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QUELLES SONT PARMI LES QUALITÉS GÉNÉRALES DU STYLE

CKLLES QUI APPARTIENNENT PLUS PARTICULlÈREiiKA'T A LA LITTÉRATURE FRANÇAISE?

§ I. Du génie de la langue française. — § II. Coup d'oeil sur les phases diverses par lesquelles elle a passé. — § III. Des qualités déflnitive» de notre larigue et de notre littérature.

§ ï- DU GÉNIE DE LA LANGUE FRANÇAISE

On appelle langue rensemble des sons articulés ou des signes écrits, dont les hommes se servent pour exprimer leurs sentiments et leurs idées.

Une langue est dite synthétique , quand ceux qui la parlent suivent Tordre chronologique des idées qui se succèdent dans leur esprit.

Elle est analytique, quand les idées sont subordonnées à l'ordre logique.

En général, les langues anciennes sont synthétiques et les langues modernes analytiques; mais parmi lès langues modernes il n'y en a point de plus analytique que la langue française. C'est là son génie. Qu'est-ce, en effet, que le génie d'une langue? C'est son aptitude à dire d'une manière plus brève et plus nette ce qu'une autre langue exprime avec moins de bonheur. Voltaire fait observer avec raison que le latin, par exemple, est plus propre au style des inscriptions que les langues modernes, k cause de leurs verbes auxiliaires qui allongent une inscription et qui l'énervent. L'italien, par son mélange de voyelles et de consonnes, est plus favorable à la musique que l'allemand et l'anglais.

Les langues du Midi, remarque à son tour J.-J. Rousseau, sont vives, sonores, accentuées, éloquentes, mais parfois obscures à force d'énergie; celles du Nord sont sourdes, rudes, dures et criardes, mais claires et d'une bonne construction. On peut dire que le français tient le milieu entre ces deux extrêmes , n'étant ni chanté , comme l'italien, ni sifflé comme l'anglais, ni guttural comme l'espagnol et l'allemand. Grâce à la marche analytique de sa phrase, il est plus propre qu'aucune autre langue, au dialogue, au discours, au récit, à l'explication didactique : langue de réflexion et d'étude, langue éminemment sociable, langue virile et forte, faite pour l'âge mûr de l'humanité. Un coup d'œil jeté sur les transformations successives que notre langue a subies fera mieux comprendre»le point oii elle est arrivée, et quels services elle a rendus et rend encore à l'esprit humain pour formuler ses pensées et les produire au dehors.

COUP d'oeil sur les phases diverses de la langue française.

Le premier caractère d'une langue et d'une littérature, c'est d'être variable. Le fond et la forme se tenant par des liens étroits, il en résulte que les idées et le style se modifient par une action réciproque. On a comparé l'humanité à un seul homme qui passe par les différents âges de la vie : la môme comparaison s'applique à une langue et à la littérature qui en est l'expression : elle a son enfance, son adolescence, son âge mûr et sa vieillesse.

La naissance et l'enfance de la langue française paraissent se rapporter à la seconde moitié du douzième siècle. C'était alors la langue d'oïl , parlée au nord de

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la Loire. Au midi, on parlait la langue d'oc ou langue romane: en remontant plus haut vers le nord, c'était la langue thioise ou tudesque, qui est devenue l'allemand. Les monuments poétiques abondent dans cette période, mais la langue n'a ni souplesse, ni harmonie, ni précision. Cependant on sent déjà poindre, dès le premier essor de notre littérature, l'élément oratoire, attribut d'une nation active et passionnée. Les discours, que les trouvères font prononcer aux héros des Chansons de geste, ont déjà une force logique et un mouvement éloquent. La prose, dont les premiers essais sont dus à Villeliardouin , acquiert de la grâce , de la naïveté et de la clarté dans Joinville, et elle arrive jusqu'à l'énergie et à la concision dans Philippe de Comines. En même temps , la poésie , dégagée de ses formes âpres , lourdes, guindées , par Charles d'Orléans , reçoit des mains de Clément Marot un tour naturel, vif et délicat, un air d'aisance ingénieuse et flexible, qui annonce les premiers pas de la liberté.

C'est alors que commence l'émancipation de la jeunesse. Le style, jusque-là coupé, lâche et décousu, se resserre, se fond, s'enchaîne. Les subtiles discussions de la scolastique, pliant la langue à l'expression des idées abstraites, lui donnent une précision philosophique qui sera l'arme puissante et vigoureuse de nos grands écrivains et de nos grands orateurs. Calvin, que Patru nomme l'un des Pères de la langue française, la maintient dans cette voie par la pureté sévère de son accent , tandis que la diffusion d'Amyot la ramène aux vieilles formes et à l'antique naïveté par son élocution abondante, pure, aisée, exempte de système et de néologisme. Ce retour

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