‹ Notions de physiologieChapitre 33 sur 86 · NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMBRE

de

pulsations par minute en marchant.

Immobil.

Marche.

17 août.

26 août.

Chamonix

Cascade du Dard

Chalet de la Para

Pierre-Pointue

Grands-Mulets

Grand-Plateau

Bosse du Dromadaire . . .

Sommet du mont Blanc. .

« Ce refroidissement n’est évidemment pas dû à l’évaporation et au courant d’air froid qui passe rapidement, pendant la marche, dans les voies aériennes. En restant immobile et en respirant aussi vite que si l’on montait, le même courant d’air froid se produit dans les fosses nasales et la trachée, et pourtant aucun refroidissement n’est perceptible au thermomètre placé sous la langue.

« Pour que ce phénomène remarquable de l’abaissement de la température intérieure du corps se produise, il n’est pas nécessaire de s’élever à une grande hauteur. Depuis mon retour à Lyon, j’ai constaté qu’en montant rapidement une des nombreuses rampes à escaliers qui conduisent à Fourvières ou à la Croix-Rousse, on a régulièrement, si l’on a soin de ne mettre en place le thermomètre qu’après avoir marché quelques minutes, un abaissement qui varie presque toujours de 3 à 7 dixièmes de degré centigrade.

LA CHALEUR DE NOTRE CORPS

« Ces données ne sont plus vraies pendant le travail de la digestion. Alors, malgré les efforts que l’ascension nécessite, la température se maintient à 36 degrés et atteint même 31°, 3, comme j’ai pu le constater au col du Géant. L’influence de la nourriture ne se fait pas sentir très longtemps. Une heure à peine après avoir mangé, le corps se refroidit de nouveau par les efforts.

« D’où provient cet abaissement de température? — A l’état de repos et à jeun, l’homme brûle les matériaux de son sang, et la chaleur développée est employée tout entière a maintenir la température constante au milieu des variations de l’atmosphère.

« En plaine et par des efforts mécaniques modérés, l’intensité des combustions respiratoires, comme l’a montré M. Gavarret augmente proportionnellement à la dépense des forces. Il y a transformation de la chaleur en force mécanique; mais, à cause de la densité de l’air et de la quantité d’oxygène inspirée, il y a assez de chaleur formée pour subvenir à cette dépense.

« Dans la montagne, au contraire, surtout a de grandes altitudes et sur des pentes neigeuses très raides, où le travail mécanique de l’ascension est considérable, il faut une quantité de chaieur énorme pour être transformée en force musculaire.

« Cette dépense de force use plus de chaleur que l'organisme ne peut en produire ; delà le refroidissement du corps et ces haltes fréquentes qu’il faut faire pour se réchauffer. Quoique le corps soit brûlant, quoiqu’il soit souvent tout en transpiration, il se refroidit en montant, parce qu’il use trop de chaleur et que la combustion respiratoire ne peut en fournir une quantité suffisante, à cause du peu de densité de l’air ; cette raréfaction de l’air fait qu’à chaque inspiration il entre dans les poumons moins d’oxygène à une grande hauteur que dans la plaine.

« La rapidité de la circulation est encore une cause de refroidissement, le sang n’ayant pas le temps de s’oxygéner convenablement dans les vésicules pulmonaires.

« Les expériences de M. Béclard établissent nettement que, lorsque la contraction musculaire exécute un travail mécanique, il se produit dans Je muscle une quantité de chaleur plus faible que lorsqu’une contraction de même nature n’est point accompagnée d’effets mécaniques extérieurs. »

Ainsi, la force musculaire, et Ton pourrait presque dire toutes les forces des êtres vivants, ne sont que de la chaleur transformée.

Nous ajouterons que le système musculaire est un appareil de conversion de la chaleur en mouvement bien supérieur aux meilleures machines à vapeur. Nos machines à vapeur n’utilisent, en effet, d’après Hirn ( Théorie mécanique de la chaleur ), que les 12 centièmes de la chaleur communiquée à la chaudière, tandis que le corps humain utilise, d’après Helmholtz, les 25 centièmes de la chaleur développée dans son organisme. Une machine à vapeur perd inutilement 88 pour 100 de son char-

CONVERSION DE LA CHALEUR

bon; les 12 pour 100 restants sont seuls convertis en action mécanique, tandis que le corps humain ne perd que 75 pour 100 de calorique transformé en travail extérieur.

Le muscle est donc le producteur de force le plus économique que l’on connaisse. L’organisation animale est plus savante que nos savants!

Disons, en terminant, que la source de cette chaleur provient originairement des végétaux. En effet, les végétaux forment une partie de notre nourriture, et les aliments que nous fournit le règne animal ont eu leur source première dans les plantes dont se sont nourris les animaux. Mais ces plantes, à leur tour, à quelle source avaient-elles emprunté leur formation, leur naissance? A la lumière, au soleil. Dans l’obscurité toute vie végétale s’éteint; au contraire, en présence des rayons solaires, la végétation s’établit, se développe et parcourt le cercle de ses phases régulières. Les plantes viennent du soleil, les plantes nourrissent les animaux, les animaux et les plantes nous nourrissent. Donc c’est le soleil qui est la cause primordiale de la chaleur propre à l’homme et aux animaux.

Nous disions, au commencement de ce chapitre, que les anciens philosophes de l’Inde avaient vu dans le soleil la cause de la chaleur des êtres vivants, et que les religions, ainsi que la poésie antique, considéraient la chaleur comme le signe, le caractère de la vie, comme la vie elle-même, que pour eux le frçid était le caractère de la mort et la chaleur le symbole de la vie. Ainsi une science approfondie nous ramène aux conceptions des peuples primitifs, et les physiciens modernes se rencontrent avec les premiers penseurs de l’humanité.

Le système nerveux est l’instrument de l’âme humaine. — Le tissu nerveux comprend l’encéphale, les nerfs et la moelle épinière. — Constitution anatomique du tissu nerveux : tubes nerveux et cellules nerveuses. — Examen des théories émises pour expliquer la nature de l’agent nerveux. — Les ondulations nerveuses. — La théorie électro-vitale. — Galvani, en 1786, découvre le phénomène de la contraction des muscles de la grenouille par le contact d’un arc métallique double, et fonde sur cette observation la théorie qui assimile l’agent nerveux à l’électricité.

— Accueil favorable fait à cette théorie. — Les poissons électriques. — Objections à la théorie électro-vitale résultant d’expériences faites par des physiologistes modernes. — La théorie qui identifiait l’agent nerveux à l’électricité est aujourd’hui abandonnée. — La nature de l'agent nerveux est un problème insoluble. — Division du système nerveux en deux groupes : 1° l'encéphale et les nerfs qui en dépendent; 2° la moelle épinière et les nerfs qui en dépendent.

L’encéphale. — Description anatomique du cerveau humain. — L’encéphale. — L’encéphale, organe de l’intelligence. — Faits qui démontrent cette proposition,

— La fatigue du travail intellectuel est ressentie par le cerveau. — Dans l’enfance, où la masse encéphalique est molle et sans consistance, les idées sont rudimentaires. — Les maladies du cerveau amènent des désordres intellectuels. — Le développement de l’intelligenee est en rapport avec le développement du cerveau. — Mesure des dimensions de la tête chez les savants et chez les individus illettrés. — Le crâne de l’idiot. — Ce que c’est que l’angle facial, manière de le déterminer. — Le volume et la forme du crâne servant à distinguer les races humaines. — Les races dolichocéphales et les races brachycéphales. — Ce que c’est que le prognathisme et l’orthognathisme. — Le poids du cerveau peut-il être considéré comme le signe de la valeur intellectuelle? — Les cerveaux de Cromwell, de lord Byron, de Cuvier, de Dupuytren, de Napoléon Ier. — Poids comparé du cerveau de l’homme et de la femme. — Remarques de Gratiolet sur les circonvolutions cérébrales. — Peut-on localiser les facultés et les instincts de l’homme dans certaines portions de l’encéphale? — Discussion critique des faits mis en avant par les auteurs, concernant la localisation cérébrale. — La localisation des facultés intellectuelles dans les lobes antérieurs du cerveau est le seul résultat positivement acquis à la science. — L’encéphale agit-il par sa masse entière ou seulement par quelques-unes *de ses parties? — La phrénologie. — Justesse du principe

qui sert de base à cette conception. — Vie et travaux de Gall, créateur de la phrénologie. — Gall et Spurzheim. — La tête phrénologique d’après Spurzheim. — Travaux de Cubi i Soler. — Tête phrénologique d’après Cubi i Soler. — Une tête phrénologique illustrée.

Les nerfs crâniens. — Action centripète de l’encéphale s’exerçant par les nerfs crâniens. — Énumération des douze paires de nerfs crâniens. — Par l’encéphale et les nerfs, c’est-à-dire par l’action centrale , et par l’action centripète , l’encéphale est l’instrument de la pensée, des sensations et des sentiments moraux. — Théorie de la formation des idées. — Théorie des facultés de l’âme. — La mémoire, lien indispensable de nos facultés. — Derrière l’organisme cérébral se trouve l’âme. — Conclusion concernant la mystérieuse essence de l’âme humaine.

L’homme possède deux nobles attributs : la sensation et la pensée. D’où nous vient la sensation? d’où nous vient la pensée? Telle est la question que s’adressent, dans leur inquiète curiosité, ceux qui se préoccupent des mystères de l’économie vivante. C’est à ces deux questions que nous allons essayer de répondre dans ce chapitre.

Une première réponse à cette question est simple et facile; mais elle ne doit être qu’un prélude à des recherches ultérieures, qu’une introduction à l’étude du fond de la question. Ce qui sent, ce qui pense en nous, c’est Y âme ou le sens intime.

L’existence de l’âme est incontestable et n’a pas besoin de démonstration. C’est un fait évident que nous pensons et que nous sentons; nous appelons âme , ou sens intime , ce qui sent et ce qui pense en nous, car la matière ne sent pas, ne pense pas; cela résulte de la simple définition de la matière.

Ainsi l’âme est ce qui nous fait percevoir les sensations et la pensée. Ce principe est de toute évidence; il découle du sens commun, et ce serait faire injure à nos lecteurs que de chercher à prouver l’existence de l’âme immatérielle.

En sa qualité de substance immatérielle, l’âme se dérobe à toute investigation de notre part. Elle ne peut se voir ni se toucher; on ne saurait dire exactement où elle réside* On peut énumérer ses attributs, c’est-à-dire ce que l’on nomme les facultés de l’âme, et étudier, comme l’ont fait les philosophes, depuis Pythagore jusqu’à nos jours, le nombre, les degrés, les caractères de ces facultés. On peut analyser, distinguer entre elles ces facultés; mais quant à la nature et au siège de l’âme, on ne peut hasarder même des conjectures. Il faut se contenter de dire que c’est l’âme qui perçoit en nous les impressions et les sensations extérieures, qui produit les manifestations de la

LE TISSU NERVEUX

pensée, de la conscience et de la volonté; que c’est d’elle qu’émane le pouvoir de rapprocher, de comparer les impressions, les sentiments, les sensations, et d’en tirer des raisonnements; qu’en elle résident la puissance ou les simples qualités de l’esprit, qualités que l’éducation perfectionne, et qui donnent à l’être humain la connaissance de ce qui l’entoure, ainsi que le privilège de dominer par sa force intellectuelle et morale le reste des êtres vivants et la nature entière.

Pour exercer ses facultés, l’âme a besoin d’un instrument matériel, qui la tienne en rapport avec le monde extérieur, qui lui transmette, après les avoir reçues, les impressions du dehors. Il faut, selon l’heureuse expression de Descartes, adoptée par l’école philosophique de Damiron, Laromiguière et Cousin, que le moi soit en rapport avec le non-moi. L’âme, substance immatérielle et divine, ne peut sentir et concevoir des idées, des sentiments et des sensations, user de sa volonté, comprendre les mouvements de sa conscience, qu’à la condition d’être frappée, éveillée, excitée par les touches diverses d’un clavier organique matériel.

L’instrument matériel, le clavier aux touches multiples qui met en jeu l’âme humaine, c’est le système nerveux, ou, pour parler suivant les idées des histologistes modernes, le tissu nerveux .

Qu’est-ce que le tissu nerveux? C’est une agglomération de fibres et de cellules, dont les anatomistes ont fixé les caractères propres. Ce tissu est distribué en diverses parties du corps. On le trouve en masse volumineuse dans la cavité du crâne et dans le canal que forme l’intérieur de la colonne vertébrale. Dans le premier cas, on l’appelle encéphale; dans le second, moelle épinière .

L’encéphale et la moelle épinière reçoivent le nom commun de centres nerveux.

Le tissu nerveux qui se trouve dans les parties du corps autres que l’encéphale et la moelle épinière constitue le système nerveux périphérique , ou les nerfs proprement dits.

Les nerfs sont des filets continus de tissu nerveux, qui se distribuent, en se ramifiant, dans l’épaisseur de presque toutes les parties du corps, et principalement à la peau. Les nerfs sont constamment en rapport avec le centre nerveux, d’où ils tirent leur origine. Ils s’unissent les uns aux autres, en formant des anses. Il se perdent, à leur extrémité périphérique, dans la plus

D’OU VIENT LA PENSÉE

fine trame des divers organes; ou bien ils se terminent isolément par de petits renflements, que l’on nomme papilles nerveuses, dans la peau et les membranes muqueuses. Les extrémités des nerfs, sous l’une quelconque de ces formes, se perdent ou dans les organes de mouvement, c’est-à-dire dans les muscles , ou dans des organes d’action nutritive, c’est-à-dire dans les glandes.

La figure 79 représente l’aspect ordinaire d’un nerf, avec les rameaux anastomotiques qu’il envoie toujours sur son trajet.

N’oublions pas de dire que le trajet de certains nerfs est quelquefois coupé, de distance en distance, par des renflements,

durs, noueux, grisâtres, résultant de la condensation, de l’accumulation du tissu nerveux. On donne à ces nodosités le nom de ganglions.

C’est surtout dans le nerf grand sympathique, c’est-à-dire dans l’ensemble du système nerveux de la poitrine et de l’abdomen, préposé à l’entretien des fonctions inconscientes de la digestion, de la circulation, de la respiration et des sécrétions, qu’abondent les ganglions, dont le rôle est resté problématique depuis que l’on a renoncé à y voir autant de petits cerveaux.

Au point de vue de la structure, toutes ces divisions du système nerveux offrent bien peu de différences.

Elles sont d’ailleurs mutuellement reliées par un grand nombre de filets nerveux, qui forment des anastomoses, lesquelles sans doute ne ressemblent en rien aux anastomoses du système artériel et veineux, mais qui ont pourtant pour effet d’établir, comme le font les anastomoses artérielles et veineuses, une communication d’un système à l’autre.

Quelle est la composition intime du tissu nerveux?

Le tissu nerveux résulte de la réunion, opérée par du tissu cellulaire, de fibres, qu’on appelle tubes nerveux ou fibres nerveuses, et de cellules, que l’on désigne sous le nom de cellules nerveuses ou corpuscules ganglionnaires.

LE TISSU NERVEUX. 327

La figure 80 représente les tubes nerveux et les cellules nerveuses.

Les tubes nerveux , ou fibres nerveuses ( a ), constituent des filets fins, ronds, mous et d’une épaisseur variable, qui tantôt sont vides, et tantôt renferment une substance pulpeuse. Les tubes nerveux contenant une pulpe sont composés d’une enveloppe lâche, que l’on nomme névrilème , et d’une fibre située au centre, ronde ou aplatie, molle, mais élastique. Une substance demi-liquide, blanche, visqueuse, contenant beaucoup de graisse et qu’on a appelée moelle nerveuse , ou névrine, remplit l’intérieur du tube, dont la fibre occupe le centre. Il est

Fig. 80. Tubes nerveux et cellules nerveuses.

rare d’ailleurs que les tubes nerveux ne contiennent pas de pulpe.

Les tubes nerveux forment la partie principale des nerfs proprement dits, de la substance blanche du cerveau et de la moelle épinière.

Les cellules nerveuses , ou corpuscules ganglionnaires (6), forment des cellules de différentes grandeurs, renfermant un grain un peu dur, souvent coloré, et qui contient lui-même un noyau, en forme de vésicule.

Les cellules nerveuses sont de forme assez variable. Elles sont tantôt rondes, tantôt en forme d’étoile ou de fuseau.

Le rôle physiologique des cellules nerveuses est beaucoup moins connu que celui des tubes nerveux. Quelquefois les cellules nerveuses se transforment en tubes nerveux, ce qui ferait croire qu’elles ne sont qu’un état de transition ou de passage

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aux tubes nerveux; mais le plus souvent elles ont une existence indépendante et se relient entre elles par des prolongements qu’elles s’envoient réciproquement.

Les cellules nerveuses sont la partie constituante principale de la substance grise, ou corticale, qui enveloppe la substance blanche du cerveau et de la moelle épinière.

Le tissu nerveux, c’est-à-dire l’élément essentiel du système nerveux, est l’instrument des relations entre notre sens intime et le monde extérieur. Et comme le cerveau, la moelle épinière et les nerfs sont composés au dedans de substance grise, on s’est demandé quel était le rôle spécial de ces deux substances dans la transmission des impressions de l’extérieur à l’âme. On croit que la substance grise des nerfs, c’est-à-dire la substance extérieure, joue le rôle principal dans cette transmission. La substance blanche, ou intérieure, ne remplit qu’un rôle secondaire et encore mal défini.

On ne sait absolument rien sur la manière dont les impressions, les sensations se transmettent le long des nerfs, en partant de la périphérie du corps, pour aboutir au centre nerveux, c’est-à-dire à l’encéphale, qui doit les transmettre à l’âme. Il y a voyage, transport, conduction , selon un mot nouveau que nous trouvons dans les ouvrages récents de physiologie, il y a conduction de l’extrémité du nerf au siège central#du système nerveux. Mais par quel mode précis se fait la communication entre ces deux points? Voilà ce qui est ignoré.

On a dit d’abord qu’il s’établissait dans la continuité du nerf des vibrations des ondulations analogues aux vibrations de l’air qui produisent le son, ou aux ondulations de l’éther qui font naître la lumière et la chaleur. Les vibrations, les ondulations le long des nerfs pourraient être admises s’il était prouvé que les nerfs peuvent vibrer, ou que leur substance peut subir des ondulations; si l’on avait déterminé, par l’expérience, en quoi les vibrations de la douleur diffèrent de celles du plaisir, comment un nerf spécial vibre pour transmettre l’impression de la lumière, un autre pour transmettre celle du son; si l’on avait enfin expliqué pourquoi tous les nerfs ensemble ne vibrent pas, n’ondulent pas de la même façon, à la suite de la même sensation extérieure. La lumière qui agit sur le nerf optique transmet à l’encéphale l’impression lumineuse, mais elle est sans action sur le nerf acoustique, et ce dernier ne transmet

LE TISSU NERVEUX

au cerveau que l’impression des sons. Les émanations odorantes agissent sur le nerf olfactif, mais elles sont sans influence sur le nerf optique ou acoustique.

Il n’y a donc pas à s’arrêter sur l’explication physique des ondulations ou vibrations nerveuses.

Pendant longtemps on a comparé, et même quelquefois identifié à l’électricité, l’agent qui produit les sensations nerveuses. Cette explication est, de tous points, inadmissible. Toutefois un certain nombre de médecins, un peu en retard sur le mouvement des idées scientifiques, la tiennent encore pour vraie. Ils identifient ce qu’ils appellent le fluide nerveux avec ce que l’on appelait autrefois, et ce que l’on n’appelle plus, le fluide électrique. Sans doute, la rapidité avec laquelle l’électricité se transporte le long d’un conducteur métallique rappelle la rapidité de transmission des impressions nerveuses. Il faut pourtant se hâter de dire que la vitesse des impressions nerveuses est beaucoup moindre que celle de l’électricité. En effet, l’électricité se transmet le long de ses conducteurs avec une si prodigieuse vitesse, que l’on peut considérer cette vitesse comme instantanée : tandis que, d’après les expériences de M. Helmholtz, qui a réussi à la mesurer par des moyens particuliers, la vitesse des impressions sensorielles serait seulement de 43 mètres par seconde, et elle serait, ajoute le physiologiste de Berlin, bien plus lente encore sous l’influence du froid.

Au début de notre siècle, les expériences par lesquelles Galvani, Aldini, Nysten, Bichat, de Humboldt et tant d’autres expérimentateurs ont mis en évidence les effets de l’électricité en mouvement sur les contractions musculaires de la grenouille et sur les contractions des membres de quelques animaux supérieurs, peu après leur mort violente, avaient beaucoup frappé les esprits. Si l’électricité pouvait faire renaître sur des animaux morts les apparences de la vie, c’est-à-dire contracter les muscles, mettre les membres en mouvement, convulser les traits de la face, provoquer les phénomènes extérieurs de l’inspiration et de l’expiration, n’était-on pas en droit d’identifier avec l’agent nerveux l’électricité qui fait reparaître sur le cadavre le tableau extérieur de la vie? On ne saurait assurément faire un crime de cette assimilation physico-vitale à une foule de savants, pleins d’ardeur et de foi, qui, depuis le commencement de notre siècle jusqu’à sa première moitié, ont développé, sous toutes les formes, cette

D’OU VIENT LA PENSÉE

théorie séduisante. Il y avait cependant un fait fondamental qui aurait dû, il nous semble, arrêter du premier coup sur la pente de cette assimilation, pente dangereuse, sur laquelle ont glissé tant de bons esprits, pour aboutir au ridicule. Ce fait le voici. Liez un nerf avec quelques tours de fil, vous supprimerez aussitôt son action sur le membre auquel ce nerf se distribue. Liez, par exemple, le nerf de la jambe [nerf sciatique), y ous paralyserez la jambe, absolument comme si vous coupiez ce nerf. On sait bien, tout au contraire, que l’on peut poser sur un corps conducteur de l’électricité, sur le fil conducteur de la pile voltaïque, tous les liens imaginables ; on sait bien que l’on peut serrer, presser, comprimer ce conducteur, sans empêcher jamais l’écoulement, le passage de l’électricité. 11 n’est donc pas permis d’identifier l’agent nerveux avec l’électricité en mouvement.

♦ Cette différence fondamentale entre le mode de transmission des impressions nerveuses et celui du courant électrique était assurément connue du temps de Galvani et de ses continuateurs. Comment donc ne lit-elle pas plus d’impression sur l’esprit des physiologistes et des médecins, qui, pendant un demi-siècle, croyaient avoir trouvé dans l’électricité l’explication de tous les phénomènes de la vie? C’est que la théorie électro-vitale s’appuyait sur un ensemble de preuves très spécieuses, qui avaient entraîné la conviction d’une foule d’hommes d’un rare mérite et d’un zèle scientifique sans égal. Un grand nombre de médecins et de physiologistes, au commencement de notre siècle, se consacraient à l’envi à la poursuite d’une théorie bien faite pour entraîner les esprits, à une époque où la passion de la science excitait tant de sincères enthousiasmes et poussait tant de nobles intelligences à la recherche du vrai.

Tout le monde sait comment Galvani, à la fin du siècle dernier, fut mis sur la voie de sa découverte. En 1780, un de ses élèves était un jour occupé à disséquer une grenouille; et dans le même laboratoire se trouvait une machine électrique à plateau de verre, qu’un autre expérimentateur mettait en activité. On reconnut, non sans surprise, que toutes les fois que l’on tirait une étincelle électrique de la machine, aussitôt les muscles de la grenouille subissaient de violentes contractions. On répéta un grand nombre de fois cette expérience, et l’on reconnut qu’elle présentait surtout une grande activité si l’on isolait les nerfs lombaires, de manière à les détacher des parties molles.

LE TISSU NERVEUX

Cette première découverte de Galvani conduisit aune seconde) bien plus importante encore.

Le 20 septembre 1786, Galvani ayant préparé une grenouille comme il le faisait pour provoquer les contractions par la simple étincelle d’une machine électrique, c’est-à-dire ayant isolé les nerfs lombaires et laissé ces cordons nerveux comme seul moyen de communication entre les membres postérieurs et le

Fig. 81. Galvani.

tronc de l’animal, reconnut que le corps de la grenouille était pris de convulsions violentes lorsque l’on mettait tout simplement en communication les nerfs lombaires avec les muscles, au moyen d’un arc métallique.

C’est sur la terrasse du palais Zamboni, qu’il habitait, que Galvani constata ce fait fondamental. Il avait passé un crochet de cuivre à travers la moelle épinière d’une grenouille, et il avait

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suspendu, par ce crochet de cuivre, au barreau de la terrasse, la grenouille ainsi préparée, afin d’étudier l’influence de l’électricité de l’air sur ses nerfs. La journée entière s’était écoulée sans que le corps du batracien présentât aucun phénomène particulier. Vers la fin du jour, fatigué de la longueur et de l’inutilité de ses observations, Galvani saisit le crochet de cuivre implanté dans la moelle épinière de la grenouille, l’appliqua contre la balustrade de fer, et frotta vivement cette balustrade avec le crochet de fer, comme pour rendre le contact plus intime entre les deux métaux. Aussitôt les membres inférieurs de l’animal entrèrent en contraction, et ces mouvements musculaires se reproduisaient à chaque nouveau contact du crochet de cuivre et de la balustrade de fer. Cependant le temps était serein ; rien n’indiquait la présence de l’électricité libre dans l’atmosphère (fig. 82).

D’après cette expérience, qui a été variée de mille et une manières, dans notre siècle, Galvani prétendit que les muscles des animaux, et par analogie ceux de l’homme, constituaient une sorte de bouteille de Leyde électrisée sur deux faces opposées, ces deux faces étant séparées par une couche isolante. Dans cette hypothèse, les nerfs avaient pour mission d’apporter aux muscles l’électricité élaborée par le cerveau et de provoquer ainsi leurs contractions.

La théorie de Galvani admettait un nombre trop exagéré d’hypothèses. Elle n’existe plus dans la science que comme un effort très ingénieux d’application à l’économie vivante d’une loi du monde inorganique. Cette théorie suppose, en effet, que le cerveau envoie de l’électricité aux nerfs, circonstance que toutes les recherches modernes infirment d’une manière complète. Person et Peltieront, d’ailleurs, reconnu que les muscles sont tout aussi bons conducteurs que les nerfs, et des expériences plus récentes ont prouvé que les nerfs sont d’assez mauvais conducteurs de l’électricité. En admettant que de l’électricité circule dans l’économie animale, elle devrait donc se répandre tout aussi facilement dans la masse des muscles que le long du cordon des nerfs. Quant à l’enveloppe isolante dont parlait Galvani, elle n’a jamais été vue par personne.

Ainsi, les phénomènes de contraction musculaire provoqués sur un animal mort par un courant électrique, ne prouvent en aucune façon que l’électricité soit la cause de ces phénomènes pendant la vie. Dans ces expériences, l’électricité agit comme

Fig. 82. Découverte de l’électricité animale par Galvani, le 20 septembre 1786.

LE TISSU NERVEUX

un stimulant actif, qui réveille, pour quelques instants, la sensibilité près de s’éteindre, chez l’animal récemment tué. En effet, ces phénomènes cessent de se manifester quelque temps après la mort violente de l’animal, et il faut, pour réussir, opérer sur les animaux vigoureux. Des agents d’excitation purement mécaniques peuvent produire les mêmes effets. Déjà Haller avait reconnu que du sel marin, des acides, des matières irritantes, mis sur les muscles d’un animal récemment tué, ou que des instruments aigus, la chaleur, etc., peuvent provoquer dans ces mêmes muscles de fortes contractions.

L’existence incontestable de l’électricité dans les poissons électriques, dont les plus remarquables sont le Gymnote, la Torpille et le Silure, semble militer en faveur de la théorie de l’électricité comme cause des phénomènes vitaux. Il importe donc de réduire ces faits à leur juste valeur.

Chez le Gymnote, la Torpille, le Silure, et même chez certaines variétés de Raie, l’électricité existe et se renouvelle sans cesse. La volonté dirige les mouvements de cette électricité. Les poissons électriques et leurs curieux effets sont assez connus, par la description qu’a donnée de Humboldt, au commencement de notre siècle, de la pêche du Gymnote dans les eaux de l’Orénoque, à Calabozo, dans la province de Caracas. Mais les terribles commotions que distribuent à leurs ennemis les poissons électriques n’apportent aucun argument à l’appui de la théorie électro-vitale. De ce qu’il existe un courant électrique dans le corps du Gymnote, il ne s’ensuit point que chez tous les autres animaux, et chez l’homme, l’électricité doive représenter la cause de la vie. Breschet, Jobert (de Lamballe) et d’autres anatomistes ont étudié avec beaucoup de soin l’organe électrique du Gymnote, de la Torpille, du Silure et de la Raie. Ces poissons présentent une constitution anatomique tout à fait semblable à celle des animaux de leurs espèces relatives, mais ils possèdent, en outre, un organe spécialement destiné à la sécrétion électrique. L’ablation de la glande qui engendre l’électricité, fait disparaître leur puissance foudroyante. La section des nerfs qui se rendent à cet appareil, ou l’ablation de la partie du cerveau qui lui envoie ses nerfs, abolit également tout effet électrique.

Il faut donc considérer les poissons électriques comme des animaux auxquels la nature a confié une arme pour l’attaque ou pour la riposte, arme qui diffère, par sa disposition et ses pro-

336 D’OU VIENT LA PENSÉE

priétés, des moyens habituels de défense accordés aux autres animaux.

On peut d’ailleurs concevoir jusqu’à un certain point comment la nature a pu doter les poissons électriques de l’organe qui leur est propre. Si l’électricité qui se dégage, à n’en pas douter, dans toutes les actions chimiques effectuées dans notre corps, ne se trouvait pas, à chaque instant, dissimulée par la recomposition incessante des deux électricités contraires, recomposition qui s’effectue sur place, à cause de la mauvaise conductibilité des substances animales, elle se manifesterait par ses effets ordinaires, et s’accumulerait en grande quantité dans notre corps. Tout porte à croire que, dans les poissons électriques, la nature a trouvé le moyen d’empêcher cette incessante recomposition des électricités contraires, et que telle est la seule différence qui existe entre les poissons électriques et le reste, le servum pecus , de la gent aquatique.

Un seul fait, disons-nous plus haut, suffit pour démontrer la différence fondamentale qui existe entre le fluide électrique et le fluide nerveux. Quelques détails complémentaires ne seront pas de trop avant d’en finir avec cette question.

Une ligature arrête le passage de l’agent nerveux, tandis qu’elle laisse s’écouler librement l’électricité. Il est facile de reconnaître, en effet, que si l’on fait passer un courant électrique dans un nerf interrompu par une ligature, ou bien dans un nerf coupé, mais dont les bouts soient maintenus en rapport de con-' tinuité, le fluide électrique circule toujours et peut affecter l’aiguille aimantée.

Le physiologiste allemand J. Millier a fait l’expérience suivante, dont les conséquences sont aussi logiques que rigoureuses. Il lia le nerf lombaire d’une grenouille, et ensuite il y fit passer un courant électrique. L’électricité existait dans tout le trajet du nerf; et pourtant, ni au-dessus ni au-dessous de la ligature on ne pouvait provoquer la moindre contraction musculaire. La ligature, qui n’interrompait pas le courant électrique, arrêtait le courant nerveux.

Il faut conclure de cette expérience que, lorsqu’un muscle se contracte sous l’influence d’un courant voltaïque, cela tient seulement à ce que l’irritation physique déterminée par le passage de l’électricité excite le nerf et que cette excitation physique seule détermine la contraction.

LE TISSU NERVEUX

Après un fait aussi décisif, à peine est-il nécessaire de faire remarquer que l’on n’a jamais réussi à mettre en évidence la présence de l’électricité dans un nerf. Si, sur un animal vivant, on isole et irrite un nerf par divers moyens, et qu’on le mette en rapport avec le fil d’un galvanomètre, on ne constate aucunement la présence de l’électricité dans ce nerf.

En résumé, la théorie qui identifiait l’agent nerveux à l’électricité, doit être abandonnée.

Que faut-il cependant mettre à la place de cette explication, qui a joui d’une si longue fortune? Hélas! rien. Nous ne savons absolument rien sur la nature de l’influx nerveux, et il ne faut pas craindre de proclamer notre ignorance en cette matière.

Les anciens, qui n’avaient aucune idée de l’agent nerveux, — car ils prenaient les tendons des muscles pour des nerfs, — n’avaient pas eu à s’inquiéter de la nature de cet agent. L’âme leur suffisait pour tout expliquer. Quand l’anatomie vint révéler l’existence et les fonctions des nerfs, on attribua leurs effets à une vapeur subtile qui parcourait l’intérieur des tubes nerveux. Ce fut la théorie des médecins du Moyen âge. Descartes, qui s’occupa, pendant toute sa vie, de recherches sur le corps humain, précisa les idées admises avant lui. Il appela esprits animaux ce que les médecins du Moyen âge avaient appelé vapeur subtile. Descartes croyait que le cerveau sécrétait les esprits animaux, en les retirant de la partie la plus déliée du sang, et que le cerveau réparait continuellement la dépense d’esprits animaux que faisait l’économie. Selon Descartes, c’étaient ces esprits animaux circulant dans les nerfs, qui étaient les agents de la sensibilité et du mouvement.

Descartes nous montre les esprits animaux parcourant les canaux nerveux, et produisant tout à la fois les mouvements musculaires, la perception des idées, l’imagination et la mémoire. Il décrit leurs voyages à travers le corps humain et toutes leurs opérations, comme s’il en avait été le témoin oculaire.

Nous en sommes fâché pour la science moderne, mais la théorie conçue il y a deux siècles par l’illustre philosophe français, serait encore de mise aujourd’hui. Elle vaudrait tout autant que la théorie électro-vitale, s’il fallait absolument une théorie. Mais la vérité est qu’aucune explication plausible de la nature intime de l’agent nerveux ne peut être formulée, et que \'inne,r-

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vation, c’est-à-clire le genre de rapport qui s’établit, par l’intermédiaire de l’encéphale, de la moelle épinière ou des nerfs, entre notre âme et le monde extérieur, demeure toujours un des grands mystères de la nature; et il est bien probable, disons-le, qu’il ne nous sera jamais permis de pénétrer un aussi grand arcane.

S’il en était autrement, si l’on était fixé sur la nature de l’agent nerveux, les maladies nerveuses seraient d’une cure facile, tandis qu’il n’est aucune affection qui résiste avec plus d’opiniâtreté aux ressources de l’art. Nous avons entendu un médecin dire, chez un malade affecté de sciatique (maladie du nerf sciatique ), que depuis quarante ans il traitait des sciatiques et qu’il ne savait pas encore ce que c’est qu’une sciatique. Il existe toute une classe de médicaments que l’on appelle antispasmodiques, c’est-à-dire propres à combattre les affections nerveuses ou les symptômes nerveux. Tels sont l’éther, l’assafœtida, la valériane, le musc, le camphre, le bromure de potassium, le chloral, etc. Or, certains antispasmodiques produisent l’effet inverse sur quelques personnes : ils les excitent, au lieu de les calmer. La classe des médicaments antispasmodiques ne peut être rigoureusement déterminée par les médecins, puisqu’ils ne savent rien sur la nature de l’agent nerveux.

Étudions maintenant le tissu nerveux, selon sa distribution dans le corps humain.

Le système nerveux, considéré chez l’homme, est d’une étude si difficile, si compliquée, qu’il faut nécessairement y introduire des divisions, pour préciser les attributs de ses différentes parties.

Bichat créa, au commencement de notre siècle, la distinction du système nerveux en système nerveux de la vie animale , ou de relation , et système nerveux de la vie organique , ou végétative . Cette division, obscure dans ses termes, est un mauvais guide pour l’étude anatomique du système nerveux et pour la délimitation de ses divers usages physiologiques. Après avoir été beaucoup encensée par l’école de Paris, et suivie dans tous les ouvrages classiques, la division de Bichat est aujourd’hui en complète défaveur. Les fonctions du nerf grand sympathique étaient le pivot sur lequel reposait la distinction de la vie animale et de la vie végétative; mais du moment que l’on a découvert que le nerf grand sympathique a de nombreuses connexions avec la

L’ENCEPHALE.

moelle épinière; depuis que l’on sait que des fdets nerveux volumineux rattachent ces deux systèmes l’un à l’autre, on a fait du nerf grand sympathique une simple dépendance, une annexe de la moelle épinière, et la distinction du système nerveux de la vie animale et du système nerveux de la vie végétative, n’ayant plus de base anatomique, est entièrement délaissée dans les ouvrages de physiologie.

Pour nous, qui, en face d’une question scientifique compliquée, cherchons, avant tout, une division nette et claire, se prêtant bien à la vulgarisation, nous diviserons le système nerveux, pour l’étudier commodément, sans rien sacrifier de l’exactitude des faits, en deux groupes :

1° V encéphale et les nerfs qui en dépendent (cerveau, cervelet et nerfs crâniens);

2° La moelle épinière et les nerfs qui en dépendent (moelle épinière, nerfs rachidiens et nerf grand sympathique).

l’encéphale et les nerfs qui en dépendent.

On désigne sous le nom d’encéphale la masse nerveuse contenue dans la cavité du crâne.

Nous commencerons par donner la description, topographique, pour ainsi dire, de l’encéphale. Nous aborderons ensuite l’étude des fonctions physiologiques de cet organe. Après tout ce qui concerne l’encéphale, nous passerons aux nerfs qui partent de cet organe, ou à ce qu’on nomme les nerfs crâniens.

L’encéphale, ou la masse de tissu nerveux enfermée dans la cavité du crâne, est distribuée en deux groupes distincts : le cerveau et le cervelet. La même masse se prolongeant en forme de cordon cylindrique, et sans aucune discontinuité, donne naissance à la moelle allongée et à la moelle épinière.

Le cerveau forme la portion la plus volumineuse de l’encéphale. Il occupe toute la partie antérieure et supérieure du crâne, depuis le front jusqu’à l’occiput. Il est composé, comme est composée d’ailleurs la moelle épinière, de deux substances, l’une grise, à l’extérieur, l’autre blanche, à l’intérieur.

La substance grise , ou corticale , et la substance blanche , ou interne, du cerveau, présentent les caractères de structure qüe

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nous avons fait connaître comme propres au tissu nerveux en général, c’est-à-dire sont constituées par des tubes nerveux et des cellules nerveuses, réunies, d’après les histologistes, {dans le cerveau, par une substance spéciale, granulée, pointillée, et simplement par du tissu cellulaire, dans les nerfs.

La forme du cerveau humain est celle d’un œuf, dont la grosse extrémité serait tournée en arrière (fig. 83 et 84). Sa face supérieure, convexe, répond à la concavité du crâne; sa face inférieure, aplatie, repose sur la base de cette boîte osseuse.

Le cerveau étant l’organe le plus important du corps humain, le Créateur a multiplié les soins pour le mettre à l’abri des lésions extérieures. Une enveloppe osseuse, d’une extrême résistance (le crâne), l’enserre de toutes parts. La forme arrondie de la boîte crânienne lui permet de résister très efficacement aux violences extérieures, en répartissant sur toute la masse le choc reçu sur un quelconque de ses points. Les nombreuses articulations au moyen desquelles s’agrafent, pour ainsi dire, toutes les parties osseuses de la voûte crânienne, atténuent encore l’effet des chocs et des coups, en plaçant autant de petites résistances s e-

L’ENCÉPHALE

condaires à chaque point d’articulation, en interrompant, en brisant, pour ainsi dire, la force à chacune de ces jointures.

La peau qui recouvre le crâne est plus épaisse et d’un tissu plus serré que celle des autres parties du corps. Le nom de cuir chevelu, donné au tégument cutané, c’est-à-dire à la peau du crâne, définit parfaitement la cohésion particulière de la peau en ce point de notre corps. Ajoutons que les cheveux forment pour l’encéphale un abri tutélaire. Mauvais conducteurs du calo rique et de l’électricité, les cheveux défendent la masse encé-

Fig. 84. Encéphale vu par sa face inférieure.

A. Lobe antérieur du cerveau. — B. Lobe postérieur du cerveau. — C. Lobe occipital du cerveau — D. Lobe latéral du cervelet. — 2. Corps pituitaire. — 3. Pédoncule cérébral. — 4. Protubérance annulaire. — 7 et 8. Origine du nerf olfactif. — 9. Origine du nerf pathétique. — 10. Originel nerf trijumeau. — 11. Origine du nerf moteur oculaire commun. — 12. Entrecroisement et origine des nerfs optiques. — 13. Origine du nerf moteur oculaire externe. — 14 et 15. Origine du nerf facial. — 16. Origine du nerf acoustique. — 17. Origine du nerf glosso-pharyngien. — 18. Origine du nerf pneumo-gastrique. — 19. Origine du nerf grand hypoglosse. — 20. Origine du nerf spinal. — 21. Bulbe rachidien.

phalique de l’impression du froid extérieur, ainsi que de l’électricité atmosphérique, quand celle-ci est surabondante.

Mais c’est à l’intérieur que la nature a multiplié les moyens de protection de l’encéphale. Cet organe est d’une structure si délicate, que le moindre ébranlement troublerait son action. Trois membranes superposées, et d’une consistance différente, enve-

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loppent l’encéphale, se moulent sur ses contours, et le protègent contre les secousses extérieures, en même temps qu’elles contribuent à séparer les unes des autres ses différentes parties, à maintenir leur forme propre, à les empêcher de se toucher et à prévenir leur affaissement.

Les trois membranes qui enveloppent l’encéphale sont, en allant de dehors en dedans : la dure-mère , Yarachnoïde et la

pie-mère.

On appelle méninges l’ensemble des trois membranes qui enveloppent l’encéphale; d’où, pour le dire en passant, le nom

Fig. 85. Encéphale vu de profil.

A. Hémisphère droit du cerveau. — B. Protubérance annulaire, ou pont de Varole. — C. Cervelet. — D. Moelle allongée.

de méningite qui sert à désigner la maladie dont le caractère principal est l’inflammation des membranes du cerveau.

La dure-mère 4, la plus résistante des trois membranes, est essentiellement fibreuse. Revêtant toute la cavité du crâne, tout en adhérant à sa voûte et à sa base, elle plonge dans la masse cérébrale, qu’elle partage en deux parties égales, en formant ce que l’on nomme la faux du cerveau , véritable cloison qui part de la base du crâne et s’élève entre les deux hémisphères céré-

1. L’origine de ces noms dure-mère et pie-mère a beaucoup embarrassé les physiologistes. Le nom de mère , emprunté à la médecine arabe, vient, dit-on, du mot mère , qui désigne, dans la langue arabe, l’enveloppe d’un corps quelconque.

L’ENCÉPHALE

braux. Le sommet de la scissure qui sépare les deux hémisphères cérébraux, circonscrit, en haut, un canal prismatique, que l’on nomme le sinus longitudinal supérieur , canal qui reçoit une grande masse de sang veineux, et à la partie inférieure, le sinus longitudinal inférieur, qui a la même destination.

La dure-mère enveloppe également le cervelet, et le sépare des lobes cérébraux, en formant ce que l’on appelle la tente du cervelet .

Le nom à’ arachnoïde, en rappelant la toile de l’araignée (du grec àpàxvr), araignée), fait comprendre la ténuité de cette mem-

Fig. 86. Coupe verticale de l’encéphale sur la ligne médiane.

A, A. Hémisphère cérébral. — B. Coupe du corps calleux. — C. Couche optique. — D. Protubérance annulaire, au-dessous de laquelle se voit, X, le bulbe rachidien. — E. Coupe de la moelle épinière. — F. Coupe du cervelet, montrant l'arbre de vie. — G. Hémisphère gauche du cervelet.

brane. L’arachnoïde n’est pas fibreuse, comme la dure-mère, mais séreuse. Elle sécrète un liquide qui sert à lubrifier le cerveau.

L’arachnoïde se moule sur le feuillet interne de la dure-mère, et la suit dans tout son parcours. Elle est interposée entre la dure-mère et la pie-mère.

Le liquide sécrété par le tissu cellulaire qui unit le feuillet interne de l’arachnoïde aux parties sous-jacentes, se nomme le liquide sous -arachnoïdien, ou céphalo-rachidien. L’encéphale est, de cette manière, toujours baigné dans un liquide, qui le pro-

tège, en amortissant l’effet des mouvements et des chocs, et en prévenant le frottement mutuel de ses parties.

La pie-mère, qui repose directement sur la masse cérébrale, est moins une membrane propre qu’un réseau, un lacis de vaisseaux sanguins artériels et veineux, reliés par du tissu cellulaire, vaisseaux sanguins qui servent à nourrir la substance du cerveau et celle du cervelet. La pie-mère suit toutes les circonvolutions de l’encéphale, pénètre dans tous les replis des hémisphères cérébraux, ainsi que dans les circonvolutions et les lames du cervelet.

C’est cette membrane qui, en devenant plus dure autour de la moelle et des nerfs, forme leur enveloppe, c’est-à-dire le névri-

lème.

La dure-mère, pénétrant dans la masse nerveuse centrale, la sépare, avons-nous dit, en deux moitiés égales, les hémisphères cérébraux . La scissure que l’on nomme grande scissure divise la masse cérébrale dans toute sa hauteur, en avant et en arrière ; mais elle s’arrête au milieu, à une sorte de plancher qui réunit comme un pont les deux hémisphères. On appelle ce plancher le corps calleux (B, fig. 86).

Chaque hémisphère cérébral (ÀA, fig. 86 ; Hc, fig. 87) est partagé en deux lobes : l’un antérieur, le plus petit, répond au front; l’autre postérieur, bien plus grand, est subdivisé en deux par une scissure transversale, la scissure de Sylvius (S c, fig. 87).

Plusieurs cavités, nommées ventricules du cerveau, — la cloison qui forme une partie de la paroi des ventricules et que l’on nomme la couche optique (C, fig. 86; Co, fig. 87), parce que l’on croyait autrefois qu’elle servait d’origine au nerf optique, — le corps strié, masse grisâtre, portant quatre petites éminences, nommées les tubercules quadrijumeaux , — la glande pinéale, petit corps en forme de pomme de pin (d’où son nom de pinéale ), dans lequel Descartes plaçait le siège de l’âme, — deux gros cordons blancs que l’on nomme les pédoncules cérébraux ( pcb , fig. 87), — enfin le mésencéphale ou Yisthme de V encéphale, .triple point d’union du cerveau, du cervelet et de la moelle épinière, — telles sont les parties principales que les anatomistes distinguent, en dehors des lobes cérébraux. Nous insisterions davantage sur ces parties, si l’on savait quelque chose sur les usages auxquels sont destinés les divers fractionnements de la masse encéphalique.

L’ENCÉPHALE

Disons seulement, parce qu’on leur a assigné un rôle dans les usages physiologiques, que la surface du cerveau est creusée d’un assez grand nombre de sillons tortueux, que l’on nomme anfractuosités , plis ou circonvolutions.

Le cerveau est un organe symétrique, comme les membres, comme la plupart des os et comme presque tous les viscères de l’économie, c’est-à-dire que les mêmes parties se répètent à droite et à gauche. C’est ce qui explique que cet organe continue à fonc-

Fig. 87. Encéphale vu en coupe horizontale et en dessus.

Ile, Hc, Hc. Hémisphères cérébraux. — Ce. Portion antérieure du corps calleux. — V. Partie antérieure du ventricule latéral gauche. — Glt. Cloison transparente ou septum lucidum. — Co. Couche optique gauche. — pcb. Un des pédoncules du cerveau. — pa. Pédoncule antérieur du cervelet. — pl, pl. Pédoncule latéral du même. — pp. Son pédoncule postérieur. — Sc. Scissure de Sylvius, divisant latéralement les hémisphères cérébraux. — M. Moelle épinière.

tionner malgré la lésion d’une de ses parties. Dans le cas d’altération pathologique ou de blessure d’un des côtés du cerveau, du côté droit par exemple, le côté gauche continue à exercer ses fonctions normales. Les parties symétriques sont toutefois réunies et mises réciproquement en action par des fibres nerveuses transversales, que l’on nomme les commissures.

De cette description topographique du cerveau, il faut retenir surtout les deux hémisphères , dont les travaux modernes ont particulièrement éclairé les usages physiologiques.

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Le cerveau est parcouru par beaucoup de vaisseaux sanguins, qui s’y subdivisent en canaux nombreux, d’un très faible calibre, et qui, finissant par devenir d’un diamètre capillaire, constituent le réseau capillaire du cerveau. Il faut que le sang arrive toujours avec abondance à l’encéphale pour que ses fonctions s’exécutent avec intégrité, et que les forces qu’il dépense soient constamment réparées par un sang fortement oxygéné. Aussi des modifications dans la quantité et dans la nature du sang amènent-elles promptement une perturbation dans l’activité de cet appareil organique.

Fait assez curieux, et que l’on ne soupçonne pas généralement, le cerveau exécute une sorte de mouvement, que l’on a expliqué par les battements des artères qui se distribuent dans sa masse, mais qui peut-être aussi dépend de quelque autre cause, encore inconnue. Ce mouvement, qui embrasse la totalité du cerveau, devient visible sur les sujets auxquels on pratique le trépan , opération chirurgicale qui consiste à enlever à la boite crânienne des rondelles de substance osseuse, soit pour ouvrir un abcès survenu dans le cerveau, soit pour toute autre indication. Quand l’instrument d’acier a ainsi pratiqué une sorte de fenêtre ronde dans un des os du crâne, on voit le cerveau s’élever et s’abaisser, suivant un rythme qui correspond, pour le mouvement d’élévation, à chaque battement du cœur, et pour le mouvement d’abaissement, à chaque expiration effectuée par les muscles de la poitrine.

On peut percevoir d’une manière plus simple le mouvement du cerveau en appliquant le doigt sur la fontanelle de l’enfant nouveau-né, c’est-à-dire sur le sommet de la voûte du crâne de l’enfant, partie non encore complètement ossifiée et demeurée à l’état cartilagineux. Grâce au peu de résistance que présente encore, en ce point, l’enveloppe osseuse du cerveau, il est facile de sentir sous le doigt les mouvements d’élévation et d’abaissement de la masse encéphalique.

Chez l’enfant, la masse cérébrale est molle; elle a la consistance d’une gelée. Le cerveau ne prend sa consistance normale que vers la septième année. Ce n’est donc qu’à partir de cet âge que l’on peut, sans inconvénient, imposer à l’enfant un travail intellectuel.

On n’a remarqué aucune différence quant à la structure et à la consistance du cerveau considéré chez l’homme et chez la

L’ENCÉPHALE

femme. L’aptitude aux travaux intellectuels est certainement égale dans l’un et l’autre sexe.

M. Sappey, professeur d’anatomie à la Faculté de médecine de Paris, a pesé, comparativement, des cerveaux d’homme et de femme. Le poids total de l’encéphale de la femme ne diffère que fort peu, d’après les recherches de M. Sappey, de celui de l’homme. L’encéphale de l’homme pesant 1358 grammes, celui de la femme pèserait 1256, ce qui ne donnerait qu’une différence de 102 grammes en faveur de l’homme. En comparant, chez l’homme et la femme, le poids de toutes les parties qui composent l’encéphale (le cerveau, le cervelet, l’isthme et le bulbe rachidien), M. Sappey a trouvé dans le poids du cerveau une différence de 94 grammes en faveur de l’homme et de très faibles différences entre l’homme et la femme, si l’on considère le cervelet, l’isthme et le bulbe rachidien.

Le tableau suivant résume les résultats obtenus par M. Sappey :

Encéphale. Cerveau. Cervelet. Isthme. . Bulbe.

Homme 1,358 1,187 0,143 0,0215 0,0080

Femme 1,256 1,093 0,137 0,0200 0,0075

Différ. en faveur de l’homme. 0,102 0,094 0,006 0,0015 0,0005

Ainsi le cerveau pèse un peu plus chez l’homme que chez la femme; mais pour les autres éléments de l’encéphale les différences sont insignifiantes.

Pendant la vieillesse, la substance cérébrale se durcit, devient plus coriace; le cerveau se ratatine , pour ainsi dire.

Le cervelet est la partie de l’encéphale qui est située à la partie postérieure du cerveau, dans la région occipitale, c’est-à-dire la région qui surmonte la nuque.

Le volume du cervelet est beaucoup moindre que celui du cerveau : la proportion est à peu près d’un septième. Sa forme est celle d’un œuf qui serait un peu aplati de haut en bas. Ses parties sont symétriques, comme celles du cerveau.

Le cervelet (fig. 88), qui est, comme semble l’indiquer son nom, un petit cerveau, un diminutif de cet organe, se partage, comme le cerveau, en deux lobes latéraux , ou hémisphères, et en un lobe moyen. Sa surface est sillonnée de lignes courbes, à peu près concentriques, mais qui diffèrent d’aspect de celles du cerveau. Ce ne sont plus des sillons proprement dits, mais des

D’OU VIENT LA PENSEE

lames appliquées les unes contre les autres, comme les feuillets d’un livre.

Nous avons signalé, en parlant du cerveau, le corps calleux , c’est-à-dire la partie qui relie ensemble les hémisphères cérébraux , au moyen de prolongements que l’on nomme pédoncules du cer- 0 veau.

Nous ajouterons seulement que l’on nomme proubérance annulaire une sorte d’anneau qui embrasse les pédoncules cérébraux. L’anatomiste italien Varoli, ayant trouvé que cette partie du cervelet ressemble à un pont, on donne quelquefois à la

protubérance annulaire PV le nom de pont de Varole.

Le cervelet se compose, comme le cerveau, de substance grise à l’extérieur, et de substance blanche à l’intérieur.

Si l’on pratique une coupe du cervelet verticalement, d’avant en arrière, ainsi que le représente une partie de la figure 88, on voit à l’intérieur de cet organe, les substances blanche et grise, qui représentent, avec un peu de bonne volonté, les divisions et subdivisions des branches d’un arbre. On a donné le nom d ’ arbre de vie (G') à la figure que semble former la section du cervelet ainsi pratiquée.

Mc

Fig. 88. Coupe du cervelet.

V. Partie moyenne du cervelet. — C, C'. Lobes latéraux du cervelet ; l’un d’eux, C', a été coupé, pour montrer l 'arbre de vie , produit par les irradiations de la substance blanche. — PV. Protubérance annulaire, ou pont de Varole. — Mc. Prolongement des faisceaux de ia moelle à travers la protubérance.

Nous venons de faire, pour ainsi dire, la géographie de l’encéphale. Il s’-agit maintenant de savoir ce qui se passe dans cette république anatomique, dans ce chef-lieu du système nerveux.

Pour sentir, pour concevoir, pour former des idées, pour rapprocher ces idées et les comparer entre elles, pour en tirer des inductions, des déductions, des délibérations, des actes de volonté et de liberté morale, l’âme, avons-nous dit, a besoin d’un instrument matériel, qui lui serve d’intermédiaire entre sa suprême essence et le monde du dehors. Cet instrument matériel, cet intermédiaire visible et palpable entre l’âme sensible et le

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monde extérieur, entre le moi et le non-moi , c’est à n’en pas douter, l’encéphale.

Celui qui aime à pénétrer les mystères de la nature et à scruter les secrets ressorts de notre machine, ne peut se défendre d’une vive émotion, lorsqu’il porte, pour la première fois, un regard attentif sur l’encéphale humain.

Toutes les impressions perçues par les organes des sens, ainsi que par les extrémités des nerfs qui se perdent dans la peau, sont transmises à l’encéphale. L’encéphale est donc le centre des impressions du dehors. C’est à lui que toutes le& sensations arrivent; c’est de lui que part la cause de tous les mouvements volontaires. Il est un centre pour les fonctions de relation, comme le cœur est un centre pour les fonctions de nutrition, et l’on peut dire du cerveau, comme du cœur : Omnibus dat et ab omnibus accipit (il donne à tous et il reçoit de tous).

Nous disons que l’encéphale est l’instrument des opérations de l’âme, c’est-à-dire le siège de l’intelligence, de la conscience, des manifestations de l’esprit et de toute activité intellectuelle et morale. Les preuves de ce fait surabondent aujourd’hui.

Quand nous nous sommes livrés à un travail intellectuel excessif, où ressentons-nous la fatigue? Est-ce au cœur, est-ce à l’estomac, est-ce dans les membres ou dans le tronc? Non; c’est dans le cerveau. Et puisque c’est au cerveau que la fatigue se fait sentir, si le travail d’esprit nous donne mal à la tête , ne fautil pas en conclure que la tête est le siège de l’effort intellectuel? Ce qu’on appelle pâlir sur les livres est une expression fort impropre. On sait bien, en effet, que la contention d’esprit que nous nous imposons pour étudier, ne fait point pâlir notre visage, mais que tout au contraire elle fait rougir la face et le front, par une congestion physiologique, résultant de l’afflux du sang vers la tête. Et que vient faire le sang déversé dans le cerveau en quantité anormale pendant l’effort intellectuel? Il vient exciter, par son abondance et son rapide cours, les facultés de l’attention, de la comparaison, de la déduction, de la mémoire, qui sont les attributs de l’intelligence. Au lieu donc de dire que l’on pâlit sur les livres, il vaudrait mieux dire que l’on rougit. Mais, quel que soit le nom que l’on donne à cet appel temporaire du sang dans l’encéphale pendant le travail d’esprit, il n’en prouve pas moins que l’encéphale est le siège de l’intelligence .

Dans l’enfance, âge où la masse encéphalique est encore

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molle, sans consistance, sans organisation arrêtée, les idées sont rudimentaires; elles se perfectionnent avec le développement du cerveau. Au contraire, dans la vieillesse, lorsque le cerveau est endurci par les progrès de l’àge, les idées perdent de leur vivacité, de leur durée et de leur puissance.

Broca, discutant 347 faits, cités par Wagner, en a tiré les conclusions suivantes :

1° L’encéphale de l’homme atteint son plus grand développement à 40 ans, dans les deux sexes ; 2° il varie à peine de 40 à 50 ans; 3° il commence à décroître vers cette limite d’âge. Cette diminution est d’abord lente, souvent presque nulle, et devient plus accentuée vers 70, et surtout de 70 à 80 ans.

Les maladies du cerveau amènent chez l’homme des désordres intellectuels, une suppression plus ou moins complète des manifestations de l’âme, ou l’idiotisme. La destruction des hémisphères cérébraux amène, chez les animaux, la suppression de l’intelligence.

Si le cerveau est engourdi par l’opium, s’il est désorganisé par une blessure, une fracture du crâne, par un épanchement de sang ou de sérosité, l’intelligence est altérée.

Le docteur Pierquin, médecin à l’Hôtel-Dieu de Paris, eut à traiter dans cet hôpital, en 1825, une femme chez laquelle la maladie avait détruit une grande partie des os du crâne et dépouillé le cerveau de ses membranes. Quand cette femme était éveillée, on voyait son cerveau, coloré en rouge, s’agiter et se gonfler par la circulation du sang. Pendant le sommeil, le cerveau était affaissé et d’une teinte rosée. Au moment du réveil, la malade prononçait quelques mots : c’était le signe du retour de l’intelligence, et aussitôt on voyait le cerveau se soulever et reprendre sa teinte rouge.

Si on lie, chez les chiens, l’artère carotide et les artères vertébrales, qui fournissent le sang au cerveau, ces animaux perdent toute sensation et semblent porter une tête morte sur un corps vivant. Mais si l’on dénoue les ligatures, le sang recommence à circuler dans l’encéphale, et l’animal revient à la vie.

La simple compression des deux artères carotides détermine un état de torpeur et d’insensibilité complète, chez l’homme et les animaux. Faites cesser la compression, c’est-à-dire rendez un libre cours au sang qui abreuve le cerveau, vous verrez reparaître la sensibilité. La compression des artères carotides figurait

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au nombre des moyens qui avaient été proposés autrefois pour suspendre la sensibilité, pendant les opérations chirurgicales.

La syncope n’est autre chose qu’un état d’insensibilité, une suppression des fonctions cérébrales, provoquée par l’arrêt des mouvements du cœur, lequel cesse d’envoyer du sang aux diverses parties de l’économie, et par conséquent au cerveau.

Chez les animaux supérieurs, le développement de l’intelligence est en rapport avec le développement du cerveau, ou, pour mieux dire, avec le nombre des éléments anatomiques du cerveau. L’immense supériorité de l’homme sur l’animal, sous le rapport intellectuel, s’explique quand on voit combien le cerveau de l’homme est plus volumineux que celui d’un animal quelconque, et surtout quand on remarque que le cerveau des animaux ne possède qu’un très petit nombre de ces divisions de la masse cérébrale qui portent, chez l'homme, les différents noms que nous avons cités.

A mesure qu’on s’élève des animaux à l’homme, la partie antérieure du cerveau s’accroît, et s’avance de manière à faire surplomber sur la face la masse encéphalique, et à rendre le front moins fuyant, c’est-à-dire à constituer une région frontale , laquelle manque aux animaux. Le développement de la masse encéphalique est particulièrement propre à l’espèce humaine.

On peut conclure de tous ces faits que le développement de l’intelligence est lié au développement de la partie antérieure du cerveau.

La coïncidence du développement de la partie antérieure du cerveau et de l’intelligence, peut être constatée en comparant les crânes de races différentes, comme, par exemple, ceux d’un blanc et d’un noir. Chez le nègre, le front est bas et fuyant; il est haut et droit dans les autres races humaines un peu privilégiées.

Bien plus, on peut s’assurer que, dans la même race, ces différences dans la portée de l’intelligence correspondent à des différences de volume du cerveau. Broca a mesuré des têtes de savants et des têtes d’individus illettrés (infirmiers ou manœuvres), et il a trouvé que le crâne des premiers était toujours plus volumineux que celui des seconds, et que l’excès de volume était exclusivement dû au développement de la région frontale. Broca n’était pas éloigné de croire que le cerveau se développe sensiblement par le travail et l’éducation.

Dans la séance du 20 août 1878 de l’Académie de médecine de

D’OU VIENT LA PENSÉE

Paris, MM. Lacassagne et Cliquet, médecins militaires, ont présenté une brochure intitulée De l'influence du travail intellectuel sur le volume et la forme de la tête.

Les auteurs ont opéré sur un assez grand nombre d’individus avec le c onformateur dont se servent les chapeliers. Cet instrument prend exactement la forme de la tête, qu’il traduit par un tracé de réduction, toujours en rapport avec la véritable circonférence donnée par l’instrument. MM. Lacassagne et Cliquet ont convenablement modifié le conformateur pour l’appliquer à leurs mesures.

La comparaison des dimensions du crâne, établie entre des docteurs en médecine et des militaires plus ou moins illettrés, a donné des résultats, d’où les auteurs ont tiré les deux conclusions suivantes :

1° La tête est plus développée chez les gens instruits qui ont fait travailler leur cerveau, que chez les illettrés ou les individus dont l’intelligence est restée inactive.

2° Chez les gens instruits, la région frontale est relativement plus développée que la région occipitale, et si la différence entre ces deux régions existe au profit de la dernière, cette différence est minime, alors que chez les illettrés elle est considérable.

Cette opinion nous paraît fondée. De même que chacun de nos sens se développe par l’exercice et s’entretient par l’habitude de son excitant naturel, — la lumière pour l’œil, le son pour l’oreille, les saveurs pour le palais, — de même le cerveau, qui a pour excitant naturel la pensée , doit se développer par l’habitude de la pensée. Il s’accroît et se fortifie par un exercice approprié à sa nature ; il s’étiole en l’absence de sentiments ou d’idées.

Le cerveau de l’homme qui ne pense pas ou qui pense peu perd de son excitabilité et de son activité ; tandis que chez l’homme dont les facultés intellectuelles sont constamment exercées, l’encéphale, grâce à une circulation et à une nutrition plus actives, prend plus de volume, de consistance et de force.

Chez les personnes qui ont renoncé à toute vie intellectuelle, dont l’âme est uniquement absorbée par les choses matérielles, le cerveau subit un mouvement de retrait.

C’est pour cela que, selon la remarque du docteur Louis Cruveilhier, l’exercice de certaines professions qui emprisonnent l’esprit dans un cercle d’idées et d’habitudes étroites, mesquines, qui le dépouillent de toute initiative, de toute volonté, aboutit

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presque toujours aune atrophie intellectuelle l. C’est une pratique très répandue dans l’industrie moderne que de confier à un ouvrier une seule et exclusive besogne. Dans les fonderies, tel ouvrier ne fait que percer des trous dans le fer, tel autre que tailler des rivets, un troisième que tirer la chaîne du marteaupilon à vapeur. Par cette exécution constante d’une seule opération, l’ouvrier, dit-on, devient extraordinairement habile dans cette opération ; et d’après cette remarque, on multiplie autant qu’on le peut, dans les ateliers, cette division du travail poussée à ses dernières limites. La coutume peut être bonne pour le travail; mais que devient le cerveau de l’ouvrier, occupé pendant sa vie entière à percer des trous dans le fer, à tailler des rivets,

Fig. 89. Têtes d’imbéciles dessinées dans les hospices d’Amsterdam et d’Edimbourg.

ou à tirer la chaîne du marteau-pilon ? A cet abrutissant métier son cerveau s’atrophie, son crâne même se rétrécit.

Le roi d’Angleterre George III a offert un frappant exemple de cette atrophie du cerveau et du crâne, consécutive à la disparition graduelle de l’intelligence. La tête de ce pauvre monarque avait été moulée avant 1787, pendant sa jeunesse, avant son premier acte de folie. Il mourut en 1820, et sa tête fut moulée de nouveau. On trouva alors que sa tête présentait une diminution notable de l’angle facial. Le docteur Fossati, savant phrénologiste, mort en 1876, possédait ces deux bustes de George III, qui frappaient les yeux les moins prévenus par la différence du volume du front.

1. Œuvres choisies du docteur Louis Cruveilhier, 1 vol. in-12, avec une Préface par Frédéric Morin. Paris, 1862.

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L’anatomiste anglais Elliottson a trouvé que sur un idiot le cerveau ne formait que le cinquième du volume qu’il offre chez les autres hommes.

Cubi i Soler, dans son ouvrage sur la Phrénologie , a donné le dessin exact de plusieurs crânes d’idiots ou d’imbéciles. Nous donnons (fig. 89), d’après l’ouvrage de cet auteur, les dessins de deux têtes d’imbéciles pris dans les hospices d’Amsterdam et d’Édimbourg.

Il est aujourd’hui reconnu qu’un crâne d’homme adulte dont la circonférence n’a pas plus de 0m,30 à 0m,35, loge la cervelle d’un imbécile; — que de 0m,40 à 0m,46, il y a de grandes probabilités pour une intelligence obtuse; — qu’à 0m,48 l’esprit est ordinaire, et qu’un crâne de 0m,54 à 0m,56 de circonférence appartient toujours à un homme bien doué sous le rapport intellectuel.

Il est parfaitement établi que les têtes exiguës, irrégulières, sans symétrie, appartiennent à des imbéciles, des crétins, des idiots ou des hommes médiocres; que les têtes à front étroit, déprimés, fuyant en arrière ou évidé en forme de toit, comme la tête qu’Homère donne à l’ignoble Thersyte, sont le partage des hommes cruels, — et que les têtes en avant, les têtes à large front, distinguent les hommes de talent ou de génie.

Les anciens avaient bien compris celte loi de l’organisation, puisqu’ils représentaient Jupiter avec une tête énorme et Hercule avec une petite tête.

Examinez les bustes qui représentent les têtes des grands hommes de tous les siècles, les têtes de Socrate, de Platon, de César, de Bacon ,de Galilée, de Leibniz, de Napoléon Ier, de Mirabeau, de Cuvier, de Gall, d’Arago, de Broussais, de Lamartine, de Victor Hugo, vous reconnaîtrez, à première vue, le développement de la région frontale, signe révélateur de la proéminence du cerveau dans la région supérieure. Examinez les têtes des hommes éminents, au barreau, dans la chaire, dans les chambres, au sein des académies, etc., vous leur trouverez toujours le front et la face marqués de ce signe extérieur des dons de l’esprit.

Le docteur Lélut a pesé, comparativement, un nombre égal de cerveaux provenant d’idiots et d’hommes plus ou moins intelligents, et il est arrivé à conclure que l’encéphale est, en général, plus pesant chez les hommes intelligents que chez les idiots, et

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que l’augmentation de poids et de volume est surtout marquée dans les lobes cérébraux. Le docteur Luys est arrivé, dans des recherches plus récentes, au même résultat.

On peut rappeler à ce propos que plusieurs hommes remarquables par la puissance de leur intelligence, avaient un cerveau d’un poids et d’un volume considérables. Le cerveau de Cromwell pesait, dit-on, 2 kilogrammes 231 ; celui de lord Byron, 2 kilogrammes 238; celui de Cuvier, 1 kilogramme 829; celui de Dupuytren, 1 kilogramme 436. Celui de Napoléon Ier était également d’un poids considérable. Mais on a fait remarquer, non sans raison, qu’il aurait fallu peser seulement les lobes cérébraux et non tout l’encéphale, et que ce poids ne prouve rien par luimême, puisqu’on y comprend, outre les lobes cérébraux, le cervelet et les portions qui constituent la base de l’encéphale, toutes parties qui paraissent étrangères aux manifestations de l’intelligence.

Il aurait fallu, du reste, connaître le poids total du corps, pour pouvoir tirer du poids de l’encépale une conclusion sérieuse. Le poids de tout l’encéphale, chez l’homme adulte, est au poids du corps :: 1 : 30. Donc, pour décider si le poidsconsidérable des cerveaux de Cromwell, deDupuytren, de Cuvier, etc., prouve quelque chose, il faudrait pouvoir le comparer au poids total du corps, élément que l’on ne possédait pas dans les cas qui viennent d’être cités.

Serres (de l’Institut) aimait à raconter, dans sa clinique de l’hôpital de la Pitié, qu’à l’époque où l’on prit le poids du cerveau de Cuvier, un simple porteur d’eau mourait dans le même quartier. Le cerveau de cet homme, qui avait exercé sa profession pendant toute sa vie, ayant été mesuré et pesé, comparativement à celui de Cuvier, on trouva que son cerveau était encore plus volumineux et plus lourd que celui du grand naturaliste.

De nos jours Gratiolet a pesé un grand nombre de cerveaux humains, en se conformant aux données exigées par la science, et il a trouvé une concordance réelle entre le poids du cerveau, comparé au poids total du corps, et le degré d’intelligence attribué à l’individu.

Il ne faudrait pas croire pourtant que le poids du cerveau ou le volume de la tête soit, chez tous les individus, la mesure exacte de leur intelligence. Où voit des hommes fort spirituels et doués de grandes capacités avec une très petite tête. Vollaire avait la

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tête petite. Et pourtant quelle n’était pas la puissance et surtout la variété de ses facultés intellectuelles !

C’est qu’une seconde loi préside à la perfection de l’encéphale ; c’est, selon Gratiolet, l’amplitude, le nombre et la profondeur des circonvolutions et des anfractuosités cérébrales. Un petit crâne permet de loger un cerveau offrant une surface considé rable, si ce cerveau est creusé de sillons et d’anfractuosités qui multiplient considérablement la masse du tissu nerveux. Les fonctions du cerveau tiennent moins sans doute à la masse de l’organe lui-même qu’à l’organisation qui lui est propre, et qui lui donne l’activité.

Il faut ajouter que la substance cérébrale peut être, à divers degrés, imprégnée de graisse, d’albumine ou d’eau, ce qui diminue ou augmente relativement le volume apparent de l’encéphale. Sa masse ne mesure pas alors exactement celle du tissu nerveux proprement dit, lequel seul est actif.

Ce n’est donc pas sans raison que le vulgaire donne le nom de tête de linotte , de tête d'oiseau , de tête sans cervelle , aux esprits superficiels, légers, incapables de réflexion ou de jugement.

La proéminence du front étant reconnue le signe certain de l’intelligence, chez l’homme et chez les animaux, on a dû se préoccuper de mesurer exactement ce degré de proéminence du front. On appelle angle facial l’ouverture plus ou moins grande de l’angle qui forme le surplomb du front sur la face.

Pour évaluer l’angle facial, le moyen le meilleur est celui qui a été indiqué, à la fin du siècle dernier, par l’anatomiste allemand Camper.

Abaissez une ligne du. front un peu au-dessus de la lèvre supérieure, au-dessous du nez ; de ce dernier point, faites partir une autre ligne qui aille gagner chaque oreille, en coupant l’articulation de la mâchoire inférieure : l’angle formé par la rencontre de ces deux lignes représentera la proéminence de la partie antérieure du cerveau, et conséquemment le degré relatif de l’intelligence. Plus l’angle que ces lignes forment est ouvert, plus le développement des hémisphères cérébraux est considérable; plus considérable aussi est le volume du crâne, comparé à la face.

On sait que la stupidité des animaux est d’autant plus marquée que les proportions, les volumes du crâne et de la face, s’éloignent davantage de celles de l’homme.

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La figure 90 montre la manière de tracer l’angle facial sur une tête humaine. On a pris pour type le Nègre et l’Européen de race caucasique.

L’angle facial est celui qui résulte de la rencontre des deux lignes a b, CD, tirées comme l’indique cette figure.

Chez l’Européen bien conformé l’angle facial est de 85 à 95; chez le Nègre il n’est que de 70. Chez le singe il n’est que de 65.

L’angle facial ne suffit pas cependant pour comparer entre elles, sous le rapport intellectuel, les diverses races de l’humanité. En effet, l’angle facial ne nous apprend rien sur la forme du crâne, et par suite sur celle du cerveau. Il n’embrasse pas les parois latérales du crâne, et ne nous révèle point, par conséquent,

Fig. 90. L’angle facial sur une tête d’Européen de race caucasique et sur une tête de nègre.

des différences de formes qui, au simple aspect, sont cependant profondes.

Ces différences sont assez prononcées pour que les anthropologistes aient pris celte particularité de l’organisation, c’està-dire la forme du crâne, pour diviser l’humanité physique en groupes bien distincts. Les anthropologistes modernes distinguent les races humaines en dolichocéphales , ou têtes allongées (de ôoXixôç, allongé, et xsçaXrj, tête), et brachycéphales ou têtes courtes yle ppaxuç, court, et xsçpaXv i, tête). Dans les races dites dolichocéphales, le crâne, vu par sa face supérieure, présente un ovale allongé, sa plus grande longueur l’emportant d’un quart environ sur sa plus grande largeur. Dans les races brachycéphales , la tète a la forme d’un ovale aplati en arrière : sa plus grande longueur ne dépasse pas sa plus grande largeur de plus d’un huitième.

Un autre caractère distinctif des races humaines a été tiré de

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la proéminence de la mâchoire : ce qui fait entrer en ligne de compte l’angle facial. On appelle orthognathes (de opôoç, droit, et yvàôoç, mâchoire) les têtes dans lesquelles le rebord alvéolaire des mâchoires est droit ou très peu oblique, comme dans la race caucasique; et 'prognathes (de icpo, en avant, et yvàôoç, mâchoire) les têtes dans lesquelles la mâchoire proémine en avant, comme dans la race nègre.

Disons, pour éclaircir par quelques exemples ce que peut avoir d’obscur cette nomenclature, que les Suédois, les Français, les Allemands du Sud appartiennent à la race dolichocéphale orthognathe ; les Chinois, les Japonais, les Esquimaux, à la race dolichocéphale prognathe. Parmi les brachycéphales orthognathes , nous citerons les Turcs, les Slaves, les Russes, les Hongrois, les Allemands du Nord, les Persans, les Mexicains, et parmi les brachycéphales prognathes , les Tartares, les Mongols, les Malais, les Nègres.

Les formes de la tête et de la face, c’est-à-dire leur crâne et leur physionomie, distinguent entre elles toutes ces races. Ces différences de structure anatomique ont, en effet, pour conséquence des différences correspondantes dans la portée intellectuelle. Le Nègre et l’Australien sont impuissants à concevoir et à recevoir des idées que des Européens comprennent sans effort.

Le fait général que l’encéphale est le siège de l’intelligence, de la pensée et de la volonté est donc à l’abri de tous les doutes. Mais on a voulu aller plus loin. La science s’est proposé le problème audacieux de localiser les facultés et les instincts de l’homme dans les différentes parties de l’encéphale, de déterminer quelles sont, à l’exclusion les unes des autres, les régions qui présideraient à l’exercice de chacune de nos facultés intellectuelles et morales.

Nous voudrions pouvoir dire que ce problème a été résolu. Malheureusement il n’en est rien. La localisation cérébrale est comme une forêt épaisse, à travers laquelle on trouve à peine encore quelques sentiers tracés. Le reste est un impénétrable fouillis.

Ce que l’on sait d’à peu près rigoureux, c’est d’abord que les lobes cérébraux sont le siège des facultés intellectuelles; ensuite que la substance extérieure du cerveau, la substance grise, paraît le siège anatomique de nos facultés intellectuelles, la subst ce

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