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NARRATION FICTIVE

Le Docteur anglais, les Indiens et le Paria.

Un docteur anglais a été envoyé dans Tlnde par une académie avec un long programme de questions scientifiques et morales à résoudre. Après y avoir bien réfléclii , il réduit à trois les questions qu'il doit poser aux prêtres de Brabma : Par quel moyen peut-on trouver la vérité? Où faut-il la chercher? Doit-on la communiquer aux hommes ?

Pendant que le docteur réfléchissait dans son palanquin, il survint un de ces ouragans que l'on appelle aux Indes un typhon. Le vent venait de la mer, et, faisant refluer les eaux du Gange, les brisait en écume contre les îles de son embouchure. Los gens du docteur, dans la crainte d'en être écrasés, ou d'être submergés par les eaux du Gange, qui débordaient déjà leurs rivages, prirent leur chemin à travers les champs, en se dirigeant au hasard vers les hauteurs voisines. Cependant la nuit vint, et ils marchaient depuis trois heures dans l'obscurité la plus profonde, ne sachant où ils allaient, lorsqu'un éclair, fendant les nues et blanchissant tant l'horizon, leur fit voir bien loin sur leur droite la pagode de Jagrenat, les îles du Gange, la mer agitée, et tout près, devant eux, un petit vallon et un bois entre deux collines; ils coururent s'y réfugier; et déjà le tonnerre faisait entendre ses lugubres roulements, lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée du vallon. Ils s'y croyaient à l'abri de l'orage, lorsque la pluie, qui tombait à verse, forma autour d'eux mille torrents. Dans cette perplexité, ils aperçurent sous les arbres, dans le lieu le plus étroit du vallon, une lumière et une cabane. Le masalchi (porte-flambeau) y courut pour allumer son flambeau, mais il revint un

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peu après, hors d'haleine, criant : & X'approchez pas d'ici, il y a un paria ! » Aussitôt la troupe effrayée cria : a. Un paria î uu paria! 5) Le docteur, croyant que c'était un animal féroce, mit la main sur ses pistolets : k Qu'est-ce qu'un paria? denianda-t-il à son porte-flambeau. — C'est, lui répondit-on, un homme qui n'a ni foi ni loi. C'est, ajouta îe chef des reispoutes (cavaliers), un Indien de caste si infâme, qu'il est permis de le tuer, si on en est seulement touché. Si nous entrons chez lui, nous ne pouvons de neuf lunes (mois) mettre le pied dans aucune pagode, et, pour nous purifier, il faudra nous baigner neuf fois dans le Gange et nous faire laver autant de fois, de la tête aux pieds, d'uiine de vache, de la main d'un brahme. » Tous les Indiens s'écrièrent : a Nous n'entrerons point chez un paria ! — Comment, dit le docteur à son porte-flambeau, avez-vous su que votre compatriote était paria, c'est-à-dire sans foi ni loi? — C'est, répondit le porte-flambeau, que, lorsque j'ai ouvert sa cabane, j'ai vu qu'il était couché avec son chien, sur la même natte que sa femme, à laquelle il présentait à boire dans une corne de vache. » Tous les gens de la suite du docteur répètent : a Xous n'entrerons point chez un paria. — Restez ici, si vous voulez, leur dit l'Anglais; pour moi, toutes les castes de l'Inde me sont égales, lorsqu'il s'agit de me mettre à l'abri de la pluie. 1 Bermrdix de Saixt-Pierre.

On remarque dans ce récit une simplicité exquise , une attention scrupuleuse à désigner tout par le mot précis, à se servir de l'expression technique, iùt-elle vulgaire : de là le naturel frappant de cet épisode, et l'air de vérité donné à une histoire de pure imagination.

§ II

DU PLAX DE LA XARRATIOX.

La narration, quelle qu'en soit la nature, se compose de trois parties essentielles.

1* V exposition; 2° le nœud ; 3° le dénouements

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P Exposition. Dans l'exposition, l'aulcur entre en matière; et, comme il veut mettre au courant celui qui le lit , il faut qu il ne néglige rien pour faciliter par ce qui précède l'intelligence de ce qui va suivre. Qu'il songe donc à préparer les esprits, à piquer la curiosité, mais sans longueur, sans circonstances inutiles. Il s'agit, avant tout, d'aller droit aux faits, avec clarté, avec précision , et de donner l'idée la plus nette et la plus vraie des personnages que l'on va mettre en scène, des événements où on les voit figurer et de l'effet qui résulte soit des faits, soit des caractères.

Ici la description devient souvent un auxiliaire indispensable de la narration.

2" Nœud. Après avoir déterminé le lieu où se passe l'action, décrit les personnages, expliqué sommairement les antécédents nécessaires à l'intelligence du fait , il faut songer à nouer la narration, c'est-à-dire à mettre les personnages et les caractères en rapport ou en opposition les uns avec les autres. Cette règle s'applique plus particulièrement au roman historique et à la narration fictive, vu que la narration historique est la copie fidèle de ce qui est. Cependant un bon historien ne doit point omettre, même dans le vrai, de faire jouer les passions, dont le choc contribue à faire naître les incidents qui produisent ce qu'on appelle l'intérêt. Or, cet intérêt, qui est, en définitive, l'àme de tout récit, ne se manifeste que si l'auteur s'intéresse, tout le premier, aux sentiments et aux actions des personnes qu'il représente. Le nœud doit donc résulter plutôt de l'émotion ressentie et communiquée que d'un enchaînement d'incidents croisés et brouillés avec une adresse qui dégé-

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nore en subtilité; rintérct périt quand on en éparpille les éléments.

S** Dénouement. Le dénouement, qui prend quelquefois le nom de cataslrophe, est révéncment final où vient aboutir la narration. 11 doit naître naturellement de tout ce qui le précède et répondre aux promesses de l'auteur. Rien ne choque plus un lecteur que de voir sa curiosité excitée pour un objet inutile ou mesquin.

§ in.

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