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aux grâces toujours jeunes de la langue grecque coïncide avec la tenlalive de Ronsard et de Du Bellay d'enrichir noire langue des dépouilles de Rome et d'Athènes , et menace d'enlever à notre littérature tout caractère d'originalité. Mais Rabelais et Montaigne dans la prose, d'Aubigné, Passerat et Régnier dans la poésie, savent rester fidèles, en dépit de Tiniitation, à ce qu'on nomme Vespn't gaulois : ils gardent ces franchises , que revendiquent après eux Molière et La Fontaine, jusqu'au moment où la réforme de Malherbe, opérée au nom de la raison, empêche l'imagination d'égarer le style au delà des bornes du goût et d'épuiser par un abus indiscret toute sa verve et toute sa sève.
Vient alors l'âge de la virilité de notre idiome et de notre littérature. La préface de la première édition du Dictionnaire de l'Académie constate avec une certaine fierté que la langue française , au moment où l'on en publie le premier inventaire officiel, c'est-à-dire en 1694, pouvait être regardée comme arrivée à un haut point de perfection , si l'on veut considérer la gravité et la variété de ses nombres , la juste cadence de ses périodes, la douceur de sa poésie, la régularité de ses vers, fharmonie de ses rimes, et surtout cette construction directe, qui, sans s'éloigner de Tordre naturel des pensées, ne laisse pas de rencontrer toutes les délicatesses que l'art est capable d'y apporter. Tel est, en effet, le caractère de la langue du dix-septième siècle. Notre langue, disent tous les écrivains de cette période glorieuse, est celle qui approche le plus de fidée d'une langue parfaite. Elle possède par excellence la netteté et la clarté , qui sont les principales beautés du discours , puisqu'on ne parle
que pour se faire entendre. Elle est douce, significative, sonore, éloquente. C'est désormais une langue de réflexion et d'étude , une langue raisonnée , qui n'est pas moins ennemie de la superfluité que de la sécheresse, et qui n'a plus rien à désirer ni à espérer de l'avenir pour tenir son rang parmi les langues de l'dnivers les plus célèbres et les plus polies. Et de fait, que peut envier le peuple qui parle une langue dont Racine et Massillon ont si bien prouvé l'harmonie et l'élégance; Corneille et Pascal, l'énergie et la vigueur; Descartes, la propriété philosophique et didactique; Bossuet, la magnificence et la pompe , unies à l'éclat et à la richesse ; Fénelon, la souplesse et le nombre; Balzac, la démarche rhythmée et la rondeur périodique; madame de Sévigné, la vivacité preste et la désinvolture piquante; La Rochefoucauld , la concision ; Fontenelle , la finesse , la malice et parfois le naturel; Molière, l'aptitude au dialogue et à Tenjouement badin tempéré par la gravité du sourire ; La Fontaine , la grâce exquise et linimitable naïveté; Boilcau, la correction élevée jusqu'à la plus pure transparence; La Bruyère, la variété pittoresque, le coup de burin incisif et profond?
La période suivante semble menacée d'un affaiblissement, prélude de la décadence. On s'est élevé si haut, que l'on craint de n'avoir plus qu'à tomber. Nul doute, en effet, que le style du siècle de Louis XIV ne s'altère et ne se modifie dans le dix-huitième siècle. Mais peuton croire à la mort d'une langue et d'une littérature représentées par ^lontesquieu , Buffon, Rousseau, Voltaire? A-t-on à redouter que la profondeur, la richesse descriptive , l'harmonie , la précision , la limpidité , la
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marche rapide et l'allure pratique du style soient des qualités à jamais perdues? On a dit souvent, et Ton répète chaque jour, que la langue française , ^X(f^ du temps de Louis XIV, s'est arrêtée là et qu'elle n'a plus fait de progrès que vers son déclin. Une langue n'est fixée que par la mort. En attendant ce moment , qui n'est point encore venu , la nôtre est vivante , elle se meut , elle se transforme. C'est à nous de ne point la laisser périr.
§ III. "