DU GENRE ÉPISTOLAIRE
§ I. Du <]enre ëpistolaire, du style des lettres et dos diffc^renfes espèces de lettres. — § II. Lettres en forme de récit. — § III. Lettres de demande. — § IV. Lettres de recommandation. — § \. Lettres d'affaires. — § l'I. Lettres de conseils. — § VII. Lettres de compliments. — § VIII. Lettres de condoléance. — § IX. Lettres de rcmercîments. — § X. Lettres d'adieu. — § XL Billets. — § XII. Causerie sans objet apparent et déterminé.
DU GEXRE ÉPISTOLAIRE, DU STYLE DES LETTRES, ET DES DIFFÉRENTES ESPECES DE LETTRES.
Le genre èpistolaira a pour objet les lettres que les hommes échangent entre eux , et que Ton nomme parfois épîtres, du mot latin epistola.
On peut déGnir la lettre un dialogue par écrit entre personnes absentes.
Le style d'une lettre est donc une imitation de la conversation usuelle ; mais comme le rédacteur d'une lettre parle la plume à la main, on est en droit d'exiger que dans un morceau écrit les idées soient enchaînées et exprimées avec plus de suite et d'étude que dans une causerie. Le difficile et le rare, c'est d'y être simple sans bassesse , naturel sans trivialité , élégant sans affectation, sérieux sans emphase, spirituel et gai sans bouffonnerie.
Comme le genre épistolaire est de tous les moyens de propager les sentiments et les idées le plus facile, le plus commun , le plus répandu , tous les tons lui
sont accessibles, ainsi que tous les sujets. Il est pourtant une règle générale qui s'applique à toute espèce de lettre : c'est que celui qui l'écrit se figure qu'il est en présence de son interlocuteur, qu'il lui parle directement. Il en résulte que son expression , image de son caractère et de ses sentiments réels, sera vraie, sincère , sans recherche ; elle sera en outre convenable, s'il se rend bien compte à lui-même de ce qu'il est et de ce qu'il doit à la personne à qui sa lettre est adressée.
Le ton des lettres varie suivant la position respective de celui qui les écrit et de celui qui les reçoit. Ainsi l'on ne peut prendre un ton de gaieté et d'enjouement avec une personne dans la douleur et dans la tristesse , de hauteur avec un égal, de familiarité avec un supérieur. Si nous écrivons à une personne placée audessus de nous par son âge, son rang, son autorité ou son savoir, il faut avoir un ton respectueux qui n'ait cependant rien de servile : on ne doit jamais s'avilir. Les lettres d'amitié sont le pur langage du sentiment ; on peut s'y mettre moins en peine du style : tout ce qui part du cœur coule toujours avec aisance. On n'y doit pourtant plaisanter qu'avec réserve ; un mot indiscret ou hasardé peut être racheté ou expliqué dans une conversation , mais il n'en est pas ainsi dans une lettre : les paroles volent, les écrits restent.
Dans les variétés incalculables du genre épistolaire, on en a distingué quelques-unes qui touchent de plus près à la composition , et auxquelles on peut appliquer les procédés du style. Nous allons les passer en revue cl en donner quelques exemples.
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§ II-