DU DISCOURS
(exorde, preuve, péroraison.)
§ I. De l'art oratoire comme auxiliaire de l'éloquence. De la rhétorique, de son but et de ses éléments. — § II. Du discours, des différentes espèces de discours, et des qualités nécessaires pour faire un discours. § m. De l'invention et des preuves. Arguments , syllogismes et autres formes du raisonnement: épichérème , cnthymème, dilemme. Lieux communs intrinsèques et extrinsèques. — § IV. De la disposition. Plan du discours. Parties essentielles: exorde, proposition, conflrmation , péroraison. Parties accessoires ou accidentelles; division, narration, réfutation. De l'improvisation. — § V. De l'éloculion propre à l'orateur, et des formes de langage les plus usitées dans la composition oratoire. — § VI. Du débit et de l'action. — § VII. Des mœurs et des passions oratoires.
i)E l'art oratoire auxiliaire de l'éloquence,
DE la rhétorique, DE SON RUT ET DE SES ELEMENTS.
tt La nature, dit Voltaire, fait Féloquence; mais la nature seule n'est éloquente que par élans. » Les préceptes et Tart sont donc nécessaires pour aider la nature, la régler, la diriger, et pour forlilîor par Thahileté, fruit de l'expérience, la force native du génie et du talent.
L'ensemble des préceptes dont se compose l'art oratoire se nomme rhétorique.
La rhétorique est Xart de bien dire.
Rien dire, c est parler de manière à persuader. Ce n'est donc pas seulement convaincre en exposant nettement la vérité, CQsi faire aimer la vérité prouvée. Ainsi,
Voratcur n'est pas seulement un homme sensé : son esprit et son cœur doivent être à la hauteur de sa raison. En d'autres termes, Tamour du vrai, du juste et du beau, d'où naissent la logique, la morale et le goût littéraire , voilà le fonds de l'orateur. Il suit de là que les trois cléments de la rhétorique sont le raisonnement, les passions nobles et Xart de les exprimer. Ces principes admis, le but de la rhétorique, c'est-à-dire de l'éloquence réduite en préceptes, est die prouver, di émouvoir et défaire passer la conviclion dans l'âme des auditeurs à l'aide de la parole. Son principe est la vérité, son but la vérité prouvée. Mais un homme qui prouverait la vérité d'une manière exacte , sèche , nue ; qui mettrait ses arguments en bonne forme, ou qui se servirait de la méthode des géomètres dans ses discours publics , sans y ajouter rien de vif et de figuré, ne serait pas un orateur. Il faut, pour être orateur, savoir prouver la vérité et ajouter à l'exactitude des raisonnements la beauté ou la véhémence de la parole. Ainsi, le véritable orateur prouve par les arguments, émeut par les passions qui touchent ou qui plaisent, et convainc par X expression, jointe au débit et à l'action.
DU DISCOURS. DES DIFFÉRENTES ESPECES DE DISCOURS. DES QUALITÉS NÉCESSAIRES POUR FAIRE UN DISCOURS.
La forme littéraire de l'éloquence prend le nom général de discours. Un discours est une composition oratoire d'une certaine étendue, destinée à produire la persuasion, c'est-à-dire l'adhésion sympathique à la vérité.
Tout discours est ou prononcé ou écrit.
Il y a plusieurs espèces de discours, comme il y a plusieurs genres d'éloquence.
Les anciens reconnaissaient trois genres de discours, correspondant aux trois genres d'éloquence : 1° dc~ monstratifs , 2° délibératifs , ^'^ judiciaires.
Les modernes rattachent :
A l'éloquence religieuse, les sermons, les homélies, les exhortations, \e?> panégyriques, les oraisons funèbres ;
A l'éloquence politique , les discours proprement dits, les pamphlets , les pétitions , les j)la ce f s;
A l'éloquence judiciaire, les plaidoyers, les réquisitoires, les résumés de débats, les consultations;
A l'éloquence académique , les discours d'ouverture ou de réception, les éloges, les compliments, les allocutions, les mémoires, les rapports, les analyses liilèraires ou scientifiques ;
A l'éloquence militaire, les harangues, les proclamations, les bulletins.
Toutes les qualités, naturelles ou acquises, nécessaires à l'écrivain, le sont aussi à l'orateur. Talent, esprit, bon sens, raison, pénétration, discernement, goût , sensibilité , mémoire , imagination , et de plus beauté de l'organe, netteté du débit, sonorité de la voix, bonne tenue du corps, convenance du geste, il doit tout avoir en partage. Mais comme ces qualités, même quand elles sont en partie un don de la nature, ont besoin d'être cultivées et accrues par le travail, la première condition de l'éloquence , ainsi que le veut rénelon , est que l'orateur, quel qu'il soit , prédicateur, avocat, savant, littérateur, bomme d'État ou d'épée.
se fasse un fonds de connaissances , afin que celte préparation générale le mette en état d'avoir moins à se préparer pour chaque discours particulier. « Je voudrais, ajoute Fénelon, que l'orateur fût naturellement très-sensé et qu'il ramenât tout au bon sens, qu'il fit de solides études , qu'il s'exerçât à raisonner avec justesse et exactitude, se défiant de toute subtilité; je voudrais qu'il se défiât de son imagination , pour ne se laisser jamais dominer par elle, et qu'il fondât chaque discours sur uji principe indubitable , dont il tirerait les conséquences naturelles. » On ne saurait donner de plus utiles conseils , et ce sont ces observations qui serviront de point de départ aux règles que nous allons appliquer au discours , soit prononcé , soit écrit.
§ iii-
DE l'iNVENTIOX et DES PREUVES.