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LETTRES DE RECOMMANDATION

Une lettre de recommandation a pour but d'attirer la bienveillance d'un correspondant sur la personne chargée de la lui remettre.

Lettre de Montesquieu à Mgr Cerati, j)roi'éditeur de l'Université

de Vise.

a Je vous supplie, monseigneur, d'agréer que j'aie l'honneur de vous recommander M. Forthis, professeur à l'Université d Edimbourg, qui est extrêmement remarquable par son savoir et ses beaux ouvrages, entre autres celui qu'il a donné sur l'éducation. M. le professeur a beaucoup de bontés pour moi et m'honore de son amitié; ainsi, je vous prie d'agréer que je le recommande à la vôtre. Je vous prie de faire connaître cet habile homme à l'abbé Nicolini, que j'embrasse. Je vous supplie de m' aimer autant que je vous aime, et s'il se peut, autant que je vous honore et vous admire. »

LETTRES d'affaires.

Le style en doit être clair, net, précis; rien d'inutile n'y doit entrer; on s'y occupe moins des mots que des choses. Cependant on doit éviter avec soin les tour-

NOTIONS DE LITTÉRATURE. jG9

nurcs étranges, les expressions incorrectes et barbares, qu'on ne trouve que trop souvent dans ces sortes de correspondance. On Ta dit avec raison, un comptoir n est pas l'Académie ; mais puisque l'on y écrit des lettres en langue française , encore faut-il que cette langue n'y soit pas estropiée sous la plume des commis. Voltaire nous offre un heureux modèle de ce genre de lettre dans celle qu'il adresse à l'abbé Moussinot :

tt Votre patience, mon cher abbé, va être mise à une étrange question; je tremble qu'elle n'en puisse soutenir l'épreuve. J'espère tout de votre amitié. Affaires femporelles, affaires spirituelles, ce sont là les deux grands sujets du long bavardage que je vais vous faire.

» M. de Lezeau me doit trois ans; il faut le presser sans l'im-, portuner. Une lettre au prince de Guise, cela ne coûte rien et avance les affaires. Les Villars et les d'Auneuil doivent deux années : il faut poliment et sagement remontrer à ces messieurs leurs devoirs à l'égard de leurs créanciers; il faut aussi terminer avec M. de Richelieu, et en passer par oii l'on voudra. J'aurais de grandes objections à faire sur ce qu'il me propose; mais j'aime encore mieux une conclusion qu'une objection. Concluez donc, mon cher ami; je m'en rapporte aveuglément à vos lumières, qui me sont toujours très-utiles.

» Prault doit donner cinquante francs à monsieur votre frère. Je le veux; c'est un petit pot-de-vin, une bagatelle qui est entrée dans mon marché; et, quand cette bagatelle sera payée, monsieur votre frère grondera de ma part le négligent Prault , qui, dans les envois de livres que je veux, met toujours des retards qui m'impatientent cruellement; rien de tout ce qu'il m'expédie n'arrive à point nommé.

s Monsieur votre frère demandera ensuite à ce libraire, ou à tel autre qu'il voudra, un Pujjfendorf, la Chimie de Boërhaave, la plus complète ; une Lettre sur la divisibilité de la matière , chez Jonibert; la Table des trente premiers tomes de Y Histoire de l'Académie des sciences; Mariette, De la Nature de l'air; idem , Du Froid et du Chaud; Boyle , De ratione inter ignem

no COURS LlTTllHAIRE.

et Jlammam, difficile à trouver; cVâl l'affaire de monsieur votre frère.

t Autre commission. Deux rames de papier de ministre, autant de papier à lettres, le tout psipior (('[lollanilc ; douze bâtons de cire d'Espagne à l'csprit-de-vin; une sphère copernicienne; un verre ardent des plus grands; mes estampes du Luxembourg; deux globes avec leur pied; deux thermomètres; deux baromètres, les plus longs sont les meilleurs; deux planches bien graduées; des terrines; des retortcs. En fait d'achat, mon ami , qu'on préfère toujours le beau et le bon im peu plus cher, au médiocre moins coûteux.

» Voilà pour le bel esprit qui cherche à s'instruire à la suite des Fontenelle, des Royle, des Koërhaave et autres savants. Ce qui suit est pour l'homme matériel qui digère fort mal, qui a besoin de faire, à ce qu'on lui dit, de grands exercices, et qui, outre ce besoin de nécessite, a encore d'autres besoins de société. Je vous prie, en conséquence, de lui faire acheter un bon fusil, une jolie gibecière avec appartenances, marteaux d'armes, tirebourres, et grandes boucles de diamants pour souliers, autres boucles à diamants pour jarretières; vingt livres de poudre à poudrer, dix livres de poudre de senteur, une bouteille d'essence au jasmin, deux énormes pots de pommade îV la fleur d'oranger, deux houppes à poudrer, un très-bon coutcaî! , trois éponges fines, trois balais pour secrétaire, quatre paquets de plumes, deux pinces de toilette très-propres, une paire de ciseaux de poche très-bons, deux brosses à frotter, enfin trois paires de pantoufles bien fourrées; et puis je ne me souviens de rien de plus.

» De tout cela on fera un ballot, deux s'il le faut, trois même s'ils sont nécessaires. V^otre emballeur est excellent. Envoyez le tout par Joinville, non à mon adresse, car je suis en Angleterre , je vous prie de vous en souvenir, mais à l'adresse de madame de Ghambonin.

s Tout cela coûte, me direz-vous, et où prendre de l'argent? Où vous voudrez, mon cher abbé; on a des actions, on en fond : il ne faut jamais rien négliger de son plaisir, parce que la vie est courte; je serai tout à vous pendant toute cette courte vie. »

NOTIOJiS DE LITTEIIAÏURE. 171

§ VI

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