‹ Notions de littératureChapitre 26 sur 47 · DES MOEURS ET DES PASSIONS ORATOIRES · texte numérisé non relu

DES MOEURS ET DES PASSIONS ORATOIRES

Toutes ces qualités de l'orateur supposent en lui certaines dispositions intérieures et morales qu'il est nécessaire d'apprécier.

« Deux études sont importantes , dit Vauveuargues , l'éloquence et la vérité; la vérité pour donner un fondement solide à l'éloquence et bien disposer notre vie ; l'éloquence, pour diriger la conduite des autres hommes et défendre la vérité. Mais l'éloquence ne peut s'acquérir, si d'abord on ne sait penser, et l'on ne sait penser, si l'on n'a des principes fixes et puisés dans la vérité. Tout confirme notre maxime : l'étude du vrai la première, l'éloquence après. »

Fénelon , à son tour, définit l'éloquence l'art de persuader la vérité et de rendre les hommes meilleurs.

S'il en est ainsi, la première condition de l'orateur est d'être honnête homme : il faut que celui qui écoute, pour aimer la vérité 'prouvée, soit persuadé de la sincérité de celui qui parle. S'il le soupçonne d'improbité, d'indéhcatesse , de malveillance , d'indifférence ou d'égoisme, il ne l'écoutera point. L'orateur doit donc avoir les qualités contraires aux défauts que nous venons de nommer : ces qualités sont ce qu'on appelle les mœurs oratoires.

La probité, la franchise, la prudence, la bienveillance, le désintéressement, la modestie, concilient à l'orateur l'estime, la confiance, la sympathie, le respect des auditeurs, et assurent le triomphe de sa parole.

102 COURS LIÏTERAUIE.

Sans cela on ne le croira jamais persuadé et il ne pourra persuader les autres.

En général, on entend par passions ces mouvements vifs et spontanés de l'àme agitée par un sentiment doux ou violent. Provoquées par la sensibilité , les passions se rapportent toutes à la partie affective de notre être qui nous rend capables d'aimer et de haïr, et se rangent ainsi sous deux chefs principaux, l'amour et la haine. De là naissent la joie, la tendresse, la pitié, la douleur, la tristesse, la colère. Le seul précepte, le vrai secret pour exciter les passions, c'est de les éprouver soi-même, soit par un mouvement naturel, soit par l'effet d'une imagination vive qui supplée au sentiment. Mais il faut bien se rappeler que ni les grands mots ni les grands gestes ne sont le pathétique. Ce que Molière^ dans le Misanthrope, fait dire à Alceste sur les rapports des hommes entre eux , s'applique parfaitement à l'éloquence :

Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre Le fond de notre cœur dans nos discours se montre; Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments Ne se masquent jamais sous de vains compliments.

De même, le vrai pathétique n'a rien d'exagéré ni de surfait; l'orateur, même le plus passionné, ne s'anime et ne s'échauffe que quand il éprouve et qu'il veut communiquer à son auditoire ces mouvements soudains qui touchent, remuent et captivent les cœurs.

Page 1