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HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DE LA CIRCULATION DU SANG

Nous terminerons ce chapitre par un coup d’œil jeté sur l’histoire de la découverte de la circulation du sang. Cette découverte a exercé une si grande influence sur les progrès de la physiologie, et marqué une date si importante dans les progrès de l’esprit humain, que nous ne pouvons nous dispenser de dire quelles voies successives elle a parcourues avant d’apparaître au jour, et de rappeler les noms des hommes illustres qui ont contribué à nous la révéler.

L’organe qui préside à la circulation générale du sang, c’està-dire le cœur, étant d’une structure fort simple, n’étant autre chose, en définitive, qu’une machine hydraulique, une pompe aspirante et foulante, qui fonctionne dans l’économie animale, sous l’empire de la vie, on pourrait croire que le mécanisme de la

GOMMENT LE SAN^G CIRCULE

circulation du sang a été connu de trèV bonne heure par les médecins, les anatomistes, les physiologistes, et de très bonne heure expliqué comme nous venons de l\ faire. Il n’en est rien pourtant. Ce n’est que par une très longue suite d’efforts que l’on est arrivé à comprendre que le sang est en mouvement dans notre corps, et à assigner sa marche précise.

Ce n’est qu’au xvne siècle que fut découvert le mécanisme complet de la circulation du sang. Les anciens, on peut le dire, ont absolument méconnu ce phénomène vital. Hippocrate, qui a fait une étude si approfondie, si étonnante, des inductions que l’on doit tirer de l’exploration du pouls dans les maladies, savait assurément que le sang est en mouvement dans les vaisseaux; mais il se méprenait sur la nature de ce mouvement. Il croyait que le sang produisait à l’intérieur des veines une espèce de flux et de reflux analogue à celui des flots de l’océan. Il ne soupçonnait pas l’existence des artères! Aristote lui-même n’a jamais connu les artère^.

Protagoras, Érasistrate observèrent les premiers les artères chez les animaux; mais ils s’imaginèrent qu’elles étaient remplies d’air.

Il faut se hâter de dire, pour excuser les anciens d’avoir commis cette erreur, qu’il était presque impossible de ne pas la commettre, quand on se bornait à examiner les corps des animaux après leur mort. Ouvrez l’artère d’un animal mort, vous n’y trouverez rien: il n’y a pas trace de sang; il n’y a que des gaz. C’est qu’aux approches de la mort les dernières contractions des artères chassent tout le sang dans les veines, et que le cœur cessant de se contracter, il n’arrive plus de sang dans les artères. On doit donc trouver les artères vides quand on ouvre le corps de l’homme ou d’un animal. Il faut nécessairement inciser une artère sur un animal vivant pour reconnaître que ce vaisseau est parcouru par du sang.

C’est ce que Galien fit le premier, et le premier il reconnut que les artères contiennent du sang. Malheureusement, pour expliquer qu’après la mort les artères étaient vides de sang, Galien forgea toute une théorie, qui fut par la suite une cause de grands embarras pour la science.

Pour expliquer la présence du sang après la mort dans , le ventricule gauche du cœur, Galien supposa qu’il existait dans la cloison interventriculaire du cœur, non pas précisément une

HISTORIQUE

perforation, mais une membrane poreuse, d’un tissu assez lâche pour laisser passer du ventricule droit dans le ventricule gauche, comme par une espèce de filtration, une partie du sang, la partie la plus subtile, la plus diffluente. Ce sang, disait Galien, est ensuite distribué dans les artères.

Galien distinguait parfaitement les artères des veines, quant à leur structure et quant à leurs fonctions. La composition et les usages du sang artériel étaient différents, selon Galien, de ceux du sang veineux. Le sang artériel avait, selon lui, pour fonction de porter partout le mouvement, la chaleur et la vie, et le sang veineux de servir à la nutrition des organes.

La doctrine de Galien, parfaitement édifiée, présentait toutes les apparences de la vérité. Cependant elle reposait sur une grande erreur anatomique, à savoir, l’existence d’une communication entre les ventricules droit et gauche du cœur.

Cette erreur resta longtemps accréditée. A l’époque de la Renaissance, Mundini, de Bologne, affirmait encore que la cloison interventriculaire est percée1. Ce fut Béranger, de Carpi, qui le premier osa élever des doutes sur ce fait. Après lui, l’illustre réformateur de l’anatomie de Galien, André Yésale, de Bruxelles, démontra que l’orifice admis depuis Galien par les anatomistes, dans la cloison interventriculaire du cœur, était pure chimère.

Cette observation d’André Yésale était toute une révolution en physiologie; elle mit promptement sur la voie du mécanisme réel de la circulation.

Il est bien étrange que la première mention du véritable mécanisme de la circulation du sang, ou du moins de la circulation du sang entre le cœur et le poumon, se trouve contenue dans un ouvrage de théologie. Michel Servet, qui périt victime du fanatisme religieux de Calvin, a écrit ces quelques lignes, qui résument parfaitement la circulation 'pulmonaire , ou petite circulation :

« La communication, le passage du sang du ventricule droit dans le ventricule gauche du cœur ne se fait pas à travers la cloison interventriculaire, comme on le croit vulgairement, mais, par un long et merveilleux détour, le sang est conduit à travers le poumon, où il est agité, préparé, où il devient jaune, et passe de la veine artérieuse dans l’artère veineuse2. »

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