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LE CŒUR

Le chirurgien Follin a vu, en 1850, dans un cas tout semblable, les mouvements du cœur mis à nu par une blessure. « Les ventricules se remplissaient, dit Follin, sans mouvements brusques et avant la contraction des oreillettes. » La dilatation des ventricules n’était pas passive, puisque le sang arrivait dans les ventricules avant la contraction des oreillettes.

Wedemeyeret Guenther, physiologistes allemands, ayant lié la veine jugulaire d’un cheval, ouvrirent cette veine au-dessus de la ligature, et introduisirent dans le vaisseau un tube d’argent; puis ils attachèrent au tube d’argent un tube de verre recourbé. La longue branche pendante de ce tube de verre fut plongée dans un vase plein d’eau. Or, à chaque pulsation du cœur, le liquide montait de plusieurs pouces dans la branche, et cela à peu près au moment correspondant à la diastole; ensuite il retombait.

A la diastole succède la systole , c’est-à-dire que le cœur, après s’ôtre dilaté, pour recevoir le sang, se contracte et presse le liquide, pour le chasser hors de sa cavité. Des fibres particulières provoquent cette contraction.

Ce n’est pas sans raison que Bichat, après Sténon et Harvey, a appelé le cœur un muscle creux. Cette expression, si admirée • avec raison, est belle, parce qu’elle est juste, parce qu’elle traduit fidèlement la réalité. Le cœur n’est, en effet, qu’une réunion de muscles, composés de fibres douées d’une grande puissance de contraction.

Mais quelle est la force des fibres du cœur? Et le nombre de ces fibres est-il en rapport avec l’étendue du trajet qu’elles ont à faire parcourir au sang? Les anciens disaient que le volume, et par conséquent la force du cœur, est en rapport avec l’énergie physique et morale de l’individu. Cette remarque est fondée. On peut regarder, en général, le développement considérable du cœur, chez l’homme, comme une preuve de force physique et de courage. On comprend, en effet, qu’un cœur volumineux doive expédier une plus grande quantité de sang, et pousser ce liquide vital avec plus de vigueur. Il doit, dès lors, communiquer aux organes une plus vive excitation et donner à l’individu plus d’énergie, en lui fournissant une plus grande somme d’éléments vitaux. Cette idée est passée dans le langage, car on dit quelquefois, par une expression métaphorique, « un grand cœur » pour un homme de courage.

Quant à la force des contractions du cœur, on a fait beaucoup

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de recherches pour n’arriver qu’aux plus singulières divergences. Les évaluations qui ont été formulées à cet égard, présentent entre elles les écarts les plus choquants. Il suffît de dire, pour prendre les extrêmes, que Borelli exagérait prodigieusement la force du cœur, tandis que Keil l’évaluait seulement à quelques onces. Entre ces points extrêmes on peut placer les évaluations de Jurine, Morgan, Sauvages, Robinson, Morlandi, Boissier, Cheselden, Michelotti, Haies, Bernoulli, Tabor, Sénac, etc.

Comment expliquer d’aussi grandes divergences? Yicq d’Azyr suppose qu’il s’est glissé quelques erreurs de calcul dans l’appréciation des résultats de Borelli, et Haller déclare qu’il est impossible de faire à cet égard une estimation rigoureuse. La cause de ces différences entre ces évaluations vient de la manière différente dont chaque auteur a procédé : Borelli a donné trop d’importance au calcul; Keil, Haller et Bernoulli se sont trop attachés à l’expérience directe.

Le physiologiste anglais Haies avait eu l’idée, au siècle dernier, d’évaluer la force du cœur en introduisant dans l’artère carotide d’un animal vivant un tube de verre recourbé, contenant du mercure dans l’une de ses branches. Le tube de verre se remplissait du sang de l’artère, et exerçait sa pression sur la colonne de mercure contenue dans sa partie recourbée. Haies évaluait par ce moyen la tension mécanique du sang dans l’artère mise en expérience.

Dans notre siècle, un physiologiste français, Poiseuille, est parvenu, à l’aide d’un instrument en tout semblable à celui de Haies, à apprécier exactement la tension du sang dans les artères.

Poiseuille, comme Haies, mettait l’artère carotide en communication avec un tube de verre recourbé contenant du mercure. Chaque contraction du cœur faisait élever le mercure dans ce tube, et, en mesurant la hauteur de la colonne soulevée, on évaluait la pression du sang dans les artères.

Nous représentons dans la ligure 48 Y hémo-dynamomètre de Poiseuille.

Cet appareil se compose d’un tube de verre, EDIC, recourbé deux fois. La partie C est introduite dans l’artère AA, à l’intérieur de laquelle on veut mesurer la pression qu’exerce le sang. Après avoir divisé cette artère, on y introduit l’extrémité horizontale C du tube, et on lie l’artère sur cet ajutage, avec plu-

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sieurs tours de fil verni très solide. Un robinet est disposé sur le trajet du tube BC, pour faire pénétrer, au moment où on le désire, le sang de l’artère dans le tube de verre recourbé EDC. Gomme le sang se coagulerait à l’intérieur de ce tube, on a eu le soin de placer préalablement dans la partie I du tube un peu de sulfate de soude, sel qui empêche la coagulation du sang. Quand on ouvre le robinet, le sang venant de l’artère, pénètre dans le tube de verre recourbé,

En vertu de la pression dont il est animé, ce sang presse la colonne de mercure I B, de sorte que le mercure s’élève dans la branche droite DE. Selon la hauteur à laquelle la colonne de mercure s’élève le long de l’échelle graduée, placée sur une planchette le long de ce tube, on juge de la force de tension du sang dans l’artère mise en expérience.

Les deux petites plaques métalliques, GH, que l’on voitlixées perpendiculairement à l’ajutage, peuvent être rapprochées ou écartées l’une de l’autre, au moyen d’une vis à virole, C. La paroi de l’artère AA, est comprise entre ces deux plaques. En tournant la virole de la vis, G, on serre donc les deux parois de l’artère entre ces deux plaques, et on maintient ainsi le vaisseau comprimé au degré que l’on désire, en même temps que l’on empêche le sang de s’écouler ailleurs que dans le tube EDG.

Gette dernière disposition, qui n’existait pas dans l’appareil de Poiseuille, est un perfectionnement qui a été imaginé, de nos jours, par MM. Ludwig, Spengler et Valentin.

Quand on mesure, avec l’hémo-dynamomètre de Poiseuille, la pression du sang dans une artère, on trouve que cette pression peut élever la colonne mercurielle de 15 centimètres environ. Le

EDIG, et rencontre le mercure.

Fig. 48. Appareil pour mesurer la force d’impulsion du sang dans les artères, ou hémo-dvnamomètre de Poiseuille.

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sang exerce donc sur une surface donnée d’artère une pression représentée par cette surface multipliée par le poids d’une colonne de mercure de 15 centimètres de hauteur. Par des calculs que nous omettons ici, on arrive à conclure qu’une pression de 215 grammes s’exerce sur chaque centimètre carré de la surface intérieure d’une artère à sa sortie du cœur. Cette pression représente, selon Poiseuille, un poids de 2 à 3 kilogrammes.

Poiseuille a constaté que l’âge, le sexe, le tempérament, les passions, le mouvement, les maladies, font varier à chaque instant la force du cours du sang dans les artères; mais, selon le même savant, dans l’état habituel, la tension du sang dans les artères ne dépasserait pas 2 à 3 kilogrammes.

Les mouvements du cœur sont accompagnés de phénomènes particuliers, que nous devons signaler. Des changements de forme et de consistance de cet organe, un bruit particulier et un choc contre les parois de la poitrine, coïncident avec les mouvements du cœur. Pendant la systole, les parois des ventricules du cœur se resserrent, se rident, et éprouvent comme un frémissement ou une palpitation. Le cœur se courbe, la pointe en avant. En d’autres termes, le cœur se raccourcit.

Ce raccourcissement du cœur pendant la systole des ventricules avait été nié par les anciens physiologistes, par Yésalc, entre autres, et l’imposante autorité de ce grand anatomiste entraîna dans la même erreur Riolan et un grand nombre de ses contemporains. Bien plus, quelques physiologistes ont prétendu que le cœur s’allonge pendant la systole.

D’autres ont soutenu, par un mezzo termine , que pendant la systole le cœur ne s’allonge ni ne se raccourcit.

On ne peut cependant mettre en doute la diminution de longueur du cœur, de sa base vers sa pointe. En effet, si le cœur s’allongeait, les valvules tricuspide et mitrale ne pourraient remplir les usages auxquels elles sont destinées, puisque les colonnes charnues, dont les tendons s’attachent à leurs bords, les retiennent appliquées contre les parois des ventricules. Ajoutons que Sénac, Wolle, Gerdy ont prouvé que le cœur est formé d’anses charnues, dont les extrémités sont dirigées vers la base et le milieu vers la pointe. De cette disposition résulte nécessairement le raccourcissement du cœur quand ses fibres se contractent.

Quand on met la main sur le côté gauche de la poitrine, on

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sent, dans l'intervalle qui sépare les cartilages des cinquième et sixième côtes gauches, une percussion manifeste. C’est ce que l’on appelle les battements du cœur. D’où provient cette percussion? De ce que, chaque fois que les ventricules se contractent, la pointe du cœur vient heurter les parois de notre poitrine.

Le fait du déplacement du cœur et du choc qu’il produit, en venant heurter les parois de la poitrine, est hors de doute. Harvey l’observa le premier sur le vicomte de Montgomery, jeune seigneur de la cour du roi d’Angleterre Charles Ier, qui dans son enfance avait perdu plusieurs côtes, à la suite d’une blessure. Le vicomte de Montgomery, qui avait dix-neuf ans lorsque Harvey l’observa, portait sur la poitrine une plaque métallique qui recouvrait son cœur, car cet organe ne se trouvait défendu que par une enveloppe membraneuse, apparente à l’extérieur. Harvey vit très bien ainsi qu’à chaque contraction des ventricules le cœur se portait en avant, puis rentrait, comme au fond de sa loge.

En 1856, le docteur Bamberger fut appelé pour un homme qui venait de s’enfoncer un couteau dans la poitrine, au-dessous du cœur. Le doigt introduit dans la plaie sentait, à chaque contraction des ventricules, la pointe du cœur, et la sensation de ce contact disparaissait pendant la diastole.

Si le fait du choc du cœur contre les parois costales est indiscutable, il en est autrement de la cause de ce phénomène. Depuis un siècle on discute sur la véritable cause de la projection du cœur en avant, projection qui fait que le cœur vient heurter les parois costales et produire les battements de cet organe. L’opinion qui paraît aujourd’hui la plus probable est aussi la plus simple. Elle consiste à admettre que le déplacement du cœur tient à ce que les contractions des ventricules, lançant l’ondée du sang contre les courbures de l’aorte et de l’artère pulmonaire, le flot liquide tend à redresser les courbures de ses deux vaisseaux, et que dès lors le cœur tout entier, qui est comme suspendu à l’artère aorte, se trouve entraîné par la réaction de ce mouvement, et se porte en bas et en avant.

On s’est demandé si les parois du cœur expulsent, à chacune de leurs contractions, la totalité du sang contenu dans le ventricule ou dans l’oreillette. Haller, conformément à sa doc-

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trine de Y irritabilité, considérait le sang comme le stimulant du cœur et professait que, sous l’influence de cette irritabilité, les cavités du cœur se vidaient entièrement à chaque contraction. Haller justifiait son opinion par des expériences qu’il avait faites sur des grenouilles, et sur de jeunes poulets, animaux dont le cœur offre des parois demi-transparentes. Pendant ces expériences, il était aisé de voir, grâce à la translucidité des parois du cœur, que le sang était entièrement expulsé du ventricule pendant la systole. Cependant l’opinion contraire a prévalu. On admet, de nos jours, que les ventricules, à chacune de leurs contractions, n’expulsent que le quart environ du sang qu’ils renferment.

Quelle est la quantité de sang que chaque contraction des ventricules pousse dans l’artère pulmonaire et dans l’aorte? On admet que 60 grammes de sang passent, à chaque contraction, dans chacun de ces deux vaisseaux. Cette évaluation n’est pourtant qu’approximative, car la quantité de sang lancée par le cœur, à chaque contraction, doit varier selon la force du sujet et les circonstances physiques ou morales où on l’envisage.

Quelle est enfin la coordination des mouvements du cœur? Quel est le rythme auquel ses mouvements obéissent? On regarde aujourd’hui comme bien démontré : 1° Que les deux oreillettes se contractent ensemble ; 2° Que les deux ventricules se contractent également ensemble; 3° Que la systole des oreillettes répond à la diastole des ventricules, et vice versa.

On a voulu pousser beaucoup plus loin la connaissance du phénomène des battements du cœur, et en le soumettant à une étude toute spéciale, on est arrivé à distinguer plusieurs bruits , dont la médecine tire parti pour le diagnostic des affections du cœur.

Quand on écoute attentivement les bruits du cœur, on reconnaît qu’ils se composent de plusieurs bruits distincts, ne s’exécutant pas tous à la fois. Un intervalle sépare ces bruits, et c’est ce qui produit le tic-tac que chacun connaît. Il est évident que si ces deux bruits retentissaient ensemble, ils se confondraient, et qu’on n’en distinguerait qu’un. Il y a donc deux bruits, séparés chacun par un intervalle, c’est-à-dire deux bruits et deux intervalles.

Deux bruits séparés par deux intervalles représentent quatre

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temps. Les auteurs de Traités de physiologie caractérisent à peu près ainsi ces quatre temps.

Premier temps : systole des oreillettes, coïncidant avec la diastole des ventricules.

Deuxième temps : repos très court, correspondant à la fin de la systole des oreillettes et de la diastole des ventricules, et précédant la systole des ventricules.

Troisième temps : systole des ventricules, correspondant à la diastole des oreillettes.

Quatrième temps : très long repos du cœur, séparant la systole des ventricules de la systole des oreillettes.

La durée des trois premiers temps est très courte et à peu près égale. Le quatrième temps (le repos du cœur) est le plus long. Il sera impossible de soumettre sa durée à une déterminanalion bien rigoureuse, car elle varie selon de nombreuses et diverses circonstances.

Les temps que Ton distingue dans les mouvements du cœur, coïncident avec les bruits que fait le cœur en exécutant ses mouvements. Le premier bruit, ou le bruit sourd, correspond à la systole des ventricules, le second à leur diastole .

L’existence et la durée relative de ces quatre temps dans les contractions du cœur, furent parfaitement mises en évidence par l’observation curieuse faite par Cruveilhier d’un malade chez lequel, à la suite de la perte de la partie antérieure des côtes gauches, le cœur était mis à nu : de sorte que l’on pouvait parfaitement voir ses mouvements, et constater qu’ils étaient séparés chacun par un intervalle de repos. Le chirurgien Follin, après Cruveilhier, a fait la même observation sur un enfant qu’il observa, ainsi que nous l’avons dit plus haut, dans les mêmes conditions, c’est-à-dire dont le cœur était en partie visible au dehors.

Passons au rôle que remplissent les artères et les veines dans le phénomène général de la circulation du sang.

Artères. — L’aorte, c’est-à-dire l’énorme vaisseau qui part du ventricule gauche du cœur, et qui, se recourbant peu après, forme l’arc connu sous le nom de crosse de V aorte, est le tronc originaire de la plus grande partie des artères qui parcourent la profondeur et les divers plans du corps humain.

L’aorte, peu après sa sortie du cœur, se divise en plusieurs branches, qui envoient partout de nombreux rameaux. Les divi-

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sions et subdivisions de l’aorte prennent des noms différents selon les parties du corps auxquelles elles se distribuent. L’artère carotide, située dans la région du cou, est une des divisions de l’aorte ; l’artère brachiale est une des divisions de l’artère principale qui sillonne le bras.

La planche coloriée qui accompagne ces pages fait voir très nettement les divisions et subdivisions des artères, avec les noms qu’elles portent. Sur la même planche se voient, avec leurs noms, les veines, qui sont différenciées, par leur couleur bleue, des artères coloriées en rouge.

Les artères sont composées de trois tuniques superposées. La plus extérieure, très extensible, résulte de la condensation de lames du tissu cellulaire : c’est la tunique celluleuse. La seconde, ou tunique jaune, est essentiellement élastique, dure, épaisse, et jouit d’un pouvoir de contractilité qui rappelle, mais à un plus faible degré, la contractilité des parois du cœur. La troisième tunique, ou tunique interne , est composée d’une membrane séreuse.

Il faut admettre, lors même que l’anatomie n’en démontrerait pas l’existence, qu’il y a dans la tunique jaune des artères une certaine puissance de contractilité. Il serait impossible d’expliquer sans cela la progression rapide et continuelle du sang à l’intérieur des artères.

La tunique jaune, dont l’élasticité joue un rôle fondamental, est proportionnellement plus épaisse dans les rameaux que dans les branches, et dans les branches plus que dans les troncs. Elle est fibreuse, dure et sèche. Quand on lie une artère après une opération chirurgicale, c’est surtout cette tunique qui se rompt sous la pression du lien qui détermine l’obturation interne du calibre du vaisseau. La tunique extérieure, ou tunique celluleuse , s’étend et ne se rompt pas.

La tunique interne, ou tunique séreuse, mince et analogue à l’épiderme de la peau, recouvre la tunique fibreuse. Elle est moins destinée à augmenter la force des parois de l’artère qu’à faciliter le cours du sang, en lui présentant une surface lisse et polie.

Les artères étant les conduits qui portent dans les organes les matériaux nécessaires à leur entretien et à leur réparation, sont moins grosses chez les adultes que chez les enfants, dont la nutrition est plus active. Par une raison du même ordre, les artères symétriques ont un calibre plus fort selon le volume re-

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