêts commerciaux.

Ce fleuve prend naissance dans la Serra da Canastra, dans la province de Minas-Geraes ; sa source principale est la chûte nommée Casa d'Anta, à laquelle on donne plus de 200 mètres de hauteur; son cours est presque directement du sud au nord; à 650 Mora. de sa source, et 32 kilom. au-dessus de l'embouchure du JRio das Vclhas, se trouve la chûte de Pirapora qui a plus de 1000 mètres de largeur; la hauteur du fleuve, au-dessus du niveau de la mer, est en cet endroit de 532 mètres et sa largeur de 500 mètres avec cinq à six mètres de profondeur à l'époque des crues; en certains endroits, pendant la saison sèche, la profondeur est tout au plus de deux mètres et même moins au confluent du Bio das Yelhas où, pendant les eaux basses, la profondeur est de moins d'un mètre; depuis la chûte jusqu'au confluent du Çurunhanha , où il entre dans la province de Bahia, son cours est de 520 kilom. et sa largeur, en ce dernier endroit, de 800 mètres sur quatre de profondeur; il traverse ensuite la province de Bahia, la sépare de celle de Pernambuco, divise ensuite celles d'Alagôas et de Sergipe; son cours est encore de 2000 kilom. depuis son entrée dans la province de Bahia jusqu'à son embouchure; dans les deux premières, pendant 1050 kilom., jusqu'à la chûte de Sobradinho, le courant n'est jamais de plus d'un mètre par seconde; 200 kilom. au-dessous de cette chûte et de là sur une distance de 450 kilom., jusqu'au port de Piranhas, on rencontre de

Maoedo, Brésil. 7

nombreuses cascades parmi lesquelles la plus remarquable est celle de Paxdo-Âffonso qui se précipite d'une hauteur perpendiculaire de 80 mètres. Le Sâo-Francisco se jette dans l'Océan par deux embouchures inégales éloignées l'une de l'autre de 20 kilom., celle du sud, petite et étroite, est nommée Aricari, et celle du nord, large et belle, même lorsque les eaux sont le plus basses, a une profondeur de quatre à six mètres, mais vis-à-vis se trouve un banc de sable où se brisent les vagues, laissant de chaque côté un passage étroit qui, dans les basses marées , n'a pas plus de 2,50 mètres de profondeur.

Les plus importants des affluents du Sào- Francisco sont les suivants que nous mentionnons dans leur ordre:

Sur la. rive gauche: le Bambuhy, avec un cours de 50 kilom.

Sur la droite: le Para, 280 kilom. de cours, grossi par ses affluents Boa-Yista, Lambary et d'autres.

Droite: le Paraupèba, 450 kilom. de cours, avec ses affluents.

Gauche: YIndaïâ, avec un cours de 250 kilom. Gauche: le Borrachudo.

Gauche: YAbaeté, cours 240 kilom. avec ses affluents Âbaitc et Chumbo.

Droite: le Rio das Velhas (autrefois Guaïcuhy), avec un cours de 1140 kilom., dont les principaux affluents sont: le Sipé, le Macaûbas, le Baratina, le Pardo, le Curimatahy et le Piedade. A son confluent, il a 163 mètres de largeur et son courant fournit environ 96 mètres cubes d'eau par seconde.

Droite: le Jaquitahy avec ses affluents, un cours de 280 kilom., 15 mètres de largeur à son embouchure et un volume d'eau d'environ 51 mètres cubes par seconde.

Gauche: le Paracatû, le plus puissant de ses affluents dans la province de Minas; cours 630 kilom., 180 mètres de largeur un peu au-dessus de son embouchure. 11 fournit au Sâô- Francisco 640 mètres cubes d'eau par seconde. Ses principaux affluents sont: YEscuro, le Prata, le Rio das Eguas, le Preto (520 kilom. de cours), le Catinga et le Rio do Somno.

Gauche: YVrucuia ou Urucaia, cours 500 kilom., 95 mètres

de largeur à son embouchure, volume d'eau fourni au Sâo- Francisco: 166 mètres cubes par seconde. Il a de nombreux affluents dont le principal est le Claro qui a un cours de 240 kilom.

Gauche: le Pardo, 440 kilom. de cours, 42 mètres de largeur et 53 mètres cubes d'eau par secondé, à son embouchure.

Droite: le Ver de- Grande avec ses affluents Gorutuba, JPacnhy, Verde-Pequcno et d'autres, cours 800 kilom. et 50 mètres de largeur à son embouchure.

Gauche: le CarinJianha qui prend sa source dans le voisinage de la Serra dos Pyreneos, traverse la Serra do Paranam à l'endroit nommé Vdo; depuis ce lieu jusqu'à son embouchure, sur une étendue [d'environ 450 kilom., il sert de limite aux provinces de Minas-Geraes et de Bahia; une lieue avant son confluent avec le Sâo-Francisco , il a une largeur de 75 mètres et fournit nn volume de 79 mètres cubes d'eau par seconde.

Tous ces affluents du Silo -Francisco appartiennent à la province de Minas-Geraes, ainsi qu'un grand nombre d'autres moins importants que nous passons sous silence.

Dans la province de Bahia, le Sâo-Francisco baigne un grand nombre de bourgs et de bourgades dont les plus remarquables sont: Carinhanha, Senhor Bom- Jésus da Lapa, Urubu, Bom-Jardim, Barra do Rio-Grande, Chique-Chique, Pilâo-Arcado, Reraanso, Sento-Sé, Riacho da Casa-Nova, Joazeiro et Capim- Grosso; il reçoit plusieurs affluents parmi lesquels, sur la rive gauche, le Corrente et le Grande, éloignés l'un de l'autre de 270 kilom., et bien plus bas, le Pajehû dans la province de Pernambuco. II coule alors du N.-O. au S.-E. en séparant les provinces d'Alagôas et de Sergipe, et reçoit sur sa rive gauche, 40 kilom. au-dessus de la cascade de Patdo-Affonso , la rivière Moxotô qui sépare la province d'Alagôas de celle de Pernambuco, arrose les bourgades de Piranhas et Armazem, les bourgs de Pâo de Assucar, Porto da Folha, la ville de Penedo et la bourgade de Piassabossû dans la province d'Alagôas, et dans la province de Sergipe, Villa-Nova de Sâo-Francisco.

Les rivières et les cours d'eau moins importants que reçoit

le Sào-Francisco sont très-nombreux; mais malgré le volume de ses eaux, la navigation en est interceptée, comme nous l'avons dit, sur une distance de plus de 450 kilom. par les nombreuses chûtes qui se succèdent jusqu'à la principale, la majestueuse cascade de PatUo-Affonso.

Le Sào-Francisco est parsemé d'îles innombrables et de toutes dimensions: les unes divisent son cours en deux bras, d'autres plus petites, en certains endroits, sont tellement rapprochées que, sans gêner la navigation, elles la rendent tellement pittoresque et agréable qu'on peut dire que le majestueux Sào-Francisco présente en divers endroits de son cours les archipels les plus curieux et les plus gracieux.

A Minas-Geraes et Bahia, beaucoup d'affluents de ce grand fleuve disparaissent pendant la saison sèche mais, en compensation, pendant les pluies, ils débordent et couvrent un espace de terrain de 15, 20 et môme 40 kilom. Ces débordements, semblables à ceux du Nil, donnent aux rives de ces cours d'eau une fertilité étonnante. Dans les vastes territoires arrosés par le Sào-Francisco et ses tributaires, la richesse naturelle est merveilleuse, la fertilité du sol est telle que, dans certains endroits cultivés, l'expérience des fasendeiros a démontré que, par exemple, la canne à sucre une fois plantée, donne des récoltes abondantes pendant une longue suite d'années ou, pour employer le langage agricole du pays, chaque plant produit des sôcas de plus ou moins de cannes à sucre qui répoussent dix, quinze fois et même davantage. Il y a certains endroits où l'on dit que la canne à sucre n'a besoin d'être plantée qu'wwe seule fois. Cette fertilité est peut-être un peu exagérée, mais il est certain qu'on y trouve l'explication de ce fait incontestable que les cultivateurs de canne à sucre des provinces de Bahia, Pernambuco et Alagôas, font beaucoup plus de sucre que ceux des autres provinces de l'empire, tout en y employant bien moins de capitaux et de bras. Dans la province de Rio de Janeiro, les municipes de Campos et Sâo-Fidelis, favorisés par l'opulente irrigation du Parahyba du Sud et d'autres dispositions hydrographiques, si l'abandanco des produits n'égale pas celle de ces provinces, elle se rapproche au moins de la fertilité

exceptionnelle des rives du Sào-Francisco et de ses affluents dans les zones les plus voisines.

Le fleuve Sào-Francîso , longtemps mal étudié et peu connu, devait et doit au baron d'Eschwege la découverte de sa véritable source, et dernièrement M. Liais, qui a décrit et fait graver une précieuse carte hydrographique du Eio das Veihas et du Haut Sào-Francisco depuis la chute Pirapora jusqu'à ses sources, et M. Halfeld qui a exploré tout le Bas Sào-Francisco, ont considérablement aplani les difficultés, en contribuant par leurs études à une appréciation exacte du bassin central du Brésil. Le secours de ces œuvres éminentes est indispensable à ceux qui désirent étudier cette partie importante de l'hydrographie brésilienne.

Ce fleuve commence heureusement à être considéré comme un puissant élément de la grandeur nationale: de 1866 à 1867, la province de Minas-Geraes , sous la présidence de M. le conseiller Saldanha Marinho , a vu les eaux de ce fleuve sillonnées pour la première fois par un bateau à vapeur, premier essai précurseur de magnifiques résultats économiques et politiques, et maintenant, en 1872, voilà que la province de Bahia inaugure joyeusement la navigation du môme fleuve, par le Dantas, Tapeur qui a reçu son nom du président distingué, dont l'heureuse et patriotique administration a conçu, encouragé et développé l'idée et qui l'a enfin réalisée, en contribuant ainsi à l'agrandissement et à la prospérité de sa province natale.

H est pratiquement démontré que ce fleuve est parfaitement navigable depuis Pirapora jusqu'à bourg de Boa-Vista (Pernambueo). La vapeur Saldanha Marinho a parcouru cette distance de près de 1800 kilom. sans accident, pendant une crue moyenne.

Il est incontestable que l'embouchure du fleuve Sào-Francisco est sensiblement diminuée par des circonstances physiques et que son cours, 130 kilom. au-dessus de l'embouchure, est d'une navigation impossible à cause de la grande cascade de Paulo-Afîonso , mais ce beau fleuve peut facilement devenir navigable sur plusieurs centaines de lieues au moyen de quelques oeuvres d'art dans les plus mauvais endroits, et son volume

est tellement considérable qu'il peut naturellement recevoir et porter les plus grands navires pendant plusieurs centaines de milles. Ce qui, au premier abord, semble triste et malheureux, indique, aussitôt après, un ordre précieux et une sage combinaison de la Providence qui a fait couler le superbe Sào- Francisco comme l'artère principale de l'intérieur de l'empire. Ce fleuve, par son opulence et sa bienfaisante influence semble avoir été créé pour compléter les éléments de richesse des bassins de Y Amazone et de La Plata, et ainsi ces trois bassins, réliés par des chemins de fer et les communications naturelles de quelques grands cours d'eau, pourront réaliser un rêve que l'avenir se chargera de résoudre pratiquement, en permettant de transporter du Para à Rio de Janeiro par la voie intérieure, bien plus facilement et rapidement que par la mer, des hommes et des produits, la civilisation et la richesse.

Si cet espoir est un rêve, une âme noble, patriotique et inspirée l'a déjà conçu; si c'est un problème à résoudre, un des plus sympathiques et dévoués citoyens brésiliens, l'illustre et probe Theophilo-Benedicto Ottoni, sénateur de l'empire, mort en 1869, l'a magistralement démontré par ses calculs irréfutables sur la carte de l'immense et opulent empire du Brésil.

Le Sâo-Francisco doit donc devenir la grande artère, le génie, l'élément et le lien intérieur de fraternité et d'union commerciale, industrielle et politique entre le sud et le nord de l'empire.

Parmi les bassins secondaires, on remarque:

Celui de YOyapock, dans la Guyane brésilienne. Ce fleuve prend sa source dans la Serra-Baracaïna; il coule entre des montagnes, de l'ouest à l'est, et va se jeter dans l'Océan; il sert de limite (en litige avec la France) aux Guyanes anglaise, hollandaise et française. Le fleuve Oyapock, qui est également nommé Vicentc Pinzon, est mentionné dans le traité dWtrecht sous les dénominations de Japoc ou Vincent Pinzon.

Celui du Gurupy qui sépare la province du Para de celle de Maranhào, et ceux du Mearim et de Yltapieurû, dans cette dernière province , qui seront examinés dans l'étude particulière de cette province.

Celui du Parnàkyba qui prend sa source sur le versaut septentrional de la Serra de Tabatinga, dans la province de Goyaz; après un cours d'environ 400 kilom. dans un territoire inhabité, il entre dans la province de Piauhy et la sépare de celle de Maranhào; reçoit à gauche le Rio das Balsas, et à droite VUrussuhy; voit ses rives occupées par des fermes d'élève de bestiaux et admet la navigation à voiles; reçoit à gauche le Gnrgueia, plus bas le Piauhy et le Canindé réunis qui le repoussent un peu vers le nord, arrose des plaines trèsriches en gros bétail, reçoit le Poty et, 250 kilom. plus bas, le Longâ; quelques lieues au-dessous de ce dernier confluent, il se divise en plusieurs bras: celui de gauche va se jeter dans FOcéan sous le nom de Tutoya, après un cours de 90 kilom., et celui de droite, nommé Iguarassû, se jette également dans l'Océan, vers le sud. Quant à la partie principale du fleuve, elle continue son cours vers le nord, forme encore à gauche un nouveau bras qui va se jeter dans l'Océan sous la dénomination de Barra do Mcio, et enfin le Parnahyba lui-même, 20 kilom. plus loin, déjà moins riche de ses pertes successives, arrive à son embouchure principale qui est nommée Barra- Yelha. Son cours est d'environ 2200 kilom., avec une navigation facile et commode de 1000 kilom. , et beaucoup plus pour des pirogues. 11 baigne différentes bourgades et les villes de Theresina et de Parnahyba.

Celui du Jaguaribe qui descend de la chaîne de Boa-Vista, dans la province du Cearâ, coule vers le nord jusqu'au bourg de Sâo-Joâo do Principe , tourne vers le S.-E. après avoir baigné les bourgades d'Arneirôs et de Cruz, se dirige vers l'est, laisse à sa gauche le bourg de Sâo-Matheus, reçoit le Salgado audessous de la ville d'Icô, et inclinant vers le nord, passe à Santa- Rosa, Sâo-Joâo, ville de Sâo-Bernardo, ville d'Aracaty, et se jette dans l'Océan, 20 kilom. au-dessous de celle-ci, après avoir reçu beaucoup de petits affluents. Son cours est de 800 kilom. Les marées arrivent jusqu'au-dessus de la ville d'Aracaty.

Celui du Parahyba du Nord, dans la province du même nom; ce fleuve prend sa source dans la chaîne de Jabitacâ, coule d'abord parmi des rochers, reçoit de nombreux ruisseaux

qui tarissent dans les sécheresses prolongées, devient navigable pour des pirogues, traverse le district de Pilar, reçoit le Guarahn un peu au-dessus de la capitale de la province, où arrivent parfaitement de petits navires, et va se jeter dans l'Océan à quelques milles du fort de Cabedello par deux embouchures inégales, au milieu d'un jardin d'îles verdoyantes.

Celui de VItapicurù qui prend sa source dans la province de Bahia, dans les montagnes du district de Jacobina, à l'est du fleuve Sào-Francisco , se dirige vers l'Orient, arrose les territoires de Santo-Antonio dos Queimados, d'Jtapicurû et se jette dans la mer, entre les rivières Real et Tarcirî, après un cours de 950 kilom., par une embouchure qui a tout au plus 2,20 mètres de profondeur au milieu de bas-fonds.

Celui du Parapuassà qui est le plus grand des fleuves qui se jettent dans la baie de Tous-les-Saints; la source de ce fleuve se trouve dans la Serra da Chapada, et bientôt après grossi par ses nombreux affluents, il tombe des rochers de la chaîne Cincorâ en grande cascade, et 100 kilom. plus bas, par une autre moins élevée, il se précipite de la chaîne de Timborâ, passant ensuite au milieu de rochers, il va baigner les villes de Cachoeira et Maragogipe avant de se jeter sur la rive occidentale de la baie splendide par une large embouchure.

Celui du Jitssiape ou Rio de Contas, également dans la province de Bahia; il descend de la chaîne de Tromba, à 50 kilom. N.-O. du bourg de Contas , reçoit dans son cours , le Brumado ou Contas Pequeno, forme aussitôt après une charmante cascade, reçoit le Cincorâ et le Gaviâo, entre dans le district dos Ilhéos, reçoit encore le Preto, le Pires, le Pcdras, VAgua-Branca, le Managerûy YArêa, VOricô-Guassû, coule grossi sur un lit de rochers et, après avoir baigné le bourg de Barra-Grande do Rio de Contas, entre dans l'Océan. Il est parfaitement navigable pour les petits navires jusqu'à 25 kilom. au-dessus de son embouchure.

Celui du JequitinhonJia ou Belmonte, le fameux fleuve des diamants, prend naissance dans la chaîne de Pedra-Redonda, à Minas-Geraes , à 50 kilom. O.-S.-O. de la ville de Serro et, aussitôt après avoir reçu le Sào-Gonçaîo, devient navigable

pour les pirogues ; il s'avance eu serpentant vers le nord et prend dans son cours de nombreux affluents; à 200 kilom. de sa source, il se dirige vers le N.-E. en augmentant son volume des eaux du Macaûba , et de Y Itacambira qui le force à incliner vers Test, et les petites rivières Vacaria et Salinas à gauche, augmente considérablement son volume par les eaux de VArassuahy, se rétrécit à l'endroit nommé Salto-Grande au sommet de la chaîne des A^morés, d'où il se précipite de la hauteur de 40 mètres avec un bruit épouvantable qui se fait entendre de 25 kilom. de distance; là, il prend le nom de Belmonte, tout en conservant son nom primitif, continue son cours au milieu de rochers renversés après lesquels il élargit considérablement son cours, baigne la ville de Belmonte et, méprisant les riches trésors qu'il renferme dans son sein, il va se jeter dans l'Océan près de superbes carrières de marbre rose qui, découvertes depuis 1840, ne sont pas encore exploitées.

Celui du Bio-Doce qui prend naissance 80 kilom. à Test de la ville de Barbacena, sous le nom de Chapotô; il coule pendant 120 kilom. vers le nord, recevant sur la rive gauche le Pirangas et divers autres cours d'eau sur les deux rives, baigne Santa- Anna do Deserto, au dessous de laquelle il devient navigable pour des pirogues, après avoir reçu le Turvo à droite et le Guallacho à gauche; poussé par le courant de ce dernier, il s'incline vers l'Orient et forme la cascade do Inferno; de là, il s'avance sous le nom de Bio-Doce et reçoit à droite le Casca, à gauche le Piracicaba; 40 kilom. plus loin, son lit est parsemé de récifs qui font bouillonner ses eaux; cet endroit est nommé Cachoeira Escura; 20 kilom. plus bas, se trouve à sa gauche le confluent du Santo- Antonio; 50 kilom. après, celui du Correntes, au-dessous duquel il se divise à la chûte Bagauriz, se subdivise encore et va plus bas réunir ses eanx dans une espèce de bassin formé d'une suite d'îlots qui occupent un espace de 12 kilom., où son courant est assez considérable; il reprend son cours tranquille jusqu'au-dessous de l'embouchure de Sassuhy-Pequeno où il redevient impétueux et forme les trois chûtes successives d'Ilha-Brava , de Figueira, beaucoup plus dangereuse, dans la chaîne Beteruna, et de Be-

bojo do Capim; 32 kilom. au-dessous, il reçoit sur la gauche le Sassuhy-Grande , puis de nombreux ruisseaux, décrit plusieurs courbes et arrive à une petite chute nommée Cachoeirinha que les pirogues traversent toutes chargées, reçoit plus loin le Larangeira sur la rive gauche, et de l'autre le Cuiaté qui lui aonne un cours majestueux pendant 12 kilom. après lesquels il est troublé par des récifs qui forment des tourbillons et les chûtes peu sensibles nommées Bchojo de Joào-Pinto et Rcbojo da Onça; trois kilom. plus bas, son lit décrit quelques lignes diagonales auxquelles on donne le nom de ilf, parce qu'elles forment à peu prés cette lettre majuscule; six kilom. plus bas, son cours est intercepté par ( des récifs nommés Cachoeiriïo, et 12 kilom. au-dessous, il se divise en deux bras inégaux qui entourent l'île da Natividade, après laquelle il forme la chûte ù'Escadinha, ainsi nommée parce que pendant plus de six kilom. le lit du fleuve forme une espèce d'escalier; pendant la saison sèche, les pirogues déposent sur cette île leur chargement que les rameurs transportent sur leur dos, le long de la rive du fleuve, jusqu'au port de Souza où ils rechargent les bateaux; dans les crues, le fleuve est parfaitement navigable pour les pirogues chargées, jusqu'au bureau de Lorena, près de l'embouchure du ManJm-assû qui vient du sud et sert de limite aux provinces de Minas-Geraes et d'Espirito-Santo. Entre l'embouchure du Manhû-assû et le port de Souza, le Bio-Docc présente des courants faciles à franchir; au-dessous de ce port, il reçoit les affluents Alves, Joanna, Pancas et Lima, coule .superbe pendant 70 kilom. entre des montagnes de granit, 70 kilom. au-dessous dans une plaine et ensuite va baigner le bourg de Linhares; 20 kilom. plus bas tourne rapidement vers le S.-S.-E. et 50 kilom. après, entre dans l'Océan par deux embouchures entre lesquelles se trouve un banc de sable, au sud de la ville de Sâo-Matheus.

Le Rio-Doce, dont la navigation est si étendue, promet un brillant avenir aux provinces d'Espirito-Santo et de Minas Geraes. Une compagnie anglo-brésilienne de navigation à vapeur dans ce fleuve et ses affluents, autorisée en 1835, a commencé ses travaux en 1839, mais elle a cessé de fonctionner au bout

de très-peu de temps, soit par le mauvais résultat de ses premières opérations, soit parce qu'alors les entreprises de cette sorte se développaient difficilement, et pourtant des privilèges et des avantages extraordinaires lui avaient été accordés.

Celui du Parahyba du Sud prend sa source dans un petit lac de la chaîne Bocaïna, de 35 à 40 kilom. N.-N.-O. de la ville de Paraty, dans la province de Rio de Janeiro, fait plusieurs détours vers l'ouest jusqu'à la chaîne de Quebra-Cangalkas, accompagne les sinuosités des montagnes de la province de Sâo-Paulo, dans laquelle son cours considérablement grossi par beaucoup d'affluents reçoit, en outre, le Jacuhy, l'aurifère Jaguary et d'autres; baigne les villes et les bourgades de Parahitinga, Parahybuna, Larangeiras, Jacarehy (au-dessous de laquelle il est traversé par la route de Rio de Janeiro à Sâo- Paulo), Sào-José, Pindamonhangaba, Guaratinguetà et Lorena, où passe la route de Sâo-Paulo à Minas-Geraes ; suit son cours dans un lit creusé entre de hauts rochers sur une longueur de 650 mètres et 10 ou 12 de largeur et va ensuite baigner Queluz; traverse le territoire d'Arcas et, après avoir formé un grand demi-cercle et suivi un cours sinueux, rentre dans la province de Rio de Janeiro d'où il était sorti, sépare les municipes de Valença, de Rezende, de Barra-Mansa et de Vassouras, reçoit des affluents plus ou moins considérables, le Banaml, le Barra-Mansa et la rivière Pirahy où il arrose le bourg charmant de Barra do Pirahy, après avoir baigné les villes de Rezende et Barra-Mansa, le bourg de Parahyba et quelques bourgades moins importantes. Au-dessous du bourg de Parahyba, il reçoit le Parahybuna qui, après avoir séparé la province de Minas-Geraes de celle de Rio de Janeiro, vient doubler le volume du Parahyba vis-à-vis du confluent du Piabanha. Depuis sa jonction avec le Parahybuna , il sert de limite à ces deux provinces, se dirige vers l'est, reçoit de nombreux affluents sur les deux rives, enfin le Pomba, après lequel il incline vers le sud et plus encore lorsqu'il a reçu le Coïlegio et le Preto et, au-dessous, le Muriahé; après avoir baigné les villes de Sâo-Fidelis, Campos et Sâo-Joâo da Barra, il se jette dans l'Océan, 43 kilom. au-dessous de ce dernier confluent.

Le cours du Parahyba du Sud est évalué à 950 kilom.; pour son étendue et le volume de ses eaux, il n'aurait pas grande importance parmi les affluents de l'Amazone , mais néanmoins c'est un des fleuves les plus importants du Brésil pour la communication et le commerce intermédiaires entre quelques villes et les principaux bourgs qu'il baigne, et plus encore parce que c'est la principale artère commerciale des villes de Sào-Fidelis, Campos et Sào-Joào da Barra qui se trouvent , la première à 80 kilom., la deuxième à 40 kilom. de son embouchure, et la troisième à son embouchure même, sur la rive droite. Jusqu'à 3 kilom. au-dessus de Sào-Fidelis, la navigation est facile dans toutes les saisons pour les navires côtiers et les bateaux à vapeur; mais depuis ce point, commencent les chûtes ou Itapôbas d'où ne peuvent descendre que des radeaux chargés de bois. Ces obstacles se rencontrent, quoique moins considérables, dans tout le cours supérieur du fleuve, mais comme ils ne sont pas continus, ils permettent la navigation intermédiaire; en outre, ces chûtes ont perdu leur ancienne importance et sont annullées par le chemin de fer de Pedro II qui traverse en plusieurs endroits le Parahyba de l'ouest à l'est, ainsi que par d'autres voies ferrées secondaires, en construction ou projetées, qui ont pour but de le rejoindre, par l'est, a Campos, et par le sud et l'ouest, d'aller jusqu'à la province de Sâo- Paulo par des ramifications logiques et nécessaires de cette voie principale, qui ne doit ni ne peut négliger les facilités de communication avec les riches et fertiles provinces de Sâo-Paulo et de Paranà, tout en continuant sa direction vers le bassin da Sâo-Francisco.

Le nom de Parahyba (du Sud pour le distinguer de celui du Nord qui coule au nord du Brésil, dans la province dn môme nom) est composé de deux mots de la langue tupy ' Bwrf qui signifie fleuve, et kyba, eau claire. Nous devons pourtant remarquer que les eaux de ce fleuve sont troubles, mais elle3 deviennent bientôt limpides et d'autant plus appréciées qu'elles sont longtemps gardées: elles ne contiennent pas de principes végétaux en dissolution, mais seulement des principes minéraox, de l'argile et du sable qui déposent au fond du vase qui les contient.

L'eau salée ne va pas au-delà de 300 mètres au-dessus de l'embouchure du fleuve et le flux des marées a pour limite la Barra-Secca qui se trouve à 34 kilom. au-dessus de sou embouchure.

Si le Brésil ne peut pas s'enorgueillir d'être riche en lacs d'une étendue extraordinaire comme en possèdent quelques pays, en compensation , il en a un nombre incalculable , principalement dans la vallée de l'Amazone.

Nous négligerons le lac Xaraes dans Matto-Grosso , qui est une mer périodique pendant quelques mois de l'année, formée par la crue et le débordement du Paraguay, ordinairement d'avril à septembre, couvrant un espace de 250 kilom. et, en certaines occasions, de 400 kilom.; nous ne nous occuperons pas non plus de vastes lacs d'alluvion , plus ou moins durables, dans d'autres provinces; les principaux lacs et lagunes permanentes feront seuls l'objet de cette étude.

En commençant par le sud, nous trouvons dans la province de Sâo-Pedro do Rio-Grande les lacs nommés Lagôa dos Patos, Lagôa-Mirim et Mangueira.

Le lac dos Pafos a 300 kilom. de long sur 70 kilom. de large; il communique au nord avec le lac Vianuio et au S.-O. avec le lac Mirim par un canal qui, parce qu'il a un courant, est nommé Rio de Sào-Gonçalo , et du côté du S.-E. il se jette dans l'Océan par un autre canal, nommé Bio-Grande, qui est la communication maritime de la province. Le lac Yiamao (Yia-mao: J'ai vu la main) est ainsi nommé parce que quatre cours d'eau qui se jettent dans ce lac, semblables à quatre doigts, forment avec celui-ci une immense main ouverte. Ces quatre cours d'eau: le Jacuhy, le Cahy, le Sinos et le Gravatahj sont tous navigables, ainsi que le canal ou fleuve de Sâo- Gonçalo qui forme le pouce de cette poétique main hydraulique. Le Viamâo baigne la ville de Porto-Alegre.

Le lac Mirim a 175 kilom. de long sur 45 de large; il reçoit les eaux du Jaguarào et celles du Taquary et du Celofofy qui lui viennent de l'Etat Oriental; il reçoit, en outre, de nombreuses petites rivières.

Le lac Mangucira, long et étroit, se trouve entre le lac Mirim et l'Océan.

Dans l'île de Sainte-Catherine se trouve un lac de 13 kilom. de long sur 2200 mètres dans sa plus grande largeur, mais qui se rétrécit vers le milieu jusqu'à cent mètres au point de former presque deux lacs distincts, plus ou moins profonds et très-poissonneux. A cause des innombrables oiseaux aquatiques dont elle était autrefois peuplée et qui la fréquentent encore aujourd'hui, les premiers conquérants ont donné à ce joyau insulaire du Brésil le nom à'Ilha dos Patos (Ile des Canards).

Dans la province de Rio de Janeiro, outre les lacs petits et poissonneux dans le voisinage de la capitale de l'empire, d'autres lacs ou lagunes s'étendent, en formant une suite plus ou moins interrompue, de Campos à Macahé et au Cap-Frio; puis, en arrivant à Saquarema et de là jusque près des faubourgs de Nictheroy, se trouvent de nombreux et vastes lacs qui se succèdent les uns aux autres, tantôt avec communication entr'eux, tantôt séparés par un étroit espace. Ces lacs pourraient, au moyen d'un travail très-facile, établir une excellente voie de communication intérieure, à l'abri de tout danger, dans le voisinage du littoral. Ces vastes lacs, en beaucoup d'endroits séparés à peine de l'Océan par d'étroites murailles de sable, sont d'après l'opinion du savant Brésilien Candido Baptista de Oliveira, d'anciens mouillages fermés par les sables de l'Océan. En attendant que l'art des hommes tire parti, pour les communications commerciales, de cette énorme surface d'eau plus ou moins profonde , mais certainement navigable dans toute son immense étendue, et qui ne demande pour cela qu'une canalisation presque naturelle dans ces étroites zones de sable, ces lacs se vengent généreusement de l'oubli dans lequel on les laisse, en donnant à la population pauvre de leur voisinage, qui se livre presque exclusivement à la pêche, non-seulement poulies environs, mais aussi pour les municipes limitrophes et même pour la capitale de l'empire, la plus grande abondance de poissons fins et délicats qu'ils soit possible d'imaginer.

Dans la province d'Alagôas, on compte parmi les principaux lacs: le Jiquià, formé par la rivière du même nom, a*

nord du Cururipe, avec environ 35 kilom. de long sur 6 kilom. de large; il est poissonneux et saumâtre; et le Manguàba avec 66 kilom. de long et 6 kilom. de large, divisé par un canal en lac du Nord et lac du Sud; ce dernier est le plus grand; ils sont l'un et l'autre navigables pour de grandes pirogues et se déchargent dans le canal qui porte le nom de Rio das Alagôas.

La Guyane brésilienne en compte un grand nombre dont les principaux sont: le lac Saracâ, par le moyen duquel se communiquent les rivières Urubû et Anïbâ; ce lac est encore peu connu; et le Lago-Grande da Villa-Franca ou, mieux nommé, Lago-Grande das Campinas qui désigne le bassin d'eau douce le plus étendu dans la région amazonienne de la province du Parâ, d'après l'excellent livre intitulé a La région occidentale de la province du Parâ» de M. O.-S.-Fcrreira Penna, aux études consciencieuses duquel on doit la connaissance de ce lac très-intéressant, entouré d'autres lacs innombrables de toutes les dimensions, depuis 20 mètres jusqu'à 18,000 mètres d'étendue; ce lac, qui communique avec l'Amazone, n'a pas moins de 88 kilom. de long, sur une largeur de 1000 à 4500 mètres jusqu'à la Ponta dos Campos, où sa rive droite disparaît à Thorizon. La même raison qui nous a fait négliger le lac Xaraes et tous les autres lacs périodiques, nous empêche de donner sur celui-ci une description complète, ce qui, d'ailleurs, serait très-facile aujourd'hui, attendu que l'infatigable explorateur ci-dessus mentionné nous dit que l'aspect imposant que présente pendant l'hiver le Lago-Grande das Campinas change complètement en été, tous les innombrables lacs partiels disparaissent et le Lago-Grande, qui auparavant semblait sur une vaste étendue aussi large que V Amazone lui-même, se trouve réduit aux conditions d'un petit igarapé de trois à quatre cents mètres de largeur. Outre le Lago-Grande das Campinas, la province du Parâ et celle de l'Amazone comptent encore un très-grand nombre de lacs qui sont plus ou moins sujets aux conditions variables et temporaires de ce dernier.

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