DU STYLE DE LA NARRATION
L'éminent historien auquel nous avons emprunté le premier des modèles que nous avons cités , s'exprime ainsi sur les qualités du style narratif : « Quelles sont en histoire les conditions du style? J'énonce tout de suite la qualité essentielle, c'est de n'être jamais aperçu ni senti. On vient tout récemment d'exposer aux yeux émerveillés du public, parmi les chefs-d'œuvre de l'industrie du siècle, des glaces d'une dimension et d'une pureté extraordinaire, à travers lesquelles on aperçoit, sans la moindre atténuation de contour ou de couleur, les innombrables objets que renferme le palais de l'Exposition universelle. J'ai entendu des curieux stupéfaits , n'apercevant que le cadre qui entoure ces glaces , se demander ce que faisait là ce cadre magnifique ; car ils n'avaient pas aperçu le verre. A peine avertis de leur erreur, ils admiraient le prodige de cette glace si pure. Si, en effet, on voit une glace, c'est qu'elle a un défaut, car son mérite c'est la transparence absolue. Ainsi est le style en histoire. S'il est vulgaire
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OU ambitieux, s'il choque en quelque chose, c'est la glace qui a un défaut. Simple, clair, précis, aisé, élevé quelquefois quand les grands intérêts de l'humanité sont en question, voilà ce qu'il faut qu'il soit, mais je suis convaincu que les plus beaux vers , les plus travaillés, ne coûtent pas plus de peine qu'une modeste phrase de récit, par laquelle il faut rendre un détail technique, sans être ni choquant ni vulgaire. »
Il suit de ces observations que la première condition du style de la narration, historique ou fictive, c'est la clarté. On peut y joindre cependant quatre autres qualités, qui sont la vraisemblance, la brièveté, l'agrément et l'intérêt, applicables à toute espèce de narration.
1° Clarté. La narration est claire, non-seulement lorsqu'on suit dans le plan l'ordre des temps et la succession immédiate des faits, mais quand on n'use pour exprimer les idées que de tours intelligibles et de termes usités.
2° Vraisemblance. Elle est vraisemblable , lorsque à la simplicité et à la sincérité du récit on joint les expressions justes qui rendent naturelle la suite des circonstances.
3° Brièveté. Elle est brève, quand on s'étudie à n'employer ni mots ni phrases qui nuisent à la précision des idées et à la rapidité des faits.
4" Agrément. Elle est agréable, quand on n'emploie que des expressions d'un son coulant, facile et doux; quand on évite dans l'arrangement des mots des rencontres dures et heurtées ; quand à la beauté et à l'heureuse ordonnance des détails, au mérite de la pensée, se joignent la grâce, le sentiment et l'esprit.
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5* întèrêt. Elle est intéresmnte, quand on décrit avec une précision, abondante dans sa sobriété, rallilude, la physionomie, le caractère et les actions des personnages ; quand les décors de la scène où ils se nieuvenl sont peints de couleurs fraîches et neuves ; quand Tauditeur est tenu en suspens par des circonstances inattendues ; quand on provoque sa sympathie par l'expression de sentiments simples et naturels; quand on agit sur sa raison et sur son âme par des rapprochements et par des réflexions qui semblent naître du sujet.
Il faut avoir soin encore, pour mettre plus vivement le récit sous le regard du lecteur, de n'user en général que de verbes au présent : de cette manière l'action a un air d'actualité qui la fait marcher, courir, voler au gré du narrateur : les personnages paraissent vivre dans le moment présent et ne pas s'enfoncer ni s'enfuir dans les lointains du passé.
Enfin , c'est un excellent moyen d'exciter l'intérêt et de faire passer comme un courant actuel et animé à travers le récit, que de le semer de dialogues plus ou moins développés, mais avant tout appropriés aux situations où l'on place les personnages. Il semble alors que, en les entendant parler, le lecteur pénètre mieux leurs sentiments et juge mieux leur caractère , et il est rare que cette imitation modeste du genre dramatique ne produise pas les plus heureux effets.
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