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CHAPITRE IX

Productions naturelles du Brésil.

Celui qui pourrait imaginer le Brésil avec toute son opulence dans les trois règnes de la nature, se révélant complètement le jour de sa découverte et de sa conquête par les Portugais, s'étonnerait sans aucun doute et déplorerait le contraste énorme que présentait la misère aveugle de l'homme, de l'Indien sauvage, entouré de cette immensité de trésors qu'il foulait aux pieds parce qu'il n'en connaissait pas la valeur.

Et bien, plus de trois siècles et demi se sont déjà écoulés ; depuis un demi-siècle, la colonie portugaise est devenue un empire indépendant; depuis plus longtemps encore, l'Indien a abandonné le territoire de ses hordes et de ses, tabas aux sociétés, aux bourgades, aux bourgs et aux villes de l'homme civilisé; de hardis aventuriers ont pénétré dans les déserts; de savants voyageurs et des explorateurs européens et brésiliens ont multiplié de vastes excursions et des études très -importantes; des commissions du gouvernement, depuis les époques les plus anciennes jusqu'aux dates les plus récentes, des compagnies industrielles, guidées par des calculs d'intérêt très -légitimes et en même temps très-patriotiques, ont agi avec une ardeur égale, navigué et exploré .des cours d'eau, remonté et traversé des chaînes de montagnes, exploité les vallées désertes, envahi les profondes forêts, parcouru les plaines et les champs immenses, et pourtant l'homme agrandi par son intelligence est encore petit et humble devant la majesté de la nature brésilienne dont l'opulence est encore loin de lui être révélée tout entière.

Il y a quelques jours, le 29 septembre dernier, M. le docteur Couto de Magalhàes, l'organisateur illustre, consciencieux et très -dévoué de la compagnie de navigation du Tocantins et de l'Araguaya, en lisant devant l'Institut historique et géographique brésilien un précieux mémoire, a présenté cinq itinéraires différents, par lesquels se manifeste facile la communication des deux grands bassins do l'Amazone et de La Plata par l'intérieur et les lignes limitrophes du Brésil; il a calculé, seulement dans cette région qui s'étend de Matto-Grosso au Parâ, une surface d'environ 1,760,000 kilom. carrés où n'habite pas un seul homme civilisé et qui n'abrite que des hordes nombreuses d'Indiens qui s'y sont réfugiés.

Jusqu'où ira la révélation des richesses de cette vaste surface, ainsi que d'autres territoires semblables et encore inconnus en diverses parties de l'immense intérieur du Brésil? C'est ce qu'il est impossible de dire.

Une si grande ignorance des richesses colossales, perdues ou cachées dans ces immenses déserts, s'explique parfaitement par le peu de population de l'empire dont le chiffre n'atteint pas à treize millions d'habitants dans une contrée qui sera un jour occupée par plus de cent millions d'hommes laborieux et aura encore des terres disponibles à offrir aux nouveaux arrivants.

Mais le calcul de ce qu'on ne connaît pas encore est facile à faire par ce qui est connu et exploré en des territoires voisins et dans des conditions naturelles à peu près identiques.

Le Brésil surpasse en richesse minérale tous les pays du monde; son sein renferme et révèle les productions minérales les plus variées, que la nature n'a fait que partager entre les contrées les plus fortunées. Encore très-imparfaitement connu, sous le point de vue de l'étendue et de la variété de ses trésors minéraux, depuis longtemps son opulence manifestée étonne le monde.

Dans un tableau général qui se borne à nommer les produits naturels du règîie minéral, et les provinces où ils abondent le plus, nous nous contenterons de la mention de ceux qui

Mackdo, Brésil. 8

sont déjà exploités ou dont la présence est évidente, et dans les cas fort rares où nous nous laisserons guider par des indices presque certains, nous aurons le soin de déclarer ces exceptions.

Pierres précieuses: Diamants, dans le nord de Minas-Geraes; à Bahia, Goyaz et Matto-Grosso , vers lesquelles rayonne la formation diamantine qui part de la première de ces provinces. On en trouve également au Paranà, dans les roches itacolumitiqucs , et dispersés dans le lit et sur les rives du Tibagy.

Emcraudes, rubis, sa})7iirs, topazes, aigues-marines et jargons, principalement à Minas-Geraes.

Grenats, dans tout le Brésil; très-communs dans les granits de Rio de Janeiro; les améthystes de belle qualité sont également très-communes.

Quartz et ses variétés, en abondance dans tout l'empire; de magnifiques cristaux de roche, des agates, des chalccdoincs, des cornalines, en grande quantité à Minas-Geraes, Goyaz, Sâo- Paulo et Rio-Grande do Sul.

Minerais métallifères: Or, plus ou moins dans toutes les provinces; il abonde principalement à Minas-Geraes, Matto- Grosso, Goyaz, Maranhâo (dans le district de Tury-assù), Sâo- Paulo, Paranâ, Rio-Grande do Sul (dans le district de Lavras), Cearâ (sur les versants de la chaîne d'Ibinpaba, dans celle da Mangabeira, près de Granja, et dans les chaînes voisines de Baturitc) ; Rio-Grande do Norte et Parahyba dans les formations quartzeuses; avec du platine et de Yiridium dans les alluvions à Minas-Geraes, et encore dans cette même province, combiné avec d'autres métaux, tels que: la tellure, dans les filons de quelques mines, et uni au palladium en quelques endroits, et avec des galènes presque partout.

Bismuth, à Sào-Vicente, et des pyrites arsenicales dans les environs de Marianna, à Minas-Geraes.

Argent, dans les galènes; métallique: on en trouve des indices au Cearà, à Bahia (sur les rives du fleuve Sûo-Francisco), Sâo-Paulo (dans les districts de Sorocaba et de Xiririca) et à Minas-Geraes (à Abaeté).

Cuivre, abondant à Matto-Grosso et à Rio-Grande do Sul, et aussi à Minas -Geraes, Bahia, Cearâ et Maranhâo, à l'état natif, en celui d'oxyde et de carbonate vert.

Etain, à Minas -Geraes (dans les sables de la rivière Paraopeba), h Rio de Janeiro dans quelques granits, et des vestiges encore mal étudiés au Céara et à Santa-Catarina.

Plomb y fréquent à l'état de galène, abondant à Sâo-Paulo (dans les districts d'Iporanga et de Sorocaba, Minas -Geraes, Bahia, Parahyba do Norte, Rio de Janeiro et Santa-Catarina; en formations plus récentes à Bahia, Cearâ (dans la chaîne Araripe), et dans cette môme province en gisements dans la chaîne tflbipaba.

Blende (sulfure de zinc), au Cearâ; dans cette même province on trouve de forts indices de calamine.

Antimoine, à Minas-Geraes et Paranâ.

Arsenic, à Minas-Geraes accompagnant la pyrite , dans les mines d'or, et formant la scorodite par sa combinaison avec le fer.

Fer, dans tout le Brésil, sous ses formes et états multiples ; magnétique, à Minas-Geraes, formant une montagne colossale (à Itabira), et d'autres presque égales, à l'état ftoligiste et de fer micacé; en gisements dans les provinces de Sâo-Paulo (à Ipancma), de Paranâ et de Matto-Grosso; on en trouve encore de riches mines à Sâo-Paulo, Cearâ, Rio-Grande do Norte et Parahyba; il se manifeste franchement en d'autres provinces, avec l'avantage d'être entièrement dépourvu de pyrite, ce qu'on ne voit même pas dans les mines si renommées de la Suède.

Boches: Granitiques, en abondance partout; on en remarque principalement une jaune foncée au Cearâ, et de blanches à Santa-Catarina, excellentes pour la construction.

Gneiss, de beaucoup de variétés, quelques-uns de caractère itacolumitique , excellents pour le pavage des rues et la construction de murailles.

Quartettes, porphyres de couleur rose ou noire avec des cristaux blancs de feld- spath et de diorite, vert clair et foncé, abondent en tant d'endroits qu'on ne peut môme pas les déterminer.

Calcaires. Calcaires saccharoïdes , fréquents et, en grande partie, éruptifs dans les gneiss. Ils se recommandent par de très-belles variétés de marbre noir à Sâo-Paulo, blanc à Bahia, rose à Minas, et d'autres non moins estimables à Rio de Janeiro, Espirito-Santo et Rio -Grande do Sul. On trouve aussi de très-beaux marbres à Matto-Grosso.

Chaux de sambaquis ou de coquilles: elle est fabriquée, pour les constructions du littoral, d'énormes amas et de bancs de coquillages qui se forment dans les anses, et de madrépores qui suivent la côte des Abrolhos vers le nord.

Marnes crétacées, à Maranhâo et Parabyba.

Gypse, abondant à l'état fibreux à Minas-Geraes, Rio-Grande do Norte, Cearâ, Maranhâo et Amazonas.

Argiles. Argile colorée et blanche, partout; on l'emploie avec avantage à la fabrication des tuiles, des briques, de la poterie, des pipes etc.

Kaolin ou terre à porcelaine, abondante sans être commune, et n'a pas toujours la pureté nécessaire pour la fabrication de bonne porcelaine.

Argile réfractairc, de beaucoup de variétés au Cearâ et en d'autres provinces, d'excellente qualité déjà examinée et reconnue en Europe.

Houille. A Rio-Grande do Sul (au ruisseau dos Batos et au Jaguar ao), à Santa-Catarina (près de la rivière Tubarao, à Boa-Yista, à Sào-Paulo, au Cearâ et, par de justes inductions, sa présence s'annonce au Piauhy; à Maranhâo et dans la vallée de l'Amazone où, près de Mandos, on prétend en avoir reconnu. C'est un trésor précieux qui ne devait pas manquer au Brésil, et dont on tirera bientôt un parti avantageux au point d'en exporter au lieu d'en importer comme on l'a fait jusqu'à présent.

Lignite. Du lignite, à Sâo-Paulo; de la tourbe plus ou moins pure et des schistes bitumineux , quelques-uns de nature tourbeuse, dans presque tout le Brésil. t

Près de l'embouchure du Camamû, des schistes jaunes donnent par distillation une substance solide semblable à la naphthaline et un carbure d'hydrogène très -volatil qui con-

Tient à l'illumination; des chistes semblables s'annoncent à Maranhâo.

Graphite. Au Cearâ où il abonde par morceaux dans le gneiss, et en paillettes dans les calcaires saccharoïdes éruptifs, et aussi à Rio -Grande do Sul.

Soufre. Natif à Rio-Grande do Norte.

Sels. Salpêtre, on l'exploite principalement dans le lit des cavernes calcaires de Minas-Geraes, Matto-Grosso, Cearâ, Bahia et d'autres provinces, principalement de Piauby où l'on en trouve abondamment.

Alun, à Minas-Geraes, Paranâ, Cearâ et d'autres provinces, ainsi que du sulfate de magnésie et de soude.

Sel gemme, à Matto-Grosso, Para et Mina9-Geraes; il abonde à Goyaz et au Piauhy, mais très -chargé de sulfate de magnésie.

L'argile est souvent saturée de sel ordinaire.

On extrait aussi le sel des podostèmes qui végètent sur les rochers noyés du Rio-Negro.

L'efflorescence saline du chlorure de sodium des gneiss depuis la chaîne d'Uruburetama jusqu'à celle de Meruôca au Cearâ, mérite une mention spéciale.

Eaux minérales. Le Brésil possède de nombreuses sources d'eaux minérales de diverses sortes; mais beaucoup d'entre elles n'ont pas encore été analysées scientifiquement; nous ne mentionnerons ici que les plus connues et éprouvées.

Eaux acidulées gazeuses, dans la province de Minas; les Virtuosas da CampanM, et celles de Caxambû ou de Baependy dans ce municipe; et dans la province de Pernambuco, quelques sources à Pajehû das Flores. Les premières contiennent beaucoup d'acide carbonique et quelques sels en petite quantité, tels que: du bicarbonate de soude, du chlorure de magnésium, de sodium, de calcium et du sulfate de soude ; les autres contiennent moins d'acide: elles ressemblent beaucoup aux eaux de Seltz,

Eaux alcalines thermales, dans le district de Santa-Cruz, province de Goyaz, dans les endroits nommés: CaMas-Novas, CaldaS'Velhas et Caldas de Parapitinga; des premières, treize sources sont utilisées pour les bains et les autres négligées;

des secondes, les nombreuses sources forment une rivière; les troisièmes se réunissent en un lac de 26,50 mètres de long sur 5 à 6 mètres de large. Les sels prédominants de ces eaux sont des chlorures, des carbonates et des silicates de potasse, de soude, de chaux, de magnésie, et de l'alumine en petite quantité; leur température varie, en général, de 34 à 36°; celle des eaux du lac ci- dessus mentionné est plus élevée et arrive, en certains endroits , à 48 0 ; elles sont d'une grande efficacité contre les dartres et d'autres maladies de peau, les rhumatismes chroniques, les ulcères, etc.

Eaux ferrugineuses, dans presque tout le Brésil; dans le municipe de la capitale de l'empire, il y a au moins dix sources importantes, dont deux dans l'intérieur de la ville; dans la province de Rio de Janeiro, on en connaît onze, dans celle de Minas-Geraes sept, et d'autres à Maranhào, Piauhy, Espirito- Santo, Sâo-Paulo etc.

Eaux salines, les plus remarquables dans la province de Bahia sont celles de Yltapicurû; elles viennent des montagnes voisines de la rivière Itapicurû et s'étendent environ 72 kilom. le long des rives de celui-ci; les principales de ces sources sont les suivantes: Mae cT Agita do Cipô, près du bourg de Soure, do Mosquete, du bourg à? Itapicurû et ffio-Quente. Elles ont été examinées et analysées : leur température est plus élevée que celle de l'air ambiant, et celle des diverses sources varie de 31° à 41°; elles contiennent de l'acide carbonique, du sulfate de soude, du chlorure de sodium, de calcium et de magnésium, de l'acide silicique et du peroxyde de fer en petites quantités; elles sont purgatives et utiles contre les dartres et les maladies cutanées.

Eaux thermales, dans la province de Santa- Catarina, connues sous le nom de Caldas de Bitteneourt (température 351/*0), Caldas do Sul do Cubatào (45°), Caldas do Norte do Cubatào (36°) et Caldas do Tubarâo. Ces eaux ne sont nullement sulfureuses et sont efficaces dans les cas de paralysie, rhumatisme chronique etc. Dans le Sertâo do Seridô, province de Rio-Grande do Norte, et dans la Lagôa-Santa à Minas- Geraes et en d'autres provinces on compte des sources pure-

ment thermales dont les vertus sont préconisées, mais non encore étudiées comme l'exige la science. A quelques lieues au sud de la ville de Cuyabà, près de la baie do Frade, il y a encore une source d'eau thermale qu'a visitée M. DevUle, compagnon du savant voyageur M. de Castelnau: il y a trouvé une température de 35° centigr. L'illustre et très-modeste M. le conseiller Beaurepaire de Rohan, lorsqu'il était président de la province de Matto-Grosso, a recueilli des informations au sujet de cette source.

Eaux sulfureuses thermales et froides: thermales, dans la province de Minas, quatre sources, dont trois à 40 kilom. du bourg de Caldas et une sur la rive droite du Rio -Ver de, à 6 kilom. de distance du même bourg; elles ont toutes une température de 42°; ce sont les principales et les plus fréquentées du Brésil. Dans la province de Rio-Grande do Norte, au bourg à'Apodi, se trouve également une source d'eau thermale sulfureuse d'une température moins élevée; l'usage de ces eaux est connu. Sulfureuses froides, en grande abondance et connues de longue date, sur les limites des provinces de Minas-Geraes et de Goyaz; il se trouve également des sources de ces mêmes eaux sur les rives du Rio-Yerde, à Minas-Geraes, et encore dans la colonie Theresa (province du Paranâ) d'après les renseignements du docteur Faivre.

Presque toutes ces eaux minérales, leurs sources, leur analyse et leurs applications sont déjà indiquées dans le Formulaire de M. le docteur Chernoviz; mais le nombre de celles que nous n'avons pas mentionnées parce qu'elles sont encore mal connues ou non analysées, est beaucoup plus considérable. Il est certain que le Brésil possède assez d'eaux minérales, de diverses sortes, pour fournir aux malades les secours qu'offrent les différentes sources minérales du monde entier.

Le règne végétal se montre aussi opulent : la flore brésilienne n'a point de supérieure connue dans le monde; la science y trouve un vaste champ pour de nouvelles conquêtes et compte déjà par milliers les espèces déterminées. Des forêts séculaires, majestueuses et immenses font l'admiration de l'homme et semblent renfermer de profonds et mystérieux trésors naturels; le

sol abonde partout en produits qui suffisent et au-delà, à toutes les exigences de la science médicale, aux différents arts, à l'industrie et au commerce.

La construction civile et navale dispose de bois en quantité bien supérieure à ses besoins. Dans les anciennes et lourdes maisons construites par les Portugais et leurs descendants, on trouve encore aujourd'hui des poutres, des solives, des étais et des piliers qui ont déjà résisté à l'action d'un siècle entier et qui pourtant sont aussi sains que le premier jour; des bois dont la dureté et la résistance presque semblable au fer, ont servi, pour ainsi dire, de première cuirasse aux navires cuirassés qui sont sortis de nos chantiers depuis 1866. La menuiserie et l'ébénisterie reçoivent le plus précieux tribut des arbres du Brésil pour leurs ouvrages les plus délicats, les plus beaux et de plus longue durée, et réalisent des travaux en marqueterie où la variété des nuances des différents bois ne laisse rien à désirer et qui sont supérieures en beauté aux vraies mosaïques.

Pour les constructions civiles et navales, parmi beaucoup d'autres espèces, se recommandent: le bois de fer, le peroba, le tapinhoa, le bois-brésil, le jacarandà noir, le corcunda, le cabiuna, le sucupira, le cèdre, le massaranduba, l'itaoba, le pequiâ, le sapucaia, le baraûna, le tortueux mais éternel camarâ (pour le sol) et qui convient, surtout à cause de sa forme, aux membrures des navires, le laurier etc.

La menuiserie possède le vinhatico, le marapinima, l'oleo, le jacarandà, le saboarana, le gonçalo-alves , le bois-d'ivoire, le bois-satin, le maracutiara, le muira-piranga et cent autres encore pour ses travaux et ses ornements.

La teinturerie, cette industrie très-arriérée, néglige mille ressources et ne tire à peine parti que du bois-brésil, de l'indigo, du tatagiba, du cumaté, du campêche, du rocou et de quelques autres plantes d'une utilité déjà éprouvée.

La gravure sur bois, dans ses premiers essais au Brésil, remplace le buis par le grumarim et peut-être en trouvera-t-elle beaucoup d'autres parmi les bois non encore essayés.

La science médicale a, pour le traitement des maladies, d'innombrables végétaux dont la puissante action est déjà re-

connue. Le docteur Joaquim José da Silva qui a été professeur de l'Ecole de médecine de Rio de Janeiro et praticien trèshabile et distingué, a rendu de grands services à la science en essayant et employant dans sa clinique beaucoup de ces végétaux. Dans le Formulaire ou Guide médical du docteur Chernoviz, se trouvent décrites des plantes médicinales indigènes du Brésil en nombre assez considérable. Ainsi, rappeler l'excellence et l'abondance extraordinaire de la salsepareille, de l'ipécacuanha, de l'urari, du guaranà, de la carôba, du pâo-pereira, de l'abutûa, du tamaquaré, du pipi, du timbô etc. indique à peine de notre part le désir de donner quelques exemples tout-à-fait insuffisants.

Avec une abondante végétation spontanée, s'offrent diverses espèces du genre myristica: celle qui produit du suif {myristica sebifera), si connue au Cearâ, est la même qu'on rencontre dans la Guyane française ; à Sâo-Paulo, l'espèce vulgairement nommée bicuiba ou bucuhuba s'emploie en guise de noix muscade et de là lui vient le nom de noix muscade du Brésil, c'est le myristica officinalis de Martius; ses graines sont très-oléagineuses, peut-être produisent-elles aussi du suif. On rencontre également en abondance deux espèces, peut-être davantage du genre siphonie dont on extrait le caoutchouc; outre les seringueiras, il y a encore les mangabeiras (de la famille des apocynacées), mais dont le caoutchouc est de qualité inférieure, ainsi que l'ont prouvé les premières expériences faites en Angleterre; la sève laiteuse de ces dernières est préconisée comme un remède souverain contre les maladies de poitrine, et leurs fruits délicieux les font cultiver avec soin. Le palmier carnaûba (corypha cerifera d'Arruda, ou copernicia cerifera de Martius), qui dans certaines provinces du nord couvre de vastes territoires, est un végétal d'une utilité multiple: son tronc sert a la construction, son fruit est un excellent aliment pour l'espèce bovine, ses feuilles servent à la fabrication des chapeaux et à la couverture des maisons, et on en extrait aussi une poussière qui se liquéfie au feu et produit ce qu'on nomme cire de carnaûba; son écorce et ses racines sont également fort utiles. Le cacaoyer, la vanille et beaucoup d'autres arbres et plantes dont les produits

sont recherchés, l'herbe mate et le coco vulgairement nommé de Bahia sont aussi des produits abondants dont on fait un graud commerce. La paineira qui deviendra un des arbres les plus précieux pour l'industrie si jamais elle parvient à trouver le moyen de filer ses soyeuses et délicates painas de diverses couleurs, magnifique soie végétale qui ne sert pour le moment qu'à faire des coussins. L'andiroba, l'angico, le baume, le copahu, le jatobâ et beaucoup d'autres se distinguent par leurs qualités résineuses, laiteuses ou oléagineuses.

Dans la ville de Campinas, on donne le nom de balsamo (baume) à l'arbre qu'en d'autres points de la province de Sào- Paulo et Paranâ on nomme cubriuva, et dont la résine, outre qu'elle est médicinale, a la même application que l'encens d'Arabie. Le vénérable Amedée de Bonpland a assuré à M. le conseiller Beaurepaire de Rohan que c'est le même végétal nommé au Paraguay palo aVinccnsio.

Ce serait un travail long et fastidieux que d'énumérer les végétaux qui, par leurs feuilles, leur écorce ou leur bois sont d'une grande utilité pour la corderie, l'industrie textile et la fabrication du papier; ils sont innombrables et l'on n'en tire pas encore grand parti, parce que l'agriculture concentre et monopolise les bras, et que l'industrie ne fait que tenter ses premiers essais dans un pays qui lui offre des sources inépuisables de richesse et des horizons sans bornes.

Les piments y sont communs et variés, sans compter les exotiques.

Outre le manioc dont on extrait la farine qui est d'an usage presque général, on ne peut oublier, pour leur saveur agréable et leur condition alimentaire, les nombreuses variétés de manioc doux (aipim)) les caràs et les patates qui surabondent partout avec une culture très-facile: riches et pauvres s'en régalent et, sans doute, plus d'un pauvre laboureur, en entendant parler des souffrances de la population de l'Irlande, dans les années où la récolte de la pomme de terre vient à manquer ou à diminuer, rend grâce à Dieu lorsqu'il voit à sa disposition comme simples subsidiaires les aipins et les caràs qui, dans certaines variétés, équivalent chacun pour le moins au volume

de dix grosses pommes de terre. Les ignames, indigènes ou exotiques (le fait n'a pas encore été bien élucidé) sont aussi communs et aussi volumineux qu'ils sont injustement mal reçus sur les tables; par leur abondance et leur volume, ils sont d'une utilité considérable pour l'alimentation des porcs qui engraissent prodigieusement de cette nourriture saine et trèséconomique.

Les végétaux à fruits savoureux et délicats sont également nombreux, mais comme beaucoup d'entre eux sont déjà cultivés dans les vergers brésiliens avec les arbres exotiques introduits et acclimatés dans le pays , nous les réservons pour le chapitre suivant où, dans les informations à ce sujet, nous les distinguerons les uns d'avec les autres. Nous regrettons que le peu d'espace ne nous permette pas d'indiquer, même d'une manière très-succincte, quelques-uns des principaux fruits indigènes.

Dans le règne animal, le Brésil ne peut pas rivaliser avec l'Asie et l'Afrique pour les plus grands quadrupèdes ni pour les plus féroces: il n'a ni le lion, ni le léopard, ni l'éléphant, ni le rhinocéros etc., ni le chameau, ni le dromadaire , ni même l'ours et le loup d'Europe.

Dans le tableau suivant, nous ne mentionnerons pas les animaux exotiques, tels que: le cheval, le bœuf, le mouton etc., qui ont été introduits au Brésil, où ils sont d'un rapport extraordinaire.

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