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LES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES

blanche, ou interne, restant étrangère à toute action de ce genre.

Ce qui semble prouver le rôle spécial des substances grise et blanche, c’est que dans l’idiotisme, dans la folie, quand le cerveau présente quelque altération de texture (ce qui arrive d’ailleurs assez rarement), la seule partie altérée, c’est la substance grise; la substance blanche conserve son aspect habituel. Le ramollissement du cerveau, qui a pour conséquence l’affaissement physique et moral de l’individu, la disparition graduelle de ses facultés intellectuelles et de sa volonté, ne consiste point, comme on se l’imagine généralement, dans le ramollissement de toute la masse encéphalique, mais seulement dans une altération de la substance grise, ou corticale, qui est désorganisée au point de se réduire, sous le doigt, en une gelée, en une pulpe demi-liquide, tandis que la substance blanche persiste dans son état normal.

Cette proposition que les travaux modernes sur la localisation cérébrale n’ont conduit à des résultats positifs qu’en ce qui concerne les fonctions des lobes cérébraux et les rôles respectifs des substances grise et blanche du cerveau, ne peut être acceptée sans preuves de notre part. Noms allons donc jeter un rapide coup d’œil critique sur les travaux relatifs aux localisations cérébrales, travaux qui sont en nombre considérable, car ils embrassent notre siècle tout entier.

S’il est un point en apparence bien établi (et pour notre compte nous ne le mettons pas en doute), c’est que la région frontale des lobes antérieurs du cerveau est le siège des facultés intellectuelles. Cependant combien de faits pourraient être cités en opposition avec cette théorie 1 Combien de fois n’a-t-on pas vu, dans les ambulances, des blessés ayant eu une partie du crâne emportée par un fragment d’obus ou par un coup d’arme blanche qui leur avait enlevé la plus grande partie des lobes antérieurs du cerveau, et chez lesquels l’intelligence persistait dans son intégrité parfaite! On voit quelquefois le chirurgien, à la suite d’une plaie ou d’une fracture de la partie antérieure ou supérieure du crâne, enlever avec une cuiller d’assez grandes quantités de substance cérébrale, puis la plaie se cicatriser, sans que l’individu ait été un seul instant privé de l’intelligence ni de l’exercice intégral de ses sens.

Richerand cite le cas d’un malade qui avait perdu une grande

D’OU VIENT LA PENSÉE

partie de la substance cérébrale, en même temps que les os de la voûte du crâne. On avait fabriqué à ce malheureux un crâne en carton, qui remplaçait son crâne naturel. Quand le chirurgien voulait panser le cerveau, il ôtait tout bonnement la calotte de carton, nettoyait, détergeait la masse encéphalique, puis il replaçait la calotte sur le cerveau. Et l’individu a vécu assez longtemps avec cette infirmité.... ce qui ferait croire à la légende de l’invalide à la tête de bois.

Le chirurgien Morand a raconté l’histoire d’un homme qui mendiait à la porte des églises en tenant à la main son propre crâne.

Dans la séance du 28 janvier 1879 de l’Académie de médecine de Paris, Broca présenta les os du crâne d’un petit berger de Bourcleaux (Drôme), âgé de 11 ans, qui, à la suite d’une brûlure, avait perdu toute la partie supérieure de la voûte crânienne. Aujourd’hui, l’enfant garde ses moutons en recouvrant tout simplement de son chapeau son cerveau mis à nu. Il a seulement la précaution d’enduire de temps en temps d’un peu d’huile la masse cérébrale. Et cela ne l’empêche pas de porter sur sa tête des fagots d’épines et des fardeaux.

On a longtemps affirmé que, pour qu’un individu soit doué d’un bon jugement, il faut que ses deux lobes cérébraux soient parfaitement égaux, entièrement symétriques. Bichat avait contribué à propager cette opinion. Cependant il portait en luimême la preuve qu’un homme de génie peut avoir le cerveau inégalement développé : on trouva, à son autopsie, que ses lobes cérébraux n’étaient pas du même volume.

Bouillaud place dans les lobes antérieurs du cerveau la faculté du langage, mais Flourens donnait un autre siège à cette faculté. Entre ces deux hommes illustres et d’une égale autorité scientifique, comment se prononcer?

Les médecins aliénistes ont multiplié les recherches d’anatomie pathologique sur le cerveau des aliénés, et à part une certaine altération de la substance grise, qui est loin d’être constante, la science n’a pu constater la moindre particularité anormale, soit dans le volume, soit dans la texture, soit dans la couleur, la vascularisation, etc., du cerveau de l’aliéné. L’encéphale du fou est presque toujours absolument semblable à celui de l’homme de bon sens.

Gratiolet a publié un travail très-savant dans lequel il établit

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