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AU DÉBIT ORATOIRE

Lorsque le discours est terminé, il reste à le prononcer.

On appelle parole du corps ou clocjfuence extérieure cette production orale du discours.

Elle se divise en deux parties distinctes, mais dépendantes, \ action et le débit.

L'action se compose de la voix, du geste, de la l>hijsionomie et de la mémoire.

Le débit est \di prononciation claire, accentuée, nuancée, accompagnée du geste et du mouvement.

1" Action. Cicéron compare la voix humaine à une lyre, dont les cordes vibrent au gré du sentiment ou de la passion qui nous anime : le talent de l'orateur est donc de manier cette lyre comme un musicien et d'en approprier les sons aigus ou graves, pressés ou lents, forts ou faibles, à toutes les nuances de la pensée, représentée par la parole et par l'expression. La nature est, à cet égard, le meilleur guide de l'orateur. Pour bien parler, on n'a qu'à être pénétré vivement de ce que Ton veut dire : la conviction de l'orateur forcera celle de l'auditeur : c'est un effet infaillible de la sympathie. Sous l'empire de cette disposition intérieure, l'orateur

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prendra spontanément le ton convenable aux sentiments qu'il éprouve : sa voix sera forte, s'il veut être véhément; douce, s'il est calme; soutenue, s'il traite un sujet grave ; touchante , s'il veut attendrir.

On a dit que le geste est la principale partie de l'orateur : il est du moins un accessoire indispensable de la parole. La perfection du geste est d'être en harmonie avec le ton. Comme il exprime par le mouvement les sentiments et les passions qui occupent Tàme , la première qualité de cette peinture est d'être vraie. Il faut donc que l'orateur agisse natuïellement. " Il faut, dit Fénelon , que son corps n'ait de mouvement que quand ses paroles en ont, et que son corps demeure tranquille quand ses paroles n'ont rien que de doux et de simple. Rien ne me semble si choquant et si absurde que de voir un homme qui se tourmente pour me dire des choses froides : pendant qu'il sue , il me glace le sang. » Les bras étant la partie du corps dont les mouvements sont les plus vifs et les plus expressifs, celle où le geste est le plus apparent , il ne faut pas les remuer sans intention et au hasard. On ne doit remuer les bras que quand on est animé : il y a même des occasions où rimmobililé est plus éloquente que n'importe quel geste. « Teniîz-vous , dit le cardinal Maury, tenez-vous le plus souvent debout et toujours droit, sans roideur, en évitant également le double excès de lever ou d'incliner immodérément la tète, qui n'a plus de grâce quand elle est trop haute, ni de noblesse quand elle est trop baissée. »

Le jeu de la physionomie n'est pas moins important que le geste et le mouvement du corps. Le front

d:;« COURS littéraire.

et les yeux , ces miroirs de la pensée et du sentinienl , doivent en reproduire les reflets, en exprimer les nuances. Horace les indique et les détermine, quand il dit : « La nature dispose d'avance notre âme à recevoir l'empreinte de chaque situation : elle nous rend sensibles cà la joie, nous pousse à la colère, nous abat, nous oppresse sous le poids de la douleur, puis elle produit au dehors ces affections par rentre-» mise de la langue. L'air du visage doit donc répondre aux paroles : triste, si l'on exprime l'affliction; menaçant, si c'est l'emportement; folâtre, si c'est la gaieté; grave , si les paroles sont sérieuses. " Et Fénelon : « Rien ne parle tant que le visage; il exprime tout : et dans le visage, les yeux font le principal effet. Un seul regard jeté bien à propos pénètre dans le fond des cœurs. »

On demandait à Massillon quel était son meilleur sermon : « Celui que je sais le mieux « , répondit-il. C'est dire assez quelle est pour l'orateur l'importance de la mémoire. Cicéron l'appelle le trésor de l'esprit; c'est aussi , pour parler avec Montaigne , le premier outil de l'orateur. Quoique parfois on lise des discours, peut-on comparer l'effet du cahier à celui du débit? Ce cahier semble s'interposer entre l'orateur et l'auditeur : il fait obstacle au courant sympathique. Par le débit, l'iàme de celui qui parle s'adresse directement à l'àme de celui qui écoute.

2° Débit. Le débit est tout entier dans \ù. prononciation. La prononciation doit être distincte, articulée, nuancée.

Elle est distincte et articulée quand la voix est sonore,

pleine, et que, suivant une heureuse expression du cardinal Maury, elle orthographie , elle ponctuels langage. « Faites vibrer à l'oreille, ajoute cet écrivain, toutes les consonnes qui doivent frapper les voyelles; appuyez sensiblement sur la chute de vos phrases, sans la moindre affectation, mais en même temps sans vous permettre ces aspirations gutturales , dont les vagues désinences ne forment qu'un bruit sourd et confus , sans descendre à ce demi-ton prolongé et inarticulé, qui, en laissant tomber les syllabes, engloutit les mots. Ne craignez jamais qu'une articulation pleine et exacte ne vous donne un mauvais accent , parce que c'est le véritable accent de la nature, des passions et de l'éloquence. ')

La prononciation est miancée, quand l'orateur varie ses intonations et les assortit avec ce que Cicéron appelle les différentes couleurs de la parole. C'est l'unique moyen d'éviter la monotonie, c'est-à-dire cette sorte de tintement uniforme des cloches , dont le timbre, même agréable, n'a point d'harmonie précisément parce qu'elles n'ont aucune variété. « Toute la beauté de la voix, dit Fénelon, consiste dans la variété des sons, qui haussent ou qui baissent selon les choses qu'ils expriment : c'est une espèce de musique. »

L'exercice, et un exercice fréquent, est l'unique moyen de développer ou d'acquérir ces qualités indispensables à qui veut parler aux hommes. Rien n'est plus judicieux ni plus pratique que les prescriptions données à ce sujet par le cardinal Maury : a Les règles les plus usuelles pour apprendre à bien dire consistent à contracter de bonne heure l'habiludc de bien lire à haute

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voix, surtout en société (genre de mérite assez rare), d'abord des livres historiques, qui n'ont besoin d'aucune déclamation , ensuite de bons ouvrages dans le genre épislolaire , qui se rapprochent beaucoup plus de la conversation, c'est-à-dire du ton, de la variété et des inflexions naturelles. Cet exercice habituel apprend à bien lire les ouvrages de tout genre. Mais je recommande avant tout les Fables de La Fontaine, que je regarde comme l'ouvrage le mieux assorti à ce dessein, parce qu'il réunit au plus haut degré les nuances les plus variées, parce qu'il avertit et dirige, à chaque ligne, le goût du lecteur par la simplicité et le naturel des récits, le mélange des tons, la rapidité des traits, la pompe de certaines descriptions, Tinlérêt d'un dialogue coupé, vif et serré, qui s'élève parfois à la plus haute poésie et à la plus sublime éloquence. C'est après ces premiers essais qu'on peut lire à haute voix, en se bornant à bien articuler ce qui ne doit être que parlé, en déclamant devant des juges éclairés et sévères, tantôt debout, tantôt assis, quelquefois même, comme le demandait Rollin, pour s'assurer une contenance décente dans les exercices littéraires, en s'appuyant, quand on parle de mémoire , sur une chaise ou sur un bureau, qui deviennent une espèce de tribune aux harangues. Toute autre méthode, pour apprendre k débiter un discours, ne serait guère que l'art mécanique et froid de copier servilement un maître, et de dénaturer son propre talent, sans acquérir celui qu'on chercherait à imiter. Les bons modèles et l'exercice sont plus instructifs en ce genre que les leçons et les livres. »

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