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CHAPITRE IV

COLLYRES

Les collyres sont des médicaments destinés au traitement des affections des yeux et des paupières. Ils sont liquides, mous (pommades) ou secs (poudres) et très rarement gazeux (vapeurs ammoniacales). ^

Cnlhp-es liquides. — Les collyres liquides qui sont les plus employés, sont destinés, soit à baigner largement les yeux et les paupières soit au contraire à être iiisiillés par gouttes. Ils ont comme excipient des eaux distillées, quelquefois des infusions, et comme base, des sels solubles. Leur préparation exige certaines précautions : les eaux distillées et surtout les infusions seront iiltrées avec soin, sur un papier bljtnc et scri-é. Il faut que le liquide soit parfaitement limpide et ne retienne en suspension aucune particule végétale. Aucun liquide destiné à la préparation des collyres ne devra être obtenu par décoction ; nous avons vu, en eff(ît, que les décotés se troublaient toujours par refroidissement.

Les collyres liquides sont des préparations essentiellement magistrales qui, le plus souvent, ne se conservent pas longtemps; il faut les rejeter aussitôt

qu'ils se LvouLlenl et présentent la moindre trace d'altération. Il est bon de ne les l'aire i)répai"ei' qu'en petite quantité 30 à OU grammes, à moins qu'ils ne soient destinés à baigner l'iri/ement les yeux.

Mode d'eiit//loi. — Lorsque le collyre doit être employé pour lotionner les yeux, et les paupières on peut l'aire usage d'une éponge line ou d'un tampon de coton hydrophile que l'on jette à chaque l'ois, ce dernier moyen est même préférable. Souvent aussi on se sert d'une œillère, petit vase, analogue à un coquetier ; mais d'une l'orme ovale et arquée qui lui permet de se mouler exactement contre l'arcade sourcillière. Ces œillères sont en cristal ou en porcelaine ; on doit préférer les premières, parce qu'il est plus facile de constater leur propreté et de s'assurer, par suite de leuitransparence, si le patient emploie convenablement le collyre. Pour faire usage d'une reillère on l'emplit aux trois quart de médicament, puis, le patient, inclinant la tête en avant applique le pourtour de l'orbite contre les parois de l'œillère, et presse assez fortement de manière à ce que le liquide ne puisse s'échapper lorsqu'il redressera la tête et l'inclinera en arrière, il doit alors ouvrir les paupières et les agiter, de manière à ce que le liquide puisse venir en contact avec le globe oculaire : il se redresse ensuite et ne doit détacher l'œillère que lorsqu'il est revenu à sa première position.

Les col/.yr>'S actifs sont employés par r/outles : on a recours à VinsiAllation. Celte opération consiste à laisser toiiiber dans l'œil quelques gouttes de liquide que l'on fait ensuite pénétrer sous les paupières : on la pratique le plus souvent avec un compte-goutte. Pour cela on remplit en partie l'instrument de liquide : on le prend entre les doigts comme une plume à écrire et après avoir renversé en arrière la tête du patient, on

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appuie la main sur la raciue du nez de manière à ce que la pointe du compte-gouLtcs soit à un ou deux centimètres au-dessus de l'angle interne de la paupière. En pressant lentement sur le caoutchouc on détache un nombre de gouttes déterminé et on facilite la diffusion du liquide en passant légèrement le doigt sur les paupières. En opérant ainsi, la main bien appuyée sur la racine du nez, suit les mouvements de la tète du patient et il ne risque pas de se blesser contre la pointe de l'instrument, à la suite d'un mouvement brusque.

Au lieu d'un compte-gouttes en verre on peut faire usage d'un simple tube de papier, obtenu en roulant une feuille de papier autour d'un crayon. On peut alors porter directement le liquide sous la paupière sans craindre de blesser le patient. Souvent aussi on fait tomber les gouttes avec le flacon ; en éloignant légèrement le bouchon du goulot.

Le maniement des collyres demande donc beaucoup de précautions et surtout de propreté, on les conserve de préférence dans des flacons bouchés à l'émeri et à l'abri de la lumière. (Eserine, nitrate d'argent.) Les flacons doivent être en verre jaune et non bleu.

Lorsqu'on fait usage d'un compte-gouttes il faut le passer à l'eau après chaque opéi'ation, et ne pas remettre dans le ilacon l'excédent du liquide qu'on aura retiré. Enlîn il faut renouveler uu collyre toutes les fois que le liquide deviendra trouble et présentera un commencement d'altération.

Les formules des collyres liquides sont toujours très simples, ils sont, en ellel, la plupart du temps constitués par des soluti(Mis de sels dans des eaux distillées et plus rarement dans des infusions médicamenteuses. Parfois on ajoute dos extraits, ils sont alors facilement altérables.

Voici quelcjucs exemples de formules :

Collyre au sulfate de zinc.

Sulfale dp. zinc pur. . .

Eau dislilléc de roses

0 gr. 15

ICO —

Collyre astringent opiacé.

Sulfale de zinc

Extrait d'opium

Eau distillée de roses

0 gr 10 0 — 20

Filtrez avec soin : doit êlre renouvelé aussitôt que le liquide devient trouble.

Les collyres de sulfate d'atropine, d'éserine et autres doivent être préparés avec de Veau distillée simple il en est de même de ceux qui sont à base d'azotate d'argent.

Collyrus mous. — On désigne sous ce nom des pommades qui ont pour excipient des corps gras ou de la vaseline. Elles demandent à être préparées avec des soins tous particuliers. Lorsque le principe actil' qu'elles renferment est insoluble il est nécessaire quïl soit pulvérisé avec soin et môme porphyrisé. Cette porphyrisation doit être pratiquée en mélangeant le corps avec une petite quantité de l'excipient qui servira à préparer la pommade. Toutes les fois que cela sera ossible on emploira des corps obtenus par précipitation ; ils sont alors dans un état de division beaucou]) plus grand.

Ainsi on prendra l'oxyde jaune de mercure précipité par la potasse au lieu d'oxyde rouge obtenu par voie sèche et porphyrisé.

Autrefois on employait comme excipient des pommades antiophtalmiques, l'axunge, le ùturre frais, le cérut sans eau. Toutes ces substances présentaieni l'inconvénient de rancir plus ou moins vite, et de de-

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venir h'i'itaiites ; auj(Hii'triuii on les remplace avec avantage parla vaseline.

Ces pommades doivent être préparées par petite quantité : afin d'être toujours récentes ; leur application ne présente pas de grandes diiflcultés. Si elle doit être faite sur le bord libre des paupières on place gros comme un grain de blé de pommade sur le bout du doigt : on attend que la chaleur du corps Tait fait ramollir puis on l'applique directement, en lissant au besoin les cils. Si la consistance de la pommade est suffisamment molle on jieut l'appliquer avec un f/inceau de blaireau.

Si c'est le bord interne des paupières qui doit être graissé, on les retournera, ou on les écartera de l'œil et on fera l'application avec un pinceau.

Si enfin la pommade doit être déposée sur le globe même de l'œil on écarte les paupières et on dépose le médicament avec la pointe d'un pinceau.

Pommade à l'oxyde rouge de mercure.

Pommade de Lyon.

Oxyde rouge de mercure porphyrisé 1 gr.

Vaseline 13 —

A l'oxyde rouge porphyrisé on substitue, avec avantage, l'oxyde jaune précipité.

La célèbre pommade du Régent est obtenue en porphyrisant avec soin.

U.Kyde rouge de mercure J gr.

Acétate de plomb cristallisé 1 —

Camphre pulv 0 — SO

et incorporant dans

Vaseline 18 gr.

100 NOTIONS Dlî PIIARMÂGIE NÉCESSAIRKS AU MÉDECIN

Le nouveau Codex a subsLilué la vaseline au baurre frais qui figure dans les anciennes formules.

Collyres secs. — On désigne sous ce nom des poudres que roninsuQe dans Toeil. Ces poudres doivent toujours être aussi ténues que possible et porphyrisées lorsque leur nature le permet. Les formules de ces collyres secs sont peu variées ; c'est presque toujours le calomel qui en est la base, souvent même on l'emploie en nature. Il doit toujours être lavé avec soin et porphyrisé.

Les poudres composées les plus employées sont les

suivantes :

Collyre SPC de Velpeau: calomel et sucre porphyrisé, dâ P. E. Collyre sec de Dupuylren : calomd, tutliie et sucre cundi, dd P. E.

On applique les collyres secs soit en renversant en arrière la tête du malade, en écartant les paupières et laissant tomber une pincée de poudre, soit en plaçant une petite quantité de cette poudre dans un tube de papier, qu'en soufflant légèrement, on projette dans

rœil. . . , ^

Les crayons de nitrate d'argent pur o\yinihge et ceux de sulfate de cuivre peuvent encore être considérés comme des collyres secs.

Collyres gazeux. — On désigne sous ce nom des liquides volatils aux vapeurs desquels on expose les yeux. Ces liquides sont ordinairement de nature alcoolique et on en facilite l'évaporation soit en les plaçant dans un vase légèrement écbauffé, soit tout simplement en en versant une petite quantité dans la paume de la main ; en l'arrondissant en coquille et en rappliquant devant les yeux. De toutes manières il faut éviter le contact du liquide avec lœd.

Le collyre gazeux de Furnari est le plus connu.

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On le prépare avec :

Ammoniaque liquide S gr.

Elher sulfurique ~

liau dis li liée -

(in emploie souvent aussi le mélange suivant :

Alcoolat de FioravanLi 30 gr.

Ammoniaque liquide f) —

Incowpatiùles. — Dans la prescription des collyres il faut éviter avec soin toutes les associations qui peuvent donner lieu à des précipités. Les acélatas et sous acélale de plomb Uquhie sont très employés, il ne faut pas oublier qu'ils forment des sels insolubles avec tous les sidjates, ptiospkales, carbonates, iodures et bromures alcalins.

Dans la formule d'un collyre astringent il ne faut pas associer le larmin avec des sels métalliques (zinc ou plomb) il y a précipitation.

L'eau distillée simple est le seul véhicule qui puisse être employé avec le nitrate d'argent; ce sel serait décomposé par des eaux distillées médicamenteuses les mucilages, infusions et toutes substances organiques.

Il ne faut pas associer comme antiseptique, même à la dose de quelques milligrammes, le sublimé corrosif à des solutions d'alcaloïdes. Il se forme à la longue un précipité.

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