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DES FORMES DE STYLE PROPRES A CHAQUE GENRE DE POESIE

1" Slyle de la poésie lijrirpœ; 2" stijle de la poésie épique;

îi" style de la poésie dramatique; 4" style de la poésie didactique;

5° style des genres accessoires.

Chaque genre de poésie a ses nuances différentes. ce La comédie, fait observer Voltaire, ne doit point se servir des tours hardis de l'ode, des expressions pathétiques de la tragédie, ni des métaphores et des comparaisons de répopée. » « Cette variété, dit Rollin, est fondée sur la nature, qui, ayant mis dans l'oreille un vif sentiment des sons , porte aussi à choisir différentes sorles de mesures, de cadences et d'ornements, selon les matières que l'on traite et selon les passions qu'on veut exprimer. »

Voyons donc quel est, indépendamment des formes générales du style poétique, le style propre à chaque genre de poésie en particulier.

1* Style de la poésie hjrique. " La parole, dit Fénelon, animée par les vives images, par les grandes figures , par le transport des passions et par le charme de l'harmonie , fut nommée le langage des dieux. » Tel est le caractère de l'ode. On doit donc trouver, dans les odes et dans les cantiques, suivant Rollin, une poésie toute de sentiments exprimés en vers courts, qui s'élancent par bonds, se dardent comme des traits, et secondent par leur marche prompte et rapide la v'vacité des saillies auxquelles Tàme s'abandonne. L'imagination active, d'où naît l'enthousiasme, c'est-àdire cette émotion interne qui agite l'esprit, a besoin d'expressions colorées , de tours pittoresques , de mou-

84 COURS LÎTTÉRATRK.

vemenls énergiques, d'apostrophes véliéinciiles , qui i;i produisent au dehors. « Elle crochette et furette, comme Montaigne l'a dit d'Horace, tout le magasin des mois et des figures pour se représenter, et les lui faut outre l'ordinaire, comme sa conception est outre l'ordinaire. « Mais il y a là^ justement un écueil. Le vol de l'ode entraîne parfois le poëte lyrique vers des régions pleines de nuages où s'égare sa pensée : son esprit se perd dans fampoulé et dans le gigantesque ; il se noie dans le faux et dans le galimatias. Et, comme le lait remarquer Fénelon, ce sont les poètes qui ont le plus d'essor, de génie, d'étendue, de pensées et de fécondité, qui doivent le plus craindre cet écueil. ^( C'est, ajoute-t-il, un beau défaut, c'est un défaut merveilleux. J'en conviens; mais c'est un vrai défaut, et l'un des plus difficiles à corriger. ^ Il importe donc que la raison et le goût, quand on compose, interviennent dans le choix des images et des expressions lyriques , et , quand on étudie les œuvres des autres, qu'ils empêchent l'imagination de se laisser prendre à un vain cliquetis de paroles sonnantes et à d'équivoques beautés. Boileau résume dans les vers suivants les règles nécessaires aux poètes lyriques et à ceux qui les lisent :

La plupart, emportés d'une fougue insensée.

Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée ;

Ils croiraient s'abaisser, dans leurs vers monstrueux,

S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux.

Evitons ces excès : laissons à l'Italie

De tous ces faux brillants l'éclatante folie.

Tout doit tendre au bon sens, mais, pour y parvenir,

Le chemin est glissant et pénible à tenir.

Ainsi, pour éviter cette chute ou pour ne pas s'y

laisser entraîner avec les mauvais poètes , il convient d'avoir présents à l'esprit les préceptes littéraires que nous avons formulés sur la poésie lyrique, en nous aidant des conseils de nos meilleurs écrivains.

2° Style de la poésie épique. Le poëme épique, qui

représente les grandes actions des héros , demande ,

suivant Rollin, une versification grave et majestueuse.

Il veut des vers qui marchent à plus grands pas que

ceux de l'ode, qui aient une mesure plus longue, qui

soient sans mouvements trop brusques ni trop précis,

et qui aient une noble chute. Mais il y a aussi un grand

art ou plutôt un très-heureux naturel à tempérer, par

quelques traits de simplicité , de délicatesse et de finesse,

les allures d'un poëme qui exige plus particulièrement

de la véhémence, de l'énergie, de la hardiesse et de la

majesté. " Seulement ces beautés, dit Voltaire, no

s'enseignent pas ; il y faut beaucoup d'esprit et de goût,

et il serait bien difficile de donner des leçons de l'un

et de l'autre. Entre le simple et le sublime, il y a une

infinité de degrés, de tons et de nuances, et c'est l'art

de les assortir qui contribue à la perfection de la poésie.

Or, la perfection consiste à savoir assortir toujours sou

style au sentiment actuel que l'on éprouve , à l'idée que

l'on veut exprimer. »

Ce sont là les conseils de Boilcau, quand il dit à un auteur d'épopée, en lui proposant Homère pour modèle :

Soyez vif rt presse dans vos narrations; Soyez riche et pompeux dans vos descriptions : C'est là qu'il faut des vers étaler l'élégance; N'y présentez jamais de basse circonstance.

Que le début soit simple et n'ait rien d'affecté ;

86 COUnS LITTERAIRE.

M'allez pas, dès l'abord, sur Pégase monté ^

Crier à vos lecteurs d'une voix de tonnerre :

■ Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre, »

Que produira l'auteur, après tous ces jjrands cris?

La montagne en travail enfante une souris.

De figures sans nombre égayez votre ouvrage;

Que tout y fasse aux yeux une riante image :

On peut être à la fois et pompeux et plaisant,

Et je hais un sublime ennuyeux et pesant.

J'aime mieux Ariosle et ses fables comiques,

Que ces auteurs toujours froids et mélancoliques.

Qui, dans leur sombre humeur, se croiraient faire affront

Si les Grâces jamais ne déridaient leur front.

On dirait que pour plaire, instruit par la natur«,

Homère ait à Vénus dérobé sa ceinture.

Son livre est d'agréments un fertile trésor :

Tout ce qu'il a touché se convertit en or;

Tout reçoit dans ses mains une nouvelle grâce;

Partout il divertit, et jamais il ne lasse.

Une heureuse chaleur anime ses discours :

Il ne s'égare point en de trop longs détours.

Sans garder dans ses vers un ordre méthodique,

Son sujet de soi-même et s'arrange et s'explique :

Tout, sans faire d'apprêts, s'y prépare aisément;

Chaque vers, chaque mot court à l'événement.

Aimez donc ses écrits, mais d'un amour sincère;

C'est avoir profité que de savoir s'y plaire.

11 résulte de ces observations que, si le style de l'épopée doit être avant tout noble, soutenu, élégant, la diversité des tableaux qui s'y déroulent suppose une variété de couleurs qui en bannit la monotonie et qui empêche les récits du poëte de devenir quelqu'une de CCS narrations plates et ennuyeuses que Voltaire a flétries du nom de fjazeltes en vers.

ÎVOTIO^S DE LIÏTERATUIŒ. 87

3" Style de la poésie dramatique. Comme le poëme dramatique , suivant Rollin , n'a ni la majesté du poëme épique, ni l'impétuosité des hymnes et des odes, il s'accommode mieux d'un style qui, donnant aux vers assez d'harmonie pour les élever au-dessus du langage vulgaire, leur laisse néanmoins une simplicité assez naturelle pour convenir aux entretiens des acteurs que l'on introduit sur la scène.

Si ce sont là les vraies qualités du style dramatique , le grand défaut du style tragique , c'est l'enflure , l'emphase et l'esprit. Fénelon, Boileau, La Bruyère, Voltaire, tous les bons esprits se sont élevés contre cette pompe déclamatoire. " 11 me semble, dit Fénelon, qu'il faudrait retrancher de la tragédie une vaine enflure, qui est contre toute vraisemblance. Par exemple, ces vers de Corneille dans Cinna ont je ne sais quoi d'outré '

Impatients désirs d'une illustre vengeance, iV qui la mort d'un père a donné la naissance, Enfants impétueux de mon ressentiment, Que ma douleur séduite embrasse aveuglément, Vous régnez sur mon ùme avecque trop d'empire i Pour le moins un moment souffrez que je respire, Et que je considère, en l'état où je suis, Et ce que je hasarde , et ce que je poursuis.

M. Despréaux trouvait dans ces paroles une généalogie des impatients désirs d'une illustre vengeance, qui étaient les enfants impétueux d'un noble ressentiment, et qui étaient embrassés par une douleur séduite. Les persoinies considérables qui parlent dans une tragédie doivent parler avec noblesse et vivacité ; mais on parle naturellement et sans ces tours si façonnés, quand la passion parle. Personne ne voudrait être plaint dans sou

malheur par son ami avec tant d'emphase. » Féneloîi dit encore : « Les traits du bel esprit sont déplacés et choquants dans un discours passionné où il ne doit rester de parole qu à la douleur. Une veuve désolée ne porte point le deuil avec beaucoup de broderies, de frisures et de rubans. »

Boileau professe les mêmes doctrines .

La nature est en nous plus diverse et plus sage; Chaque passion parle un différent langage : La colère est superbe et veut des mots ailiers; L'abattement s'explique en des termes moins fiers.

Peignez-nous, j'y consens, les héros amoureux; Mais ne m'en formez pas des bergers doucereux. Gardez donc de donner, ainsi que dans Clélie, L'air ni l'esprit français à l'antique Italie, Et sous des noms romains faisant notre portrait. Peindre Gaton galant et Brulus dameret.

La Bruyère dit également : « Certains poètes sont sujets, dans le dramatique , à de longues suites de vers pompeux, qui semblent forts, élevés et remplis de grands sentiments. Le peuple écoute avidement, les yeux élevés et la bouche ouverte, croit que cela lui plaît, et, à mesure qu'il y comprend moins, l'admire davantage : il n'a pas le temps de respirer, il a à peine celui de se récrier et d'applaudir. J'ai cru autrefois , et dans ma première jeunesse, que ces endroits étaient clairs et intelligibles pour les acteurs, pour le parterre et l'amphithéâtre ; que leurs auteurs s'entendaient euxmêmes, et que, avec toute l'attention que je donnais à leur récit, j'avais tort de n'y rien entendre : je suis détrompé. «

Enfin, Voltaire s'élève avec la même vivacité contre

les vers boursouflés et sonores , qui ne disent rien et qui ne font qu'étaler sur le théâtre un ridicule galimatias. " Les spectateurs veulent savoir d'où vient le personnage, ce qu'il est, ce qu'il veut faire, ce qu'il veut dire : les ornements sont vains , les amplifications sont oiseuses, lors même qu'elles présentent de grandes images. " Il veut aussi que l'on bannisse du style tragique l'esprit, les pensées recherchées et problématiques, les jeux de mois , les pointes, les épigrammes , les antithèses puériles, que réprouve le genre sérieux : il veut que la diction soit pure et sans équivoque, que chaque mot trouble les âmes sensibles et les pénètre, que le dialogue soit l'entretien d'hommes qui s'expriment avec une simplicité noble et touchante. « Combien sont supérieurs , dit-il , à toutes les images fleuries et brillantes ces vers simples et naturels de Corneille : Cinna, tu t'en souviens, et veux m' assassiner.

Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie.

Cette noble simplicité, que n'a point toujours Corneille , est très-fréquente dans Racine et forme une de ses qualités les plus éminentes. Ce n'est pas ce qu'on appelle esprit, mais le sublime et le simple qui font la vraie beauté. En effet, le danger et les passions ne visent point à l'esprit. Priam et Hécube ne font pas d'épigrammes, quand leurs enfants sont égorgés dans Troie embrasée. Didon ne soupire pas en madrigaux, qtiand elle vole au bûcher sur lequel elle va s'immoler. » Que conclure de tout ceci ? C'est que dans la tragédie, quelles qu'en soient la hauteur et la noblesse, il ne faut rechercher ni les pensées , ni les tours , ni les

expressions, ni los traits, et que là, comme dans Ions les grands ouvrages, l'art consiste à bien raisonner sans vouloir faire trop d'arguments, à bien peindre sans vouloir tout peindre, à émouvoir sans vouloir toujours exciter les passions. « Le grand art, dit Voltaire, est dans rà-propos... Le style Tort et vigoureux, tel qu'il convient à la tragédie, est celui qui ne dit ni trop ni trop peu , et qui offre sans cesse des tableaux à l'esprit, sans s'écarter jamais de la passion et du sentiment. «

La comédie étant l'art d'enseigner la morale et les bienséances au moyen de l'action et du dialogue, le style du poëte comique doit être en harmonie avec le but même qu'il s'est proposé. Il est vrai que l'on va plus à la comédie pour rire que pour être instruit ; mais il faut que l'on soit instruit tout en croyant seulement rire. Aussi, bien que le ridicule plaisant de la comédie vienne , la plupart du temps , de ce que les personnages qui s'y meuvent sont empruntés à la vie commune , le naturel de leur langage ne doit jamais descendre jusqu'à la trivialité et à la bassesse. La comédie imite la nature, mais non pas la réalité.

Boileau donne ce conseil au poète comique :

Que son style humble et doux se relève à propos : Que ses discours, partout fertiles en bons mots, Soient pleins de passions finement maniées , Et les scènes toujours l'une à l'autre liées. Aux dépens du bon sens gardez de plaisanter : Jamais de la nature il ne faut s'écarter. Contemplez de quel air un père, dans Tércnrc, Vient d'un fils amoureux gourmandcr l'imprudence ; De quel air cet amant écoute ses leçons, Et court chez sa maîtresse onblier ces chansons.

NOTIONS DE LITTÉI\x\TURE. 91

Ce n'est pas un portrait, une image semblable,

C'est un amant, un fils, un père véritable.

C'est par là que ^lolière, illustrant ses écrits,

Peut-être de son art eut remporté le prix,

Si, moins ami du peuple, en ses doctes peintures.

Il n'eût pas fait souvent grimacer ses figures.

Quitté poi'.r le bouffon l'agréable et le fin,

Et sans honte à Térence allié Tabarin :

Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe

Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope,

J'aime sur le théâtre un agréable auteur,

Qui, sans se diffamer aux yeux du spectateur, -

Plaît par la raison seule et jamais ne la choque :

Mais pour un faux plaisant, à grossière équivoque,

Qui, pour me divertir, n'a que la saleté,

Qu'il s'en aille, s'il veut, sur deux tréteaux monté.

Amusant le Pont-jVeuf de ses sornettes fades ,

Aux laquais assemblés jouer ses mascarades.

La comédie qui descend à ce bas étage ne mérite plus que le nom de charge , de bouffonnerie ou de parade, et son langage n'est plus du style, mais du jargon. La vraie comédie garde le milieu entre la familiarité grotesque qui parle l'ignoble langue des tavernes et le marivaudage alambiqué, qui abuse jusqu'à la subtilité des tours ingénieux et des délicatesses raffinées. Ennemie de l'affectation et de l'enflure, elle sait tour à tour élever la voix, quand la passion l'édiauft^e, émouvoir par les accents naïfs de la sensibilité et de la tendresse , et provoquer le rire par des rapprochements ingénieux ou par des saillies imprévues. Une pensée fine, un air d'enjouement sont un défaut quand la raison seule ou la passion doit parler; mais que dire d'une comédie écrite d'un style froid , décousu , sans force et sans grâce? Mieux vaut encore la verve

qui s'égaie jusqu'à la licence. On peut être ennuyeux en écrivant bien, on Test bien davantage en écrivant mal.

En résumé , c'est à la poésie dramatique plus qu'à toute autre production de l'esprit que s'applique le sentiment de Voltaire sur l'excellence d'un vers français : « Je dis qu'un vers , pour être bon , doit être semblable à l'or, en avoir le poids, le titre et le son : le poids, c'est la poésie; le titre, c'est la pureté élégante du style ; le son, c'est l'harmonie. Si l'une de ces trois qualités manque, le vers ne vaut rien. ^ Mais si le vers est frappé au coin du génie, il circule, il passe de mémoire en mémoire, et les productions dramatiques qui recèlent de semblables trésors deviennent immortelles comme les œuvres de Corneille, de Racine et de Molière.

4" Style de la poésie didactique. * L'enthousiasme, dit Voltaire, est admis dans tous les genres de poésie oii il entre du sentiment ; quelquefois même il se fait place jusque dans l'églogue, mais le style des épîtres et des satires réprouve l'enthousiasme : aussi n'en trouve-t-on point dans les ouvrages de Boileau. » Qu'y trouve-t-on? Des vérités qui intéressent la morale et le goût, quelques peintures qui éveillent et flattent l'imagination , des maximes, des préceptes présentés à l'esprit de la manière la plus séduisante, et qui, formulés en vers bien frappés , entrent facilement dans la mémoire et s'y gravent en traits ineffaçables. C'est là tout ce qu'on est en droit d'exiger d'un poëme didactique. Que les idées se rangent dans un ordre naturel et se succèdent sans effort, que les réflexions se tournent en sentiments, que les peintures aient de l'éclat, et, s'il se peut, de la nouveauté. Seulement il ne faut pas croire que ces

qualités s'acquièrent sans étude. Boileau, qui a consacré toute sa vie à ce genre de poésie, dit avec raison :

Un poëmc excellent, où tout marche et se suit, N'est pas de ces travaux qu'un caprice produit : Il veut du lenips, des soins; et ce pénible ouvrage Jamais d'un écolier ne fut l'apprentissage.

Le même auteur insiste également sur la nécessité de conserver dans ces sortes d'écrits un ordre méthodique et une suite rigoureuse :

Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu. Que le début, la fin, réponrlent au milieu; Que d'un art délicat les pièces assorties N'y forment qu'un seul tout de diverses parties.

Voltaire, qui a excellé dans l'épître philosophique et morale, s'exprime à peu près dans les mêmes termes sur Tordre et sur le style des œuvres didactiques. « On est sur, dit-il, d'avoir rencontré le meilleur ordre possible, quand les pensées se prêtent un jour successif. Cet ordre doit produire deux effets ; l'auteur n'est jamais obligé de revenir sur ses pas; et le lecteur, en se fortiGant dans la première idée , apprend toujours quelque chose de nouveau : ce qui est une espèce d'uitérêt. Quant à l'expression, il faut avoir grande attention au mot et au tour le plus propre. Il n'y en a qu'une pour bien rendre une idée , il la faut nette et forte : choisir des verbes de mouvement; avoir attention de varier ses tours; conserver l'harmonie, ne prendre que des syllabes pleines, et ne pas faire de trop fortes inversions; avoir encore égard à la liaison du mot et du tour; travailler chacune des parties de toutes les forces de son esprit, n

94 COURS LITTÉRAÎIŒ.

Nous ne pouvons rien ajoiifcr à ces conseils.

5° Style des genres secondaires et accessoires. Coinme chacun des <i[enres secondaires ou mixtes se rattache à un des grands genres de poésie , les règles relatives au style des grands genres s'appliquent également à celui des genres secondaires : nous nous contenterons donc de quelques indications à ce sujet.

Pour hien réussir dans les ouvrages qui se rapportent au genre lyrique, et notamment dans la chanson, il faut de l'agilité et de la souplesse dans l'esprit , du sentiment et de la finesse, le goût du rhythme et de l'harmonie; ne point trop s'élever, ne point trop s'abaisser, ne pas être trop long.

« Les jeux de l'imagination, dit Voltaire, les finesses, les tours , les traits saillants , les petites sentences coupées, les familiarités ingénieuses ne conviennent qu'aux petits ouvrages de pur agrément. Ayez autant d'esprit que vous voudrez , ou que vous pourrez , dans un madrigal , dans des vers légers , dans une scène de comédie qui ne sera ni passionnée ni naïve, dans un compliment, dans un petit roman, dans une lettre, où vous vous égayerez pour égayer vos amis. »

Le style de l'idylle et celui de l'églogue doivent être simples et naturels : donner à ces deux poëmes l'élévation de l'ode ou de l'épopée , ce serait , comme l'a dit Boileau , charger d'or et de rubis la tête d'une bergère. Mais , d'un autre côté , il faut éviter de descendre à une rusticité basse et grossière.

Au contraire, cet autre, abject en son langage, Fait parler ses bergers comme on parle au village. Ses vers plats et grossiers, dépouillés d'agrément, Toujours baisent la terre et rampent tristement.

NOT[0?^S DE LlTïÉn ATTlr.E. 9Ô

La lecture des idylles d'André Cliénier fera compiiiidre quelle peut être la délicatesse touchante et naturelle de ce genre de poërae.

V.n général , le style de Tépigramme doit être léger, facile, incisif, mordant. Mais Voltaire fait observer avec raison qu il y a des épigrammes héroïques, qui présentent à la fin une pensée ou une image forte et sublime , en conservant pourtant dans les vers la naïveté convenable à ce genre. Telle est celle de Marot que nous avons citée.

On a distingué les madrigaux des épigrammes : les premiers consistent dans l'expression d'un sentiment; les secondes, dans une plaisanterie. De plus, dans une épigrammc il faut rimer richement : c'est un des mérites de ce petit poëme.

La fable admet tous les tons, tous les styles. La Fontaine a su y faire entrer, suivant les sujets, les qualités particulières à chaque genre de poésie : énergie, précision, naïveté, grâce, saillies, dignité, éloquence, harmonie. Uemarquons en outre, avec Vauvenargues, que le bon sens et la simplicité sont le caractère dominant de riuimitablc fabuliste : exemple qu'il est bon d'opposer à ceux qui cherchent la grtàce et le brillant hors de la raison et de la nature*. « La simplicité de La Fontaine, ajoute Vauvenargues, donne de la grâce à son bon sens, et son bon sens rend sa simplicité piquante, de sorte que le brillant de ses ouvrages nait essentiellement de ces deux sources réunies. »

De notre temps, il fiiut l'avouer, on donne peu d'attention aux petits ouvrages de poésie. L'étude sérieuse des sciences et de l'histoire ne laisse pas beaucoup de temps pour examiner si une ode, une épigrannne , une

on COURS LITTERAIRE.

épître sont bonnes ou mauvaises. Il n'y a guère que les œuvres dramatiques que l'on croie devoir examiner avec soin. Cependant rien n'est à mépriser dans les lettres et surtout dans la poésie, qui est l'expression la plus vive de la pensée humaine, et le goût trouve à s'exercer aussi bien sur les petits ouvrages que sur les grands.

On ne fera donc pas mal de suivre sur ce point les deux règles que Voltaire a posées comme infaillibles pour juger du mérite des genres accessoires de poésie : 1° Examiner si ce qu'on y dit est vrai, et d'une vérité assez importante et assez neuve pour mériter d'être dit; 2" Si ce vrai est énoncé d'un style élégant et qui convienne au sujet que traite l'auteur.

L'application judicieuse de cette double règle fera bien vite comprendre que le caractère propre de tout poëte raisonnable , à ne l'envisager que par le côté du style, est de n'être jamais géué dans ses expressions, qu'il soit tendre, sublime, plaisant, ou qu'il prenne le ton didactique , et de ne jamais suppléer par des termes singuliers à la sécheresse des idées.

NOTIONS DE LITTERATaRE. 97

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